Entretien avec le site www.africaguinee.com

Entretien avec le site www.africaguinee.com à Genève

Vous êtes en visite à Genève où vous avez rencontré des responsables du Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies. De quoi était-il question lors de votre entretien ?

BAH Oury : Il s’est agi pour moi d’exprimer mes remerciements au Haut-Commissariat  pour la publication de son rapport sur la situation des droits de l’homme en Guinée lors de la vingt-deuxième session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies . En effet, il est explicitement indiqué que « la situation des droits de l’homme demeure préoccupante ; elle se caractérise par les violations de droits de l’homme, qui sont d’une part liées à des problèmes d’ordre structurels comme l’impunité, et sont d’autre part générées par le contexte politique tendu ». Cette position est remarquable d’autant plus que les institutions nationales  brillent par leur silence au sujet des tueries, des exactions et des arrestations arbitraires   dont des citoyens guinéens civils ou militaires sont victimes.

Par la suite j’ai attiré l’attention de M. Cissé-gouro , chargé de l’Afrique de l’Ouest et du Centre et Mme Ouaffop Wafang ,responsable du desk-Guinée, sur la mise en place par les autorités guinéennes d’une milice privée, armée et ethnique « les donzos » qui est chargée en toute impunité de la répression politique. Le dernier point évoqué concerne le caractère explosif de la situation sociale et politique de la Guinée. A ce sujet, une note particulière a été faite sur les dangers qui guettent notre pays du fait de la gouvernance anachronique et violente de M. Alpha Condé.

Vous avez interpellé récemment les Nations Unies pour éviter une « instrumentalisation de l’ONU » pour valider une « mascarade électorale » en Guinée. Qu’attendez-vous concrètement de la communauté internationale sur la crise politique en Guinée ?

BAH Oury : La communauté internationale a accompagné la Guinée, depuis le début de la transition politique en Guinée en janvier 2009. Auparavant le Secrétaire Général des Nations Unies a apporté sa contribution en octroyant le fonds de consolidation de la paix dont le Ministère de la Réconciliation Nationale dont j’avais la charge a collaboré par sa mise en œuvre. Tout cela est très bien. Mais ce qui importe le plus est la volonté du pouvoir guinéen de favoriser les facteurs de rassemblement et d’apaisement. Malheureusement de ce côté, c’est loin d’être le cas.

M. Alpha Condé arc-bouté sur sa boulimie de posséder un pouvoir totalitaire veut draper la mascarade électorale qui est  déjà en œuvre d’un semblant de crédibilité sous le couvert d’une acceptation passive de son projet par une organisation internationale de renom. Il a essayé pour le moment sans succès avec l’Organisation Internationale de la Francophonie. Il a tenté de faire passer la signature du 10éme FED de l’Union Européenne comme étant un blanc-seing qui est accordé à sa gouvernance alors que c’est l’acceptation de la recomposition paritaire de la CENI et de la désignation consensuelle de ses commissaires par le Collectif des oppositions  qui ont été décisives .  Devant le blocage actuel, il espère faire valider son programme électoral à travers le « dialogue  piloté par le facilitateur international  Saïd Djinnit ».  En effet un accord sous l’égide du représentant du Secrétaire Général de l’ONU qui permettrait de conserver l’essentiel du dispositif mis en place reviendra à blanchir les maintes violations des lois de la République par le pouvoir.

Concrètement je suis satisfait de la mise en garde formulée par le Conseil de Sécurité en début de semaine pour s’inquiéter de la détérioration de la situation explosive en Guinée. J’ai noté aussi la ferme condamnation par M. Van Damme le représentant de l’UE en Guinée des tueries de paisibles citoyens perpétrées ces quarante-huit heures par les forces de l’ordre à Conakry. Mais ce qu’il faut savoir, comme le dit le proverbe « si on t’aide à laver le dos, lave-toi le ventre ». La démocratie, la liberté et le redressement de la Guinée seront avant tout l’œuvre des guinéens. La communauté internationale ne sera encouragée à aller de l’avant que si la majorité des citoyens guinéens montre un engagement déterminé, cohérent et inclusif pour l’unité, la démocratie, le progrès et la réconciliation de ce pays profondément éprouvé par une succession de dictatures.

Lors de votre meeting à Genève, vous avez interpellé vos compatriotes à « prendre leurs responsabilités » face au régime du président Alpha Condé. Souhaitez-vous un soulèvement populaire contre M. Alpha Condé pour renverser son régime ?

BAH Oury : Comme l’a dit Thierno Monénembo , Alpha Condé à l’épreuve du pouvoir s’est avéré plus dangereux pour notre pays que ces prédécesseurs. Par conséquent il sera irresponsable pour chacun d’entre nous de rester passif devant la destruction programmée de la Guinée. Je me suis opposé à toutes les dictatures dans notre pays depuis ma prime jeunesse,  aujourd’hui plus que jamais, je considère que  lutter contre Alpha Condé c’est lutter pour la préservation de la paix et de l’unité en Guinée. Les dictatures doivent dégager ! Je milite comme en 2006 et en 2007 pour un soulèvement massif pour réclamer d’une part le départ du pouvoir d’Alpha Condé et d’autre part l’instauration d’une gouvernance réellement démocratique de la Guinée. Le temps des dictatures ethnocentristes et prédatrices est révolu !

On vous accuse d’être radical à l’égard de la communauté mandingue pour viser le Président Condé. Que répondez-vous à ces accusations ?

BAH Oury : Alpha Condé n’a aucun égard pour toutes les communautés ethniques qui composent la Guinée. Il méprise tout le monde, y compris sa base électorale, la Haute-Guinée où il n’a  mis les pieds depuis belle lurette.

Les dictatures comme celle d’Alpha Condé instrumentalisent les diversités ethniques et communautaires pour diviser pour mieux régner. Elles opposent les uns aux autres alors que leur véritable projet est d’amasser des fortunes colossales pour leur clan familial. C’est ce que font Alpha Condé et son fils Mohamed Condé.

Personnellement je refuse de confondre la communauté mandingue et le pouvoir d’Alpha Condé. C’est le piège le plus dangereux qu’il faut éviter à tous prix. Lorsque avec Dr Thierno Madjou Sow, nous avons créé l’Organisation Guinéenne pour les droits de l’homme à la fin des 80 , nous avons fait la prison pour avoir protesté contre l’assassinat de l’étudiant Sékou Traoré le 22 novembre 1990 . Ce jour-là nous ne sommes pas interrogés pour savoir de quelle ethnie est issue l’étudiant tué. Dans la même période, nous avons longtemps cheminé avec des membres de l’association AVR qui militait pour faire prévaloir les droits des victimes malinkés des pogroms au lendemain de la « présupposée tentative de Coup d’Etat du Colonel Diarra Traoré, le 04 juillet 1985. Bref ! Mon engagement civique dénué de toute stratégie ethnocentrique est connue. La gouvernance d’Alpha Condé est mauvaise et dangereuse pour la communauté nationale dans son ensemble. Par conséquent il mérite d’être combattu. Peu importe ses origines familiales et ethniques. Ce qu’il faut savoir, aujourd’hui la pauvreté, la famine, les mauvais soins, l’insécurité, le chômage endémique et l’absence d’eau et d’électricité obligent tous les guinéens à vivre avec la peur dans le ventre pour des lendemains d’incertitude et d’angoisse. Cette réalité devient de jour en jour un facteur puissant de rapprochement entre les communautés ethniques guinéennes. Les guinéens ont pris conscience à leur dépend qu’Alpha Condé ne fait qu’aggraver les maux de la Guinée.  

Votre parti l’UFDG a une forte assise au sein de la communauté peuhle. Faut-il craindre des violences ethniques dans votre pays si l’actuel président maintient sa position pour organiser les élections législatives le 30 juin  « avec ou sans la participation » de l’opposition ?

BAH Oury : C’est vrai, que la communauté peuhle se retrouve majoritairement dans l’UFDG. Ceci est le fruit de l’histoire politique et des réalités sociologiques de notre pays et de notre société. C’est une opportunité et une chance pour l’UFDG. Sa vocation majoritaire et son ambition de gouverner la Guinée pour asseoir des institutions républicaines stables et démocratiques, pour faire émerger une société ouverte et moderne et pour assurer le redressement économique et social du pays, nous amène à élargir ses frontières, non pas autour des solidarités de sang mais fonder sur la conviction d’une vision commune de notre avenir et de la place de la Guinée dans la sous- région et en Afrique. Les diversités ethniques et culturelles sont une richesse que nous devons apprendre à valoriser. A titre d’illustration l’UFDG est aujourd’hui un véritable melting-pot  de cultures différentes. Principal parti politique guinéen, nos rangs regorgent de militants marqués par leur pays d’accueil (Afrique, Europe, Amérique et Proche-Orient). C’est déjà un défi interne pour prendre en compte cette vaste mosaïque qui compose ce parti auquel je suis fier d’en être l’un des fondateurs.

Pour revenir à votre question proprement dite, le danger est créé par la gouvernance d’Alpha Condé. Les violences ethniques ont déjà ensanglantées notre pays. Les trentaines de morts à la Gallapaye, suite aux heurts entre communautés guerzé et mandingue en mai 2011, les morts de Kissidougou où s’opposèrent Kissis et malinké sur fond de rivalités et de manipulations orchestrées par le préfet….., la barbarie inadmissible à l’égard de la population de Zogota en août 2012 , les tueries ciblées  lors des manifestations pacifiques dans la commune de Ratoma à Conakry et les incendies commanditées et criminelles des magasins du marché de Madina en février dernier sont des réalités qui nous interpellent. Les violences sont déjà là.

International Crisis Group a d’ores et déjà indiqué dans son rapport consacré à la Guinée en février 2013 que l’organisation des législatives dans les conditions actuelles est à éviter au risque d’accentuer les facteurs d’éclatement et de déstabilisation en Guinée. C’est la raison pour laquelle la date du 30 juin 2013 fait courir de sérieux risques pour le pays.

Vous êtes exilé à Paris avec votre famille. Craignez-vous une condamnation par contumace dans le cadre du procès des auteurs présumés de l’attaque du 19 juillet 2011 contre la résidence du président Condé ?

BAH Oury : A la suite de la tragédie du 28 septembre 2009 au stade du 28 septembre j’avais opté mettre ma famille hors de portée du CNDD pour éviter les représailles. Quant à moi, je suis resté sur place pour continuer la lutte, jusqu’au 19 juillet 2011. Manifestement ce jour-là, c’est la grâce divine qui m’a sauvé la vie. Depuis lors j’ai bénéficié de la protection des autorités françaises dans le cadre de la  convention internationale de Genève relative au droit d’asile. Donc le jugement par contumace et ma condamnation ne fait l’objet d’aucun doute car M. Alpha Condé a dés mi-septembre 2011, déclaré que  Tibou Kamara, Diallo Sadakadji et moi-même sont les instigateurs de la présupposée attaque de son domicile. Avec une justice aux ordres il ne faut pas s’attendre à autre chose qu’à une condamnation. Ceci ne m’effraye nullement, ce qui m’importe est le jugement du peuple de Guinée. L’actuel Chef de l’Etat guinéen n’a-t-il pas été condamné par contumace par Sékou Touré puis emprisonné par le régime du Général Lansana Conté en décembre 1998.

Je suis un combattant des droits de l’homme et de la liberté, alors ma condamnation par un régime dictatorial me renforce dans mes convictions. J’ai par contre beaucoup de craintes pour les personnes innocentes qui sont emprisonnées, torturées et quotidiennement humiliées. Mon devoir est de faire savoir que ces innocentes victimes souffrent le martyr du fait de la seule volonté d’Alpha Condé.

Enfin, un mot pour vos compatriotes.

BAH Oury : Au moment où je réponds à votre question des jeunes gens sont sauvagement abattus par les forces de l’ordre dans Ratoma. Je m’incline pieusement pour honorer la mémoire de toutes les victimes de cette barbarie qu’a instaurée Alpha Condé. Ne baissons pas les bras et n’ayons pas peur. Le départ d’Alpha Condé est une nécessité pour la stabilité et la paix en Guinée.

Merci à la communauté guinéenne de Genève qui m’a réservé un accueil fraternel et chaleureux. Merci à vous tous. 

ALPHA CONDE TENTE D’INSTRUMENTALISER LES NATIONS UNIES

 

Le jeu « du chat et de la souris » continue à Conakry entre Alpha Condé et ses opposants. Cette mascarade aurait pu nous amuser dans d’autres circonstances mais le bilan est tragique et macabre. En moins de deux ans ,l’UFDG a enregistré près d’une trentaine de militants tués par les forces de l’ordre commanditées par Alpha Condé lors de manifestations pacifiques organisées en totale conformité avec les lois de la République de Guinée. Le processus électoral n’en a pas pour autant évolué ,mais à contrario il s’est empêtré dans la confusion et l’opacité avec les bons soins d’une CENI « taillée sur mesure ». Tout ceci a été maintes fois dit mais une partie des responsables de l’opposition refuse de voir l’évidence,à savoir qu’Alpha Condé, ne lésinera devant aucun moyen pour avoir « une assemblée nationale totalement à sa botte ».

 

C’est dans cette optique ,qu’il cherche à utiliser la communauté internationale pour crédibiliser la mascarade électorale qu’il a déjà préparée. Dans un premier temps ,il a vainement cherché la caution de l’Organisation  Internationale de la Francophonie de M. Abdou Diouf. Les différents rapports techniques de cette institution, résultants de l’audit du système Way-Mark n’ont pas occulté les faiblesses manifestes. A juste raison , M. Diouf  a préféré adopter un profil bas pour préserver la crédibilité de son organisation.

 

Échaudées par les attitudes désinvoltes et imprévisibles du Chef de l’Etat guinéen, les Nations Unies s’étaient contentées jusqu’à présent  de prises de position sans grande conséquence pour les autorités guinéennes. En effet,, l’injonction dés son investiture le 22 décembre 2010 de mettre fin à l’existence du Groupe International de Contact sur la Guinée d’une part et la réclamation   au forceps du code d’encodage du système Sagem qui par convention était confié au PNUD-Guinée pour des raisons de sécurité afin d’assurer son intégrité d’autre part avaient déplu au plus haut niveau de l’organisation ounusienne.

 

La demande formulée par le collectif des oppositions pour l’implication d’ un  « facilitateur international», relayée par le Gouvernement guinéen auprès du Secrétaire Général des Nations Unies , M. Ban- Ki- Moon apparaît là-aussi comme un jeu de dupes. M. Alpha Condé, obstinément cherche à se draper derrière une caution internationale pour faire « accepter la mascarade électorale prochaine ». Les Nations Unies se retrouvent malgré elles dans une position délicate au cœur de la crise guinéenne.

 

Déjà en signant le décret convoquant les électeurs le 30 juin 2013 sans attendre l’arrivée à Conakry du représentant officiel du Secrétaire Général de l’ONU et bon connaisseur du dossier guinéen,  M. Saïd Djinnit, M. Alpha Condé place ce dernier devant le fait accompli. En effet accepter ce diktat enrobé de paroles mielleuses sur « un engagement solennel d’assurer la transparence des élections » et « le non recours à la violence » reviendra à valider l’ensemble du processus électoral mis en place. Ainsi Way-Mark sera l’opérateur technique malgré sa « disqualification » par les Nations Unies, le nouveau fichier électoral conçu de manière illégale et en dehors de toute transparence sera consacré comme acceptable, l’exclusion et la privation des droits de citoyens d’une partie des électeurs guinéens auront force de loi et enfin les protestations massives des guinéens et les violences répétées à leur encontre ne seront que de « détails périphériques sans importance ».

 

La crédibilité des Nations Unies et surtout de son secrétaire général est en jeu. Le dilemme est réel. Aller dans le sens des autorités guinéennes signifie purement et simplement pour les Nations Unies désavouer des services compétents de son propre organisation à propos de Way-Mark. Ignorer délibérément les rapports pertinents du PNUD-Guinée et de l’OIF, négliger les recommandations avisées d’International Crisis Group  et enfin tourner le dos aux forces de progrès en Guinée qui luttent pour sauver leur pays d’un  prochain désastre humanitaire plausible ne peuvent pas être acceptables au regard de la charte des Nations Unies.

 

La mort le 25 avril 2013 , du jeune Boubacar Diallo fauché à la fleur de l’âge est encore un mort de trop. Son élimination physique par balle, en marge de la manifestation pacifique et autorisée du collectif des oppositions illustre la violation flagrante de leur propre engagement par le pouvoir guinéen. Devant cette situation , les Nations Unies doivent faire respecter l’autorité de la loi même à un Chef de l’Etat, « démocratiquement  élu». Ne rien faire sous prétexte que l’Etat guinén est « souverain » ruinera durablement la crédibilité de l’Organisation mondiale.

 

Nous sommes persuadés que le Secrétaire Général des Nations Unies saura avoir la doigté et la finesse diplomatique pour ne pas « cautionner » la mascarade électorale que le pouvoir guinéen a déjà préparée. Avec Alpha Condé , la paix et la stabilité de la Guinée sont sérieusement menacées.

Il est urgent pour les Nations Unies de prendre conscience de la profondeur du drame guinéen avant qu’il ne soit trop tard.

 

Genève le 27 avril 2013

Les droits de l’homme toujours bafoués par le régime d’Alpha Condé

Cette publication a été faite à la mi-novembre 2011 pour exprimer mon indignation face à la violation récurrente des droits de l’homme en Guinée. C’est avec tristesse que nous trouvons que notre crainte était une prémonition du danger qui guette notre pays. Les mises en garde formulées à l’encontre de l’opposition démocratique n’ont pas été malheureusement entendues par les responsables politiques. Deux années de pouvoir d’Alpha Condé ont permis à la majorité de nos compatriotes d’appréhender la nature de la gouvernance actuelle.

 

Les droits de l’homme en berne en Guinée tout juste après un an de pouvoir d’Alpha CONDE

 

Un an de gouvernance d’Alpha CONDE a permis à l’aune de l’épreuve du pouvoir de tirer quelques enseignements et de porter un éclairage sur les pratiques du nouveau régime sur la question relative  au respect  des droits de l’homme en Guinée.

C’est avec une grande amertume que nous avons enregistré pendant la première année de l’exercice du pouvoir par M.Alpha CONDE une volonté systématique et délibérée d’étouffer par de violentes répressions la liberté d’opinion et d’expression des citoyens . Du 03 avril 2011 au 27 septembre 2011 plus d’une dizaine de citoyens sont abattus uniquement par qu’ils manifestaient leur opposition au pouvoir de manière pacifique. Plusieurs centaines sont incarcérées et arbitrairement traduites devant des tribunaux aux ordres. Le pouvoir s’est servi d’eux comme des  otages qu’il a fallu « graciés »  au compte-goutte pour imposer des concessions à l’opposition démocratique.

Le 19 juillet 2011, un « attentat surréaliste » peu crédible, digne des émules du « complot permanent » de l’ancien régime permet au pouvoir de faire arrêter sans aucune preuve des dizaines d’officiers de l’armée nationale ainsi que des civils, cueillis manu-militari dans leur domicile .Depuis lors tout ce monde croupit en prison, torturé et sans aucun soutien. Le 19 juillet 2011, est devenu ainsi le prétexte pour faire arrêter  tous ceux qui sont gênants pour le régime. Plusieurs généraux, comme Nouhou THIAM et Bachir DIALLO et de simples citoyens comme El hadj Alpha Lafou, Hadja Fatou Badiar, Baba Alimou BARRY, Alfa Saliou WANN, Thierno Sadou DIALLO sont pêle-mêle associés à une action dont les tribunaux n’ont jusqu’à présent pas pu confondre les prévenus. Pour donner un semblant de crédibilité à cette mascarade, Alpha CONDE lui-même, m’impute d’être l’organisateur de ce mauvais feuilleton politico-militaire.

Récemment à Labé, un jeune membre du CNT, BAH Souleymane est kidnappé en plein jour ,puis jeté en prison à Conakry.  C’est dans des circonstances analogues que la famille de l’ex aide de camp du Capitaine Dadis CAMARA, Toumba DIAKITE est  violemment interpellée par des gendarmes. Un de  ses frères, succombe  sous l’effet de la torture. Pour tous ces cas, la gouvernance d’Alpha CONDE se mure dans un silence coupable. Ce déni de justice et d’Etat de droit rappelle les périodes les plus sombres de notre histoire sous l’ancien régime dictatorial.

De même, le Secrétaire Général de la principale centrale syndicale du pays M. Amadou DIALLO élu avec brio lors du dernier congrès de la CNTG est agressé dans son domicile par des militaires cagoulés. Il n’eut la vie sauve que grâce à la baraka. Cette agression n’est pas encore élucidée, mais depuis lors M.DIALLO et sa centrale font l’objet  de menaces ouvertes et d’hostilité de la part des autorités guinéennes. Encore une nouvelle fois, une justice instrumentalisée à travers un tribunal du travail a « décrété » l’annulation du congrès du syndicat. Cette attaque contre la liberté d’organisation et d’expression des  travailleurs guinéens est un pas de plus dans la dérive liberticide et anti-démocratique.

 Les populations également ne sont pas à l’abri de cette vague répressive et qui use de la violence de manière disproportionnée. Les ressortissants de Galapaye en Guinée Forestière en ont fait les frais. Là aussi, une justice aux ordres s’interférent dans un conflit intercommunautaire grave pour prendre un parti-pris en faveur d’une communauté, condamnant ainsi  à mort plus d’une dizaine de Guerzé. Une justice injuste n’a jamais réussi à cimenter l’esprit de concorde et de repentance, mais au contraire creuse plus profondément les dissensions et accentue la haine.

Avec moins d’acuité mais aussi avec violence ,les orpailleurs de Siguiri et de Kouroussa se sont vus imposés d’aller cultiver la terre, alors qu’ils sont les dépositaires d’une tradition multiséculaire de chercheurs d’or et cela depuis la naissance de l’empire mandingue de Soundjata KEITA et de Kankan Moussa du XIII éme siécle . Plusieurs d’entre eux, osant braver l’interdit furent manu militari emprisonner et fouetter à sang.

A Lola et à Djécké en Guinée Forestière et aussi à Bambeto et Cosa à Conakry, toute manifestation des jeunes pour réclamer du travail ou la liberté est noyée dans le sang. La gouvernance d’Alpha CONDE a instauré une partition du pays en créant des « bantoustans » où le non –droit prime comme en Afrique du Sud au temps de l’apartheid. Dans ces zones l’utilisation de la violence contre les populations civiles est sans limite. Une milice privée, armée entièrement à la  dévotion du régime du RPG, les « donzos » écume les quartiers et les zones favorables à l’opposition. L’existence de cette force supplétive aux forces de défense officielles est sans précédent  et rend très peu crédible les déclarations publiques favorables à une réforme du secteur  des forces armées nationales avec la coopération de la communauté internationale. Pour conforter plus encore  son système politique, il encourage les attitudes tendant à creuser le fossé entre les différentes communautés nationales du pays. La déclaration du Général Facinet TOURE ,médiateur de la République ,déniant à la communauté peule  ses droits politiques de citoyens guinéens , l’encouragement tacite des activités d’une organisation dénommée « manding-djallon »  pour susciter la division des populations foutankées, l’extermination du bétail des éleveurs de Beyla et l’ethnicisassions en outrance de l’administration publique du pays au profit exclusif de l’ethnie à laquelle appartient M.Alpha CONDE, ruinent les fondements de la République et sèment pour longtemps la méfiance et la haine entre les guinéens.

Alpha CONDE, suit  avec constance une stratégie politique que lui-même a déclinée au lendemain de son investiture «  ramener la Guinée, là où Sékou TOURE l’a laissée ». Donc ce qui serait surprenant,  serait de sa part l’application d’une politique autre que celle-là.  En excellent tacticien politique, il use d’un semblant de dialogue politique et de la rhétorique de la réconciliation nationale comme un os à donner aux partis politiques et à la communauté internationale tout en faisant avancer  tranquillement et sereinement  son ambition d’obtenir un pouvoir totalitaire en Guinée. Comme Enver Hodja, qu’ il rêve  d’imiter , la Guinée doit être l’ « Albanie » d’Afrique ,bastion inexpugnable d’un communisme archaïque et tropicalisée.

Mais ce qui est surprenant est l’attitude de la classe politique guinéenne. Elle reste atone devant l’enfoncement du pays dans une gouvernance totalement hors la loi. Elle se tait alors que des dizaines de citoyens sont injustement privés de leur liberté et que d’autres meurent sous la torture qui leur est infligée. Les libertés sont bafouées et des principes essentiels de la constitution sont violés comme l’égalité des citoyens, la liberté d’expression, l’indépendance de la justice et le caractère républicain de l’Etat. Rivés sur l’organisation d’élection législative dans un contexte d’illégalité et d’anti constitutionnalité, l’opposition démocratique déserte ce qui vaut la peine de se battre à savoir sauver le pays pendant qu’il est encore temps.

Oubliant les leçons de notre histoire, chacun se vautre dans une indifférence coupable devant la souffrance de ceux qui sont embastillés en se disant qu’ils doivent être nécessairement coupables jusqu’au jour où sera à son tour d’être pris. La Guinée a perdu beaucoup de ses illustres enfants ainsi, à cause d’un aveuglement collectif. Nous ne devons pas permettre que cela se répète.

Après chaque nième tragédie collective, nous  crions plus jamais ça ! Mais il suffit que l’émotion s’estompe pour que nous oubliions nos résolutions et nous sombrons dans l’indifférence et le cynisme. Cette attitude atavique est le frein à l’émergence d’une société civile forte, exigeante et responsable. Toutefois, il n’est pas tard car l’engagement des individus peut venir à bout d’un totalitarisme rampant. Les prisonniers politiques en Guinée ont besoin de la solidarité nationale et internationale. Défendre leur liberté et leur droit, c’est également défendre notre liberté et nos droits. La Guinée a été tellement traumatisée, violentée et souillée qu’il est inacceptable que cela puisse se poursuivre.

Chacun d’entre nous a une responsabilité dans la construction d’un système politique, alors la Guinée a besoin de se libérer, de se réconcilier, de se construire et de s’épanouir pour l’intérêt de tous ses enfants. C’est un devoir et une obligation morale d’y contribuer.

2012 sera une année cruciale pour savoir si la Guinée s’oriente vers un changement démocratique réel ou comme par fatalité vers la descente aux enfers.

Mais ayons confiance  en l’avenir. Ne baissons pas les bras ! N’oublions pas les prisonniers politiques en Guinée.

Bonne et heureuse année. Que Dieu vous garde et protège notre pays !

17 novembre 2011

 

BAH  Oury

Ancien Ministre de la Réconciliation Nationale et de la Solidarité

1er Vice-Président de l’UFDG

DIVISION DE LA FEDERATION UFDG DE NEW-YORK

Je vous livre la note que j’ai envoyée aux instances de l’UFDG le 07 février dernier, suite à la décision d’El hadj Cellou de procéder à l’émiettement de la Fédération UFDG de New-York en quatre micro-fédérations. Deux mois plus tard , mes propos se sont avérés justes . Bonne lecture.

AU PRESIDENT DU PARTI

AUX MEMBRES DU CONSEIL POLITIQUE

AUX MEMBRES DU BUREAU EXECUTIF NATIONAL

AUX SECRETAIRES FEDERAUX

AUX SAGES

 

La décision signée le 27 janvier par Elhadj Cellou pour procéder à la division de la Fédération UFDG de l’ Etat de New-York en quatre micro-fédérations crée une source potentielle de conflits, d’émiettement et de perte d’influence de l’UFDG en Amérique.

Pourtant, je n’ai cessé d’attirer l’attention  d’El hadj Cellou sur les risques que cette proposition comporte. Dans un mail du 04 décembre 2012, j’avais écrit «  la proposition de décentraliser la fédération de New-York est inopportune  et dangereuse pour l’UFDG aux USA. En plus elle me paraît suspecte. Il faut arrêter ces  règlements de compte ». Le 03 janvier 2013 j’avais renchéri «  lI faut au préalable un consensus avec les responsables, les militants et les sympathisants de la Fédération de New-York pour procéder à une décentralisation. Il est manifeste que ce consensus n’existe pas et en plus cette restructuration signifie la mort de l’UFDG aux USA, car elle est contraire aux statuts et aux principes organisationnels d’une véritable institution. Soyons plus responsable et sachons faire prévaloir l’intérêt exclusif de l’UFDG ».

Ces remarques étaient aussi partagées par la majorité des responsables et des militants de l’UFDG de New-York. Pour trouver une base consensuelle d’entente avec les responsables à Conakry les responsables de New-York mandatèrent une délégation comprenant El hadj Kaba BAH et Fatou Chinois auprès du Conseil Politique pour plaider en faveur du point de vue majoritaire. D’autres personnes ressources résidentes à Conakry ont été par mes soins également invitées à sensibiliser EL hadj Cellou  sur les risques que cette proposition peut générer contre le parti.

En effet diviser en quatre micro-fédérations la fédération de New-York revient à émietter le parti et à dresser les militants en groupuscules antagonistes les uns contre les autres. Déjà, il est notoirement constaté que la rivalité entre des associations régionales et communautaires comme Pootaal-fi-Mbantal et Union du Fouta  a compromis la cohésion et l’unité des membres de l’UFDG aux Etats-Unis. En rajouter en divisant la Fédération, sera suicidaire. Actuellement la direction de l’UFDG à New-York est le rare lieu où cohabitent et se retrouvent toutes les sensibilités, cela mérite d’être conforté. Le nier et l’effacer amèneront sans aucun doute à priver la communauté guinéenne d’une boussole politique sans laquelle les militants de l’UFDG seront condamnés à la dispersion et à la réclusion dans des associations de ressortissants sans aucune influence sur la vie politique.

Diviser la Fédération UFDG de New-York au profit de « comité de soutien » sera, livrer les structures du parti à de clans qui n’ont jamais montré leur capacité de rassembler et d’unir toutes les composantes de l’UFDG.

Diviser la Fédération UFDG de New-York, en dépit de l’opposition de la majorité des militants, sera un acte anti-démocratique et une négation des valeurs qui fondent l’UFDG.

Dans le fond, le Conseil Politique en divisant les fédérations de Ratoma, Kindia, Coyah, et autres a fait un mauvais diagnostic des insuffisances constatées dans le fonctionnement du parti. D’abord il est essentiel de noter que la faiblesse politique des partis politiques guinéens est principalement liée à des lacunes organisationnelles et conceptuelles. La référence dominante est l’expérience du parti Etat du PDG qui n’est plus en phase avec les exigences de la société guinéenne d’aujourd’hui. Hier dans un environnement non démocratique et non concurrentiel les incantations démagogiques à la « gloire du leader » suffisent. Il suffit d’avoir des « surveillants » comme responsables pour imposer la doctrine officielle qui se ramène à « la pensée du guide éclairé », les mêmes rengaines qui sont de manière récurrente vociférées dans les « assemblées générales ». Aujourd’hui, tout est différent. Il faut innover, être à l’écoute de la société, anticiper sur les besoins et les attentes et préparer l’avenir en investissant sur la formation des hommes et des femmes pour faire émerger une élite politique apte et capable de gouverner le pays. L’organisation à mettre en place doit répondre à cet objectif : fermeté sur les principes, pérennité des structures, clarté des choix politiques et concertation –participation comme méthode de gouvernance.

Cette approche est le fruit de l’expérience et de la volonté de fonder une institution politique stable et impersonnelle. La démocratie est suffisamment fragile et a besoin d’un socle solide pour se développer. D’où la nécessité absolue de conférer une cohérence et une stabilité aux structures du parti conformément aux statuts que nous sommes censés  défendre et  respecter.

Pour cela, le comité des « assistants techniques » à raison de 2 par fédérations a été créé et animé par mes soins avant le 1er tour des présidentielles de juin 2010. Ces cadres ont eu à encadrer les fédérations du parti pour l’organisation des élections et la formation des militants. Cette équipe qui aurait dû capitaliser les acquis et servir de pôle d’excellence pour organiser, animer, épauler et former les responsables intermédiaires du parti a été ignorée et dissoute après mon départ en exil.De même la cellule communication interne composée de jeunes cadres du parti qui a été mise en place et qui publiait le bulletin interne de l’UFDG a été également abandonnée à elle-même.

 Ces deux structures centrales du parti étaient les instruments pour permettre une meilleure organisation de toutes les fédérations du parti.

En plus le schéma organisationnel prévu par les statuts favorisait le recensement et l’enregistrement de tous les militants et responsables, comité de base par comité de base, sections par sections, et fédérations par fédérations. Un logiciel s’inspirant de celui du RDR d’Alassane Ouattara a été conçu sous la direction de feu El hadj BA Mamadou au cours du 1er semestre 2007. Le responsable au poste d’administrateur du siège devait traiter, gérer et contrôler l’introduction des informations collectées auprès des structures de base. Ce travail a été dans une large mesure entamé correctement. Cela a aidé pour le recensement des électeurs en 2008 et 2009 et pour la capacité de mobilisation de l’UFDG. Bien entendu avec près de 500 comités de bases dans Conakry et 80 responsables par comité de base, il nous était facile de mobiliser une centaine de milliers de personnes en moins de 48 h.   Que reste-t-il aujourd’hui de ces acquis?

La partition des fédérations en micro-fédérations est un aveu que « l’acquis n’a pu être maintenu ».

La négation de l’existence des sections qui sont « la colonne vertébrale du parti » casse la dynamique de la construction d’un véritable parti structuré avec une forte capacité de mobilisation et d’une rapide réactivité.

La division des fédérations est une mauvaise réponse aux graves dysfonctionnements de l’UFDG.

Persister dans  cette direction reviendra à tourner le dos aux intérêts de l’UFDG et à hypothéquer son développement et son avenir.

Les décisions bureaucratiques ne feront qu’accentuer le mal et ruiner à terme l’influence du parti sur la société guinéenne. L’UFDG a une vocation démocratique et par conséquent son organisation et son fonctionnement sont régis par les statuts. Le tripatouillage des structures pour satisfaire des clans est anti-statutaire et constitue une violation des règles démocratiques afin de « diviser pour régner ».

Je suis absolument opposer à cette manière de faire, car cela ruine les chances de l’UFDG d’être une institution forte, crédible, ouverte, accueillante et démocratique. Le changement dont la Guinée a besoin nécessite que l’UFDG soit une « institution politique forte » régie par des règles de droit que nous avons librement acceptées au IVème congrès  en août 2009.

Je m’inscris  dans cette dynamique avec plus de force et de conviction, car l’avenir de l’UFDG et l’instauration de la démocratie dans notre pays en dépendent. Défendre les intérêts de l’UFDG est un devoir pour maintenir son développement, et  par conséquent s’opposer et refuser tout acte concourant à sa ruine est légitime.

7 février 2013

BAH OURY

1er Vice- Président de l’UFDG

 

 

BAH Oury à L’ULB