BAH Oury au Club de la Presse de Guinée58 le 24 juin 2012

 

DISCOURS INTRODUCTIF 

 

AU CLUB DE LA PRESSE DE GUINEE58  

 

Je salue l’initiative du site d’information Guinée58 de créer un club de la presse et de m’avoir choisi comme le premier invité à cet espace d’échanges ,de partage et de confrontations des idées. Je lui souhaite de tout cœur de réussir cette noble ambition.

En disant cela ,ici à Paris, je me rappelle avec émotion ma propre expérience de création d’un bimestriel « le Réveil Africain » en 1984-1986 où avec quelques amis nous tentions de jeter les bases d’un forum journalistique pour  faire émerger une conscience citoyenne et démocratique au sein de la diaspora guinéenne en particulier et ouest-africaine en général.

 En évoquant le passé, c’est une occasion également pour moi-même de saluer la mémoire d’un grand démocrate et d’un lutteur infatigable pour la liberté et la démocratie : BA Mamadou ,qui dans les années 90 avec sa plume a contribué à l’éveil des consciences en Guinée . Ses réflexions consignées dans des tracts  s’arrachaient à travers tout le pays chaque semaine.

 Aujourd’hui avec les formidables mutations technologiques , le papier est remplacé par Internet et les réseaux sociaux. En moins de  deux décennies ,nous sommes passés de l’âge de la pierre taillée à celui du fer dans ce domaine.

Du site Guinee58 au club de la presse du même nom ,un progrès qualitatif est en gestation . Donner une information en la diffusant c’est bien mais en plus organiser des cadres de concertation et de débats est une œuvre qui permet de mieux éclairer l’opinion sur les enjeux actuels et aussi faire mûrir le projet démocratique en élevant le niveau d’information du public. En faisant cela ,vous participez à faire naître un citoyen libre ,débarrassé de ses préjugés et de son enfermement idéologique dans le carcan de l’ethnostratégie et de la « politique du ventre ».

 Bonne route ! Persévérance et courage  dans votre entreprise.

 

Chers amis ,chers journalistes

 

 C’est réellement avec grande tristesse et beaucoup d’amertume que nous constatons que notre pays, la Guinée , est toujours bloquée . La Guinée est le premier exportateur mondial de la bauxite ,minerai entrant dans la production de l’alumine et de l’aluminium. Les gisements de fer   du mont Simandou et du mont Nimba en Guinée -Forestière, ceux de Forécariah et de Faranah permettent d’envisager un avenir industriel important pour cette partie de l’Afrique de l’Ouest comme la Ruhr l’est pour l’Allemagne et la France. Son potentiel hydroélectrique peut couvrir les besoins énergétiques réunis des pays  comme le Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau ,la Sierra-Léone et le Liberia. Son agriculture avant l’indépendance était plus florissante que celle de la Côte-d’Ivoire. Bref ! La Guinée a les atouts pour être l’une des locomotives économiques de l’Afrique de l’Ouest.

Mais paradoxalement ,aujourd’hui ce pays se classe parmi les plus pauvres , son indice de développement humain (IDH) est des plus faibles au monde et plus de 60% de sa population vit en de-ça du seuil de pauvreté . Fuyant les exactions politiques et la misère plus de cinq millions de ses ressortissants vivent à l’étranger.

Sans pour autant passer en revue toutes les causes structurelles de ce gâchis ,il est essentiel pour rendre notre discours intelligible de camper  les raisons du blocage de notre pays en 2012.

D’abord,

 

  •  Les dérives autocratiques de M.Alpha CONDE

 

 Avec seulement 18% au premier tour des élections présidentielles du 26 juin 2010,contre 44% pour son challenger El hadj Cellou Dalein DIALLO , M.Alpha CONDE fut déclaré vainqueur du second tour par la Cour Suprême . Ce résultat est marqué incontestablement par un déficit de légitimité pour la présidence d’Alpha CONDE, car obtenu après une durée de plus de quatre mois  séparant les deux tours , les manœuvres dilatoires d’une CENI partiale et une violence instrumentalisée et couverte par les autorités de la transition . Ceci aurait pu ne pas être une tare indélébile dans la mesure où il existerait une volonté réelle et profonde de tourner les pages sombres de la campagne électorale pour s’orienter vers une dynamique de décrispation politique et d’apaisement général dans le pays.La voie empruntée par le nouveau Chef de l’Etat est aux antipodes de l’indispensable réconciliation nationale.

Il déclare dès son investiture le 22 décembre 2010 : « qu’il va ramener la Guinée là où Sékou Touré l’avait laissée » .C’est-à-dire transformer la Guinée à nouveau en un goulag tropical en rouvrant si nécessaire des camps de concentration  ,recréer les conditions effectives de l’existence d’un parti-Etat avec le RPG, museler puis réduire au silence toute forme d’opposition, ré-instaurer la théorie du complot permanent ,stigmatiser certaines composantes nationales pour mieux diviser pour régner, constituer des appareils d’état administratif et sécuritaire totalement inféodés à la toute puissance du pouvoir présidentiel et enfin plonger le pays dans le marasme économique et social. Pour cela ,la Constitution et les lois de la République sont violées à maintes reprises. Le code électoral et le code des collectivités territoriales sont foulés au pied afin de mettre la CENI sous la tutelle du Ministère de l’Administration du Territoire et ériger une administration des collectivités territoriales totalement issue du RPG. La justice aux ordres est le bras séculier du régime pour réprimer et étouffer toute velléité de contestation. Des milices privées et armées ont plein-pouvoir pour exécuter les basses besognes en toute impunité (les donzos à Nzérékoré et à Conakry).

  • Les droits de l’homme sont régulièrement violés

Lors de sa rencontre le 15 novembre 2011 avec les principaux responsables politiques du pays au Palais Présidentiel ,M.Alpha CONDE leur déclare : « j’ai moi-même donner des instructions pour aller mâter les manifestants à Bambéto …J’assume la responsabilité de la mort des manifestants tués ». C’était le 27 septembre 2011. Les libertés constitutionnelles sont purement et simplement ignorées. Les partis politiques ne peuvent organiser de manifestations pacifiques . Le 3 avril 2011 ,lors de l’arrivée d’El hadj Cellou le jeune Zakariaou est froidement abattu et une dizaine d’autres furent blessés par balles réelles .Jusqu’à présent malgré une plainte formulée en bonne et due forme ,les services judiciaires nationales refusent de l’enregistrer. Beaucoup de cas d’enlèvements extrajudiciaires  et  de torture sont répertoriés  ( la famille de Toumba DIAKITE, Souleymane BAH membre du CNT) . Voilà bientôt un an , que des civils et des militaires sont arbitrairement détenus suite au montage orchestré  par le pouvoir pour neutraliser certaines forces politiques et militaires .Depuis lors prés d’une soixante de personnes dont plusieurs officiers supérieurs sont écroués à la prison centrale de Conakry. A la suite des séquelles des tortures Thierno Soufiana DIALLO est mort en détention.  Devant la vacuité du dossier de charges, nous craignons pour la vie de ces détenus aussi bien civiles que militaires. Sur un autre registre actuellement des travaux forcés sont introduits dans les zones aurifères de la Haute-Guinée pour obliger les orpailleurs traditionnels d’aller cultiver ,alors qu’ils poursuivent des traditions familiales qui remontent très loin dans l’histoire.

  • La gouvernance économique ou plutôt l’affairisme au pouvoir

La gouvernance économique du régime d’Alpha CONDE reste dans la continuité de ses prédécesseurs à savoir mauvaise gouvernance et corruption.  Les révélations du journal londonien   « The Sunday Times »  le 03 juin dernier met en lumière un haut degré de sophistication des méthodes d’appropriations privées des ressources nationales guinéennes. Si au début les autorités guinéennes ont nié les faits ,la semaine dernière les ministres guinéens des finances et des mines se sont rendus à Londres pour publier un communiqué  laconique déclarant « que le prêt de 25 millions usd est remboursé ».Jusqu’à présent le flou persiste dans cette affaire et ruine totalement la crédibilité de la gouvernance d’Alpha CONDE. Au début de cette année ,selon l’ambassadeur de Guinée à Luanda (Angola) le principe d’octroi d’un crédit de 150 millions de dollars US aurait été approuvé par le parlement angolais mais les autorités guinéennes à Conakry n’ont pas  jusqu’à présent élucidé cette autre affaire. Le rapport du Fonds Monétaire International de juin 2011 fait état de prêts du Congo -Brazzaville pour couvrir  certains besoins financiers du gouvernement guinéen . C’est dans des conditions d’une rare opacité qu’également l’accord entre Rio-Tinto et le gouvernement permettant de recevoir 700 millions de dollars US a été conclu . Quelles sont les contreparties de ces accords de prêt ? Les guinéens l’ignorent. Le coin de voile que Sunday times a levé, indique les graves risques que court le pays  devant le bradage à des fins occultes de nos ressources nationales. Quid ?  De la volonté de céder des parts de l’Etat dans le capital du fleuron de l’industrie guinéenne CBG à des investisseurs de Dubai.

  •  La restauration du passé comme mobile de la gouvernance politique    

La gouvernance politique d’Alpha CONDE ,une restauration du passé. Malgré l’utilisation abusive du slogan « le changement » et le fait qu’Alpha CONDE n’a jamais appartenu aux gouvernements précédents ,son régime présente un apparent paradoxe de cristalliser en son sein tous les conservatismes et les immobilismes qui ont bloqué l’évolution politique,économique et sociale du pays. L’entourage d’Alpha CONDE est issu de la frange conservatrice et prédatrice du régime du Général CONTE ,des nostalgiques du régime de Sékou TOURE et de ceux qui caressent le fol espoir de prendre leur revanche suite aux exactions dont l’élite malinkée a été victime le 04 juillet 1985. Cette posture revancharde et rétrograde tourne le dos à la nécessaire réconciliation nationale,à la modernisation du fonctionnement de l’Etat et à l’instauration d’un environnement de paix et de fraternité dans le pays.

  • Une politique agressive et inamicale vis-à-vis des pays voisins

 La politique sous-régionale d’Alpha CONDE a brillé par son agressivité vis-à-vis des pays de la sous-région .En accusant publiquement en septembre dernier ,le Sénégal et la Gambie d’avoir couvert « la tentative de déstabilisation de son régime le 19 juillet  » ,sans que cela soit étayé par des preuves irréfutables ,le Chef de l’Etat guinéen a montré le peu de considération qu’il accorde à la bonne entente et à une coopération exemplaire entre notre pays et ces deux républiques sœurs où réside un grand nombre de nos concitoyens. Il est de notoriété publique que la Côte-d’Ivoire d’Alassane Ouattara regarde avec suspicion les dirigeants guinéens depuis que l’aide de camp de Mme Simone Bagbo,le Colonel Séka Séka a été arrêté alors qu’il se rendait à Conakry en octobre dernier . Qui cherchait-il à rencontrer dans la capitale guinéenne ? Jusqu’à présent les autorités guinéennes sont murées dans un profond silence . Les relations avec la Guinée-Bissau sont à tous égards empreintes d’hostilité manifeste . En se démarquant de la position  responsable et pragmatique de la CEDEAO pour une sortie de crise négociée à Bissau ,pour se ranger  dans une attitude belliqueuse, le gouvernement guinéen devient une source de tensions supplémentaires dans une zone déjà largement éprouvée par la la misère et la guerre.

 

La dictature est elle une fatalité en Guinée ?

 

 Depuis l’indépendance à nos jours, la violence politique ,le déni des principes républicains et la violation des droits de l’homme ont traumatisé la société guinéenne , appauvri les populations et rendu l’Etat défaillant. A partir du début de la décennie des années 2000 , la résistance d’abord passive est devenue  active  sous la houlette du mouvement social accompagné par les forces politiques favorables au changement démocratique . Les grèves massives de 2006 et 2007 ont mobilisé toutes les composantes sociales du pays à l’image de la révolution polonaise de 1980 . Beaucoup de sacrifices ont été consentis notamment le 22 janvier 2007 où des centaines de jeunes furent mitraillés au Pont Tombo de Conakry. De là une transition politique fut installée avec un Premier Ministre ,Chef de Gouvernement d’abord Lansana KOUYATE puis Ahmed Tidiane SOUARE dont le mandat fut interrompu par la mort du Général CONTE et le coup d’Etat du CNDD animé par le Capitaine Dadis CAMARA le 22 décembre 2008.A une transition politique civile succéda une transition politique militaire qui fut également marquée par la tragédie du 28 septembre 2009 qui heurta profondément la conscience humaine. L’organisation des élections présidentielles par la seconde version du CNDD avec le Général Sékouba KONATE et l’installation d’un Gouvernement d’Union Nationale avec l’ancien porte-parole des forces vives comme Premier Ministre, Chef du Gouvernement auraient dû permettre une sortie de crise durable. Mais malheureusement ,la violation des principes des accords de Ouagadougou du fait de la non observation de la neutralité par les autorités de la transition, par la CENI et par les institutions judiciaires nationales les élections présidentielles a anéanti l’attente des populations .

Aujourd’hui les aspirations au changement démocratique ne sont pas au rendez-vous avec la gouvernance d’Alpha CONDE,mais elles n’ont pas pour autant disparu. Après certes   ,un reflux du fait de l’exacerbation de l’ethno-stratégie par le pouvoir actuel ,progressivement et sûrement la conscience démocratique est entrain de reprendre son souffle . D’où la réussite de la manifestation populaire du 10 mai 2012 à Conakry qui a secoué le gouvernement du RPG-Arc-en-ciel. Le mouvement social réclame des réformes politiques urgentes pour désamorcer la crise institutionnelle au niveau de la CENI et les forces de progrès deviennent de plus en plus audibles et déterminées. La dictature ne passera plus !

 Nous avons les moyens de notre libération et de notre redressement

Pour ce faire, nous devons éviter le piège du renfermement communautaire  que le pouvoir veut conforter. La bataille actuelle n’est pas une bataille entre les ethnies qu’elles soient majoritaires ou minoritaires dans le pays. C’est une bataille entre les forces du changement démocratique contre celles de l’immobilisme. C’est la bataille entre ceux qui aiment leur pays et qui sont fiers d’être guinéens contre ceux qui méprisent leur pays et leur concitoyens .C’est la bataille entre ceux qui mettent en avant l’intérêt national contre ceux qui privilégient leurs seuls intérêts.

BAH Oury au Club de la Presse de Guinée58

 

 

 

 

 

 

 

Pour donner une chance à notre pays et à la sous-région nous devons marcher la main dans la main pour faire triompher la démocratie,la liberté et l’unité nationale.

 

Merci pour votre attention !

 

Je suis à votre disposition pour répondre à vos questions.

 

 

Bah Oury et Fodé Soumah

La gouvernance d’Alpha Condé ou la marche vers la déstabilisation généralisée de la Guinée

La marche des dizaines de milliers  de manifestants dans la rue à Conakry le 18 février dernier pour dénoncer la gouvernance d’Alpha Condé et réclamer des élections transparentes ,crédibles et inclusives confirme le rejet du pouvoir par une frange importante de la population. Maintes fois, la mobilisation des forces démocratiques n’a pas fait défaut pour exiger purement et simplement le respect de la constitution et des lois qui assurent les fondements de la République. Près d’une vingtaine de manifestants ont été fauchés par les balles des forces de l’ordre avec la bénédiction d’Alpha Condé pour avoir osé « marcher dans la rue au nom de l’autorité de la loi et s’opposer à la dérive dictatoriale en cours ».

La marche du 18 février 2013 a introduit un degré supérieur dans la contestation du pouvoir en place . Le départ d’Alpha Condé est devenu un leit-motiv qui se  répand au niveau des jeunes qui sont depuis très longtemps les laissés -pour compte et les sacrifiés d’une gouvernance prédatrice et clanique. Il est tout à fait responsable que le Président de l’UFDG,  El hadj Cellou Dalein Diallo ait déclaré «  Si Alpha ne satisfait pas nos revendications, nous demanderons son départ ». En effet il est clair que le processus électoral est verrouillé en faveur du RPG et que Way-Mark a d’ores et déjà fait le nécessaire pour que « le fichier électoral » lui assure une majorité absolue. Par conséquent il est indispensable pour éviter à la Guinée, le scénario catastrophe d’œuvrer pour un changement net de la gouvernance actuelle. C’est un acte citoyen et patriotique. Comme il fallait s’y attendre  le RPG -arc-en-ciel, le parti-Etat retrouve aussitôt les réflexes qui le caractérisent : violences verbales, menaces et incitations à la haine. L’intimidation ne passera pas !

Les guinéens en ont assez d’un pouvoir qui les divisent, les humilient, les violentent, les appauvrissent et les pillent. Ce sont les raisons  de la colère et de la frustration collective qu’expriment les mouvements de révolte qui émaillent les actualités guinéennes. Le désarroi du RPG- arc-en-ciel est légitime car sa base politique s’est considérablement rétrécie et en deux années de gestion, la pauvreté et la misère touchent  des couches de la population qui étaient jusqu’à présent épargnées. Pour se maintenir alors au pouvoir, il ne lui reste que l’utilisation de la répression, car il a toujours eu « le monopole de la violence » comme l’a justement reconnu la coordinatrice nationale du RPG-arc-en-ciel.

Au lieu de chercher à décrisper la situation politique intérieure, le gouvernement guinéen fait monter les enchères. Il fait investir par des soldats un village ivoirien. Pour desserrer l’étau qui l’étrangle, Alpha Condé ira chercher du côté de Freetown un soutien hypothétique et en même temps il durcit son hostilité au gouvernement de transition de la Guinée-Bissau. Pour amadouer la communauté internationale, il fait circuler de fausses informations accréditant la thèse selon laquelle des « djihadistes maliens »  se seraient infiltrés au cœur du Fouta pour justifier une militarisation de cette région pour sévir contre des personnes innocentes. Cette politique est déjà en œuvre  car la milice armée du RPG, les « donzos » sont officiellement recrutés comme gardes forestiers devant « lutter contre le vol de bétail ». Arc-boutée sur une posture agressive et guerrière, la gouvernance d’Alpha Condé entend « imposer » sa majorité parlementaire au prix même d’une hécatombe en Guinée.

Thierno Monénembo, prix littéraire Renaudot  a raison de déclarer qu’il faut se lever pour stopper la dictature. Il a également montré le chemin à prendre lorsque la démocratie et la liberté sont en jeu en participant à la marche du 18 février. Pendant ce temps une certaine société civile aux ordres fait allégeance publiquement au pouvoir. Une coalition de « femmes » n’hésite pas à arborer la tenue blanche symbole du premier régime guinéen pour scander son appartenance à la mouvance présidentielle. Il ne sera pas étonnant que ces mêmes structures décentralisées du Parti-Etat affuble Alpha Conde du titre de  « Mansa »  pour ramener la « Guinée là où Sékou Touré l’avait laissée ». Devant cette perspective sombre pour l’avenir de notre pays, la véritable société civile, les intellectuels et toute l’élite guinéenne doivent se sentir interpellés par la situation dramatique qui sévit dans le pays du « 28 septembre 1958 » . Eux aussi, doivent entendre le cri de détresse de leurs compatriotes avant qu’il ne soit trop tard.

Dans un tel contexte dangereux pour la paix civile en Guinée et dans la sous-région qui est déjà profondément tourmentée, le Collectif des partis et ses alliés doivent poursuivre les efforts afin d’être en phase avec les aspirations et les attentes des guinéens comme l’a indiqué la marche du 18 février.

La diaspora guinéenne comme par le passé ne doit pas être en reste face  à ce tournant historique que nous vivons pour  apporter sa contribution au combat pour la démocratie et la citoyenneté. Dans ce sens, des initiatives concrètes, concertées et urgentes doivent être prises pour faire entendre devant le siège de la Commission Européenne à Bruxelles, ou à la Place des Nations Unies à New-York, la clameur en faveur du changement démocratique qui monte des quatre régions naturelles de la Guinée. Agir  dans ce sens est un devoir moral pour toutes celles et tous ceux qui aiment la Guinée.

Nous devons tous par-delà nos diversités, unis et solidaires, être au rendez-vous pour faire triompher le véritable changement démocratique que notre pays attend depuis très longtemps. C’est la voie afin de préserver la paix civile et éloigner du pays le spectre de la déstabilisation généralisée.

Tueries à Guéckédou ou la déscente vers le chaos

Depuis le samedi 8 décembre,  Guéckédou en Guinée-Forestière est en proie à la violence inter-ethnique. A ce jour, des sources bien informées indiquent qu’il y aurait huit morts et plusieurs blessés. La cité est soumise à un couvre-feu de jour comme de nuit. Excédées par la gouvernance autocratique et ethnocentrique   du préfet Boukary KEITA qui tend à exclure tous ceux qui ne sont pas de sa communauté (malinké), les populations autochtones ont manifesté pour exiger son départ.

 Ce fait est devenu courant dans notre pays. Le régime d’Alpha CONDE  est caractérisé par l’utilisation à outrance de l’ethno-stratégie qui a divisé les guinéens selon leur appartenance ethnique. Dans les administrations du pays, les nominations ne tiennent compte  ni de la compétence et ni de l’expérience .L’unique critère qui est pris en considération est l’appartenance au RPG qui est érigé en un Parti-Etat. Devant le tollé général face à cette gestion néo-patrimoniale et discriminatoire, M.Alpha CONDE justifie sa politique en disant «  Aux États-Unis, lorsqu’un camp arrive au pouvoir, il change  toute l’administration par des  gens de son bord politique ». Il montre ainsi sa méconnaissance totale de l’organisation administrative de ce pays et il confond également les postes administratifs d’avec  les postes politiques. Deux années à peine au pouvoir, ont suffi pour montrer les limites de  « l’ethnicisation  » de l’administration publique du pays, car en définitive c’est l’incompétence et la corruption qui gouvernent. Pour la nouvelle  chefferie « erpégiste », il faut s’enrichir par tous les moyens et le plus vite possible.

Les conflits de Guéckédou, sont un écho à la révolte au mois d’août dernier des populations de Siguiri contre leur préfet, au carnage de Zogota avec six morts , et au massacre inter-ethnique de Galapaye avec une trentaine de morts en mai 2011 . Devant la recrudescence des violences à l’intérieur du pays, les sages de la Basse-Côte à travers leur porte-parole El hadj Mohamed CAMARA ont aussi lancé, dans une récente déclaration à la presse une mise en garde  claire contre M. Alpha CONDE qui selon eux «  les a trompé ». La Guinée est devenue ainsi une poudrière prête à exploser à tout moment.

Les conséquences de la dérive ethnocentrique de la gouvernance d’Alpha CONDE est un danger et une menace pour l’unité du pays et la paix civile en Guinée. Un pays où le sens de l’Etat est absent, où triomphent les intérêts mesquins et où les consciences citoyennes et patriotiques sont rares, est en voie de perdition.

La Guinée mérite mieux ! Il est de notre responsabilité de le faire savoir afin de sauver notre pays du chaos qui s’annonce ! La mobilisation de tous les guinéens comme en 2007 est d’une pertinence actualité.

13/12/2012

Hommages à Dr Ditinn Diallo

Dr Oury Ditinn n’est plus !

 

Dr Oury Ditinn a tiré sa révérence en nous quittant le mardi 08 janvier 2013. La disparition du secrétaire général du Parti de l’Unité et du Développement laisse un vide qu’il sera difficile de combler dans le paysage politique guinéen. Fin débatteur, maîtrisant  ses sujets avec compétence et pragmatisme et porté plus au compromis qu’à la confrontation, Dr Ditinn a été sur le plan des idées un des aiguillons de l’opposition démocratique vingt ans durant. Ses choix l’ont amené à privilégier le jeu institutionnel même si dés fois il pouvait se trouver à contre-courant de l’attitude majoritaire de ses autres pairs de l’opposition. Au début des années 1990 où partout en Afrique les peuples descendent dans les rues pour réclamer des réformes politiques par le biais de l’organisation de conférence nationale souveraine, il clamait que cette revendication n’était pas opportune en Guinée. En 2003, il s’engage tête baissée pour tenter de crédibiliser la candidature aux présidentielles de son ami et partenaire Dr Mamadou Bhoye BARRY alors que le reste de l’opposition avait préconisé le boycott de ce scrutin de trop du Général Lansana Conté. Récemment aussi il montra son indépendance d’esprit en s’opposant de démissionner du CNT alors que les autres formations politiques du Collectif et de l’ADP avaient retiré leurs représentants des institutions de la République. Ces exemples montrent que Dr Ditinn avait une haute opinion de son rôle de leader politique.

En tout temps il a privilégié une approche consensuelle pour la résolution des crises qui secouent de manière récurrente notre pays depuis plus  d’une décennie. C’est ainsi qu’en 2001 face au blocage politique et social qui poussait inexorablement notre pays vers le chaos , avec Ghandi Tounkara, Mboye Barry, Savané Souleymane, Dr Ditinn et moi-même engagions  auprès de tous les acteurs de la Société civile( religieux, coordinations régionales  et mouvements syndicaux) une dynamique pour « lancer un dialogue politique en vue  de stopper la dérive du pays ». L’initiative était prématurée elle ne verra réellement le jour qu’en mars 2006 avec la concertation nationale des forces vives du pays. Ainsi Dr Ditinn  n’a jamais manqué de faire prévaloir son patriotisme et son amour sans exclusive pour la Guinée et les guinéens.

 

Dr Ditinn  n’est plus. A ses proches, à ses amis et aux membres du PUD, recevez l’expression de nos condoléances les plus attristées. Que sa mémoire survive et guide les pas des jeunes générations politiques. Nous ne t’oublierons pas, Dr Ditinn ! Dors en paix.

 

11 janvier 2013

 

BAH Oury

1er Vice-Président de l’UFDG