En marge de la conférence à l’ ULB BAH Oury s’entretient avec GN

 

En marge de la grande conférence sur la situation socioéconomique de la Guinée que le vice-président de l’UFDG, monsieur Bah Oury a tenu ce samedi 5 avril à Bruxelles, votre quotidien en ligne Guinéenews a rencontré le conférencier pour aborder les questions brûlantes de l’actualité guinéenne.

1.     Guinéenews© : Vous avez tenu hier samedi à Bruxelles, une conférence sur la problématique socioéconomique de la Guinée, ses enjeux et ses perspectives. Quelle a été votre impression et pourquoi l’économie plus tôt que la politique ?

Bah Oury : C’est avec un grand plaisir que j’ai répondu à l’invitation du Cercle des Etudiants Guinéens de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) pour exposer la situation économique de ces cinq dernières décennies de notre pays. En plus j’ai noté avec une grande satisfaction la présence massive de la communauté guinéenne lors de la conférence.

Vous savez l’économie est traitée en parent pauvre du débat politique guinéen. Or elle est l’expression de la réalité de la collectivité nationale. A travers elle, nous lisons nos forces, nos faiblesses, nos atouts et nos handicaps. Un examen minutieux de ses agrégats permet d’explorer les champs du futur. Aujourd’hui pour un dirigeant politique, ignorer la science économique c’est gouverner à l’aveuglette. Il est indispensable de corriger ces lacunes pour hisser le citoyen guinéen tel, qu’il soit à même de comprendre le monde qui l’environne afin d’agir avec objectivité et efficacité pour transformer notre pays en mieux.

Il n’y a pas antinomie entre économie et politique. La politique sans une perception aigue de la réalité économique n’est que démagogie et « mamaya » stérile et avilissante. J’estime qu’il est temps de faire la politique autrement en Guinée.

 

2.     Guinéenews© : L’ancien ministre sénégalais de l’intérieur, général Lamine Cissé, considéré par la mouvance comme médiateur international dans la crise politique guinéenne mais récusé par l’opposition, a finalement jeté l’éponge. Le Secrétaire Général des Nations Unies a finalement désigné M. Said Jinit son représentant pour l’Afrique de l’Ouest. Avez-vous l’impression que la communauté internationale a entendu votre appel?

 

Bah Oury :La dissolution du groupe international de contact pour la Guinée au lendemain des élections présidentielles de 2010, voulu par Alpha Condé, a été une grave erreur. Ceci a contribué à donner carte blanche au nouveau pouvoir pour gérer le pays à sa guise sans aucune interférence extérieure. Le résultat est calamiteux. Recours systématique à la violence politique, violations répétées des droits de l’homme, négation de la constitution et des lois, exacerbation des tensions communautaires et ethniques et développement de l’affairisme des cercles dirigeants sont les traits marquants de seulement deux années de pouvoir d’Alpha Condé. L’opinion nationale s’est inquiétée de la dérive dictatoriale et la communauté internationale en terme plus diplomatique observe l’évolution du régime guinéen avec prudence et scepticisme. Le crédo onusien est « la conservation de la stabilité »  de ce fait les guinéens ne doivent pas se faire des illusions. La communauté internationale ne s’intéresse que peu aux conflits de basse intensité. La désignation de M. Saïd Jinit est un pas positif mais malheureusement  sans grand effet sur la crise guinéenne. D’ailleurs certaines puissances considèrent la Guinée comme un Etat stable et par conséquent pour elles, il n’y a pas péril en la demeure. Or, c’est ainsi que la Mali d’ATT était jugé voilà à peine 18 mois. Heureusement que nos compatriotes savent à juste titre que le combat pour la démocratie et la liberté sera leur œuvre  ou il ne sera pas.

3.     Guinéenews© : Il  y a quelques jours, Cellou Dalein, Lansana Kouyaté et Sydia Touré ont tous rencontré le chef de l’Etat Alpha Condé. Peut-on dire que ce dernier a entamé maintenant un diadoque «sincère» très souvent réclamé par l’opposition ?

 

Bah Oury : J’ai toujours considéré que le gouvernement guinéen fait du cinéma en parlant de dialogue et de rencontre avec les responsables politiques de l’opposition. Ces derniers se comportent bizarrement face à Alpha Condé. On a l’impression qu’ils font acte d’allégeance au pouvoir alors que celui-ci les méprisent royalement. Si ce n’était que cela, la gravité serait moindre. Comment justifier cette parodie de dialogue à la queue leu leu au Palais présidentiel alors que des militants de l’opposition croupissent injustement en prison, que le deuil que portent les familles des 9 manifestants tués le 27 février 2013 n’est pas achevé ,que les propriétaires des magasins incendiés à Madina ne sont pas indemnisés et que le pouvoir n’a manifestement pas donné aucun signe tangible d’apaisement. Alpha Condé mène son jeu avec constance et l’opposition politique navigue sans boussole. C’est une réalité déconcertante et malheureuse au regard de la mobilisation et des sacrifices que la population guinéenne a consenti pendant ces deux années de calvaire.

 

4.     Guinéenews© : Le 27 février 2013, la manifestation de l’opposition a été réprimée avec un bilan très lourd, 9 morts dont un policier. Quelles dispositions concrètes prend l’opposition qualifiée de «radicale» pour préserver la vie des citoyens lors de manifestation qu’elle organise ?

Bah Oury : Les responsables de l’opposition qui ont lancé l’appel à manifester sont mieux indiqués pour répondre à cette question cruciale. En ce qui me concerne, j’ai indiqué aux instances de l’UFDG, au lendemain de l’élection présidentielle que les manifestations de rue ne devraient être que l’ultime recours face à un pouvoir naturellement porté à la violence. Par conséquent, il est impérieux d’être en tout temps en mesure d’assurer la protection des manifestants et de la sauvegarde de leurs biens. C’est un acte de responsabilité et d’humanité. Ne pas le faire c’est considérer les militants comme de vulgaires chairs à canon.

5.     Guinéenews©: Qu’a fait l’opposition pour les victimes et leurs familles, les détenus et les citoyens qui ont perdu leurs biens lors de cette manifestation ?

Bah Oury : Je sais que les militants de l’UFDG à travers le monde ont exprimé leur solidarité à l’égard des victimes en collectant par-ci par-là des moyens pour leur venir en aide. Certes, c’est une goutte d’eau par rapport à l’énormité des besoins.

A mes yeux, l’Etat guinéen est responsable de cette dramatique situation. Comme je l’avais engagé en octobre 2008, comme Ministre de la Réconciliation Nationale, des mesures de réparation et de compensation constituent une obligation pour l’Etat guinéen à double titre : d’abord au compte de la solidarité nationale mais aussi parce que peu ou prou les autorités guinéennes sont directement responsables de ce carnage et de cette tuerie. Les forces de l’ordre « aux ordres » ont tiré sur les manifestants à balles réelles et ont supervisé l’incendie des magasins à Madina alors que leur mission régalienne est de protéger sans aucune discrimination  les citoyens et leurs biens.

L’opposition doit soutenir et accompagner toutes les victimes pour que justice soit faite et que les torts soient réparés.

 

6.     Guinéenews© : Cette crise perdure depuis près de deux ans et demi, l’opposition et le pouvoir mesurent-ils vraiment la déception de la population face à cette situation où on va de blocage en blocage ?

Bah Oury : La gouvernance d’Alpha Condé est pleinement responsable de ce blocage. Elle a sacrifié les intérêts nationaux pour tenter de s’accaparer de tous les pouvoirs dans le pays. C’est ainsi que la pauvreté et la misère se sont largement étendues. Si 52% de la population en 2007 était considérée comme pauvre, cette proportion est en 2012 de 55%. Les guinéens n’en peuvent plus. 15% des foyers guinéens sont incapables de subvenir à leurs besoins essentiels. Une ville comme Fria symbole de l’irresponsabilité et de l’affairisme des autorités guinéennes meurt lentement sans aucune mesure significative pour stopper le déclin.

La faute de l’opposition est d’avoir concentré son action sur des aspects périphériques liés essentiellement au processus électoral. Elle a négligé le quotidien du guinéen lamda. Elle a ignoré la question fondamentale des droits de l’homme. Elle s’est rendue complice par sa passivité de la violation répétée de la constitution. Elle est restée inaudible devant l’exacerbation des clivages communautaires et ethniques dans le pays. Elle s’est laissée « rouler dans la farine » par Alpha Condé. Tout cela a amené de larges franges de la population à se sentir abandonnée.

7.     Guinéenews©: Parlant du procès dans l’affaire du 19 juillet 2011, le commissaire Boubacar Fabou Camara vous a cité dans le dossier et dit avoir des preuves irréfutables contre vous, d’ailleurs le procureur Williams Fernandez vous a cité plusieurs fois.  Que répondez-vous face à ces accusations ?

 

Bah Oury : Le commissaire Fabou, s’est ridiculisé devant la cour d’assises de Conakry lorsqu’il a livré ses « preuves irréfutables » contre ma personne. Mais que peut-on attendre d’une justice aux ordres ? Alpha Condé a désigné les coupables depuis septembre 2011 en considérant Tibou Kamara, Diallo Sadakadji et moi-même comme les instigateurs de cette «affaire du 19 juillet 2011 ».

Cette affaire est une vaste machination pour neutraliser quatre cibles :

-des officiers et de militaires jugés suspects pour la stabilité du régime,

-les jeunes leaders de l’UFDG, de l’axe de la liberté à savoir « Hamdallaye – Bambeto – Cosa_ Cimenterie »

-des commerçants jugés indociles

-l’UFDG en incriminant son 1er Vice-Président.

La vie de la Guinée a été rythmée depuis l’indépendance par des purges sanglantes et des parodies de jugement des agents de la « cinquième colonne » c’est-à-dire l’ennemi de l’intérieur. M. Alpha Condé a été victime de ce type de machination en décembre 1998 et il a promis de renouer avec le « complot permanent » en ramenant la Guinée là où Sékou Touré l’avait laissée. C’est ce programme qui se déroule actuellement à Conakry.

 

8.   Guinéenews©: Quelle sortie de crise pour éviter à la Guinée ce qui est arrivé à certains pays voisins ?

 

Bah Oury : La crise s’est intensifiée, avec la convocation du corps électoral le 30 juin 2013 pour l’organisation des législatives. Une période d’incertitude s’ouvre. Comme il fallait s’y attendre la parodie de dialogue n’a rien donné. Deux années d’atermoiements, de manifestations, des dizaines de morts, des centaines de blessés et des milliers d’incarcérés n’ont pas infléchi l’attitude des autorités guinéennes.

Dans ce contexte où le pouvoir n’a jamais fait preuve d’une volonté minimale de respecter la constitution ni de privilégier l’intérêt national, la sortie de crise ne sera pas sans douleur. A la lumière de l’histoire récente de la Guinée, restaurer l’autorité de la loi et rétablir la confiance des guinéens  en leurs institutions passent par le départ d’Alpha Condé.

Son départ est une nécessité pour éviter à la Guinée un avenir de tourmente et de désordre. Sa gouvernance   a cristallisée autour d’elle tous les conservatismes et les immobilismes de la société guinéenne post-indépendante : les nostalgiques de l’autoritarisme du premier régime, les bénéficiaires du système prédateur de l’ère Conté et les tenants d’un ethnocentrisme militant de la coordination du mandingue. Cette réalité sociologique est soutenue par un dispositif sécuritaire agressif et violent notamment la milice ethnique des donzos. Ainsi la poursuite de cette logique pour l’accaparation d’un pouvoir totalitaire ne pourra qu’engendrer un déferlement de violence sans fin en Guinée. C’est pour sauver la Guinée, que je milite pour le départ d’Alpha Condé.

9.     Guinéenews©: L’ex-chef de la junte du CNDD vient de participer aux obsèques de sa maman à Nzérékoré , qu’est –ce –que vous en dites ?

Bah Oury : J’estime qu’il a obtenu un rare privilège pour se recueillir auprès de sa mère pour entamer le deuil. Il est normal de lui présenter les condoléances pour le repos de l’âme de cette dame centenaire. Mais j’attendais de la part du Capitaine Dadis Camara, qui se retrouve en terre guinéenne pour la première fois après trois années d’exil, un acte de repentance par rapport à la tragédie du 28 septembre 2009. Mais je n’ai rien entendu allant dans ce sens. Une belle occasion pour permettre aux nombreuses familles guinéennes traumatisées et meurtries d’avoir un peu de réconfort, est ainsi perdue. La nécessité de s’engager résolument dans le dur chemin de la repentance pour donner une chance à la réconciliation nationale n’est pas encore compris par ceux qui ont eu la responsabilité politique et morale des graves violations des droits de l’homme dans notre pays. Le devoir de mémoire est un impératif si nous ne voulons pas que de telle tragédie se répète. Zogota, Gallapaye, le 27 février 2013 pour ne citer que ces massacres, sont là pour nous rappeler que le pire est toujours possible.

 

10.     Guinéenews©: Votre dernier mot

Bah Oury : Les guinéens sont désespérés et inquiets pour leur avenir et pour celui de leurs enfants. Leur désenchantement est légitime. Mais nous n’avons pas collectivement le droit de baisser les bras et d’abandonner le pays. Comme je l’ai dit à la conférence à laquelle vous avez assisté, j’ai foi en l’avenir de la Guinée. Elle se relèvera et sera demain l’une des locomotives économiques en Afrique comme le pensait justement Roland Pré, gouverneur du territoire de la Guinée et auteur de « l’avenir de la Guinée » au lendemain de la seconde guerre mondiale.

10.  Guinéenews© : Merci monsieur Bah.

 

Entretien réalisé par Bassamba DIALLO , chef du bureau de guineenews.org de Bruxelles

 

 

 

 

A l’Université Libre de Bruxelles: L’Economie de la Guinée: Bilan et Perspectives: Une désillusion au regard de ses immenses potentialités

 

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le gouverneur du territoire de la Guinée Française Roland Pré exposa en 1951 dans une étude intitulée « l’avenir de la Guinée Française » une présentation des atouts économiques et humains de la Guinée ainsi que sa croyance en la possibilité de faire de ce pays un moteur de développement et de modernisation de l’espace colonial francophone de l’ouest-africain. Il écrivait «A l’inverse de la plupart de tous les autres territoires africains, la Guinée, en effet, se procure sur place et en abondance la quasi-totalité des produits dont elle a besoin.
Mais c’est la production destinée à la consommation intérieure qui permet d’avoir une véritable idée de la richesse agricole du pays :
• 180.000 tonnes de riz par an
• 75.000 tonnes de fonio et maïs
• 10.000 tonne d’huile de palme
• 5 à 6.000 tonnes de noix de kola
• un élevage qui lui permet de consommer annuellement plus de 100.000 bovins et près de 100.000 ovins et caprins
• des pêcheries tout le long de la côte
• enfin des productions diverses telles que café, sisal, tabac, indigo, bois d’œuvre, savons, cuirs, capables de subvenir à tous les besoins.
Malgré ses aspects satisfaisants, il est loin de donner une idée des possibilités d’avenir du Territoire. L’équilibre économique de la Guinée est en effet en cours de transformation radicale. Dans l’ère d’industrialisation dans laquelle entre le continent africain, la Guinée paraît appelée à jouer un rôle de premier plan, car elle dispose des deux éléments de base de toute activité industrielle moderne : les matières premières et l’énergie. Il est permis d’affirmer qu’elles permettront à la Guinée d’ici peu d’années, si elle le veut, non seulement d’exporter en abondance des minerais de toute sorte, mais encore d’installer sur son sol une industrie métallurgique qui, jointe aux industries de transformation complémentaires de son activité agricole seront le point de départ d’une transformation radicale de son économie. Si l’on ajoute encore les perspectives de culture mécanique du riz dans les vallées et les plaines littorales, il semble que l’avenir dans tous les domaines soit extrêmement prometteur. »

Mesdames et messieurs,

Ces lignes ne sont pas l’œuvre d’un exalté mais il s’agit d’un esprit lucide qui met en avant son professionnalisme pour servir au mieux les intérêts de la France de l’époque. Mais qu’est devenue la Guinée ? Quelles en sont les évolutions socio-économiques, les enjeux et pour quelles perspectives ?

La Guinée : un pays béni de Dieu

Le sous-sol guinéen renferme d’importantes ressources minières dont les réserves sont fabuleuses. Pourvue des 2/3 des réserves mondiales de la bauxite, de près de 10 milliards de tonnes de fer, de quantités non négligeables de calcaire, de nickel, de diamant, d’or, et de titane à ceux-ci s’ajoutent des indices d’uranium et de chrome. Sur le plan énergétique, château d’eau de l’Afrique de l’ouest, ses fleuves offrent de grandes possibilités de production d’énergie hydroélectrique dont le potentiel est évalué à plus de 6.100 MW d’énergie annuelle garantie.

Mais avec un bilan économique et social décevant

Paradoxalement malgré toutes ses richesses, durant la période 2000 à maintenant la croissance économique de la Guinée (aux alentours de 2%) est parmi les plus faibles de la région ouest-africaine. Par conséquent le PIB par habitant (400 usd) est en dessous de la moyenne régionale. Elle se distingue aussi pour son taux d’inflation le plus élevé de la région (20% en moyenne) durant la même période. Entre 2002-2005, le taux de croissance économique annuel moyen s’est établi à environ 2,3%, contre un objectif de 5% initialement fixé. Quant à l’inflation, en glissement annuel, elle est passée de 5,4% en 2002 à 39,1% en 2006, contribuant ainsi à une détérioration du pouvoir d’achat des populations.

Marqué par une pauvreté qui s’amplifie

La Guinée avec un IDH (Indice de développement humain) de l’ordre de 0,35 fait partie des pays ayant le plus faible IDH. Ce n’est pas étonnant que son classement depuis la création de cet indice par le PNUD soit dans les dix derniers rangs. Elle est classée 178/186 pour l’année 2012. Pour mémoire, l’IDH tient compte de trois dimensions du développement humain : l’espérance de vie à la naissance, le niveau de scolarisation évalué à partir du taux d’analphabétisme et de la fréquentation des différents niveaux du système scolaire et enfin le standard de vie calculé à partir du PIB par habitant en tenant compte de la parité du pouvoir d’achat (PPA).
En Guinée, 55,2% de la population soit près de 6 millions de guinéens vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le DSRP, document de stratégie pour la réduction de la pauvreté qui est le cadre de conception et de mise en œuvre d’une approche intégrée pour l’ensemble des politiques et programmes de développement n’a toujours pas réussi à faire infléchir la courbe de la pauvreté. Dix ans après le lancement en 2002 de la mise en œuvre du premier document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP 1), la Guinée se trouve confrontée à une situation économique et sociale particulièrement difficile. Cette contre-performance récurrente rend la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement (OMD) hypothétique.
Ainsi, l’incidence de la pauvreté au niveau national, qui était de 49,2% en 2002, est passée à 53,6% en 2007 et avoisine 55,2% de la population en 2012. Selon l’institut national des statistiques de la Guinée 15% des chefs de ménage sont pauvres et ne peuvent pas subvenir à leurs besoins élémentaires.

Une communauté internationale financière attentive

C’est dans ce contexte dramatique que le 25 septembre dernier, les institutions de Bret-tons woods (Fmi et Banque mondiale) ont déclaré la Guinée éligible pour l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative PPTE avec une annulation substantielle de sa dette de 2,1 milliards de dollars US. Ce montant devra être réinvesti pour financer des mesures sociales et des infrastructures devant lutter contre la pauvreté dans le pays.
Dans le même ordre d’idée, la signature le 22 décembre dernier du 10éme FED dont la libération globale de l’enveloppe allouée est assujettie à des conditionnalités de gouvernance intervient in extrémis. En effet, comme d’habitude les autorités guinéennes se font « prier » pour aller dans le sens des intérêts bien compris de la Guinée et de sa population.
Une aubaine pour le gouvernement actuel s’il inscrit son action dans la satisfaction des besoins essentiels de la population guinéenne. Pour cela il est indispensable de procéder à un changement radical du mode de la gouvernance du pays.

Mesdames et messieurs,
.
Comment s’explique le scandale guinéen ?

Différentes hypothèses sont plausibles et les plus répandues sont :
• La rupture brutale avec la France en 1958
• L’étatisation de l’économie selon le modèle soviétique en vogue dans le tiers-monde à l’époque
• L’instauration d’une économie extractive de rente
• La faiblesse de l’épargne nationale
• La détérioration des termes de l’échange
• L’inadaptation des politiques d’ajustement structurel
• Le faible niveau de qualification des ressources humaines
• La négation des principes de l’Etat de droit par les systèmes judiciaires mis en place
• La déstabilisation de la sous-région dans les années 1990 et 2000.

Comment comprendre cette évolution surprenante de la Guinée ? Comment le pays qui était destiné à jouer le premier rôle en Afrique s’est-il-retrouvé parmi les plus pauvres du monde ?
A titre de comparaison, la Guinée à l’indépendance disposait de plus d’atouts que la Corée du Sud, qui en 1960 était encore marquée par les stigmates de la guerre avec peu d’infrastructures et de ressources. Sa richesse produite par habitant était comparable à celles de nombreux pays d’Afrique subsaharienne d’alors et 80% de ses habitants étaient des paysans. Cinquante ans plus tard, son PIB par habitant est dix fois plus élevé que celui du Nigéria qui a pourtant bénéficié durant cette même période de la rente pétrolière de plusieurs centaines de milliards de dollars.

Mesdames et messieurs,

Je n’ai pas la prétention de pouvoir élucider toutes les causes du désastre guinéen, mais ma réflexion m’a amené à privilégier quatre pistes d’explication.

La piste économique ou le dogme de la souveraineté monétaire rime avec laxisme dans la gestion économique et financière du pays

Le 1er mars 1960, la République de Guinée sortait de la zone franc, créait sa propre monnaie et sa banque nationale d’émission. Ces mesures rendaient impossibles toute évasion des capitaux, tout rapatriement de bénéfices par les sociétés étrangères, sauf accord du Gouvernement et allocation des devises correspondantes par son office des changes.
En effet pour assurer sa survie le premier régime a manié sur le plan économique l’arme monétaire en usant de la planche à billets et également de changements fréquents des signes monétaires. Entre 1960 et 1976 la masse monétaire était en moyenne 46% du PIB alors que le plafond statutaire qui, d’ailleurs, n’a jamais était respecté était de 10% du PIB. En 1983 le gonflement de la masse monétaire atteignit 51% du PIB.
Cette politique monétaire expansionniste a favorisé l’existence d’un marché parallèle largement dominant, l’existence du double taux de change, d’une politique de déficit budgétaire systématique et de l’absence de mesures périodiques d’ajustement. Ce laxisme va mener à une situation économique et monétaire dramatique. La stabilité du régime a été acquise dans un environnement de pénuries et de privations par l’enfermement du pays et par une politique répressive sans limite.
A la mort de Sékou Touré en 1984 et l’accession au pouvoir du Général Lansana Conté, une libéralisation de l’économie avec le soutien des bailleurs de fonds multilatéraux et bilatéraux fut engagée. Au lendemain du discours programme du 22 décembre 1985 des mesures drastiques de réforme monétaire entrèrent en vigueur avec ses principaux volets :
-liquidation pure et simple de toutes les banques d’Etat qui étaient devenues illiquides.
-Ouverture de guichets pour les principales banques internationales francophones
-dévaluation massive du sily (1 dollar qui valait 25 sily sur le marché officiel est ramené à 1 dollar pour 340 sily. Du jour au lendemain le sily perd 13,6 fois de sa valeur).
– le franc guinéen est réintroduit avec 1 sily pour 1 franc guinéen
– le 1er janvier 1986 1FG=1FCFA et 27 ans plus tard 1 CFA vaut quinze à seize FG.
Cette sévère et courageuse réforme a été interprétée à tort à l’époque comme une étape vers la réintégration de la zone franc. Suite à ces mesures, la Guinée connaitra pendant près d’une décennie une conjoncture favorable et les résultats des réformes ne tardèrent pas à se manifester avec dans les années 90 une croissance en moyenne de l’ordre de 4,5% et l’inflation s’établit en deçà de 10%. Le numéro 31 de la revue « Politique Africaine » a consacré en 1994 à cette période de riches articles qui méritent d’être revisités.

Mais cette dynamique vertueuse fut de courte durée puisqu’à partir de 2000 la croissance chute, et en même temps l’inflation frôle les 28 % en 2004.C’est ainsi qu’en août 2004, l’armée intervient pour réprimer des émeutes de la faim à Conakry. La situation se détériora par la suite avec une forte poussée inflationniste due pour l’essentiel à une forte création monétaire sans contreparties en biens et services d’une part, à la faiblesse des recouvrements des taxes et impôts et à la mauvaise qualité des dépenses. Il ne faut pas oublier de mentionner le poids excessif de la corruption et des détournements des deniers publics dans ce marasme financier. Pour gagner une accalmie après chaque mouvement social en 2005,2006, 2007, 2008 des augmentations salariales sont annoncées, des statuts particuliers sont accordés à plusieurs catégories d’agents de la fonction publique sans aucun rapport avec la capacité financière de l’Etat. Et aussi l’inflation qui reflète la mauvaise gouvernance est érigée en méthode et est en moyenne à 34,7% en 2006, 23,4% en 2007, 18,4% en 2008, 21,4% en 2011, 15 % en 2012 dans un contexte de gel des revendications sociales et d’une répression insidieuse des leaders du mouvement syndical.

La nécessité pour le gouvernement d’atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE l’a contraint à respecter les critères quantitatifs et qualitatifs pour tendre vers le respect des équilibres macro-économiques. D’ores et déjà les tensions sociales sont à fleur de peau. La récente augmentation salariale des agents de la fonction publique a été perçue comme un rattrapage de la dépréciation du pouvoir d’achat accumulée pendant les deux années de la transition militaire. Devant la montée des revendications sociales les autorités monétaires auront-elles la latitude de fixer le cap d’une gestion rigoureuse de la monnaie nationale ?
La tentation de recourir à la planche à billets est forte pour « acheter » temporairement la paix sociale, grugeant ainsi la nation de son épargne car incapable de procéder aux réformes structurelles et institutionnelles dont le pays a besoin.
La Guinée s’avère être un contre-modèle pour l’adoption d’une monnaie nationale car ses dirigeants n’ont jamais fait preuve de rigueur et de volonté politique pour gouverner dans le respect des principes monétaires et économiques universels. Ils ont toujours privilégié leur intérêt politicien ruinant délibérément le pays et sa population. Des pays comme le Maroc et le Cap-Vert sont parvenus à rendre leur monnaie nationale quasi-convertible.

La piste politique ou l’absence d’alliance entre les pouvoirs politique et économique

Mesdames et messieurs

L’historien français Fernand Braudel a maintes fois souligné qu’il n’existe pas qu’un seul modèle de développement. Ce qui importe dans le développement économique c’est la qualité de l’alliance entre les pouvoirs politique et économique. En Guinée de l’indépendance à maintenant, les relations entre le pouvoir politique et la sphère économique ont toujours été exécrables. Les différents pouvoirs qui se sont succédé à Conakry se sont toujours placés en position antagoniste vis-à-vis du secteur privé national représenté abusivement par les « commerçants ». Ces suppôts de l’impérialisme et du capitalisme sous le premier régime, affameurs du peuple ou trafiquants sont les termes que les discours officiels ont considéré les détenteurs nationaux de capitaux. L’incendie des magasins du grand marché de Madina le mois dernier, peu ou prou couverte par les forces de l’ordre illustre l’hostilité manifeste affichée par le pouvoir politique à l’égard du secteur privé national.
Ses relations avec les investisseurs internationaux notamment miniers sont plus feutrées mais malgré tout empreintes d’une méfiance réciproque. La caricature de cette situation s’est illustrée à la télévision guinéenne où le dirigeant de Rusal en Guinée Patchenko est en proie au courroux du Capitaine Dadis Camara le président du CNDD. Intimidations, menaces et expulsions sont les lots quotidiens des chefs d’entreprise étrangers. La récente expulsion du dirigeant local de BSGR marque la continuité de l’ostracisme développé par le pouvoir politique à l’égard de tous les investisseurs tant nationaux qu’étrangers. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant de constater la faible attractivité de la Guinée pour les capitaux internationaux. Cette attitude atavique empêche les déterminants de la croissance comme le travail, le capital et l’investissement de fonctionner de manière optimale pour une création substantielle de richesse.

La piste institutionnelle ou la nature prédatrice et néo-patrimoniale de l’Etat guinéen

Le comportement des gouvernants guinéens n’est pas fortuit, il reflète exactement les intérêts des représentants d’un système prédateur, néo-patrimonial. Les appareils d’Etat conçus dès l’indépendance avaient et continuent d’avoir comme fonction essentiel la ponction de toutes les ressources nationales pour satisfaire les besoins de la nomenklatura politico-bureaucratique du pays. Bernard Ameillon a décrit avec finesse les débuts de la construction postcoloniale du jeune Etat dans l’essai publié en 1964 intitulé « la Guinée : bilan d’une indépendance ». Il a démontré que les paysans guinéens ont toujours été les laissés pour compte, écrasés par les impôts payés en nature et marginalisés politiquement. Ce n’est qu’après la chute de la dictature que « les normes » furent abrogées donnant ainsi à la paysannerie une relative liberté. Ce n’était pas pour autant une révolution sociale. Le Général Lansana Conté ne disait-il pas à l’adresse de ses fonctionnaires « la chèvre broute, là où elle est attachée » pour justifier la corruption et le détournement des deniers publics. Comme l’écrit jean François Médard « la réalité de l’Etat africain est si éloignée d’un Etat démiurge censé promouvoir le développement, car la finalité de cet Etat n’est ni le développement mais seulement l’accumulation des ressources en siphonnant les deniers publics en faveur des clans qui ont privatisé l’Etat». Ainsi cette « politique du ventre » définie par Jean François Bayart comme une forme de gouvernance qui a pour but exclusif la satisfaction matérielle d’une minorité est celle qui gouverne la Guinée depuis plus de cinquante années. Cette logique prédatrice, génère indiscutablement une institutionnalisation de la mal-gouvernance économique, une fragilité des institutions de la République et une négation des droits de l’homme et du citoyen. La nature de l’Etat prédateur, néo-patrimonial est contraire au développement économique et à la démocratie. Les conflits ethniques, la mauvaise gestion des affaires publiques, la fragilité chronique des institutions, la violence récurrente contre les citoyens, la misère des populations, ne sont que les conséquences directes ou indirectes de la nature de l’Etat guinéen. Dans ce cas aucun projet de développement ne peut être durable. Le cas du Mali actuel préfigure ce qui pourrait arriver à la Guinée du fait de la cécité politique de ses élites.

La piste sociologique ou l’absence au niveau des élites, de consensus autour de normes morales vertueuses

Mesdames et messieurs

La logique de l’Etat néo-patrimonial induit également des comportements sociaux et des attitudes que se partagent les tenants de ce système. L’absence de consensus au niveau des élites du pays sur le socle de valeurs qui fondent l’Etat est une conséquence de cette situation. C’est à juste titre que M.kaushik Basu, Vice-président de la Banque Mondiale rappelle « le développement économique dépend très largement des normes morales qui prévalent dans un pays » fidèle en cela aux enseignements d’Amartya Sen prix Nobel d’économie.
L’émergence d’un esprit du service public, le respect des patrimoines collectifs, l’acceptation d’honorer les obligations fiscales en s’acquittant des impôts, le sens du devoir et de la responsabilité dans la gestion des affaires publiques, la primauté de l’autorité de la loi et la volonté de servir au lieu de se servir sont autant de normes morales qui en définitive consolident les institutions et favorisent l’implication citoyenne du plus grand nombre pour le redressement économique. En d’autre terme la définition d’un contrat social fort qui est le soubassement de l’édification d’un profond civisme est une des conditions pour parvenir au progrès et au développement. En ce qui concerne la Guinée d’aujourd’hui, marquée par une construction nationale inachevée et des déséquilibres économiques fortement inégalitaires, les élites sont encore prisonnières d’un conformisme ambiant qui empêche la définition commune d’une même vision de l’avenir du pays. Tricher, mentir, spolier les deniers publics, renier la vérité sont antinomiques de la rigueur intellectuelle indispensable pour affronter les défis du présent. Ce système consacre le triomphe de l’égoïsme individuel sur l’intérêt collectif.

A titre d’illustration le cas type de la gouvernance minière

La gouvernance minière en Guinée illustre nettement la propension à l’affairisme qui gangrène ce secteur vital pour l’avenir du pays. Si au lendemain de l’installation de M.Alpha Condé au pouvoir, une certaine euphorie s’était emparée de certains dirigeants des groupes miniers, aujourd’hui la désillusion est totale.
• Le nouveau contrat minier adopté en septembre 2011 par le CNT accorde à la Guinée 15% des actions dans chaque projet et qui pourra exercer une option d’achat de 20 % autres au taux du marché. Le niveau très élevé des investissements condamne de facto cette disposition d’être difficilement applicable. Ceci est un aspect du blocage de plusieurs projets miniers. Il semblerait que ce code devra être représenté devant le CNT pour être amender après avoir été adopté par cette même assemblée agissant comme parlement.
• Voilà un an que l’usine d’alumine de Fria est à l’arrêt. Les travailleurs sont réduits à une mendicité chronique. La ville de Fria meure sous nos yeux. Les autorités guinéennes et Russal se renvoient la responsabilité de la situation. Russal conditionne la reprise de la production par la signature d’une convention relative au projet Dian-Dian. Le pouvoir politique de son côté s’illustre par son indifférence vis-à-vis d’une localité qui se meurt emportant avec elle l’unique usine d’alumine de Guinée construite par Péchiney. Cette semaine la grogne sociale est montée en crescendo jusqu’à chasser ,le préfet ,le maire et le commissaire de police de la ville.
• La signature de l’accord transactionnel avec Rio-Tinto a permis d’engranger 700 millions de dollars US en avril 2011 sans pour autant que la contrepartie soit bien identifiée : est-ce, une part de plus- value sur la cession d’un important stock d’actions à Chinalco par Rio-Tinto, ou, une pénalité pour avoir immobilisé pendant douze ans le gisement sans qu’il n’y ait un début d’exploitation, ou bien le prix à payer pour obtenir la signature du décret octroyant la concession à Rio-Tinto, et enfin une avance sur des impôts et taxes à percevoir remboursée par l’adoption d’un congé fiscal de 8 années. De manière officielle et concordante, les guinéens n’ont aucune communication sur le sujet. Aujourd’hui le projet Simandou est gelé. Rio Tinto exige le versement par l’Etat de sa part de participation au capital et de la mise sur pied d’un cadre des investissements fiable. La production devrait démarrer en 2014.
• En début d’année 2011, M. Alpha Condé invite l’ancien président brésilien M.Lula pour lancer le démarrage de la réfection de la voie ferrée Conakry-Niger que l’entreprise minière Valé s’engage à financer pour 1 milliard de dollars US en contrepartie des blocs 1et 2 du Simandou. Alors que les traverses étaient déjà à Conakry, et à peine une semaine après la visite de Lula ,le Chef de l’Etat guinéen ordonne l’arrêt des travaux sans évoquer les motifs de ce revirement spectaculaire et scandaleux.
• Le développement de l’affairisme dans la gouvernance du secteur minier guinéen est connu du monde entier. Le scandale impliquant Palladino où le prêt de 25 millions de dollars, devrait permettre une participation de Palladino à hauteur de 30% dans la future Société Guinéenne du Patrimoine Minier (Soguipami). Sans appel d’offre et dans l’opacité complète, un autre accord gré à gré permet à AIOG d’obtenir 40% de la société des infrastructures minières qui doit construire le trans-guinéen et le port minéralier. Il en est de même des accords avec BTG-Pactual . La politique minière de M.Alpha Condé se révèle être une calamité pour la Guinée car l’affairisme a atteint un niveau jamais égalé par le passé.

Cet avalanche d’affairisme, en moins de deux ans a ruiné la crédibilité des autorités guinéennes et a amené au gel des importantes ressources minières de la Guinée. Le projet Simandou Rio-Tinto Simfer des blocs 3 et 4 est dans l’impasse. Le groupe BSGR bénéficiaire des blocs 1et 2 est en conflit larvé avec les dirigeants guinéens et les groupes Valé et BHP-Biliton ont quitté notre pays.

Quelles perspectives possibles ?
Deux scénarios sont possibles : la poursuite de la descente aux enfers ou un sursaut national salvateur.
• La gouvernance économique est le reflet de la gouvernance générale du pays. Les caractéristiques et la nature prédatrices et néo-patrimoniales de l’Etat guinéen ont atteint leur limite. La crise politique et sociale s’est amplifiée depuis 2005. Aucune réforme n’a été engagée depuis lors de manière durable pour apporter une réponse aux maux dont souffre le pays. Au contraire les problèmes se sont accrus. La cohésion nationale vole en éclats et la pauvreté gagne de larges couches de la population. Les institutions du pays fragilisées depuis très longtemps se sont affaissées et l’Etat guinéen est au bord de la faillite. Poursuivre dans cette voie, c’est encourir le risque de pousser le pays vers la destruction. L’impossibilité d’organiser des élections législatives claires et crédibles indique la profondeur de la tragédie collective qui rôde autour de nous. La Guinée est dans la trajectoire qui a conduit des pays comme le Mali, la Somalie et le RDC, pour ne citer qu’eux à sombrer dans la désolation et livrées leurs populations à elles-mêmes.

• Le sursaut patriotique est indispensable pour stopper l’extension de la misère économique .Le changement est devenu une nécessité pour éviter le chaos. D’abord l’Etat est à « refonder » pour qu’il assure l’émergence d’une Guinée, moderne, ouverte et prospère. Le réveil de la Guinée aura un grand impact pour l’ensemble des pays de la sous-région. L’exploitation rationnelle de ses ressources minières sera un facteur de croissance très important, l’actualisation de son potentiel énergétique en fera un exportateur net et son agriculture fera reculer la pauvreté et la faim dans cette partie de l’Afrique.

Roland Pré croyez en l’avenir de la Guinée. Nous aussi, avons confiance en la possibilité de tirer ce pays des méandres du sous-développement pour en faire la locomotive d’une Afrique de l’Ouest stable ,réconciliée et tournée vers le progrès.
C’est ici à Bruxelles capitale de l’Europe dans cette prestigieuse université ULB, que j’affirme que « la Guinée se relèvera » et pourra être « une locomotive en Afrique ». Nous travaillons pour que cela puisse se réaliser.

Bruxelles , 6 avril 2013

BAH Oury invité du jour sur Africa24

La Guinée, après deux ans de pouvoir d’Alpha Condé est confrontée à une crise politique, sociale et économique généralisée

 

Le 21 décembre 2012, Alpha CONDE fête son second anniversaire, comme Chef de l’État de la République de Guinée. Parvenu au pouvoir suite à des élections présidentielles très controversées, il a réussi ainsi à faire aboutir une longue marche de 40 années vers le pouvoir. Auréolé d’un double prestige comme ancien leader de la Fédération des Étudiants de l’Afrique Noire en France (FEANF), mouvement panafricaniste et anticolonial des années 50 et 60 et aussi comme prisonnier politique du Général Lansana CONTE au lendemain des présidentielles de décembre 1998, sa venue au pouvoir a suscité beaucoup d’illusions tant au niveau de la population guinéenne qu’à l’extérieur du pays. A l’aune de la durée, le bilan du « Professeur  Alpha CONDE » laisse un goût amer de désenchantement.

Une ascension au pouvoir marquée par l’ethno-stratégie

 

La succession du dictateur Sékou TOURE en 1984 a été marquée par des purges sanglantes au sein de l’appareil d’état guinéen. La tentative de putsch initiée par le Colonel Diarra TRAORE le 4 juillet 1985 fut le prétexte pour l’élimination physique des dignitaires du régime du PDG-RDA et aussi d’un nombre important d’officiers issus de l’ethnie malinké. Celle-ci, profondément traumatisée et scandalisée par le « Wo Fatara (1)» du Général CONTE, s’enferma dans un repli identitaire pour ruminer sa revanche. C’est dans ce contexte que son élite réfugiée dans les pays limitrophes entreprit d’organiser la lutte politique contre le pouvoir militaire du CMRN (Comité Militaire de Redressement National). Pour elle, la reconquête du pouvoir passe nécessairement par la réhabilitation des « œuvres de Sékou TOURE ». Aucun droit d’inventaire et aucune critique rétrospective de cette période sombre de l’histoire guinéenne ne sont tolérés. Cet enfermement communautariste est aussi encouragé par la multiplication des crises sous régionales. Au Libéria voisin, la guerre civile oppose principalement les groupes ethniques dits  « forestiers» aux groupes mandingues. La férocité et la sauvagerie de ce conflit  déversent sur le territoire guinéen des centaines  de milliers de réfugiés. La Guinée fut elle-même le théâtre de tueries fratricides entre les guerzés et les mandingues de la région de Nzérékoré lors des élections communales de 1991. C’est à juste titre que le sentiment d’être persécuté se renforça  au niveau des élites malinkées. Cette frustration collective est exploitée par les nostalgiques de l’ancien régime guinéen pour jeter les fondements de leur option politique : la reconquête du pouvoir en s’appuyant essentiellement sur leur  communauté. C’est dans ce contexte trouble qu’Alpha CONDE est « coopté » pour être le porte-drapeau de cette stratégie politique, s’aidant pour cela de la légalisation du multipartisme politique naissant. Alpha CONDE se révèle à l’opinion nationale comme un farouche opposant au Général Lansana CONTE et aussi un partisan des thèses ethnocentristes, rejetant aux orties ses anciennes convictions panafricanistes. Dans ses campagnes politiques il ne se gêne point pour dire « Tout malinké qui n’est pas du RPG, est un bâtard !». Les acteurs politiques issus de la Haute-Guinée    ayant une sensibilité libérale et critique à l’égard du lourd passif du régime de Sékou TOURE comme le Professeur Lanciné KABA sont réduits au silence et enrégimentés au sein de la mouvance du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG).

La dérive ethnocentriste n’est pas du seul fait du RPG et de la coordination mandingue. L’inexistence de structures politiques concurrentes et opposées à la dictature du PDG-RDA  à l’intérieur du pays, les guerres civiles « lignagères » et tribales au Libéria et en Sierra –Léone et aussi l’orientation ethnocentrique et despotique du régime du Général CONTE ont conforté les clivages régionaux et communautaires dès le début du processus de démocratisation politique de la Guinée en 1990.

 

Des législatives annoncées mais plusieurs fois reportées

 

La déclaration de la Cour Suprême déclarant Alpha CONDE vainqueur du second tour des élections présidentielles du 07 novembre 2010 avec 52,52% des voix alors qu’il n’avait eu à peine 18% au premier tour  traduit une double victoire : celle d’Alpha CONDE et aussi celle de la coordination mandingue qui entre les deux tours n’a pas hésité de proférer des menaces susceptibles de remettre en cause l’unité du pays si leur « fils » n’est pas élu. Vingt-cinq après les exactions anti-malinkés à Conakry, les nostalgiques de l’ancien régime savourent l’aboutissement de leur lutte. Dans leur sillage, Alpha CONDE déclare « je vais ramener la Guinée là où Sékou TOURE l’avait laissé ».

 

A la tête de l’exécutif guinéen, les stratèges du RPG-arc-en-ciel, la coalition des partis politiques de la majorité présidentielle prennent conscience qu’avec moins de 30% des voix collectées au premier tour, la majorité parlementaire ne leur est pas accessible en l’état. Au mois d’avril 2011, lors d’une réunion au Palais du Peuple avec les représentants des partis politiques, M. Alassane le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation faisant office de Condé le Ministre de l’Intérieur annonce que le gouvernement « a décidé d’organiser un nouveau recensement électoral afin de convoquer les électeurs pour les législatives dans le dernier trimestre 2011 ». L’opposition médusée crie au « coup d’Etat institutionnel ». En effet cette déclaration gouvernementale nie l’existence d’une Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) à qui la constitution adoptée par le Conseil National de la Transition (CNT) confère une totale indépendance et  est sensée être « la seule institution en charge de l’organisation et de la supervision de l’ensemble des élections en Guinée » .De même le code électoral en vigueur rejette l’organisation d’un nouveau référendum au profit d’une révision des listes électorales une fois l’an. Les intentions du Gouvernement sont de deux ordres : d’abord mettre sous sa tutelle la CENI puis constituer un nouveau fichier électoral. Aux yeux du pouvoir, le fichier électoral de la Sagem qui a servi pour la présidentielle est suspect car étant élaboré par les soins « d’une officine de la police française  », c’est ainsi que s’exprime le Ministre de l’Intérieur, M.Alassane CONDE. La représentation du PNUD en Guinée détentrice d’une partie du code d’accès aux données biométriques  ne sera pas exempte des attaques au vitriol du ministre qui exige  l’intégralité du code alors que la protection, l’inviolabilité et l’inaltérabilité du fichier sont garanties par la loi.             

 

Pour cela, Loucény CAMARA  le président de la CENI adoubé par Alpha CONDE s’arc-boute à son poste malgré les multiples revendications de l’opposition structurée dans une alliance dénommée Collectif de l’opposition  pour la finalisation de la Transition  et l’Alliance pour la Démocratie et le Progrès (ADP). Celle-ci exige le départ de Loucény CAMARA, la refonte de toute la CENI, le maintien du fichier électoral de la SAGEM révisé conformément à la loi, l’annulation du contrat avec Waymark et la participation au vote des guinéens de l’extérieur. 

Pour ce faire entendre, elle organise des séries de marches pacifiques qui se terminent le plus souvent par des répressions sauvages et des centaines d’arrestations. Quatre morts pour la marche du 27 septembre 2011et trois autres au moins le 21 septembre 2012  sont  enregistrés. Les militants de l’UFDG  de la commune de Ratoma sont les principales victimes des tirs à balles réelles et des agressions de la milice ethnique du régime « les donzos ». Le bras de fer entre l’opposition et le régime guinéen rythmé de temps à autre par des rencontres largement médiatisées au palais présidentiel entre Alpha CONDE et les représentants des partis politiques se poursuit sans pour autant que l’horizon ne s’éclaircisse pour l’organisation des élections législatives. En octobre dernier, le gouvernement réussit par une manœuvre dilatoire à faire adopter  une loi portant « recomposition paritaire de la CENI ». Celle-ci taillée sur mesure permet à la mouvance présidentielle d’avoir dans tous les cas de figure, la majorité des voix des commissaires de la CENI.

 

Le second point d’achoppement concerne l’opérateur technique Waymark qui est chargé d’assurer  la révision des listes électorales. Celui-ci est choisi dans le cadre d’un marché gré à gré par Mohamed CONDE, le fils du Chef de l’Etat guinéen. Les relations opaques qui existent entre cette firme sud-africaine et l’entourage présidentiel l’ont rendue suspecte aux yeux de l’opposition. Les autorités guinéennes pour tenter de crédibiliser leur choix ont demandé au PNUD  ensuite à l’OIF de procéder à l’examen des capacités techniques de Waymark pour attester qu’elle est en mesure  d’assurer correctement sa mission. Au grand dam du Gouvernement guinéen les conclusions des rapports  des deux organisations internationales furent négatives. Le second rapport des experts de l’OIF très circonspect par rapport à Waymark est gardé au secret et dissimulé aux autres commissaire par le nouveau président de la CENI, M.Bakary FOFANA. Ce dernier vient de fixer au 12 mai prochain l’organisation du scrutin des législatives permettant ainsi  le 21 décembre 2012 la signature du document de stratégie pays et le programme indicatif national pour   relance de la coopération entre l’Union européenne et la Guinée. Principal bailleur de fonds pour l’aide au développement de la Guinée, la signature du 10éme FED qui porte sur 174 millions d’euros a été longtemps suspendue à la fixation d’un chronogramme crédible, précis et irrévocable. Prudente la Commission Européenne précise dans son communiqué « Cette signature permettra le financement de projets urgents dans les domaines de l’eau, de la santé et d’appui à la société civile soit 16% du programme indicatif national. C’est la tenue effective d’élections législatives libres et transparentes qui permettra la reprise de l’intégralité de nos programmes d’aide ». La population guinéenne, habituée aux atermoiements du gouvernement et aux reports répétitifs de la tenue de ces élections, reste aussi sceptique pour la tenue des élections à la date annoncée par la CENI.   

Rien ne laisse présager qu’un accord surviendra sur la question de l’opérateur technique Waymark que le gouvernement s’entête à garder contre vents et marées. A une interview sur les ondes de RFI Le président guinéen a nié l’existence d’un conflit avec l’opposition concernant l’opérateur technique. Il rajoute que l’OIF supervisera le processus électoral afin de lui conférer une relative crédibilité.

Depuis le début du mois de février 2013, l’opposition démocratique a lancé une campagne massive de marches pacifiques dans tout le pays pour selon elle obtenir la satisfaction de ses revendications. Dans un communiqué du 25 février elle décide de se retirer du processus électoral sans pour autant clarifier sa position par rapport à sa participation aux élections législatives. La population quant à elle descend dans la rue pour scander son ras-le-bol de la gouvernance actuelle et demande « le départ du pouvoir d’Alpha Condé ».

Les  journées  du 27 février et du 01 mars 2013  ont été particulièrement chaudes et violentes à Conakry. Nul ne connait le nombre de victimes et l’ampleur des dégâts que les sbires du pouvoir ont occasionné en brûlant des magasins des commerçants dans le grand marché de Madina. Au moment où ses lignes sont écrites, Conakry est dans l’émoi, craignant le basculement dans la violence généralisée du pays. La rencontre annoncée le 04 mars 2013 entre Alpha Condé et la classe politique n’augure pour le moment aucune sortie de crise durable. D’une crise autour du processus électoral, la Guinée s’engage inexorablement sur la remise en cause du pouvoir d’Alpha Condé du fait de la mauvaise gouvernance et de la négation des fondements de l’Etat de droit.   

 

Une décennie perdue du fait de la mauvaise gouvernance

 

Le 01 septembre 2012, une pirogue des pêcheurs des îles de Kassa chavire aux larges de Conakry. Plus d’une trentaine de personnes périrent noyées, non loin du Port Autonome de Conakry. Sur la terre ferme, le choléra fait des ravages en décimant des populations semi-urbaines et rurales. De février à août 2012, près de 130 cas de décès ont été enregistrés par les services sanitaires de la région côtière du pays. Ces deux situations illustrent qu’après 54 années d’indépendance la Guinée n’a pas pu offrir à sa population les infrastructures minimales pour assurer sa protection et lutter contre les épidémies telle le choléra et le paludisme. Ce résultat n’est pas étonnant car la  croissance économique de la Guinée s’est avérée la plus faible de la région ouest-africaine ces dernières années. Le PIB par tête d’habitant est en dessous de la moyenne régionale (400 usd). Le taux d’inflation  en moyenne de 20 % durant une décennie  a accentué la paupérisation de la population. Avec un salaire réel par tête à GNF constant de 2002 de l’ordre de 300.000 GNF(10), les fonctionnaires ne peuvent plus subvenir aux besoins essentiels de leur famille. Dans ce contexte, le classement  de la Guinée parmi les dix pays ayant le plus faible indice de développement humain (IDH) n’est guère surprenant. Le 154éme rang sur 174 au niveau de l’indice de la perception de la corruption de Transparency International  dans son rapport 2012, pointe la mal-gouvernance comme l’une des causes principales du retard économique du pays.

L’admission de la Guinée, le 25 septembre dernier à l’initiative PPTE, a apporté une bouffée d’oxygène aux finances publiques guinéennes. Avec l’atteinte du point d’achèvement l’allégement de la dette de près de deux milliards de dollars US va permettre d’investir beaucoup plus dans les secteurs prioritaires pour la réduction de la pauvreté comme la santé, l’éducation, les infrastructures et d’autres services sociaux de base. La Guinée courait derrière désespérément le « programme avec le FMI » voilà une décennie. La crise sociale et politique des dernières années de la gouvernance du Général CONTE, puis les gestions calamiteuses des gouvernements de transition militaire de Dadis CAMARA  et de Sékouba KONATE avaient aggravé la destruction du tissu économique du pays et avaient laminé les finances publiques. Pour la seule année de 2010 le gouvernement d’Union Nationale et de Transition de Jean Marie DORE a fait exploser la masse monétaire de 40% en utilisant à outrance la planche à billets. Le mérite de la gouvernance actuelle est d’avoir stoppé cette création monétaire sans contreparties en biens et services et d’avoir augmenté substantiellement les réserves de change qui ont atteint 5,4 mois d’importation à juin 2012.Toutefois cette amélioration dû  essentiellement à des opérations exceptionnelles en provenance  du secteur minier n’inversent pas les déséquilibres macro-économiques structurels qui handicapent le pays. Au niveau des contreparties de la masse monétaire, les crédits à l’Etat dominent largement, créant ainsi un effet d’éviction sur les crédits à l’économie depuis 2002.  De ce fait la Guinée oscille entre des déclarations favorables à l’investissement privé et la permanence de la toute-puissance de l’Etat au niveau du secteur économique. Mais malheureusement la manne financière injectée dans l’économie  par l’action publique sert plus à enrichir les réseaux politico-affairistes que de contribuer à faire reculer la pauvreté. La réduction de la dette du pays ne peut être une chance que si la gouvernance économique s’oriente à faire face au chômage massif des jeunes et à développer les infrastructures énergétiques et routières dont le pays a grandement besoin.  

 

Un pays en proie à l’insécurité

 

L’assassinat dans une rue fortement fréquentée de la banlieue de Conakry  le  09 novembre dernier de la directrice nationale du trésor, Mme Aïssatou BOIRO par des hommes habillés en treillis militaires a jeté le trouble dans l’opinion. Connue pour son obstination à contrecarrer les malversations financières qui grèvent les maigres ressources du pays, son élimination réveille la hantise des guinéens de voir leur pays pris en otage par des réseaux politico-maffieux. Le Financial Times a indiqué que Mme BOIRO était parvenue à pister le détournement des caisses de l’Etat de 1,8 millions de dollars jusqu’au niveau de l’entourage présidentiel. Surpris par l’indignation générale autour de cette tragique et scabreuse affaire, M. Alpha CONDE nomme à la fin de novembre, l’époux de la défunte comme ministre de l’environnement et des eaux et forêts dans un geste de « réparation ».

Deux années de pouvoir n’ont pas permis à la gouvernance d’Alpha CONDE de faire une rupture avec les pratiques prédatrices et l’utilisation systématique de la violence pour régler des contradictions sociales et politiques. Emule de la théorie de Sékou TOURE du « complot permanent », plus d’une cinquantaine d’officiers de l’Armée Nationale dont le Général Nouhou THIAM ancien chef d’Etat –Major Général des armées et une vingtaine de civils sont interpellés et emprisonnés au pénitencier de Conakry depuis le 19 juillet 2011, suite à un échange de tirs entre la garde de sa résidence privée de Kipé et des membres inconnus d’un commando. De même dans la dernière quinzaine du mois de novembre 2012, une dizaine de soldats et de sous-officiers sont également arrêtés et accusés de tentative de coup d’état contre le régime. Vivant dans une psychose de renversement de son régime, le Chef de l’Etat guinéen s’est enfermé dans son bunker du palais présidentiel dans la presqu’île de Kaloum  avec un bataillon de soldats pour assurer sa sécurité. Comme Dadis CAMARA et Sékouba KONATE ses deux prédécesseurs à la tête du pays, son escorte est une véritable armada militaire avec même des hélicoptères pour survoler son itinéraire lorsqu’il se rend à l’aéroport de Conakry.

Les villes de l’intérieur du pays sont régulièrement le théâtre de remous sociaux et d’émeutes populaires. Les populations, excédées par la rapacité des réseaux maffieux que les préfets ont mis en place pour s’assurer prébendes et enrichissement illicite n’hésitent plus de se révolter pour exiger une forme de reconnaissance de leur dignité et de leurs droits de citoyens. Entre Juin et décembre  2012, des préfectures de toutes les régions du pays, y compris Siguiri, le fief traditionnel du RPG ont connu des troubles avec morts d’hommes pour réclamer le départ de leur localité des préfets véreux. Les dernières troubles en date concernent la localité de Guéckédou où les populations autochtones (les Kissis) se sont affrontés aux partisans du préfet qui pour la plus part sont de l’ethnie malinkés. La réponse du gouvernement à ces mouvements de grogne est la répression aveugle  et le recours disproportionné à la violence. Les nominations selon seulement des critères politico-ethniques montrent ainsi leur limite. Le gouvernement subit ainsi à juste titre l’effet-boomerang de sa gestion sans partage du pouvoir. A une allure accélérée, la gouvernance d’Alpha CONDE renoue ainsi avec la situation qui prévalait à la veille des bouleversements sociaux et politiques de 2006 et 2007.  

 

L’armée au cœur de la crise guinéenne

 

L’armée constituée le 1er novembre 1958, par les soldats issus de l’armée française de la période coloniale est en voie d’extinction. A sa place, les forces de défense et de sécurité de la Guinée indépendante ont été bâties selon des critères politiciens pour servir de bras séculier au régime en place. Malheureusement tous les pouvoirs politiques qui se sont succédé au pouvoir depuis l’indépendance ont contribué à ériger un Etat néo-patrimonial sur la base de l’ethno-stratégie.  Dans ce contexte, les forces de défense et de sécurité ne sont pas le « creuset de l’édification de l’Etat-nation », mais  elles sont l’instrument de la domination d’un réseau clientéliste affairiste s’appuyant sur la communauté ethnique du chef de l’Etat du moment. Actuellement cette réalité socio-politique est une contrainte majeure de la réforme des forces de défense et de sécurité guinéennes que la communauté internationale soutient depuis l’épisode tragique du 28 septembre 2009. Ecartelé entre la logique de modernisation de l’institution militaire et celle de la pérennisation au pouvoir de réseaux aux objectifs ethno-stratégiques, le gouvernement guinéen louvoie .C’est ainsi que concomitamment à la mise à la retraite de 4200 militaires en décembre 2011, des recrutements « clandestins » sont organisés pour renforcer la domination numérique des soldats appartenant à la même ethnie que le Chef de l’Etat, Alpha CONDE pour lui servir de garde prétorienne. Les purges au sein de l’armée s’expliquent par la nécessité de neutraliser des éléments récalcitrants et conforter le déséquilibre structurel entre les différentes composantes ethniques au sein des forces de défense et de sécurité. Le crash d’un aéronef de l’armée guinéenne à Monrovia le 11 février dernier où périrent selon les sources officielles onze officiers supérieurs dont le Général Kéléfa Souleymane DIALLO, Chef d’Etat-major général interarmes remet en cause l’équilibre fragile et précaire de l’institution militaire.

La tuerie de Zogota en Guinée-Forestière dans la nuit du 2 au 3 août dernier de 6 paysans par les forces régulières guinéennes rappelle que les régimes guinéens ont toujours instrumentalisé l’armée pour terroriser et réprimer ses propres citoyens pour les maintenir sous le joug de dictature prédatrice et violente. Le régime d’Alpha CONDE n’a pas fait exception au syndrome tyrannique et son attitude confirme la permanence de la violence politique en Guinée.       C‘est ainsi  que le dernier rapport d’Human Right Watch  sur la Guinée soutient que les autorités ont fait part de leur engagement à sévir contre l’impunité mais «  leurs déclarations n’ont pas été suivies d’actions concrètes ».

 

Le slogan « Guinée is back » que les partisans d’Alpha Condé scandent dans leurs meetings ressemble beaucoup plus à « retour en arrière » que d’un nouvel élan vers l’avant. Les conseils de Bernard Kouchner à son ami apparaissent décalés tant le culte de la violence et  la négation de l’autorité de la loi sont les traits marquants des deux années au pouvoir d’Alpha Condé.

 Le 02 mars 2013

1)       « wo fatara » terme soussou qui signifie « ils ont bien fait ». De retour à Conakry aux lendemains du saccage des magasins et des biens des malinkés ,le Général Conté s’était exprimé en donnant raison à ses partisans.

2)      L’historien Lanciné Kaba et comme Mansour Kaba avaient créé des partis politiques en 1992, mais la milice du RPG en Haute-Guinée les amènent à se saborder au profit du RPG.

3)      Résultats du 2nd tour Alpha Condé 52,52% Cellou Dalein Diallo 47,48% et résultats du 1er tour CDD 43,69%,AC 18,25%, Sydia 13,02%,Kouyaté 7,04%

4)      Collectif des partis pour la finalisation de la transition (UFDG, UFR, NGR, NFD, PUD, PUP,GCI)  -ADP ( PDEN,UFC)

5)      CENI (10 commissaires de la mouvance présidentielle, 10 oppositions, 3 société civile et 2 administration du territoire)   

6)      Le sac de riz de 50 kg, principal aliment de base vaut actuellement près de 250.000 gnf ( 1euro vaut 10.000 gnf au marché parallèle)

7)       Tableaux de bord de l’économie guinéenne ( Avril 2012

8)      Lire rapports FMI n°12/295 et n°12/296 de décembre 2012

9)      Le 19 juillet 2011 vers 2h du matin, le domicile privé d’Alpha Condé fut l’objet d’une attaque par un commando. Aussitôt une cinquantaine de militaires dont plusieurs officiers supérieurs furent arrêtés. Le domicile de BAH Oury n°2 de l’UFDG principal parti du pays est saccagé et BAH Oury est recherché. En septembre 2011 à Dakar, Alpha Condé accuse Bah Oury, Diallo Sadakadji et Tibou Kamara d’être les organisateurs de cet « attaque de son domicile ». Le Sénégal et la Gambie sont aussi présentés comme pays ayant favorisé l’opération. Depuis lors un non-lieu a été rendu pour 18 accusés qui furent libérés en mars 2012 et un juillet 2012 un autre non-lieu est rendu pour 15 accusés dont le Général Nouhou Thiam mais le parquet fait invalider cet arrêt. Le procès est en cours devant la cour d’assise de Conakry depuis le 21 décembre 2012.Quatre accusés dont le Colonel Issiaga Camara et Thierno Soufiane Diallo sont morts en détention.

10)  Lire rapport n°173 d’International Crisis Group « Guinée : remettre la transition sur les rails »          

11)  Rapport d’HRW de décembre 2012 « Guinée : en attente de justice »

12)  Lire le dernier rapport n°199  d’International Crisis Group « Guinée : sortir du bourbier électoral » du 18 février 2013

Comment la CENI a été déroutée de sa mission

Propos recueillis le 02 octobre 2012

Guinée58 : Bonjour Monsieur BAH, nous vous remercions de vous prêter aux questions de www.guinee58.com. Vous avez été invité ce weekend à Paris par la société civile des Guinéens vivants en France pour présider la commémoration du 3éme triste anniversaire des événements du 28 septembre 2009 en tant que témoin mais surtout victime. Dans quel  état d’esprit avez-vous présidé ce triste anniversaire ? Comment comptez-vous vous prendre pour faire avancer ce dossier sur le plan judiciaire ?

BAH Oury : C’est avec plaisir que j’ai répondu à l’invitation des associations de la société civile guinéenne en France pour commémorer le troisième anniversaire du massacre du 28 septembre 2009. C’est aussi avec une grande peine et une profonde colère que nous célébrons cette tragédie.

D’abord trois années après ce drame qui a horrifié le monde entier, notre pays n’a pas évolué positivement dans l’affirmation des droits de l’homme et du citoyen. Malgré les recommandations pertinentes de la  Commission d’Enquête Internationale des Nations Unies, la justice de réparation  et de compensation n’a pas vu le jour. Les victimes sont encore devenues doublement victimes. Les femmes qui ont été violées au stade du 28 septembre pour la plus part vivent leur calvaire dans la solitude et le déchirement. Des familles, qui ont  perdu du jour au lendemain soit le chef de famille ou une fille ou un fils sont jetées dans la mendicité. Autant de misères et de malheurs que la puissance publique en l’occurrence l’Etat guinéen devrait atténuer dans le cadre d’une juste réparation. Mais hélas, pour l’instant c’est l’indifférence qui prévaut dans la gestion de ce dossier.

Pis encore, les autorités guinéennes usent encore de la violence pour réprimer toute contestation de leur pouvoir absolu. Le massacre des paysans de Zogota dans la nuit du 3 au 4 août 2012 indique que des récidives de massacres de masse sont possibles. La gouvernance d’Alpha Condé a montré son goût pour l’utilisation de manière systématique de la violence en lieu et place de la nécessaire recherche de consensus national. Les rixes qui ont éclaté le 21 septembre au lendemain d’une grandiose manifestation pacifique à Conakry sont des signaux précurseurs de tragédies planifiées par le pouvoir à court terme pour faire taire toutes les oppositions. Donc un régime liberticide ne fera pas la lumière sur les événements du 28 septembre 2009 car il risque de se condamner. Ce qui importe le plus aujourd’hui est de témoigner fortement pour empêcher la récidive. Nous avons un devoir de vigilance pour empêcher une réédition plus massive du massacre du 28 septembre 2009. Les dangers qui planent au-dessus de la Guinée indiquent que le pire n’est pas loin.

Guinee58 : Pour revenir aux sujets brûlants de l’actualité politique, l’opposition réunie au sein du collectif et de l’ADP est à couteau tiré avec les centristes notamment le club des Républicains animés par JM DORE, Kassory FOFANA et le FDP avec comme tête de file Mamadou Bah Bâadiko à propos des 10 représentants accordés à l’opposition dans la nouvelle configuration de la CENI. Quelle est votre réaction ?

BAH Oury : De manière globale, la question de la représentativité des partis politiques a toujours été le point d’achoppement  au sein de la classe politique. Malgré cela en 2006 nous avions pu définir la quote-part de chaque formation politique pour le financement public des partis. Des critères prenant en compte le poids électoral (pourcentage obtenu lors des précédentes consultations électorales) le nombre d’élus (députés, conseillers communaux et ruraux) avaient permis de fixer un barème accepté par tous. L’UFDG qui n’avait participé qu’aux élections communales de 2005 s’était retrouvé pénalisée.

En l’absence d’élections législatives qui auraient pu partager la classe politique entre la mouvance présidentielle et l’opposition, le positionnement actuel des partis est à géométrie variable au gré des humeurs de leurs chefs. Toutefois, depuis le 27 août 2012 avec la démission du gouvernement de ses deux ministres, le PEDN est ainsi de plain-pied dans l’opposition. De notoriété publique l’ADP et le Collectif cristallisent l’opposition au régime d’Alpha CONDE. Ceux qui se définissent eux-mêmes comme étant centristes en l’absence d’une représentation parlementaire se sont exclus d’une représentation à la CENI car la loi n’évoque que deux entités : la mouvance et l’opposition.

Guinée58: Cette représentativité concerne également l’UFDG dont vous êtes membre fondateur et le 1er vice-président. Gandhi BARRY, un observateur averti de la vie politique guinéenne a fait une analyse dans laquelle il estime que le poids électoral de l’UFDG lui confère de facto au moins six représentants parmi les dix représentants de l’opposition. D’autres voix au sein de l’UFDG réclament non seulement ces six commissaires mais également la vice-présidence de la CENI. Partagez-vous cette analyse de Monsieur BARRY et ces positions au sein de votre parti ?

BAH Oury : En ce qui concerne le nombre de commissaires représentant les entités politiques, l’esprit de la loi fait référence à une « composition paritaire » .Ainsi ce nombre doit être  en adéquation avec le poids électoral de chaque formation politique. Dans ce contexte l’UFDG, l’UFR, le PEDN, la NGR devraient se partager proportionnellement à leur poids lors des élections présidentielles du 1er tour de 2010 les 10 représentants de la  CENI. Ainsi l’UFDG pourrait prétendre à au moins 5 commissaires comme le montre la pertinente analyse développée par Haroun Ghandhi BARRY.

Guinee58 : Avec moins de six représentants et la vice-présidence de la CENI, la Direction de l’UFDG devra-t-elle rendre des comptes à sa base ?

BAH Oury : Comme je viens de l’indiquer  malgré les élections iniques d’avant 2006, l’UFDG avait accepté des critères peu ou prou objectifs pour le partage du budget alloué aux financements publics des partis politiques. Il devrait en être de même aujourd’hui pour le nombre des commissaires de la CENI. Mais je ne me fais aucune illusion pour cette répartition du nombre des commissaires car la Direction de l’UFDG n’a pas su capitaliser les 44% acquis au premier tour des présidentielles. Le capital de l’UFDG s’est envolé le 15 novembre 2011 lors de la rencontre des leaders politiques avec Alpha Condé. En effet la  «  banalisation du Président de l’UFDG » en le recevant parmi plus d’une dizaine de présidents ou de secrétaires généraux de partis de toutes  obédiences et ensuite l’irruption au-devant de la scène médiatique de Jean Marie DORE pour faire le compte-rendu au perron du Palais Présidentiel comme  porte-parole de tous les invités étaient des manœuvres  savamment étudiées pour « dégrader » le challenger d’Alpha CONDE et d’effacer ainsi en ce jour symbolique les 44 % de l’UFDG acquises  de haute lutte.

En tout état de cause, l’UFDG est en droit de réclamer sa juste représentation au niveau des institutions du pays.

Guinee58 : Qu’est que cette question de représentativité de l’UFDG à la CENI vous rappelle-t-elle ?

BAH Oury :Depuis le 18 septembre 2004 où le doyen BA Mamadou devant plus d’un millier de militants de l’UFDG a engagé au nom de l’UFDG la marche pour réclamer la libéralisation des ondes en Guinée  ,l’UFDG a  toujours affirmé de manière incontestable son leadership dans le combat pour la démocratie, la liberté et le progrès du peuple guinéen. Nous avons payé et nous continuons de payer un lourd tribut pour que notre pays change en mieux. ..Vous avez raison, les sacrifices consentis par l’UFDG ne sont pas récompensés en retour jusqu’à présent. L’UFDG a été le fer de lance des Forces Vives, ce qui m’a valu d’être à la fois le Président de la Commission Politique et aussi le Président de la commission d’organisation de la manifestation du 28 septembre 2009. Tant que le combat était incertain, l’UFDG était courtisée. Les choses ont changé après l’attentat contre Dadis CAMARA le 03 décembre 2009. A partir de ce moment la dynamique de marginalisation de l’UFDG au sein des Forces Vives commence par l’éloignement de BAH Oury. C’est ainsi que certains état-majors concoctent le changement de la direction des Forces Vives avec Loucény FALL. Le choix du Premier Ministre de la transition et la composition du gouvernement d’union nationale de transition  se sont fait en ignorant le poids de l’UFDG et les sacrifices innombrables de ses militants. De là découlent les difficultés et les ratés du processus de transition. Pour éviter de répéter les mêmes erreurs que lors de la période électorale des présidentielles, l’UFDG doit être valablement représentée.

Guinee58 : S’agissant toujours de la recomposition de la CENI, Alpha CONDE a apporté un soutien indéfectible à Bakary FOFANA  pour assurer sa présidence malgré l’opacité qui entoure sa désignation et la contestation de la base de la société civile ?

BAH Oury : La société civile guinéenne est instrumentalisée depuis longtemps par Alpha CONDE. Bakary FOFANA a depuis toujours rendu d’éminents services ayant favorisé l’accession d’Alpha CONDE au pouvoir. En le soutenant au vu et au su de tout le monde comme son candidat, Alpha CONDE a montré que Bakary FOFANA ne présente pas l’honorabilité et la neutralité indispensables pour être commissaire et à plus forte raison être le Président de la CENI.

Dans les accords d’Ouagadougou, il était spécifié que les membres du gouvernement de transition ne devraient pas être candidat à des postes électifs durant toute la transition.

L’affirmation publique du soutien présidentiel à Bakary FOFANA est une atteinte à l’indépendance et à la crédibilité de l’institution chargée de gérer les élections. Il est donc aujourd’hui loisible aussi de rejeter catégoriquement le candidat du pouvoir pour proposer un issu de l’opposition et dont la moralité est au-dessus de tout soupçon. Bakary FOFANA doit être récusé comme commissaire, car Alpha CONDE a montré qu’il ne peut pas être impartial, neutre et ni libre.

Guinée58 : Pour aborder votre cas personnel, comment vivez-vous très éloigné du pays, tous les soubresauts de la vie politique guinéenne émaillés de morts et d’arrestations arbitraires des militants de l’UFDG ?

BAH Oury : Physiquement je vis loin de la Guinée, mais toutes mes pensées se rapportent à notre cher pays qui souffre le martyr. Les arrestations arbitraires, les morts, les détentions extrajudiciaires et l’injustice que subissent des femmes et des hommes me confortent dans ma conviction de ne pas baisser les bras.

J’appartiens à la génération qui est née avec l’indépendance du pays, qui a grandi avec la dictature de Sékou Touré marquée par les camps de concentrations, les pendaisons publiques, les exils forcés et les discriminations ethniques. De là, l’origine de mon engagement pour les droits de l’homme et pour le combat démocratique. De l’âge de 19 ans à maintenant je reste un farouche partisan de la liberté et un adversaire résolu de toutes formes d’injustices qu’elles soient ethniques, sociales ou religieuses .Mon engagement pour les droits de l’homme m’a amené à être parmi les fondateurs de l’OGDH au début de l’année 1990. Dans un pays marqué par la violence politique et des exactions de vastes ampleurs contre les citoyens, ce combat reste d’actualité et trace la ligne de démarcation entre les démocrates et les non démocrates. Il ne s’agit pas d’être affublé du statut d’opposant pour être pour autant un démocrate. Alpha CONDE est un illustre exemple de cette méprise.

Guinée58: Notre site www.guinee58.com vient de changer de design. Comment trouvez-vous notre nouvelle ergonomie ?

BAH Oury : Le site www.guinee58.com  progresse tant sur l’ergonomie que sur le contenu et l’orientation éditoriale. La création d’un club de la presse Guinée58 et l’élargissement de l’audience attestent d’un impact de plus en plus large sur l’opinion guinéenne et internationale. Vous êtes dans la bonne direction. Bon vent à Guinée58 !

Guinée58 : Nous vous remercions une fois de plus d’avoir accepté notre invitation.

BAH Oury : C’est moi qui vous remercie !