L A GOUVERNANCE D’ALPHA CONDE : LES INTERÊTS NATIONAUX A L’ABANDON AU PROFIT DE L’AFFAIRISME

M. Alpha CONDE, le Chef de l’État guinéen n’a pas jugé utile d’être présent au 19émme sommet de l’Union Africaine à Addis-Abeba . Les crises au Sahel ,notamment au Nord du Mali et en République Démocratique du Congo et l’élection du Président de la Commission de l’UA étaient les principaux sujets à l’ordre du jour. L’avenir de la paix dans le continent et celui de l’organisation panafricaine ont occupé les débats. La diplomatie guinéenne sous la férule d’Alpha CONDE a brillé par son absence ,traduisant ainsi peu ou prou un désintérêt pour les sujets majeurs qui interpellent tous les États africains ou pis encore une application de la politique de l’autruche pour camoufler ses actes sur le plan extérieur.

Pour celui ,qui ,au début de l’année a voulu se présenter à la candidature pour présider l’organisation et dont le pays a fourni en 1963 le premier secrétaire général de l’OUA , feu DIALLO Telli, cette attitude ravale la Guinée a un nain politique sur l’échiquier continental. En réalité, le Président guinéen a préféré la politique de la chaise vide alors qu’il est  empêtré dans des contradictions diplomatiques à savoir honorer l’engagement de l’Afrique de l’Ouest  de soutenir Jean PING, le Gabonais et assumer son choix en faveur de Nkosazana Dlamini-Zuma à la tête de la Commission de l’UA.

Le 19éme sommet de l’UA n’est pas un sommet comme les autres . Des problèmes essentiels qui auront une forte influence pour très longtemps sur la paix et l’unité politique du continent sont débattus et des décisions sont prises sans que la voix de la Guinée ne se fasse entendre. En s’abstenant d’être présent pour assumer au vu et au su de tous ses choix diplomatiques ,M. Alpha CONDE affiche une grande désinvolture sur la scène internationale  et dégrade ainsi la fonction de « Président de la République de Guinée ». Avouons que pour un ancien dirigeant de la FEANF (Fédération des Étudiants d’Afrique Noire en France » c’est un renoncement de plus si ce n’est pas un reniement de ses engagements panafricains de sa période estudiantine.

Le fiasco de la médiation guinéenne dans la crise politique à Bissau

M.Alpha CONDE s’est hasardé ,malencontreusement à jouer la médiation dans la crise bissau-guinéenne. M.Kumba Yala ,qui avait refusé de se présenter au second tour des présidentielles contre Carlos Junior rejeta catégoriquement les bons offices du Chef de l’État guinéen arguant que ce dernier a appuyé la présence des troupes angolaises sur le territoire bissau-guinéen dans le cadre d’une neutralisation progressive de l’armée nationale. En plus la collision des intérêts Alpha CONDE -Carlos Junior GOMEZ était manifeste. Les chefs d’État de la Cédéao à juste titre, ont vite fait de lui retirer dans les faits le dossier de la gestion de la crise bissau-guinéenne, de ses mains peu expertes. En effet M.CONDE apparaît aux yeux des observateurs avertis comme un instrument de la diplomatie angolaise en Afrique de l’Ouest. Lagos,Abidjan et Dakar ont su neutralisé les effets pervers et déstabilisants d’une tentative « d’internationaliser » la crise de gouvernance à Bissau. Les pays lusophones ont pu ainsi obtenir sans grave conséquence ,du Conseil de Sécurité des Nations Unies un désaveu des démarches consensuelles et pragmatiques des pays de la Cédéao. Fait rare et précédent inquiétant pour la cohésion et la cohérence  des décisions de ce qui tient lieu de communauté internationale.

Tout au long de ce bras de fer diplomatique, Conakry s’est trouvé complètement isolé par rapport aux autres États de la région.

Désinvolture face à la tragédie malienne

Selon l’ancien Président de la Commission de l’UA ,M.Jean PING ,lors de la dernière session du Conseil de Paix et de la Sécurité de l’UA « il ne fait guère de doute que la situation au Mali est certainement une des crises les plus graves à laquelle est confrontée notre continent » . Si pour les autres régions d’Afrique ,le Sahel semble être une zone éloignée ,il en est autrement pour l’Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui ,il existe un réel danger sur la viabilité de l’État unitaire malien, ainsi que sur la stabilité et la sécurité régionales. Pays limitrophes du Mali, les États riverains du fleuve Sénégal à savoir la Mauritanie, le Sénégal et la Guinée seront directement affectés par la désintégration et l’ingouvernabilité qui menace le territoire malien. D’ores et déjà les États riverains du fleuve Niger ( Mali, Niger, Nigeria ) sont en proie avec plus ou moins d’intensité à la nébuleuse terroriste de mouvements djahadistes. Le danger qui guette la région est si grave ,qu’il est incompréhensible et inadmissible que le Chef de l’État guinéen ait boudé la plupart des réunions de sommet  des Chefs d’État de la Cédéao consacrés à l’endiguement et à la résolution de la crise au cœur du Sahel. Les multiples concertations régionales initiées conjointement par le Président en exercice de la Cédéao ,l’ivoirien M. OUATTARA et le médiateur ,le burkinabé , M.COMPAORE n’ont pas enregistré la présence du Chef de l’État guinéen.

Comment interpréter l’attitude de la diplomatie guinéenne ? Une manque de vision ?  Une absence d’intérêt stratégique ? Ou plus grave encore une démission politique ?….

Quoiqu’il en soit le Chef de l’État guinéen a montré qu’il préfère « faire du tourisme diplomatique » à travers le monde  que d’être là où sa responsabilité de Chef de l’État  commande qu’il soit.  C’est ainsi avec une certaine désinvolture,de retour d’un périple de vingt jours qui l’a conduit du Brésil, à la France en passant par la Thaïlande et la Malaisie, qu’il décide sans aucune concertation au préalable d’envoyer un corps expéditionnaire de 150 militaires au Sénégal pour constituer la force d’attente pour la Cédéao dans le cadre d’une éventuelle intervention au Nord du Mali. Ainsi la Guinée sans avoir participé à aucune concertation majeure pour le règlement de la crise malienne ,s’implique avec beaucoup de légèretés dans un des points les plus chauds du continent . La vie des militaires guinéens et les  répercussions pour la sécurité nationale d’un tel engagement contre « des belligérants d’un autre type » n’ont pas pesé pour amener M. Alpha CONDE à s’interroger à priori sur les conséquences à court et à moyen terme de sa décision. En effet ,il convient bien entendu d’apporter un soutien efficace pour une sortie de crise au Mali ,toutefois au préalable il est indispensable de définir à Bamako une commune identité politique susceptible de fédérer et d’engager le peuple malien pour des négociations et d’explorer s’il y a lieu d’autres pistes de sortie de crise qui n’exclurait pas une intervention militaire . Celle ci doit  être acceptée ,concertée,avec un mandat précis et une  feuille de route claire . Le corps expéditionnaire de la Cédéao doit épauler  l’armée nationale malienne et ne pas chercher à se substituer à celle-ci.

Autant de préalables qui n’existent pas aujourd’hui . C’est pourquoi, l’attitude désinvolte du Chef de l’État guinéen face à la crise au Sahel est une aventure dangereuse pour la vie de nos soldats et aussi pour notre sécurité nationale. Cette attitude fait écho à celle des autorités guinéennes lors de la guerre civile au Liberia     au début des années 90  avec comme conséquence  l’élimination physique de milliers de guinéens installés au Liberia.

 Devant les risques de guerre en Afrique de l’Ouest ,insouciance et irresponsabilité rivalisent à Conakry

La paix est  de nouveau menacée en Afrique de l’Ouest. Le danger actuel est sans commune mesure avec  les guerres civiles du Liberia et de la Sierra Léone des années 90,car en définitive il s’agit de la viabilité de nos États en tant qu’entité stable,gouvernable ,assurant le respect des droits de l’homme et du citoyen et tournée vers la modernité .Un leadership clairvoyant et responsable est indispensable pour pouvoir empêcher le chaos de s’installer mais malheureusement le gouvernement guinéen est à contre-courant de l’évolution des autres États de la région pour les raisons suivantes :

  • la politique diplomatique du gouvernement guinéen est gérée selon les humeurs de M. Alpha CONDE.
  • Les imprévisions et les oukases inutiles caractérisent la gestion des relations extérieures .
  • Les relations traditionnelles de bon voisinage et  la primauté de la solidarité inter-pays de la Cédéao ont été abandonnées au profit d’un axe autour de Conakry et Luanda.
  • Les intérêts stratégiques de la Guinée sont abandonnés au profit de la satisfaction d’intérêts affairistes d’un réseau ayant des ramifications sur l’international et où  les ressources minières guinéennes servent d’appât à des intérêts mafieux .Dans ce cadre, de mémoire, nous pouvons rappeler le prêt de 25 millions de dollars US contracté auprès d’un investisseur Sud-africain ,le crédit de 150 millions de dollars US alloué à La Guinée par l’Angola et d’autres prêts que le Congo-Brazzaville a concédé à notre pays.
  • Enfin , la gouvernance d’Alpha CONDE est un facteur supplémentaire de crise en Afrique de l’Ouest.

Il n’est pas encore tard pour agir , mais hélas le compte à rebours a commencé.