Bah Oury et Fodé Soumah

La gouvernance d’Alpha Condé ou la marche vers la déstabilisation généralisée de la Guinée

La marche des dizaines de milliers  de manifestants dans la rue à Conakry le 18 février dernier pour dénoncer la gouvernance d’Alpha Condé et réclamer des élections transparentes ,crédibles et inclusives confirme le rejet du pouvoir par une frange importante de la population. Maintes fois, la mobilisation des forces démocratiques n’a pas fait défaut pour exiger purement et simplement le respect de la constitution et des lois qui assurent les fondements de la République. Près d’une vingtaine de manifestants ont été fauchés par les balles des forces de l’ordre avec la bénédiction d’Alpha Condé pour avoir osé « marcher dans la rue au nom de l’autorité de la loi et s’opposer à la dérive dictatoriale en cours ».

La marche du 18 février 2013 a introduit un degré supérieur dans la contestation du pouvoir en place . Le départ d’Alpha Condé est devenu un leit-motiv qui se  répand au niveau des jeunes qui sont depuis très longtemps les laissés -pour compte et les sacrifiés d’une gouvernance prédatrice et clanique. Il est tout à fait responsable que le Président de l’UFDG,  El hadj Cellou Dalein Diallo ait déclaré «  Si Alpha ne satisfait pas nos revendications, nous demanderons son départ ». En effet il est clair que le processus électoral est verrouillé en faveur du RPG et que Way-Mark a d’ores et déjà fait le nécessaire pour que « le fichier électoral » lui assure une majorité absolue. Par conséquent il est indispensable pour éviter à la Guinée, le scénario catastrophe d’œuvrer pour un changement net de la gouvernance actuelle. C’est un acte citoyen et patriotique. Comme il fallait s’y attendre  le RPG -arc-en-ciel, le parti-Etat retrouve aussitôt les réflexes qui le caractérisent : violences verbales, menaces et incitations à la haine. L’intimidation ne passera pas !

Les guinéens en ont assez d’un pouvoir qui les divisent, les humilient, les violentent, les appauvrissent et les pillent. Ce sont les raisons  de la colère et de la frustration collective qu’expriment les mouvements de révolte qui émaillent les actualités guinéennes. Le désarroi du RPG- arc-en-ciel est légitime car sa base politique s’est considérablement rétrécie et en deux années de gestion, la pauvreté et la misère touchent  des couches de la population qui étaient jusqu’à présent épargnées. Pour se maintenir alors au pouvoir, il ne lui reste que l’utilisation de la répression, car il a toujours eu « le monopole de la violence » comme l’a justement reconnu la coordinatrice nationale du RPG-arc-en-ciel.

Au lieu de chercher à décrisper la situation politique intérieure, le gouvernement guinéen fait monter les enchères. Il fait investir par des soldats un village ivoirien. Pour desserrer l’étau qui l’étrangle, Alpha Condé ira chercher du côté de Freetown un soutien hypothétique et en même temps il durcit son hostilité au gouvernement de transition de la Guinée-Bissau. Pour amadouer la communauté internationale, il fait circuler de fausses informations accréditant la thèse selon laquelle des « djihadistes maliens »  se seraient infiltrés au cœur du Fouta pour justifier une militarisation de cette région pour sévir contre des personnes innocentes. Cette politique est déjà en œuvre  car la milice armée du RPG, les « donzos » sont officiellement recrutés comme gardes forestiers devant « lutter contre le vol de bétail ». Arc-boutée sur une posture agressive et guerrière, la gouvernance d’Alpha Condé entend « imposer » sa majorité parlementaire au prix même d’une hécatombe en Guinée.

Thierno Monénembo, prix littéraire Renaudot  a raison de déclarer qu’il faut se lever pour stopper la dictature. Il a également montré le chemin à prendre lorsque la démocratie et la liberté sont en jeu en participant à la marche du 18 février. Pendant ce temps une certaine société civile aux ordres fait allégeance publiquement au pouvoir. Une coalition de « femmes » n’hésite pas à arborer la tenue blanche symbole du premier régime guinéen pour scander son appartenance à la mouvance présidentielle. Il ne sera pas étonnant que ces mêmes structures décentralisées du Parti-Etat affuble Alpha Conde du titre de  « Mansa »  pour ramener la « Guinée là où Sékou Touré l’avait laissée ». Devant cette perspective sombre pour l’avenir de notre pays, la véritable société civile, les intellectuels et toute l’élite guinéenne doivent se sentir interpellés par la situation dramatique qui sévit dans le pays du « 28 septembre 1958 » . Eux aussi, doivent entendre le cri de détresse de leurs compatriotes avant qu’il ne soit trop tard.

Dans un tel contexte dangereux pour la paix civile en Guinée et dans la sous-région qui est déjà profondément tourmentée, le Collectif des partis et ses alliés doivent poursuivre les efforts afin d’être en phase avec les aspirations et les attentes des guinéens comme l’a indiqué la marche du 18 février.

La diaspora guinéenne comme par le passé ne doit pas être en reste face  à ce tournant historique que nous vivons pour  apporter sa contribution au combat pour la démocratie et la citoyenneté. Dans ce sens, des initiatives concrètes, concertées et urgentes doivent être prises pour faire entendre devant le siège de la Commission Européenne à Bruxelles, ou à la Place des Nations Unies à New-York, la clameur en faveur du changement démocratique qui monte des quatre régions naturelles de la Guinée. Agir  dans ce sens est un devoir moral pour toutes celles et tous ceux qui aiment la Guinée.

Nous devons tous par-delà nos diversités, unis et solidaires, être au rendez-vous pour faire triompher le véritable changement démocratique que notre pays attend depuis très longtemps. C’est la voie afin de préserver la paix civile et éloigner du pays le spectre de la déstabilisation généralisée.

Tueries à Guéckédou ou la déscente vers le chaos

Depuis le samedi 8 décembre,  Guéckédou en Guinée-Forestière est en proie à la violence inter-ethnique. A ce jour, des sources bien informées indiquent qu’il y aurait huit morts et plusieurs blessés. La cité est soumise à un couvre-feu de jour comme de nuit. Excédées par la gouvernance autocratique et ethnocentrique   du préfet Boukary KEITA qui tend à exclure tous ceux qui ne sont pas de sa communauté (malinké), les populations autochtones ont manifesté pour exiger son départ.

 Ce fait est devenu courant dans notre pays. Le régime d’Alpha CONDE  est caractérisé par l’utilisation à outrance de l’ethno-stratégie qui a divisé les guinéens selon leur appartenance ethnique. Dans les administrations du pays, les nominations ne tiennent compte  ni de la compétence et ni de l’expérience .L’unique critère qui est pris en considération est l’appartenance au RPG qui est érigé en un Parti-Etat. Devant le tollé général face à cette gestion néo-patrimoniale et discriminatoire, M.Alpha CONDE justifie sa politique en disant «  Aux États-Unis, lorsqu’un camp arrive au pouvoir, il change  toute l’administration par des  gens de son bord politique ». Il montre ainsi sa méconnaissance totale de l’organisation administrative de ce pays et il confond également les postes administratifs d’avec  les postes politiques. Deux années à peine au pouvoir, ont suffi pour montrer les limites de  « l’ethnicisation  » de l’administration publique du pays, car en définitive c’est l’incompétence et la corruption qui gouvernent. Pour la nouvelle  chefferie « erpégiste », il faut s’enrichir par tous les moyens et le plus vite possible.

Les conflits de Guéckédou, sont un écho à la révolte au mois d’août dernier des populations de Siguiri contre leur préfet, au carnage de Zogota avec six morts , et au massacre inter-ethnique de Galapaye avec une trentaine de morts en mai 2011 . Devant la recrudescence des violences à l’intérieur du pays, les sages de la Basse-Côte à travers leur porte-parole El hadj Mohamed CAMARA ont aussi lancé, dans une récente déclaration à la presse une mise en garde  claire contre M. Alpha CONDE qui selon eux «  les a trompé ». La Guinée est devenue ainsi une poudrière prête à exploser à tout moment.

Les conséquences de la dérive ethnocentrique de la gouvernance d’Alpha CONDE est un danger et une menace pour l’unité du pays et la paix civile en Guinée. Un pays où le sens de l’Etat est absent, où triomphent les intérêts mesquins et où les consciences citoyennes et patriotiques sont rares, est en voie de perdition.

La Guinée mérite mieux ! Il est de notre responsabilité de le faire savoir afin de sauver notre pays du chaos qui s’annonce ! La mobilisation de tous les guinéens comme en 2007 est d’une pertinence actualité.

13/12/2012

Hommages à Dr Ditinn Diallo

Dr Oury Ditinn n’est plus !

 

Dr Oury Ditinn a tiré sa révérence en nous quittant le mardi 08 janvier 2013. La disparition du secrétaire général du Parti de l’Unité et du Développement laisse un vide qu’il sera difficile de combler dans le paysage politique guinéen. Fin débatteur, maîtrisant  ses sujets avec compétence et pragmatisme et porté plus au compromis qu’à la confrontation, Dr Ditinn a été sur le plan des idées un des aiguillons de l’opposition démocratique vingt ans durant. Ses choix l’ont amené à privilégier le jeu institutionnel même si dés fois il pouvait se trouver à contre-courant de l’attitude majoritaire de ses autres pairs de l’opposition. Au début des années 1990 où partout en Afrique les peuples descendent dans les rues pour réclamer des réformes politiques par le biais de l’organisation de conférence nationale souveraine, il clamait que cette revendication n’était pas opportune en Guinée. En 2003, il s’engage tête baissée pour tenter de crédibiliser la candidature aux présidentielles de son ami et partenaire Dr Mamadou Bhoye BARRY alors que le reste de l’opposition avait préconisé le boycott de ce scrutin de trop du Général Lansana Conté. Récemment aussi il montra son indépendance d’esprit en s’opposant de démissionner du CNT alors que les autres formations politiques du Collectif et de l’ADP avaient retiré leurs représentants des institutions de la République. Ces exemples montrent que Dr Ditinn avait une haute opinion de son rôle de leader politique.

En tout temps il a privilégié une approche consensuelle pour la résolution des crises qui secouent de manière récurrente notre pays depuis plus  d’une décennie. C’est ainsi qu’en 2001 face au blocage politique et social qui poussait inexorablement notre pays vers le chaos , avec Ghandi Tounkara, Mboye Barry, Savané Souleymane, Dr Ditinn et moi-même engagions  auprès de tous les acteurs de la Société civile( religieux, coordinations régionales  et mouvements syndicaux) une dynamique pour « lancer un dialogue politique en vue  de stopper la dérive du pays ». L’initiative était prématurée elle ne verra réellement le jour qu’en mars 2006 avec la concertation nationale des forces vives du pays. Ainsi Dr Ditinn  n’a jamais manqué de faire prévaloir son patriotisme et son amour sans exclusive pour la Guinée et les guinéens.

 

Dr Ditinn  n’est plus. A ses proches, à ses amis et aux membres du PUD, recevez l’expression de nos condoléances les plus attristées. Que sa mémoire survive et guide les pas des jeunes générations politiques. Nous ne t’oublierons pas, Dr Ditinn ! Dors en paix.

 

11 janvier 2013

 

BAH Oury

1er Vice-Président de l’UFDG

L’interview choc de Bah Oury

Comme il ne l’a jamais fait, le Vice-Président de l’UFDG, M. Bah Oury se dévoile dans les colonnes de votre site préféré www.guinee58.com. M. Bah dépeint le tragi-comique procès de l’affaire du 19 juillet 2011 avec la verve qu’on lui connaît. D’une rare pédagogie, il démontre la dangerosité du régime d’Alpha Condé.

Régulièrement accusé d’être le responsable de l’échec du candidat de l’UFDG aux élections présidentielles 2010, M. Bah Oury donne sa version des faits. Notez c’est pour la première fois que le Vice-Président de l’UFDG s’exprime publiquement sur les coulisses de la gestion de cette élection. Ce qui est sûr cette interview remet en cause beaucoup d’idées préconçues. Bonne lecture.

Guinee58 : Monsieur Bah, Il y a quelques jours s’est ouvert à Conakry le procès aux assises des présumés coupables de l’attaque contre la personne du chef de l’Etat, Alpha Condé. Vous êtes vous-même accusés d’avoir une implication dans cette attaque. Que vous inspire ce procès ?

BAH Oury : Le procès encours aux assises de Conakry donne une réalité tragique et lugubre de la gouvernance d’Alpha Condé. Les tortures systématiques infligées aux prévenus ,des exécutions extra-judiciaires comme celle du Lieutenant Ousmane Koulibaly défenestré du 3éme étage d’un bâtiment du Camp Samory Touré et de Thierno Soufiana Diallo, des arrestations arbitraires ciblées contre des officiers de l’Armée Nationale et contre des jeunes leaders de la Commune de Ratoma nous rappellent que les méthodes du Camp Boiro sont toujours utilisées. C’est un très grave recul pour l’Etat de droit et pour la justice. C’est le retour du « règne de l’arbitraire » .

Toutefois je reste persuadé que ce procès quel que soit le verdict qui sera rendu aura permis à l’opinion nationale de se faire une idée de l’abîme dans lequel le pays est tombé. La réaction de la population contre ces exactions et cette humiliation collective ne se fera pas longtemps attendre.

Guinee58 : Le ministère public à travers Monsieur William Fernandez a clairement dénoncé un coup « Complot Peulh », dont le but selon lui, était d’installer trois leaders de cette ethnie, dont vous au pouvoir. Que répondez-vous à ces affirmations gravissimes ?

BAH Oury : Comme j’ai eu à le dénoncer au cours d’une récente émission de radio espace fm de Conakry, le procureur et les tenants de la thèse du « complot peulh » se trompent d’époque. Nous ne sommes plus en 1976 pour que le pouvoir puisse déclarer « la guerre aux peulhs ». Cette époque est définitivement révolue. Mais comme vous le savez, les habitudes et les stigmates ont la vie dure. C’est pour cela qu’Alpha Condé est en train de mener sa « guerre contre la Guinée ». Après avoir montré son mépris pour les communautés forestières à travers la tuerie de Zogota et le jugement inique de Galapaye, il tente d’engager sa croisade ethnocentrique et rétrograde contre la communauté majoritaire du pays. Les guinéens d’aujourd’hui ont les yeux ouverts, ils ne se laisseront pas mener par le bout du nez pour précipiter le pays dans le chaos. Nous y veillons.

Guinee58 : Vous vivez en France depuis quelques mois et les autorités de Conakry ont émis un mandat d’arrêt contre vous pour votre supposée implication dans l’attentat du 19 juillet 2011. Maintenez-vous toujours n’avoir eu aucune implication dans cet attentat ?

BAH Oury : Je suis quitte avec ma conscience. Mon action politique s’articule autour d’un projet fédérateur de l’ensemble de la société guinéenne sans aucune exclusive et sans préférence. Mon combat pour les droits de l’homme et contre toutes les formes d’injustice est connu par de-là les frontières guinéennes. Le déroulement du procès est révélateur de la manière dont les « aveux » ont été extorqués aux accusés. Les accusations ne sont pas crédibles !

Guinee58 : Alors comment expliquez-vous l’acharnement du gouvernement Guinéen contre vous ? Seriez-vous politiquement si menaçant pour le chef de l’Etat pour qu’il déploie tant d’énergie et d’effort contre vous ?

BAH Oury : Certainement je dérange parce que je suis exigeant pour faire respecter le droit et les lois de la République, alors que la gouvernance actuelle est l’expression du triomphe du non droit et du culte de la violence. J’ai eu à maintes reprises à dénoncer cette « gouvernance hors-la-loi » et j’ai mis en garde contre « le complot institutionnel » qu’Alpha Condé a planifié contre la constitution et contre les fondements de la République. Cela est suffisant pour qu’il cherche à se débarrasser de moi, d’autant plus qu’il connait parfaitement mon itinéraire politique. Bref ! C’est parce que je suis honoré de la confiance de mes compatriotes. L’affaire du « 19 juillet 2011 » est un prétexte pour neutraliser des personnalités politiques ,des officiers militaires et de jeunes leaders de la commune de Ratoma un des fiefs de l’UFDG.

Guinee58 : Monsieur Bah, le chef de l’Etat a récemment accusé l’opposition de préparer un coup d’Etat militaire. Cette déclaration avait surpris tous les observateurs politiques et mêmes des diplomates en poste à Conakry. Comment décryptez-vous cette provocation du président Alpha Condé ?

Bah Oury : M. Alpha Condé est un émule d’Enver Hodja le dictateur stalinien d’Albanie « bastion inexpugnable du marxisme-léninisme » pour reprendre un slogan en vogue dans les années 1970.Par conséquent ,prêcher le faux pour intimider, neutraliser et mettre sur la défensive ses adversaires est une des panoplies dont ne se prive pas Alpha Condé .

C’est ainsi qu’il avait accusé « le Sénégal et la Gambie » d’avoir favorisé selon lui « l’attaque contre son domicile » le 19 juillet 2011. La provocation est permanente et la duplicité est érigée en stratégie politique. Ne pas comprendre cela, c’est le risque d’être toujours « roulé dans la farine ».

Guinee58 : Monsieur Bah, on va évoquer la vie interne de l’UFDG. On sait qu’il y a des divergences de vue entre vous et le président de votre parti. Mais à l’occasion des festivités de l’an 5 à la tête de l’UFDG, Monsieur Cellou Dalein Diallo a rendu un hommage appuyé à vous, à Saliou Bella Diallo et au Doyen Bah Mamadou. Comment analysez-vous ces hommages ?

Bah Oury : Le plus important à mes yeux est le respect des valeurs qui fondent l’UFDG, à savoir la défense des droits de l’homme, la détermination dans le combat pour un réel changement démocratique dans notre pays et la promotion de la cohésion et de l’unité du parti. A cet égard , j’ai de sérieuses doutes sur la volonté d’El hadj Cellou d’aller dans ce sens. L’élaboration et la publication d’une liste des membres du Bureau Exécutif du parti dont je suis le fondateur et le n°2 légitimement investi par le congrès d’août 2009 et la visite qu’il a effectué dans mon village natal sans au préalable m’informer sont des signes éloquents qu’il y a un réel divorce entre les « propos lénifiants » et les actes .

Guinee58 : Les militants sont inquiets de la crise qui couve au sein du parti. Pourriez-vous nous indiquer où en sont les négociations ?

BAH Oury : C’est vrai qu’au mois de novembre dernier, les sages et les jeunes s’étaient impliqués pour réclamer une amélioration des relations interpersonnelles entre El hadj Cellou et moi-même. C’est suite à ces interventions des sages et des jeunes que j’ai appelé El hadj Cellou et que je me suis adressé à l’assemblée générale des militants réunis au siège du parti. Il a été convenu d’un commun accord qu’une « commission de médiation » devrait nous inviter à nous asseoir autour de la table pour aplanir les différends et envisager l’avenir de l’UFDG.

Depuis lors, il n’y a rien eu de fondamentalement nouveau sur ce chapitre, sauf la division de la fédération de New-York qui apparait comme une provocation supplémentaire.

Guinee58 : Monsieur Bah dans cette crise certains vous accusent d’être responsable de la défaite de Monsieur Diallo à l’élection présidentielle. Ils vous accusent d’avoir appelé à une journée ville morte et avoir déclaré le fameux « on va les affamer ». Deux ans après quelle est votre version des faits ?

BAH Oury : Permettez-moi d’abord de me moquer de ces affirmations farfelues et fantaisistes. Si tel était le cas, alors vous conviendrez avec moi que notre candidat n’était pas solide du tout.

Pour répondre plus sérieusement à votre question je vais faire quelques rappels.

Lors de la campagne le RPG-arc-en-ciel a utilisé cette contre-vérité pour dresser les communautés les unes contre les autres en opposant les commerçants (majoritairement peuls) à la population de la Basse-Côte, feignant ainsi d’oublier qu’une « ville-morte » affecte les activités de tout le monde sans aucune discrimination ethnique.

Pour ceux qui l’ont oubliée , la campagne du second tour a été lancée le 07 septembre 2010 . Le candidat du RPG de retour de Ouagadougou le 04 septembre et son cortège a défilé jusqu’à Kaloum dans la presqu’île de Conakry. Les boutiques et les marchands du marché Niger furent agressés sans aucune réaction des forces de l’ordre. Il en sera de même le 11 septembre, où la section- motard de l’UFDG fut prise à partie par des loubards du RPG. Des dizaines de militants de l’UFDG furent blessés et quelques morts furent malheureusement enregistrés. Le lendemain 12 septembre , Conakry s’embrasa. Excédés ,les militants de l’UFDG ripostèrent avec fermeté. Alpa Condé coincé dans son siège à Hamdallaye appela « l’armée au secours » . Sa garde rapprochée usa de balles réelles et abattit un des leurs et accusa sans fondement le gardien d’un immeuble en construction. Les forces de l’ordre procédèrent à de rafles dans les fiefs de l’UFDG et plusieurs centaines de jeunes gens furent écroués. La partialité du gouvernement de transition et des forces de l’ordre fut manifeste. Au cours de l’assemblée générale de l’UFDG suivante, j’ai « exigé la libération immédiate de toutes les personnes détenues si non une opération ville-morte sera lancée dès le lundi prochain ». El Hadj Cellou , le candidat désavoua l’initiative . Toutefois ce bras de fer obligea la communauté des ambassadeurs du G8 et de la CEDEAO a s’impliqué pour négocier la libération de toutes les personnes détenues dont la plupart étaient des enfants mineurs.

La seconde opération ville-morte à partir du 18 octobre 2010 est intervenue pour exiger le départ de Loucény CAMARA de la tête de la CENI. Le 19 octobre 2010 ,Loucény CAMARA est remplacé par le Général malien Toumani Sangaré.

J’assume pleinement au nom de l’UFDG ces deux appels à des opérations « ville-morte » pour contrer l’action du candidat du RPG épaulé par le gouvernement de transition et des forces de l’ordre hostiles. En définitive sur ce chapitre ma stratégie a été payante. Ceci explique le fait que le 23 octobre , le Général Sékouba Konaté ,Président de la transition m’agresse et ses gardes me brutalisent au vu et au su de tout monde au domicile d’El Hadj Cellou Dalein Diallo sans que ce dernier ne daigne « piper mot ».

Alpha Condé use de la violence et ne connait que l’expression du rapport de forces. Ceux qui feignent de ne pas le savoir, ne sont-ils pas les artisans de l’échec ?

Guinee58 : Toujours dans l’entre deux tours de la présidentielle, on vous accuse d’avoir signé à la veille du second tour l’envoi des délégués de votes de l’UFDG pour surveiller le vote à Siguiri et Kouroussa sans avoir consulté Monsieur Cellou Dalein Diallo. Signature que le RPG a utilisée lorsque l’UFDG a demandé l’annulation du vote dans ces deux préfectures pour bourrage d’urnes. Reconnaissez-vous d’être trompés ?

BAH Oury : El Hadj Cellou, candidat de l’UFDG sait ce que nous nous sommes dits au perron du GHI après que les deux candidats aient signé trois jours avant le second tour ,un protocole d’entente devant le Groupe International de Contact sur la Guinée.

Guinee58 : Monsieur Bah, quelles leçons avez-vous tiré de la défaite à cette élection présidentielle dont votre candidat était le grand favori et de tout ce que l’UFDG a vécu depuis cet échec électoral ?

BAH Oury : D’abord la défaite du candidat de l’UFDG est due à deux facteurs majeurs à savoir la partialité manifeste des autorités de la transition (Général Sékouba Konaté et Jean Marie Doré) en faveur du candidat du RPG et le long report de la date du second tour de l’élection présidentielle.

La différence entre les scores du premier tour 44% et 18% entre les deux candidats du second tour était suffisamment grande pour qu’El hadj Cellou puisse l’emporter largement grâce à l’élan et du vote utile des électeurs de Sydia Touré et d’Abé Sylla, si durée légale avait été maintenue. Le temps accordé au camp adverse lui a permis d’élaborer sa stratégie politique pour « imposer » Alpha Condé. Devant les multiples atermoiements de la CENI à l’époque et du parti-pris des autorités de la transition, Faya Millimono avait demandé publiquement « la démission de Jean Marie Doré comme Premier Ministre » mais là aussi, il fut désavoué par El hadj Cellou.

Dans une élection d’une si âpre compétition, le facteur personnel du candidat est essentiel pour pouvoir l’emporter et conserver sa victoire.

De manière plus globale, le constat politique est amer. La transition gérée par les militaires du CNDD a été un échec comme celle qui a été engagée après la crise sociale et politique de 2007 avec Kouyaté. La Guinée et l’UFDG sont en train de payer terriblement la faillite de la sortie de crise par le biais des présidentielles en 2010.

Guinee58 : Monsieur Bah, la CENI vient de retenir Wymark comme opérateur technique. Quel est votre réflexion suite à cette décision?

Lire : Requiem pour une CENI en Guinée du 20 octobre 2012

BAH Oury : Pour moi ce n’est pas une surprise. Le 20 octobre dernier suite à la promulgation de la loi portant « recomposition paritaire de la CENI », j’avais écrit « le nouveau épisode de la vie de CENI ruinera pour longtemps l’idée de la constitution d’un organisme indépendant capable d’organiser des élections crédibles, inclusives et acceptées de tous ». Avec l’acceptation par l’opposition des dispositions légales admettant que la règle de la majorité simple suffit pour trancher toutes les questions en litiges au niveau de la CENI et la composition par Alpha Condé de la répartition du nombre des commissaires en s’octroyant plus de la majorité alors les revendications de l’opposition n’avaient plus aucune chance d’être prises en compte.

Le processus électoral est piégé. Les élections législatives dans ce contexte n’auront aucune valeur pour refléter la représentativité des courants politiques dans le pays. La décision de choisir Wymark ne fait que confirmer la faillite de la stratégie du Collectif des partis politiques pour la fin de la transition durant ces deux années. Aujourd’hui la seule plateforme de lutte qui vaille de faire descendre les populations dans la rue est celle qui appelle à la résistance contre la tyrannie et qui refuse la mascarade électorale que propose la gouvernance d’Alpha Condé. Refuser ainsi d’accompagner Alpha Condé c’est, donner une chance à la Guinée pour un sursaut national salvateur.

Guinee58 : Nous arrivons au terme de cet entretien. Quel message avez-vous à lancer ?

BAH Oury : Alpha Condé ne parviendra pas à faire plier le peuple guinéen pour imposer une tyrannie clanique et prédatrice en Guinée. Il a maintes fois violé la constitution du pays. Il a dressé les communautés ethniques du pays les unes contre les autres. Le pays se retrouve déchiré. Les droits de l’homme sont systématiquement bafoués. L’utilisation de la violence est courante. L’autorité de la loi est ignorée. La misère se généralise et le désespoir gagne une large frange de la population. Dans ce contexte, il est légitime de se révolter pour changer la Guinée.