SAUVER L’UFDG DU DESASTRE EST UN DEVOIR !

 

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Ces dernières semaines, l’UFDG a enregistré des défections importantes. Le député uninominal de Dixinn Aboubacar SOUMAH a démissionné pour créer son propre parti. Le jeune Amadou Oury dit « Intello » membre du comité national des jeunes a jeté l’éponge en rendant public sa lettre de démission. Ces démissionnaires rejoignent la longue liste de ceux qui les avaient précédés. Ce sont les cas de Mme Yarie Briqui figure de proue des femmes engagées, de Mme Kadiatou TOURE, présidente du comité nationale des femmes de l’UFDG, d’El hadj SOW Ousmane, secrétaire général des jeunes du parti, de Gadiane de la Guinée-Forestière et tant d’autres que nous ne pouvons pas citer tous. Toutes ces personnalités ont apporté une contribution inestimable à la cause de l’UFDG et sont également dépositaires d’une partie de la mémoire collective de notre institution politique. Des pans entiers du parti dans des comités de base et des sections désertent les rangs pour se refugier dans l’attentisme. Ceux qui contestent les décisions venant de la « Direction Nationale » sont mis en l’écart de manière subtile par le biais du « renouvellement  des bureaux» qui de facto les élimine et les marginalise. C’est le cas d’El hadj Guissé de la fédération de Siguiri. Des groupes d’activistes entretenus et soutenus financièrement servent comme milice « médiatique » pour intimider et harceler les proches de ceux qui n’apprécient pas la manière dont l’UFDG est gouvernée. Pour museler davantage les structures et étouffer toute velléité de contestation des décisions, la purge est organisée au sommet du parti. Les exclusions prononcées contre Mamadou Barry, Lamine Keita de France, Lamine Diallo d’Allemagne et de BAH Oury le 1er Vice-Président devraient servir à assurer la main mise sur la totalité du parti. Mais cette manœuvre pour dompter l’UFDG n’a pas pu réussir. La colère et le désespoir sont perceptibles et la frustration collective est arrivée à un niveau jamais égalé auparavant.

 

L’absence de boussole à partir de 2011

 

Entre 2011 et 2015 un entêtement suicidaire doublé d’un manque de stratégie efficace et responsable causèrent la perte de plusieurs dizaines de militants lors des manifestations récurrentes. :

  • Le cas de l’opérateur technique de la CENI waymark-sabary technology (2011-2013) est illustratif du manque de pertinence de la stratégie poursuivie. Après avoir accepté de cautionner en novembre 2012 l’adoption de la loi refondant la CENI avec le scrutin à la majorité simple des commissaires comme mode de délibération en lieu et place de la règle du consensus qui prévalait, l’opposition avait contribué à enlever à la CENI ses aptitudes à être une institution neutre, impartiale et régulatrice des élections. Par la suite elle organisa deux années durant des manifestations de rue pour contester l’opérateur technique, pour finalement l’accepter dans les accords de juillet 2013. Que signifie ce revirement à la dernière minute sans aucun accent de remords pour le gâchis humain et économique que la nation a enregistré au détriment de la collectivité nationale.
  • L’épisode des élections présidentielles d’octobre 2015 : Après tout un mois de campagne électorale sur l’ensemble du territoire nationale, le candidat de l’UFDG déclara le lendemain (12 octobre) de la consultation électorale « ne pas reconnaître les résultats qui seront proclamés » et demanda « aux jeunes de descendre dans les rues et quiconque meurt se sera parce que Dieu l’aura voulu ». Le 13 octobre, d’exil je lance l’appel pour demander à tout le monde de s’abstenir de descendre dans les rues car « il n’y a aucune stratégie solide derrière les appels à manifester et qu’en plus nous avons assez de voir le sang coulé ». Mon appel au calme fut largement relayé et permit ainsi à la Guinée d’éviter une crise post-électorale sanglante.
  • Des accords politiques en contradiction avec les textes réglementaires : En août 2015 pour permettre l’organisation des présidentielles à bonne date, le partage du pouvoir est scellé avec la création des délégations spéciales où la mouvance et l’opposition ont placé leurs apparatchiks pour gouverner les communes du pays en l’absence de toute légitimité politique et en prime une violation des lois du pays. La raison d’être d’une opposition disparaît ainsi. Ce qui compte en définitive ce sont les postes occupés sans se préoccuper des attentes et des besoins de la population et sans aucun scrupule pour violer les principes de l’Etat de droit. Ce procédé est encore d’actualité autour des accords politiques du 12 octobre 2016 qui malmènent encore plus gravement les fondamentaux de la décentralisation et de la démocratie en déniant aux citoyens leurs droits constitutionnels de se choisir leurs chefs de quartier et de présidents de district .

 

Ces exemples sont suffisamment éloquents pour prouver que le mobil essentiel des « manifestations des rues » est de conforter des « arrangements » pour satisfaire une clientèle politique particulière. A chaque fois les intérêts d’un petit nombre de personnes ont prévalu au détriment de l’intérêt bien compris de l’institution politique qu’est l’UFDG.

 

 

Perte des valeurs et descente aux enfers

 

Durant ces six dernières années la gestion de l’UFDG sous la houlette de Cellou Dalein Diallo a dérivé vers le recours systématique à la violence et à l’exclusion. D’un parti engagé dans la défense des droits de l’homme, du respect et de l’affirmation de l’Etat de droit, une mutation s’est opérée où la délinquance à caractère criminelle a remplacé le discours politique et l’attitude responsable. Les racines de cette descente aux enfers sont à rechercher du côté d’une culture politique de la pensée unique et de l’esprit du « parti unique ». Ceci explique la planification de la tentative d’assassinat du 1er Vice-Président et fondateur de l’UFDG le 05 février 2016 au siège du parti. C’est ce jour « fatidique » que le journaliste Mohamed Koula Diallo a été mortellement fauché par la balle tirée par un des gardes de corps de Cellou Dalein. Le procès est attendu sous peu afin que toute la lumière soit faite sur ce complot interne pour tuer BAH Oury. Par ailleurs, la perte des valeurs s’est illustrée encore après le verdict du tribunal de Dixinn déclarant la non conformité vis –à-vis des textes de l’UFDG de la décision d’exclusion de BAH Oury et consorts. Une autre décision illégale et anti-statutaire est prise dans la foulée pour « nommer un vice-président chargé des relations extérieures et de la communication ». Sur le plan juridique, cet acte atteste du mépris à l’égard du droit par des gens qui siègent à l’assemblée nationale !!! La récidive constatée (utilisation de la même procédure que le tribunal de Dixinn a juridiquement invalidée) montre un aveuglement et un comportement hors-la-loi. Ceci est d’une extrême gravité car remettant en cause les fondements de la République et de la primauté de l’autorité de la loi.

 

 

Et pourtant L’UFDG a une longue tradition de combat pour la démocratie

 

L’UFDG créée en 1988 dans la clandestinité sous le régime d’exception du Comité Militaire de Redressement National (CMRN) a été le creuset où a éclos le projet démocratique pour la Guinée notamment par la création de l’OGDH (Organisation Guinéenne de Défense des Droits de l’Homme) et également par le soutien actif des mouvements de revendications des étudiants de 1988 à 1992. L’UFDG et ses militants se sont toujours illustrés dans leur détermination pour la cause nationale. Ses responsables et ses militants étaient ceux qui ont affronté les grenades lacrymogènes et les matraques en septembre 2004 pour réclamer la libéralisation des ondes en Guinée. Les militants de l’UFDG étaient devant pour apporter leur soutien aux formidables mouvements sociaux de 2005 à 2007. L’UFDG a été la colonne vertébrale des forces vives nationales pour résister à la confiscation par le CNDD du droit des citoyens de jouir de la démocratie et de la liberté. Les militants de l’UFDG ont payé un très lourd tribut durant cette période particulièrement troublée de notre histoire récente.

 

Cet héritage doit demeurer et se prolonger pour que la démocratie vive en Guinée. Les militants de l’UFDG doivent se réveiller et la sauver du désastre. Ne rien faire, c’est se rendre complice de l’anéantissement de l’espoir qu’il a fallu forger dans l’adversité et la privation pendant plus de trente années. Il ne faut pas rester passif lorsqu’une poignée d’individus détruisent l’UFDG et souillent ses valeurs et ses principes. Il faut sonner la fin de cette descente aux enfers.

 

Le peuple militant de l’UFDG sauvera l’UFDG  ! C’est une conviction et un appel au sursaut salvateur. Pour ce combat nous sommes ensemble !

 

 

 

 

Tournée de Cellou Dalein : qu’en pense Bah Oury ? (Interview)

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CONAKRY- Cellou Dalein Diallo a t-il une chance d’accéder au pouvoir en 2020 ? Quelle pourrait être la portée de la tournée actuelle du Chef de file de l’opposition guinéenne en région forestière et en Haute-Guinée ? Pour Bah Oury, cette « politique spectacle » n’apportera rien à l’UFDG. Monsieur Bah qui s’est confié ce jeudi 4 mai 2017 à un journaliste de notre rédaction, a fait des propositions de solutions. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Monsieur Bah Oury bonjour ! Quelle lecture faites-vous de la tournée actuelle du leader de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo ?

BAH OURY : L’histoire politique de la Guinée a été toujours marquée par cette frénésie à rechercher des foules pour se donner une illusion de légitimité et de popularité. On se souvient qu’au début des années 90, avec l’avènement du multipartisme qui était naissant, des responsables politiques en l’occurrence le doyen Bâ Mamadou, Siradiou et Alpha Condé, avaient sillonné le pays et ont drainé des foules extrêmement importantes. Mais cela n’a pas eu un effet au point de vu électoral, et en 93, en 95, et par la suite en 98. Donc c’est pour dire que la question de la foule dans l’histoire politique de la Guinée, il faut regarder ça avec une extrême prudence. Je crois que c’est un bilan qu’il faut faire de tout cela, et se rendre compte qu’il faut chercher à faire la politique autrement. La politique spectacle, la politique qui consiste à se faire voir, la politique pour dire aux gens regardez moi je suis populaire sans qu’il n’y ait un contenu profond, je pense que c’est une perte de temps et ça ne correspond pas du tout à ce qu’attend l’écrasante majorité de la population guinéenne.

Selon vous cette marrée humaine qui a accueilli Cellou Dalein Diallo du côté de la Haute Guinée n’est pas un signe évocateur de la popularité du leader de l’UFDG ?

Il suffit d’avoir de l’argent à distribuer, avec la pauvreté ambiante, la curiosité aidant, mobiliser des gens à coups de klaxons, de motocyclistes, c’est tout à fait faisable. Ce n’est pas ce qui est difficile ; Ce qui est difficile c’est de faire adhérer le maximum de nos compatriotes à une stratégie politique et à un projet qui leur montre que c’est eux qui sont les premiers sujets et les acteurs de leur propre émancipation. Je pense qu’on en a assez de voir ces images de foule qu’on utilise, non pas en terme de projet politique. …Nous voulons quelque chose de novateur dont la Guinée a besoin aujourd’hui. La Guinée a besoin de mobiliser ses intelligences pour sortir de la pauvreté. Comment éradiquer la pauvreté qui gangrène l’écrasante majorité des jeunes ? Comment apporter des solutions à la souffrance des jeunes qui sont sans travail ? Je pense que ce sont des questions essentielles qui nécessitent la mobilisation de l’ensemble des intelligences et des compétences, et non faire la politique spectacle. On a vu ça plusieurs fois, mais cela n’a pas contribué à faire avancer d’un iota le changement politique en profondeur dont la Guinée en a pourtant besoin.

Est-ce que selon vous l’UFDG a peu de chance d’accéder au pouvoir en 2020 avec cette stratégie de son leader Cellou Dalein Diallo ?

L’UFDG est en crise aujourd’hui. L’UFDG doit être sauvée. C’est cet appel que j’ai lancé à tous les militants de l’UFDG, d’ouvrir les yeux et de ne pas être aveuglés par cette politique de spectacle qui va les empêcher de comprendre que la situation est grave. Il y a des démissions de députés, il y a des démissions de responsables. Cette politique de spectacle consiste à soulever des foules, avec de l’argent distribué de gauche à droite, n’a pour objectif que de masquer la réalité, c’est à dire la désespérance des militants de l’UFDG qui se rendent compte qu’avec la stratégie suivie actuellement, c’est la perte de l’UFDG, aussi bien pour les élections intermédiaires que pour la présidentielle de 2020. C’est la raison pour laquelle, en tant que fondateur de l’UFDG, en tant que premier vice-président de l’UFDG, j’appelle les militants du parti à un sursaut pour sauver l’UFDG du désastre.

 

Entretien réalisé par SOUARE Mamadou Hassimiou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (+224) 655 31 11 11

Nominations des chefs de quartiers et de districts : entorses à la constitution et risques pour la stabilité du pays

 

 

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Lors de la session extraordinaire de l’assemblée nationale, le 23 février 2017, le nouveau code électoral est adopté par la majorité présidentielle et le groupe parlementaire des libéraux démocrates de Cellou Dalein, à l’exception du député de Dixinn Aboubacar Soumah. Les points de frictions concernent la désignation du chef de quartier ou du président de district par la liste majoritaire lors des élections communales dans le quartier ou dans le district d’une part et la composition du conseil de quartier ou de district faite au prorata des voix obtenues par les différentes listes en compétition d’autre part. Conséquemment un recours a été déposé auprès de la cour constitutionnelle pour son invalidation pour non conformité à la constitution. A cet égard, il est important d’y apporter quelques éclairages pour permettre à l’opinion de cerner objectivement les enjeux sous-jacents.

En conclusion nous proposons une alternative pour une sortie de cette impasse préjudiciable à la Guinée et au déroulement normal et correct des processus électoraux.

 

Les points d’achoppements au regard de la constitution

 

Le précédent code électoral admettait l’élection des conseils de quartiers et de districts. La CENI a argué avoir des handicaps techniques et surtout financiers l’empêchant d’organiser ces élections de proximité. C’est ainsi qu’en octobre 2016, la mouvance présidentielle et l’opposition dite républicaine sous la houlette de Cellou Dalein Diallo ont concocté des accords qui proposent la nomination des chefs de quartiers et de districts par les conseils communaux élus. Selon eux, ceci permettra de contourner les contraintes financières évoquées par la CENI. La transformation de cette proposition en acte législatif le 23 février 2017 soulève des questions d’inconstitutionnalité.

  • Le suffrage est direct selon la constitution

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La nomination par le conseil communal, des conseils de quartiers et de districts est un procédé qui viole la nature du suffrage direct en Guinée au regard de la constitution. En effet les conseillers communaux élus lors des élections communales nomment à leur tour les chefs de quartiers et les présidents de districts. Or, il était explicitement écrit dans le précédent code électoral que ces responsables de base devraient être élus. Ainsi au regard de la constitution la disposition législative de nomination des chefs de quartiers et de présidents de districts est anticonstitutionnelle.

  • Les quartiers et les districts sont ils des collectivités locales

La constitution dispose que les collectivités locales sont les régions, les communes rurales et urbaines. Elle précise en plus que celles ci s’administrent librement par des conseils élus. Les quartiers sont les entités constitutives des communes urbaines et il en de même des districts (un regroupement de villages) pour les communes rurales. Ces subdivisions doivent par conséquent s’administrer librement. Certains prétendent qu’elles ne sont pas dotées de la personnalité morale et ne peuvent par conséquent être sujet du droit. Ceci revient à dire que nos missidés n’ont aucune personnalité juridique alors que une bonne partie de la vie collective au Foutah s’articulent autour d’eux. En Haute-Guinée et en Guinée-Forestière que faudra t’il dire au sujet des « Sotikémos » ! Cette vue est une négation de l’histoire plusieurs fois centenaires de nos villages et des traditions politiques ancestrales. Aller dans cette direction ne fera qu’accroître le divorce entre l’Etat et la Société civile qui explique le manque d’efficience des structures étatiques dans maints Etats africains.

En toute bonne foi, les quartiers et les districts sont dotés de la personnalité morale et sont sujets du droit public. La stricte application de la constitution leur confère alors le droit de s’administrer librement.

 

Quels sont les risques suite à l’adoption de cette loi controversée

 

Ces dernières années, une habitude malsaine s’est instaurée par le recours récurrent à des manœuvres politiques qui privilégient des « arrangements » qui deviennent de fait , force de loi au détriment d’une application stricte de la loi républicaine et d’un fonctionnement cohérent et responsable des institutions de la République. Le vrai dialogue politique doit chercher les voies et moyens de conforter plus solidement les fondements de l’Etat de droit, les principes de la laïcité et de l’unité nationale afin d’obtenir une société ouverte, démocratique et apaisée. Si par contre le « dialogue politique » ne sert qu’à protéger des privilèges particuliers et claniques, alors c’est l’ouverture du chemin qui mène fatalement à une déstabilisation généralisée. Nous assistons actuellement aux conséquences désastreuses des politiques similaires au Mali et en République Centrafricaine.

 

Est –ce seulement une vision d’un rigorisme juridique qui motive l’opposition au point 2 des « accords politiques du 12 octobre 2016 » ou s’agit –il de la perception des dangers pour la stabilité du pays et de l’avenir démocratique de la Guinée. !

  • Etouffement et confiscation des aspirations démocratiques

La mise en place des délégations spéciales sur l’ensemble du pays suite aux « accords politiques » d’août 2015 ont entériné le partage du pouvoir entre les partis de la mouvance présidentielle et de l’opposition dans la gestion des collectivités de la Guinée en faisant fi des lois et des règlements du pays. Ces délégations spéciales qui ne sont pas investies à l’issue d’un vote démocratique, gouvernent les mairies depuis novembre 2015 (la loi stipule que la vie d’une délégation spéciale ne doit pas excéder 6 mois). Elles ont mis en place des pratiques politiques pour la conservation du pouvoir entre leurs mains en mettant en place des réseaux de clientèles pour protéger leurs intérêts. Le vote démocratique devient ainsi une menace pour des équipes dont le bilan à la tête des mairies est loin d’être élogieux. Le dispositif législatif adopté le 23 février 2017 permet ainsi aux équipes à la tête des mairies actuelles de « promettre » les postes de chefs de quartiers et de présidents de districts à leurs « proches » pour « influencer activement  le vote lors des élections communales». Par ce biais une « oligarchie politique » peut s’accaparer des pouvoirs locaux, enlevant ainsi toute substance démocratique aux consultations électorales pour une longue durée. Les pays de l’Amérique Latine ont été victimes des méfaits de ces types de politiques qui ont bloqué les évolutions sociales dans ce sous-continent étant ainsi les causes directes des insurrections armées et des guerres civiles dés après la seconde guerre mondiale.

  • Apparition probable de nouveaux facteurs de crises et d’instabilité

Les pratiques politiques dans notre pays sont fortement imprégnées de népotisme et de l’esprit de clans. Nous n’avons pas encore réussi à faire émerger une culture de gouvernance de l’espace public qui rassure, qui réconforte, qui réconcilie et qui est équitable. Ceci explique le raidissement des guinéens lorsque leur interlocuteur dans le cadre public n’est pas issu de leur clan, de leur ethnie ou de la même obédience politique. Sur l’ensemble du territoire deux cultures politiques se superposent : l’une antérieure à l’Etat colonial et postcolonial qui s’est réfugié dans l’informel et l’autre qui se pare des attributs de la modernité et de la légalité. Or la culture politique traditionnelle avec ses codes prend le dessus lorsqu’il est question des consultations électorales de proximité. Elle imprègne fortement la société. Nous assistons ainsi au réel divorce entre le pays réel et le pays légal tel qu’il se manifeste dans maints Etats africains.

Dans les communes rurales qui composent l’essentiel du paysage urbain de la Guinée ethniquement homogène, se sont les liens lignagers qui sont fondamentales. Par exemple au Foutah vous aurez les pathéyanké, dioboyanké, séleyanké, ndouyhébhé etc…En Haute-Guinée, le système des castes persiste en laissant subsister encore des discriminations sociales. Dans la partie du pays qui a enregistré récemment un flux migratoire interne positif comme les régions de la Basse-Côte et de la Forêt, le climat pourrait être explosif. Dans ces régions les centres urbains ont accueilli des populations allogènes d’ethnies autres que celles des populations historiquement autochtones qui sont reléguées très souvent dans les zones périphériques. Dans ces cas, tout conflit politique exacerbé se transforme inéluctablement en un conflit ethnique sanglant. La région de la Guinée Forestière a été particulièrement meurtrie par des tueries très meurtrières du fait des oppositions politiques notamment au début des années 90 avec les premières élections communales que la Guinée avait organisées.

  • L’annihilation du processus de décentralisation et d’implication citoyenne

La conséquence logique de la nomination des chefs de quartiers et de districts par les conseils communaux est la mise en force d’un réseau de clientèles politiques qui n’auront pas nécessairement la confiance des populations qu’elles sont chargées de représenter. Par conséquent cela nuira durablement l’indispensable décentralisation dont la Guinée a besoin. Ayant été dépossédées de leur droit de choisir les personnes sensées les représenter, la population se désintéressa de la chose publique. Le désengagement des citoyens aura également pour effet de freiner le développement local, vecteur essentiel de la lutte contre la pauvreté. Le Général Lansana Conté dans son mémorable discours du 22 décembre 1985 disait : « Nous faisons le choix d’une société fondée sur les solidarités naturelles mises au service du développement. Renforcer ces solidarités là où elles existent encore, c’est l’objet de la décentralisation. Les créer aux niveaux plus complexes de la vie économique et sociale, c’est l’enjeu de la planification contractuelle et décentralisée. Autour de ces deux axes, doivent s’articuler l’ensemble de nos politiques. Les traditions de coopération et d’entraide sont toujours vivantes dans les campagnes. Grâce à elles, la Guinée a survécu à 60 années de colonisation et 26 années d’autoritarisme.

Pour construire une maison, récolter un champ, secourir un malade, nos populations se regroupent spontanément. Il ne s’agit pas là de politique mais bien de solidarité. Je songeais à ces solidarités naturelles quand j’ai proposé à nos populations rurales de constituer des Districts. Le District doit regrouper des villages qui ont tissé entre eux des liens étroits, souvent fondés sur des relations de parenté ou d’alliance, et qui ont l’habitude d’organiser leur vie quotidienne sur des bases collectives ». Ce discours est un élan pour impulser les initiatives individuelles en libérant les forces productives des multiples entraves institutionnelles ou politiques. En 2017 nous devons nous en souvenir.

 

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Conclusion et recommandation

Nous avons montré que la disposition législative relative à la nomination des chefs de quartiers et des districts fait entorse à la constitution sur la nature indirecte de leur désignation d’une part et la négation de la dotation par les quartiers et les districts de la personnalité morale de droit public d’autre part. Par la suite, il est explicitement indiqué les conséquences désastreuses à terme sur le processus électoral, sur la décentralisation, sur la démocratie et sur l’implication citoyenne en Guinée. Enfin le maintien de ce code tel qu’il est voté accentuera la fracture entre le pays légal et le pays réel qui fera perdurer encore longtemps un Etat inefficient et prédateur des ressources publiques.

  • Que faut-il faire alors ! avoir une proposition alternative

Pourtant il existe une proposition alternative qui prend en compte à la fois les principes constitutionnels en vigueur et l’impossibilité pour la CENI de pouvoir organiser des élections au niveau des quartiers et des districts pour des raisons financières. En effet comme au Sénégal (article 83 du code des collectivités locales), les quartiers et les districts érigent des conseils consultatifs composés des représentants des associations du quartier ou du district que sont les associations des jeunes, des femmes, des sages, des représentants des différents cultes, des mouvements d’initiatives citoyennes de la localité (l’énumération n’est qu’indicative). Ces conseils sont consultés par le maire et peuvent faire des propositions sur tout dossier intéressant le quartier ou le district. Un arrêté du Ministre de l’Administration du Territoire chargé des collectivités locales en détermine les attributions ainsi que les modalités de fonctionnement. Les chefs de quartiers ou de districts seront naturellement issus des conseils consultatifs par des délibérations démocratiques de ses membres.

Cette proposition a également le mérite d’impulser la conscience citoyenne par une plus grande implication des forces vives notamment des jeunes et des femmes dans la vie du quartier. Ce renouveau démocratique à la base réconciliera les populations et assurera le respect et l’intégrité aussi bien des diversités culturelles que de croyances. La réappropriation des populations de leur cadre de vie permettra l’essor d’une culture urbaine ouverte et tournée vers l’avenir.

Saurons nous saisir cette opportunité pour reconstruire l’Etat en partant de la base. Espérons que le Président Alpha Condé qui avait déclaré « j’ai hérité d’un pays et non d’un Etat » permettra à la Guinée de saisir cette ultime chance pour construire enfin l’Etat démocratique dont nous ambitionnons depuis plusieurs décennies.

BAH Oury : »Je crois en l’avenir de la Guinée »

 

 

 

 

 

BAH Oury

Comme nous vous l’annoncions dans une de nos précédentes éditions, le premier Vice-président de l’UFDG, Amadou Oury Bah, connu sous le nom de ‘’Bah Oury’’, s’est prêté, dans une interview, qu’il a bien voulu nous accorder, à plusieurs questions de l’actualité sociopolitique du pays. Dans cette deuxième et dernière partie, il s’est prononcé sur le nouveau code électoral, le dossier de l’attaque du domicile privé d’Alpha Condé ainsi que sa relation avec son président Cellou Dalein Diallo…. Lisez !

 

Guinéenews :dans le dossier de l’attaque de la résidence privée du président de la République à Kipé, vous avez été accusé d’en être l’un des cerveaux. A l’issue du procès qu’il y a eu de cette affaire, vous avez été condamné puis gracié. Que pouvez-vous dire aujourd’hui sur ce dossier qui, du reste, a quelque peu terni votre réputation en Guinée, d’autant qu’on vous a accusé d’être un putschiste

Bah Oury : il y a ces accusations certes, mais il y a une grâce présidentielle qui est intervenue. Même certains proches de l’UFDG, soi-disant mes amis, m’ont politiquement accusé d’avoir été porteur d’une arme pour tirer sur le journaliste Mohamed Koula, le 5 février 2016. Parfois, la politique est tragique mais par rapport à votre question, je sais qu’il y a des hommes et des femmes incarcérés actuellement. Je n’en dirai pas plus parce que ce qui me préoccupe le plus est que je souhaite que cette page historique soit tournée avec les libérations, leurs élargissements et les recouvrements du droit de citoyenneté pour toutes les personnes concernées par cette affaire. Il faudra laisser à l’histoire le soin, dans 30 ou 40 ans, de revoir les choses et de se dire où est la part de vérité. Pour le moment, je m’arrête là…

Guinéenews : pourtant, un de vos anciens proches collaborateurs, en l’occurrence Thierno Souleymane Diallo, vous a récemment accusé d’avoir été informé de cette attaque.   

 

Bah Oury : vous savez, il y a toujours des Judas. Même Jésus avait Judas avec lui. Il y a des gens payés pour raconter n’importe quoi et d’autres pour les incriminer et leur porter préjudice. Il y a même des gens qui se disent responsables de l’UFDG en 2013 qui disaient que Bah Oury est en train de rassembler l’argent de la diaspora pour faire une intervention militaire à partir des pays frontaliers. Et cela a circulé. Il y a beaucoup de choses que les esprits malveillants vont dire mais ce qui est le plus grave, ce sont ceux qui sont censés être dans la même mouvance politique que Bah Oury qui sont en train de véhiculer ces messages. Cela prouve qu’il y a des traitres qui veulent à la vie, à la liberté de certains responsables de l’UFDG. On laisse à l’opinion de faire la part des choses entre ceux qui veulent que l’UFDG se rassemble, se reconstruise pour aller de l’avant et ceux qui sont là pour défendre des intérêts personnels. Je suis pour une UFDG qui gagne, qui rassemble, qui réconcilie et pour que l’UFDG puisse contribuer efficacement à l’émergence d’une société démocratique dans notre pays, pour que les Guinéens puissent dire ‘’Dieu merci’’.

 

Guinéenews : en dehors de la politique, que Bah Oury a présentement comme activité génératrice de revenu ?

 

Bah Oury : (rire) ! Merci. C’est une question privée mais bon, je sais que vous vous intéressez à mon sort. Je me reconstruis progressivement. Cela fait un an que je suis rentré, je me réinstalle, j’essaie de mettre en avant certains aspects qui me sont personnels. Comme ce n’est pas le lieu de les exposer mais par la grâce de Dieu, il y a des gens de bonne volonté qui me donnent un coup de pouce qui me permet d’avancer avec bien entendu lenteur mais j’espère efficacement.

 

Guinéenews : qu’est-ce que Bah Oury pense du nouveau code électoral qui a été défendu et soutenu à la fois par la mouvance et l’UFDG, au grand dam des partis du Front anti-Point 2 de l’accord du 12 octobre 2016 ? 

Bah Oury : je pense que c’est un acte qui est liberticide. C’est un acte qui ne peut pas contribuer à la stabilité de la Guinée. On dénie aux collectivités les plus petites, c’est-à-dire les villages et les quartiers, la possibilité d’élire des hommes et des femmes qui puissent les représenter valablement. Dans un village qui a une histoire, un fonctionnement depuis des siècles, si je peux m’exprimer ainsi, on leur dit non vous n’avez pas la compétence juridique, vous n’êtes pas une personnalité morale. Donc, un conseil communal élu qui est plus lointain doit désigner la personne qui va être le président de votre district. Le président de ce district, ‘’militant politique’’, est-il du village ? Connaît-il l’histoire ? C’est encore beaucoup plus grave dans d’autres zones. Par exemple, je prends le petit village de Kaporo dont l’histoire est connue par tous. Il a des populations présentes depuis des siècles, vous ne pourrez jamais désigner en dehors des populations de Kaporo, le chef de quartier. Si vous le faites, vous enlevez aux villageois qui ont une identité d’être de Kaporo, la possibilité de s’exprimer, d’avoir leur représentant pour défendre leurs intérêts et affirmer institutionnellement l’existence de l’identité des villageois de Kaporo. Ce n’est pas parce qu’il y a eu une ville ou un quartier urbanisé qui s’est greffé autour du village qu’il faut nier l’existence du village de Kaporo. Ce sont des situations d’une extrême complexité auxquelles, il faut faire très attention. Je rappelle qu’en 1990, dans les zones comme en Guinée Forestière, il y a eu beaucoup de heurts qui ont amené à ce qu’il y ait beaucoup de victimes. Le conseil constitutionnel est saisi de la question, je n’ai pas développé l’aspect sur la Constitution mais je crois que l’aspect politique, il y a nécessité de stabiliser la Guinée, de faire que toutes les identités locales puissent être représentées dans le cadre des institutions. Ce point 2 détruit le processus de décentralisation et met en place la création de clientélisme politique qui va confisquer la liberté et transformer la démocratie en un groupe de clans et d’intérêts. Je dis et je répète, l’Amérique latine a connu la guerre civile parce que pendant 4 siècles, ce sont des oligarchies familiales, économiques qui ont privatisé la sphère politique et laissé de côté, l’écrasante majorité de la population. On ne peut pas se permettre de laisser le point 2 en l’état comme ça parce que sinon, c’est l’avenir de la Guinée qui est en danger.

 

Guinéenews : quelle est actuellement votre relation avec le président de l’UFDG Cellou Dalein Diallo ?

Bah Oury : je n’ai pas une relation directe avec lui dans le contexte actuel. Depuis le 24 janvier 2016, le jour de mon retour, c’est la dernière fois que nous nous sommes vus au siège de l’UFDG. Et depuis lors, on ne s’est  jamais rencontré et on n’a jamais échangé un mot. J’estime que le plus important, ce ne sont pas nos relations directes mais le respect scrupuleux des orientations des statuts de l’UFDG, du règlement intérieur et des valeurs cardinales pour lesquelles nous nous sommes battus depuis très longtemps.

 

Guinéenews : la justice vient de vous réhabiliter comme premier vice-président de l’UFDG. A quand votre retour dans les assemblées hebdomadaires du parti ?

Bah Oury : je ne suis pas pressé pour aller dans les assemblées hebdomadaires parce que j’ai autre chose à faire. Et je dois dire, dans le contexte actuel, le siège n’est pas opérationnel puisque le bâtiment qui servait de local a été détruit. J’ai été étonné que pendant plusieurs années que ce bâtiment vétuste puisse servir de siège à l’UFDG. Aujourd’hui, il y a des travaux et le siège n’est pas opérationnel. Je dois dire que la politique ne se fait pas en spectacle de samedi. La politique c’est tous les jours dans nos quartiers, nos villes, à l’intérieur du pays, à Conakry, parmi les jeunes, les personnes qui souffrent et qui sont en train d’investir et promouvoir une autre image de la Guinée à l’étranger parmi nos compatriotes, dans un monde interconnecté avec des réseaux sociaux… Plus besoin de faire une petite assemblée hebdomadaire comme si vous allez à la messe. Non ! La politique a changé. Nous sommes dans une autre ère de modernité, de société interconnectée et nous sommes visibles un peu partout dans le monde. Donc, il faut que la politique évolue autrement et nous sommes dans cette dynamique.

 

Guinéenews :que répondez-vous à ceux qui disent que vous avez un autre siège de l’UFDG, en dehors de celui de Hamdallaye ?

Bah oury : mais j’ai mes bureaux. Un responsable ne peut travailler s’il n’a pas de bureau. Je m’organise avec mon équipe. Petit-à-petit, l’oiseau fait son nid. Les gens de l’autre camp ont leur bureau à la CBG et le siège est à Hamdallaye. J’ai le mien à Nongo Contéyah. C’est mon espace de travail pour que mes équipes puissent être  progressivement  opérationnelles, efficaces et non pour la mamaya.

 

Guinéenews : alors, peut-on dire que l’UFDG à deux directoires ?

Bah Oury : non, l’esprit guinéen veut que l’église soit chapeautée par une seule personne. Il faut que les visions changent. Cellou a son bureau à Hamadallaye et j’ai le mien à Nongo.

 

Guinéenews : une commission de réflexion dont vous avez été membre a été mise en place par le chef de l’Etat pour qualifier le système éducatif guinéen. Dites-nous, pourquoi avez-vous finalement claqué  la porte de cette commission ?

Bah Oury : le président de la République a eu certainement la bonne information pour se rendre compte que le système éducatif guinéen est malade. Donc, au mois de juin, il m’a invité à participer à une commission pour faire un diagnostic sérieux et honnête sans complaisance du système éducatif guinéen afin de tirer les enseignements et de pouvoir, à partir de ce travail, élaborer les pistes pour réformer en profondeur le système éducatif. J’étais très enchanté de cette invitation parce qu’il y va dans l’intérêt  de mon pays et comme vous le savez, l’éducation est la priorité des priorités pour qu’un pays puisse aller de l’avant. Mais malheureusement, dès la première réunion  de cette commission, je n’ai pas retrouvé  le sérieux auquel j’avais pensé. Le conseiller du président à l’Education s’est autoproclamé d’emblée  dans la commission, il a désigné des vice-présidents, des rapporteurs. Et à partir de ce moment, j’ai dit que ma place n’est pas d’être un figurant. Pour le travail qui se fera, que je puisse le défendre partout où le besoin sera. Je ne suis pas un faire-valoir, j’ai ma crédibilité à défendre. Un travail qui ne se fait pas de la manière la plus objective, je ne peux pas m’associer à cela. J’ai informé le président de la République en le remerciant de m’avoir associé à cette initiative, mais j’ai décliné ma participation en lui exposant les raisons que je vous ai exposées ici.

 

Guinéenews : votre mot de la fin ?

Bah Oury : je crois en l’avenir de la Guinée. A ma place, dans la phase historique actuelle, très importante pour l’avenir de ce pays pour des années et des années, il nous faut faire émerger des contre-pouvoirs efficaces et c’est la raison pour laquelle les partis politiques doivent se reformer en profondeur et être beaucoup plus proches des préoccupations des populations et s’intéresser à des questions qui peuvent être au centre des discussions et  faire élaborer des mécanismes de réflexion pour apporter des propositions innovantes pour demain. C’est la raison pour laquelle je suis heureux que la phase historique qui s’ouvre soit formidable, avec une génération débarrassée des maux tels que l’ethnocentrisme et le conservatisme.

Une interview réalisée par Sékou Sanoh en collaboration avec Mame Diallo pour Guinéenews

Bah Oury : « L’exil m’a permis de me forger une nouvelle vision et je ne suis plus guidé par des préjugés »

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Dans une interview à bâtons rompus qu’il a bien voulue accorder à votre quotidien Guinéenews, le premier  Vice-président du principal parti de l’opposition, Bah Oury s’est prononcé sur des sujets brûlants se rapportant aussi bien à la situation politique qui prévaut au sein de sa formation politique qu’à la vie de la nation.  

De la récente décision de la justice invalidant son exclusion de l’UFDG aux sorts de ses co-accusés condamnés dans le dossier de l’attaque de la résidence privée du chef de l’Etat en passant par la gouvernance de celui-ci, Amadou Oury Bah, Bah Oury pour les intimes, aborde toutes ces questions dans cette entrevue exclusive qui a été réalisée ce week-end dans les locaux de la Rédaction de Guinéenews et dont nous livrons ici la première partie. Lisez !  

 

Guinéenews : la justice vient d’invalider la décision de la direction de l’UFDG qui vous excluait de ses rangs.  A présent que comptez-vous faire concrètement pour faire valoir votre légitimité juridique au sein de l’UFDG où vous êtes toujours contesté ?

 

Bah Oury : d’abord je ne suis pas en conflit avec l’UFDG. J’étais en conflit avec une partie de la direction qui a utilisé des méthodes peu démocratiques et qui a violé les statuts pour exclure Bah Oury, il y a un an. Le Tribunal de Dixinn a estimé que cette décision d’exclusion n’est pas en conformité avec les textes et les statuts de l’UFDG. C’est la raison pour laquelle, cette décision a été invalidée. Donc de ce point de vue, les choses rentrent dans l’ordre. Je ne suis pas dans une posture qui consiste à prendre une revanche vis-à-vis de qui que ce soit. Je suis pour le respect scrupuleux des règles statutaires et démocratiques pour permettre à l’UFDG de reprendre une orientation conforme à ses valeurs et à ses idéaux.

 

Guinéenews : quelle différence y-a-t-il entre Bah Oury 1 qui critiquait toujours et sévèrement le régime d’Alpha Condé par rapport à sa mauvaise gouvernance et sa violation des droits de l’homme et Bah Oury 2 qui, depuis qu’il a été gracié par le chef de l’Etat est devenu muet sur ces questions qui, pourtant, persistent toujours en Guinée?

 

Bah Oury : à chaque étape, il y a une meilleure compréhension de la réalité. Il y a quelques années, j’étais ici, actif, je me suis battu corps et âme pour que Cellou Dalein devient le président de la République pour de multiples raisons pour lesquelles je ne rentrerais pas dans les détails. Ça n’a pas été le cas. J’étais en exil avec ma fille pendant quatre années et demi. De ce point de vue, c’est une autre expérience douloureuse et difficile. J’ai beaucoup appris. J’ai appris à mieux connaitre l’être humain dans sa globalité. Cela m’a permis aussi de mieux appréhender les comportements de nos compatriotes quelles que soient leurs ethnies et leurs sensibilités politiques. Cela m’a permis de me forger une nouvelle vision d’être beaucoup plus ouvert à la réalité et je ne suis plus guidé par des préjugés. La réalité vous apprend, il vous force à changer d’attitudes. Donc, je suis revenu, j’ai été ‘’exclu’’  par des gens que j’avais accueillis en 2007 au niveau de l’UFDG. J’ai été victime d’une tentative d’assassinat et on m’a accusé d’être l’auteur de l’assistanat du journaliste Mohamed Koula Diallo. La justice est en train d’étudier le dossier et il va avancer dans les meilleurs délais. Le président Alpha Condé avec qui j’étais en opposition durant le premier mandat alors qu’auparavant pendant plus de 20 ans, nous avions plus ou moins les mêmes itinéraires politiques dans l’opposition contre la gouvernance PUP. Et étudiant en France, nous avons été dans les sillages du mouvement estudiantin dans la Fédération des Etudiants de l’Afrique Noire Francophone. Donc, vous voyez il y avait beaucoup de proximités sur le plan idéologique et l’itinéraire avec monsieur Alpha Condé. La période du premier mandat a rendu les relations crispées, à la fin du premier mandat, il a fait des ouvertures qui vont dans le sens de l’intérêt national de mon pays. J’ai répondu favorablement, pas en disant que je suis dans la même orientation politique que lui, mais à ma place, du fait de l’expérience accumulée, je considère qu’aujourd’hui en Afrique, on se trompe des fois de cible. Il y a deux pouvoirs qui gouvernent, il y a le pouvoir officiel qui a la réalité de la responsabilité gouvernementale et maintenant, il y a les contre-pouvoirs.  Ces contre-pouvoirs sont très importants. Si les contre-pouvoirs sont peu efficaces, il va de soit que le pouvoir peut dériver en allant dans les directions qui ne sont pas en conformité avec l’intérêt du pays. Un contre-pouvoir efficace peut amener le pouvoir à changer d’orientation et j’estime que dans la phase actuelle, ma place et mon rôle, c’est de préparer à faire émerger un véritable contre-pouvoir efficace et respectueux des principes républicains démocratiques. Je pense que ce point de vue, le président de la République Alpha Condé et Bah Oury comme leader d’une opposition constructive, d’une manière ou d’une autre, chacun contribue à la stabilité et à la décrispation du pays. Je vous rappelle que Nelson Mandela n’aurait pas pu  vaincre le système d’apartheid s’il n’avait pas à côté un Frederik de Klerk. La vie de ce monde est d’avoir une écoute intelligente et de mettre en avant les objectifs essentiels. C’est-à-dire l’intérêt de son pays. C’est à partir de là, il est possible d’avoir une autre attitude que j’allais dire subjective qui dit que si ce n’est pas moi le président de la République, quiconque l’est, je ne souhaite pas qu’il réussisse ou je ne vais jamais dire du bien de ce qu’il fait. Non, il faut qu’on change, nous sommes des responsables. Seul Dieu sait qui sera le président de la République demain. Dans le contexte actuel, monsieur Alpha Condé est le président de la République. Je souhaite qu’il réussisse dans les grandes actions qui vont dans l’intérêt du pays sinon demain, ceux qui vont lui succéder, auront toute la charge et toutes les peines à faire ce que les anciennes générations ou les anciens gouvernants n’ont pas pu faire. Et aujourd’hui, lorsqu’on regarde notre pays, il y a 15 ans ou 20 ans, si on avait réglé la question énergétique, on n’en serait pas à la situation actuelle. Si non avait réussi dans une large mesure à décrisper les relations entre tous les Guinéens, on serait beaucoup plus avancer. Donc, la démarche est logique, elle est cohérente et je veux aller dans le sens d’une démarche constructive pour que mon pays soit dans les prochaines années un grand pays et soit dans les girons des  pays  qui comptent et qui montent dont les citoyens seront fiers.

 

Guinéenews : vous aviez été condamné par contumace ainsi que d’autres personnes accusées dans l’attaque du domicile privé du Président Condé. Entre temps, vous avez été gracié mais vos co-accusés continuent de croupir en prison. Quelles démarches avez-vous fait en vue d’obtenir leur libération quand on sait que certains parmi eux sont aujourd’hui malades ?

 

Bah Oury : c’est une question importante et pertinente mais, je préfère que nous en reparlions lorsqu’il y aura un résultat de ce qui est en train d’être fait dans les coulisses. Je sais qu’il y a des hommes et de femmes qui s’activent pour que les choses puissent avancer le plus rapidement possible. Je sais que le président de la République est aussi très intéressé pour voir cette  situation se dénouer le plus vite possible. Il y a des procédures, il y a un certain nombre de facteurs qu’il faut tenir en compte mais, je sais que de part et d’autre, qu’il y a un processus assez intéressant qui est en cours. Donc attendons, ne soyons pas pressés, la question, je l’espère bien, trouvera une solution la plus adaptée qui sera conforme à l’intérêt du pays, à l’intérêt national et à l’intérêt des hommes et des femmes qui sont embastillés aujourd’hui. Ne pensez pas que je ne suis pas intéressé et ni préoccupé  par le manque de liberté de ces personnes qui sont en train de souffrir.

 

Guinéenews : quelle lecture faites-vous concrètement de la gouvernance actuelle du président Alpha Condé ?

Bah Oury : comme je vous l’ai dit, nous sommes dans une situation globale. Dans une large mesure, les politiques avaient privilégié l’accession au pouvoir. Pour accéder au pouvoir, il y a des techniques et des méthodes mais, l’accession seulement ne suffit pas. Il faut également se préoccuper des grands sujets du pays, des grands problèmes et comprendre le mécanisme qui préside au fonctionnement de la société guinéenne. Il ne faut pas croire qu’il suffit de s’asseoir dans un fauteuil ministériel ou présidentiel et comme un coup de baguette magique,  pour faire changer les choses. L’Etat guinéen est dans une crise structurelle profonde depuis près de 30 ans. L’Etat tel qu’il a toujours fonctionné, est en décalage avec les attentes et les intérêts fondamentaux des populations guinéennes. Vous avez un Etat qui est marqué par des réseaux clientélistes. Ce que les sociologues appellent un Etat néo-patrimonial qui est dans une logique de prédation, de la mal gouvernance  systématique pour alimenter les réseaux qui n’ont rien à avoir avec l’attente de la grande majorité de la population guinéenne. C’est cet Etat qui est en crise, qui ne peut pas prendre des mesures idoines pour réformer en profondeur l’Education nationale, qui ne peut pas faire en sorte que les besoins sociaux les plus élémentaires puissent être la préoccupation essentielle. Ce n’est pas seulement la Guinée qui est dans cette situation, beaucoup d’Etats africains sont dans les situations de crise structurelle de l’Etat néo-patrimonial et nous sommes dans cette vague. Le cycle politique qui se termine aujourd’hui dans cette période historique qui ferme une longue période qui date de l’indépendance jusqu’à maintenant, est en train d’être dépassée par une nouvelle offre politique, avec une autre génération politique. Des jeunes gens connectés au monde qui pensent d’abord avec les problèmes et des solutions que d’autres ont expérimentés ailleurs. C’est ce clivage, cette confrontation qui fait qu’aujourd’hui, il y a des pertes de repère. Les gens ne se retrouvent pas mais, je suis persuadé et convaincu qu’un autre cycle politique est en train d’émerger. Un cycle de responsabilité, d’engagement pour l’intérêt des populations avec des compatriotes mieux informés, plus responsables que leurs aînés et qui vont régler les grands problèmes que ce soit l’ethnocentrisme, la mal gouvernance, l’émergence d’un Etat mieux structuré, organisé et plus attentif à l’intérêt de la population. Nous sommes dans une autre période historique qui est en train de progressivement émerger et vous vous rendrez compte que la Guinée, de ce point de vue, est en train de bouger. Bien entendu lorsqu’il y a un cycle qui se ferme et un autre cycle qui démarre, il y a une période assez difficile et nous sommes dans cette vague. Mais je suis persuadé que nous sommes dans une dynamique historique et positive aussi bien que pour la Guinée que pour le continent africain. J’aimerais que mon pays soit la référence dans quelques années, que les autres viennent s’enquérir de l’expérience guinéenne pour dire qu’il faut qu’on aille apprendre chez les Guinéens, savoir comment ils ont fait pour sortir leur pays de la mal gouvernance, comment ils ont réussi à se stabiliser, à éteindre les clivages ethnocentriques ou construire un autre modèle politique auquel les Etats africains vont s’accrocher.

 

Guinéenews : êtes-vous favorable ou pas à un éventuel troisième mandat pour Alpha Condé ?

 

Bah Oury : la Constitution guinéenne est, de ce point de vue, catégorique. Il ne peut pas y avoir plus de deux mandats. J’estime que ceux ou celles qui sont en train de faire de manière insidieuse des campagnes pour un troisième mandat, ils ne font que répéter ce que d’autres ou ce sont les mêmes qui avaient fait des campagnes du genre ‘’Koudéï, Koudéï, Koudéï…’’ (mandat à vie, NDLR). Et le ‘’Koudéïsme’’ du PUP a déstructuré en profondeur l’Etat guinéen. La première étape historique du gouvernement du général Lansana Conté, c’est-à-dire, en 1986 parce que c’est là, le début des réformes économiques et politiques et de 1997, on peut dire que c’était une période vertueuse où il y a des avancées démocratiques, économiques dans un contexte malheureusement sous-régional en crise avec les guerres civiles du Libéria, de la Sierra Leone et par la suite de la Côte d’Ivoire. Cela a impacté l’évolution démocratique de la Guinée. Par la suite, avec l’expérience du ‘’Koudéïsme’’, on est revenu en arrière, on a fermé cette parenthèse vertueuse et cela à plomber le développement économique de la Guinée. Ceux qui ont chanté le ‘’Koudéïsme’’, ont une large responsabilité du retard tant institutionnel qu’économique et social que connait le pays aujourd’hui. Il y a certains, peut-être des nostalgiques qui veulent encore induire le  président Alpha Condé dans cette dynamique. Mais, je sais que le Président Alpha Condé est un grand dirigeant sur le plan international et sur le plan national, il fait partie dans les périodes historiques, des générations de leaders et je suis sûr qu’il sera dans la trajectoire des grands leaders qui ont laissé des traces positives pour leur pays dans un contexte bien entendu où il y a beaucoup de difficultés avec un pays malade, une société bloquée. Je pense qu’il pourra faire les tâches historiques qui sont de son ressort pour transmettre le flambeau à d’autres générations qui vont aller plus loin. Et c’est ça l’intérêt d’être dans l’histoire.

 

Guinéenews : que pensez-vous de la mise en place d’un front anti troisième  pour le président  Alpha Condé?

 

Bah Oury : je pense que c’est absurde. Cela n’a pas de sens. La Constitution est claire. Pourquoi faire un front contre… et est-ce que le président Alpha Condé a dit qu’il est pour un troisième mandat ? Il ne l’a jamais dit. Ceux qui font ces campagnes sont en train insidieusement de mettre dans la tête des citoyens qu’un troisième mandat est possible. Ils sont en train de désorienter l’attention majeure de nos compatriotes des choses essentielles. Soit on s’intéresse beaucoup plus à des questions de politiques politiciennes alors qu’on devrait s’intéresser à ce qui doit aller dans le sens du développement et de l’implication du plus grand nombre pour que les choses changent, pour que la pauvreté recule, pour que les enfants soient mieux instruits, que l’éducation soit mieux réorientée… Ce sont ces questions qui sont pertinentes mais créer des faux buzz pour faire du tintamarre  et désorienter aussi bien les Guinéens que les investisseurs qui vont se dire qu’on a pas de lisibilité politique… Je pense que c’est un piège et qu’il est bon, de part et d’autre, que les esprits les plus éclairés aussi bien de la mouvance que l’opposition mettent de l’ordre pour que ce tintamarre ne nous désoriente pas et que l’on s’attèle à ce qui peut permettre aux investisseurs étrangers, à la communauté internationale de se rendre compte qu’en Guinée, il y a du sérieux et qu’ils sont pour une stabilité constitutionnelle et pour que les choses partent de l’avant avec responsabilité et rigueur. C’est ce qui va aider la Guinée et non ce tintamarre médiatico-politicien, 3ème mandat par-ci, remaniement gouvernemental par-là, on fait trop de place à des choses qui ne méritent pas d’être échangés même dans le cadre d’une conversation privée.

 

 

A suivre…

 

Une interview réalisée par Sékou Sanoh en collaboration avec Mame Diallo pour Guinéenews