Statut de chef de file de l’opposition et enrichissement illicite

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L’opinion nationale et internationale découvre avec stupeur la nature véritable de celui qui est pour le moment le Président de l’UFDG, Cellou Dalein DIALLO. Pourvue d’une forte minorité à l’Assemblée Nationale l’UFDG est le principal parti de l’opposition parlementaire. En novembre 2014 lors de la visite officielle du Président Hollande en Guinée, le Chef de l’Exécutif guinéen annonce l’adoption prochaine du statut de chef de file de l’opposition pour le Président de l’UFDG. A ce moment, cette initiative a été saluée comme étant une volonté de décrisper les relations entre le pouvoir et son opposition. En effet les années de 2012 à 2013 ont été calamiteuses car endeuillées par de sempiternelles manifestations de rue à l’initiative des dirigeants de l’opposition. L’année 2014 a été de son côté dramatique du fait de la persistance de l’épidémie de la fièvre hémorragique Ebola. Dans ce contexte il était louable d’envisager de faire évolué positivement les rapports entre le Chef de l’Etat et le Président du principal parti de l’opposition. Toutefois les récentes révélations de l’octroi d’un budget faramineux à l’institution «  chef de file de l’opposition » de l’ordre de 17 millions de GNF/jour soit 50.000 euros/mois s’avère être un scandale politique et moral.

 

Ce statut est-il conforme avec la constitution

 

Beaucoup de pays francophones ont adopté ce statut de chef de file de l’opposition en s’inspirant du modèle anglo-saxon qui est par essence parlementaire. Ce type de régime est marqué par le fait que le chef de gouvernement ou Premier Ministre est nécessairement issu de la majorité siégeant au parlement. La durée de vie d’une équipe gouvernementale est très souvent sujette aux aléas des conjonctures politiques. Ainsi, pour assurer la permanence et la continuité de l’Etat le chef de la minorité au parlement est « un premier ministre en attente » et donc doit être informé des dossiers concernant la vie nationale. Il lui est alors conféré le statut de chef de file de l’opposition et il met alors en place un « shadow cabinet » c’est-à-dire un gouvernement de l’ombre qui suit en parallèle les activités du gouvernement en situation de responsabilité. Dans ce contexte, les alternances au pouvoir se font sans heurts et confortent la solidité des institutions.

En Guinée, le régime politique est de type présidentialiste. Le Chef du gouvernement n’engage sa responsabilité que devant le Président de la République. En conséquence l’adoption du statut de chef de file de l’opposition ne se justifie pas au regard de la nature présidentialiste du régime politique.

Ce statut conforte t’il la gouvernance démocratique ou pas !

 

Il n’est pas besoin d’avoir un statut de chef de file de l’opposition pour le Président de la République pour inviter régulièrement les chefs de son opposition politique à des entretiens réguliers pour les informer de la situation du pays et recueillir également leurs points de vue. C’est une question de bonne volonté, d’ouverture et de respect mutuel. Le cas français en est une parfaite illustration. En effet Le Président François Hollande a convié tous les chefs de partis représentés au parlement à des entretiens lorsque la France a été endeuillée par les attentats terroristes.

La récente affaire du budget alloué au chef de file de l’opposition pose quant à elle, de multiples problèmes :

  • Ce statut a permis à Cellou Dalein Diallo de « décréter » qui est de l’opposition et qui ne l’est pas. Le collectif des partis dit « opposition républicaine » est elle la seule et légitime expression de l’opposition en Guinée. La réponse est évidemment non. Ainsi la pratique autocratique de gouvernance dont il est coutumier a amené des mesures d’exclusions des partis qui ont exprimé des points de vue divergents. C’est le cas avec l’UFR de Sydia Touré et le Bloc Libéral. Tout ceci amène insidieusement à la négation de la charte des partis politiques en Guinée et restreint également l’expression démocratique des courants d’idée qui parcourent notre société.
  • Au Mali, le Chef de file de l’opposition M. Soumaïla Cissé a des avantages similaires à ceux alloués au 1er Vice-Président de l’Assemblée Nationale (fonctionnement d’un cabinet). Dans ce cas-ci la puissance publique a bien encadré l’utilisation des fonds. Ce qui est loin d’être le cas chez nous, où un chèque en blanc est donné à Cellou Dalein Diallo qui dispose d’une allocation journalière de 17 millions de GNF qu’il utilise à sa guise . Dans les faits, cette pratique s’apparente à un abus de biens sociaux et est pénalement condamnable. Comment évoquer la bonne gouvernance et fustiger à longueur de journée les « marchés gré à gré » si soi-même bénéficie de manière inconsidérée des mannes de l’argent des contribuables guinéens sans aucune transparence sur l’affectation des fonds publics. Pire, il va jusqu’à confondre l’institution « chef de file de l’opposition » avec sa personne physique.
  • Les sociologues caractérisent les Etats africains, «d’Etats néo-patrimoniaux » où la classe politique s’illustre par la « politique du ventre ». Dans un tel système, la captation des ressources publiques pour satisfaire notamment des intérêts privés et claniques est la principale cause de la mal-gouvernance et de la pauvreté endémique des populations. L’allocation au chef de file de l’opposition en l’absence d’un cadrage législatif correctement conçu renforce ainsi les dérives de l’Etat néo-patrimonial. La course vers l’enrichissement illicite est ainsi légitimé où la politique devient le moyen par excellence pour s’enrichir en toute impunité en siphonnant les biens publics. Se servir au lieu de servir trouve sa justification par l’attitude de notre chef de file de l’opposition.
  • Cette situation cocasse révèle à l’opinion nationale, la véritable logique politique de Cellou Dalein. Foin des déclarations mielleuses de bonne gouvernance, du respect de l’Etat de droit ou de la justice sociale, ce qui lui importe c’est de s’enrichir au delà de toute mesure en usant de sa position. Sa gestion opaque du patrimoine de l’UFDG , un narcissisme exacerbé pour ramener « tout » à sa personne , un mépris pour le respect des principes de transparence et un adepte de la culte de personnalité ont trouvé un terreau fertile de part sa position du président du principal politique guinéen. Cette situation constitue un véritable danger aussi bien pour la survie de l’UFDG que pour la stabilité et la démocratie dans notre pays.
  • Que dire des plusieurs centaines de victimes qui sont enregistrées dans les livres de l’UFDG qui pour la grande majorité d’entre eux croupissent dans une misère noire, abandonnées et recroquevillées dans la solitude ! En oubliant la longue liste des victimes et de leurs ayants droits le Président de l’UFDG a encore manqué à son devoir que sa charge lui impose : protéger ses militants, les secourir tout en veillant à sauvegarder la réputation et l’image de l’institution UFDG. Les militants doivent en tirer toutes les conséquences politiques dans les meilleurs délais.

 

En conclusion

 

La lutte contre la corruption est une nécessité vitale pour reconstruire la confiance des guinéens et du monde extérieur à l’égard de la Guinée. Cet épisode des avantages alloués à Cellou Dalein Diallo indique que la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption et la restauration d’une image positive de la Guinée et de ses institutions interpelle tous les citoyens. L’avancée démocratique exige des hommes et des femmes politiques d’être propres, vertueux et soucieux du respect du patrimoine public.

La rénovation de l’action politique dans notre pays s’articule principalement autour de la réelle compréhension que la construction nationale passe par l’existence de contre-pouvoirs efficaces, responsables et constructifs. Par la publicité autour de cette affaire, la conscience citoyenne avec ses exigences éthiques est en train de faire son chemin lentement mais sûrement.

 

SAUVER L’UFDG DU DESASTRE EST UN DEVOIR !

 

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Ces dernières semaines, l’UFDG a enregistré des défections importantes. Le député uninominal de Dixinn Aboubacar SOUMAH a démissionné pour créer son propre parti. Le jeune Amadou Oury dit « Intello » membre du comité national des jeunes a jeté l’éponge en rendant public sa lettre de démission. Ces démissionnaires rejoignent la longue liste de ceux qui les avaient précédés. Ce sont les cas de Mme Yarie Briqui figure de proue des femmes engagées, de Mme Kadiatou TOURE, présidente du comité nationale des femmes de l’UFDG, d’El hadj SOW Ousmane, secrétaire général des jeunes du parti, de Gadiane de la Guinée-Forestière et tant d’autres que nous ne pouvons pas citer tous. Toutes ces personnalités ont apporté une contribution inestimable à la cause de l’UFDG et sont également dépositaires d’une partie de la mémoire collective de notre institution politique. Des pans entiers du parti dans des comités de base et des sections désertent les rangs pour se refugier dans l’attentisme. Ceux qui contestent les décisions venant de la « Direction Nationale » sont mis en l’écart de manière subtile par le biais du « renouvellement  des bureaux» qui de facto les élimine et les marginalise. C’est le cas d’El hadj Guissé de la fédération de Siguiri. Des groupes d’activistes entretenus et soutenus financièrement servent comme milice « médiatique » pour intimider et harceler les proches de ceux qui n’apprécient pas la manière dont l’UFDG est gouvernée. Pour museler davantage les structures et étouffer toute velléité de contestation des décisions, la purge est organisée au sommet du parti. Les exclusions prononcées contre Mamadou Barry, Lamine Keita de France, Lamine Diallo d’Allemagne et de BAH Oury le 1er Vice-Président devraient servir à assurer la main mise sur la totalité du parti. Mais cette manœuvre pour dompter l’UFDG n’a pas pu réussir. La colère et le désespoir sont perceptibles et la frustration collective est arrivée à un niveau jamais égalé auparavant.

 

L’absence de boussole à partir de 2011

 

Entre 2011 et 2015 un entêtement suicidaire doublé d’un manque de stratégie efficace et responsable causèrent la perte de plusieurs dizaines de militants lors des manifestations récurrentes. :

  • Le cas de l’opérateur technique de la CENI waymark-sabary technology (2011-2013) est illustratif du manque de pertinence de la stratégie poursuivie. Après avoir accepté de cautionner en novembre 2012 l’adoption de la loi refondant la CENI avec le scrutin à la majorité simple des commissaires comme mode de délibération en lieu et place de la règle du consensus qui prévalait, l’opposition avait contribué à enlever à la CENI ses aptitudes à être une institution neutre, impartiale et régulatrice des élections. Par la suite elle organisa deux années durant des manifestations de rue pour contester l’opérateur technique, pour finalement l’accepter dans les accords de juillet 2013. Que signifie ce revirement à la dernière minute sans aucun accent de remords pour le gâchis humain et économique que la nation a enregistré au détriment de la collectivité nationale.
  • L’épisode des élections présidentielles d’octobre 2015 : Après tout un mois de campagne électorale sur l’ensemble du territoire nationale, le candidat de l’UFDG déclara le lendemain (12 octobre) de la consultation électorale « ne pas reconnaître les résultats qui seront proclamés » et demanda « aux jeunes de descendre dans les rues et quiconque meurt se sera parce que Dieu l’aura voulu ». Le 13 octobre, d’exil je lance l’appel pour demander à tout le monde de s’abstenir de descendre dans les rues car « il n’y a aucune stratégie solide derrière les appels à manifester et qu’en plus nous avons assez de voir le sang coulé ». Mon appel au calme fut largement relayé et permit ainsi à la Guinée d’éviter une crise post-électorale sanglante.
  • Des accords politiques en contradiction avec les textes réglementaires : En août 2015 pour permettre l’organisation des présidentielles à bonne date, le partage du pouvoir est scellé avec la création des délégations spéciales où la mouvance et l’opposition ont placé leurs apparatchiks pour gouverner les communes du pays en l’absence de toute légitimité politique et en prime une violation des lois du pays. La raison d’être d’une opposition disparaît ainsi. Ce qui compte en définitive ce sont les postes occupés sans se préoccuper des attentes et des besoins de la population et sans aucun scrupule pour violer les principes de l’Etat de droit. Ce procédé est encore d’actualité autour des accords politiques du 12 octobre 2016 qui malmènent encore plus gravement les fondamentaux de la décentralisation et de la démocratie en déniant aux citoyens leurs droits constitutionnels de se choisir leurs chefs de quartier et de présidents de district .

 

Ces exemples sont suffisamment éloquents pour prouver que le mobil essentiel des « manifestations des rues » est de conforter des « arrangements » pour satisfaire une clientèle politique particulière. A chaque fois les intérêts d’un petit nombre de personnes ont prévalu au détriment de l’intérêt bien compris de l’institution politique qu’est l’UFDG.

 

 

Perte des valeurs et descente aux enfers

 

Durant ces six dernières années la gestion de l’UFDG sous la houlette de Cellou Dalein Diallo a dérivé vers le recours systématique à la violence et à l’exclusion. D’un parti engagé dans la défense des droits de l’homme, du respect et de l’affirmation de l’Etat de droit, une mutation s’est opérée où la délinquance à caractère criminelle a remplacé le discours politique et l’attitude responsable. Les racines de cette descente aux enfers sont à rechercher du côté d’une culture politique de la pensée unique et de l’esprit du « parti unique ». Ceci explique la planification de la tentative d’assassinat du 1er Vice-Président et fondateur de l’UFDG le 05 février 2016 au siège du parti. C’est ce jour « fatidique » que le journaliste Mohamed Koula Diallo a été mortellement fauché par la balle tirée par un des gardes de corps de Cellou Dalein. Le procès est attendu sous peu afin que toute la lumière soit faite sur ce complot interne pour tuer BAH Oury. Par ailleurs, la perte des valeurs s’est illustrée encore après le verdict du tribunal de Dixinn déclarant la non conformité vis –à-vis des textes de l’UFDG de la décision d’exclusion de BAH Oury et consorts. Une autre décision illégale et anti-statutaire est prise dans la foulée pour « nommer un vice-président chargé des relations extérieures et de la communication ». Sur le plan juridique, cet acte atteste du mépris à l’égard du droit par des gens qui siègent à l’assemblée nationale !!! La récidive constatée (utilisation de la même procédure que le tribunal de Dixinn a juridiquement invalidée) montre un aveuglement et un comportement hors-la-loi. Ceci est d’une extrême gravité car remettant en cause les fondements de la République et de la primauté de l’autorité de la loi.

 

 

Et pourtant L’UFDG a une longue tradition de combat pour la démocratie

 

L’UFDG créée en 1988 dans la clandestinité sous le régime d’exception du Comité Militaire de Redressement National (CMRN) a été le creuset où a éclos le projet démocratique pour la Guinée notamment par la création de l’OGDH (Organisation Guinéenne de Défense des Droits de l’Homme) et également par le soutien actif des mouvements de revendications des étudiants de 1988 à 1992. L’UFDG et ses militants se sont toujours illustrés dans leur détermination pour la cause nationale. Ses responsables et ses militants étaient ceux qui ont affronté les grenades lacrymogènes et les matraques en septembre 2004 pour réclamer la libéralisation des ondes en Guinée. Les militants de l’UFDG étaient devant pour apporter leur soutien aux formidables mouvements sociaux de 2005 à 2007. L’UFDG a été la colonne vertébrale des forces vives nationales pour résister à la confiscation par le CNDD du droit des citoyens de jouir de la démocratie et de la liberté. Les militants de l’UFDG ont payé un très lourd tribut durant cette période particulièrement troublée de notre histoire récente.

 

Cet héritage doit demeurer et se prolonger pour que la démocratie vive en Guinée. Les militants de l’UFDG doivent se réveiller et la sauver du désastre. Ne rien faire, c’est se rendre complice de l’anéantissement de l’espoir qu’il a fallu forger dans l’adversité et la privation pendant plus de trente années. Il ne faut pas rester passif lorsqu’une poignée d’individus détruisent l’UFDG et souillent ses valeurs et ses principes. Il faut sonner la fin de cette descente aux enfers.

 

Le peuple militant de l’UFDG sauvera l’UFDG  ! C’est une conviction et un appel au sursaut salvateur. Pour ce combat nous sommes ensemble !

 

 

 

 

Tournée de Cellou Dalein : qu’en pense Bah Oury ? (Interview)

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CONAKRY- Cellou Dalein Diallo a t-il une chance d’accéder au pouvoir en 2020 ? Quelle pourrait être la portée de la tournée actuelle du Chef de file de l’opposition guinéenne en région forestière et en Haute-Guinée ? Pour Bah Oury, cette « politique spectacle » n’apportera rien à l’UFDG. Monsieur Bah qui s’est confié ce jeudi 4 mai 2017 à un journaliste de notre rédaction, a fait des propositions de solutions. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Monsieur Bah Oury bonjour ! Quelle lecture faites-vous de la tournée actuelle du leader de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo ?

BAH OURY : L’histoire politique de la Guinée a été toujours marquée par cette frénésie à rechercher des foules pour se donner une illusion de légitimité et de popularité. On se souvient qu’au début des années 90, avec l’avènement du multipartisme qui était naissant, des responsables politiques en l’occurrence le doyen Bâ Mamadou, Siradiou et Alpha Condé, avaient sillonné le pays et ont drainé des foules extrêmement importantes. Mais cela n’a pas eu un effet au point de vu électoral, et en 93, en 95, et par la suite en 98. Donc c’est pour dire que la question de la foule dans l’histoire politique de la Guinée, il faut regarder ça avec une extrême prudence. Je crois que c’est un bilan qu’il faut faire de tout cela, et se rendre compte qu’il faut chercher à faire la politique autrement. La politique spectacle, la politique qui consiste à se faire voir, la politique pour dire aux gens regardez moi je suis populaire sans qu’il n’y ait un contenu profond, je pense que c’est une perte de temps et ça ne correspond pas du tout à ce qu’attend l’écrasante majorité de la population guinéenne.

Selon vous cette marrée humaine qui a accueilli Cellou Dalein Diallo du côté de la Haute Guinée n’est pas un signe évocateur de la popularité du leader de l’UFDG ?

Il suffit d’avoir de l’argent à distribuer, avec la pauvreté ambiante, la curiosité aidant, mobiliser des gens à coups de klaxons, de motocyclistes, c’est tout à fait faisable. Ce n’est pas ce qui est difficile ; Ce qui est difficile c’est de faire adhérer le maximum de nos compatriotes à une stratégie politique et à un projet qui leur montre que c’est eux qui sont les premiers sujets et les acteurs de leur propre émancipation. Je pense qu’on en a assez de voir ces images de foule qu’on utilise, non pas en terme de projet politique. …Nous voulons quelque chose de novateur dont la Guinée a besoin aujourd’hui. La Guinée a besoin de mobiliser ses intelligences pour sortir de la pauvreté. Comment éradiquer la pauvreté qui gangrène l’écrasante majorité des jeunes ? Comment apporter des solutions à la souffrance des jeunes qui sont sans travail ? Je pense que ce sont des questions essentielles qui nécessitent la mobilisation de l’ensemble des intelligences et des compétences, et non faire la politique spectacle. On a vu ça plusieurs fois, mais cela n’a pas contribué à faire avancer d’un iota le changement politique en profondeur dont la Guinée en a pourtant besoin.

Est-ce que selon vous l’UFDG a peu de chance d’accéder au pouvoir en 2020 avec cette stratégie de son leader Cellou Dalein Diallo ?

L’UFDG est en crise aujourd’hui. L’UFDG doit être sauvée. C’est cet appel que j’ai lancé à tous les militants de l’UFDG, d’ouvrir les yeux et de ne pas être aveuglés par cette politique de spectacle qui va les empêcher de comprendre que la situation est grave. Il y a des démissions de députés, il y a des démissions de responsables. Cette politique de spectacle consiste à soulever des foules, avec de l’argent distribué de gauche à droite, n’a pour objectif que de masquer la réalité, c’est à dire la désespérance des militants de l’UFDG qui se rendent compte qu’avec la stratégie suivie actuellement, c’est la perte de l’UFDG, aussi bien pour les élections intermédiaires que pour la présidentielle de 2020. C’est la raison pour laquelle, en tant que fondateur de l’UFDG, en tant que premier vice-président de l’UFDG, j’appelle les militants du parti à un sursaut pour sauver l’UFDG du désastre.

 

Entretien réalisé par SOUARE Mamadou Hassimiou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (+224) 655 31 11 11

Nominations des chefs de quartiers et de districts : entorses à la constitution et risques pour la stabilité du pays

 

 

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Lors de la session extraordinaire de l’assemblée nationale, le 23 février 2017, le nouveau code électoral est adopté par la majorité présidentielle et le groupe parlementaire des libéraux démocrates de Cellou Dalein, à l’exception du député de Dixinn Aboubacar Soumah. Les points de frictions concernent la désignation du chef de quartier ou du président de district par la liste majoritaire lors des élections communales dans le quartier ou dans le district d’une part et la composition du conseil de quartier ou de district faite au prorata des voix obtenues par les différentes listes en compétition d’autre part. Conséquemment un recours a été déposé auprès de la cour constitutionnelle pour son invalidation pour non conformité à la constitution. A cet égard, il est important d’y apporter quelques éclairages pour permettre à l’opinion de cerner objectivement les enjeux sous-jacents.

En conclusion nous proposons une alternative pour une sortie de cette impasse préjudiciable à la Guinée et au déroulement normal et correct des processus électoraux.

 

Les points d’achoppements au regard de la constitution

 

Le précédent code électoral admettait l’élection des conseils de quartiers et de districts. La CENI a argué avoir des handicaps techniques et surtout financiers l’empêchant d’organiser ces élections de proximité. C’est ainsi qu’en octobre 2016, la mouvance présidentielle et l’opposition dite républicaine sous la houlette de Cellou Dalein Diallo ont concocté des accords qui proposent la nomination des chefs de quartiers et de districts par les conseils communaux élus. Selon eux, ceci permettra de contourner les contraintes financières évoquées par la CENI. La transformation de cette proposition en acte législatif le 23 février 2017 soulève des questions d’inconstitutionnalité.

  • Le suffrage est direct selon la constitution

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La nomination par le conseil communal, des conseils de quartiers et de districts est un procédé qui viole la nature du suffrage direct en Guinée au regard de la constitution. En effet les conseillers communaux élus lors des élections communales nomment à leur tour les chefs de quartiers et les présidents de districts. Or, il était explicitement écrit dans le précédent code électoral que ces responsables de base devraient être élus. Ainsi au regard de la constitution la disposition législative de nomination des chefs de quartiers et de présidents de districts est anticonstitutionnelle.

  • Les quartiers et les districts sont ils des collectivités locales

La constitution dispose que les collectivités locales sont les régions, les communes rurales et urbaines. Elle précise en plus que celles ci s’administrent librement par des conseils élus. Les quartiers sont les entités constitutives des communes urbaines et il en de même des districts (un regroupement de villages) pour les communes rurales. Ces subdivisions doivent par conséquent s’administrer librement. Certains prétendent qu’elles ne sont pas dotées de la personnalité morale et ne peuvent par conséquent être sujet du droit. Ceci revient à dire que nos missidés n’ont aucune personnalité juridique alors que une bonne partie de la vie collective au Foutah s’articulent autour d’eux. En Haute-Guinée et en Guinée-Forestière que faudra t’il dire au sujet des « Sotikémos » ! Cette vue est une négation de l’histoire plusieurs fois centenaires de nos villages et des traditions politiques ancestrales. Aller dans cette direction ne fera qu’accroître le divorce entre l’Etat et la Société civile qui explique le manque d’efficience des structures étatiques dans maints Etats africains.

En toute bonne foi, les quartiers et les districts sont dotés de la personnalité morale et sont sujets du droit public. La stricte application de la constitution leur confère alors le droit de s’administrer librement.

 

Quels sont les risques suite à l’adoption de cette loi controversée

 

Ces dernières années, une habitude malsaine s’est instaurée par le recours récurrent à des manœuvres politiques qui privilégient des « arrangements » qui deviennent de fait , force de loi au détriment d’une application stricte de la loi républicaine et d’un fonctionnement cohérent et responsable des institutions de la République. Le vrai dialogue politique doit chercher les voies et moyens de conforter plus solidement les fondements de l’Etat de droit, les principes de la laïcité et de l’unité nationale afin d’obtenir une société ouverte, démocratique et apaisée. Si par contre le « dialogue politique » ne sert qu’à protéger des privilèges particuliers et claniques, alors c’est l’ouverture du chemin qui mène fatalement à une déstabilisation généralisée. Nous assistons actuellement aux conséquences désastreuses des politiques similaires au Mali et en République Centrafricaine.

 

Est –ce seulement une vision d’un rigorisme juridique qui motive l’opposition au point 2 des « accords politiques du 12 octobre 2016 » ou s’agit –il de la perception des dangers pour la stabilité du pays et de l’avenir démocratique de la Guinée. !

  • Etouffement et confiscation des aspirations démocratiques

La mise en place des délégations spéciales sur l’ensemble du pays suite aux « accords politiques » d’août 2015 ont entériné le partage du pouvoir entre les partis de la mouvance présidentielle et de l’opposition dans la gestion des collectivités de la Guinée en faisant fi des lois et des règlements du pays. Ces délégations spéciales qui ne sont pas investies à l’issue d’un vote démocratique, gouvernent les mairies depuis novembre 2015 (la loi stipule que la vie d’une délégation spéciale ne doit pas excéder 6 mois). Elles ont mis en place des pratiques politiques pour la conservation du pouvoir entre leurs mains en mettant en place des réseaux de clientèles pour protéger leurs intérêts. Le vote démocratique devient ainsi une menace pour des équipes dont le bilan à la tête des mairies est loin d’être élogieux. Le dispositif législatif adopté le 23 février 2017 permet ainsi aux équipes à la tête des mairies actuelles de « promettre » les postes de chefs de quartiers et de présidents de districts à leurs « proches » pour « influencer activement  le vote lors des élections communales». Par ce biais une « oligarchie politique » peut s’accaparer des pouvoirs locaux, enlevant ainsi toute substance démocratique aux consultations électorales pour une longue durée. Les pays de l’Amérique Latine ont été victimes des méfaits de ces types de politiques qui ont bloqué les évolutions sociales dans ce sous-continent étant ainsi les causes directes des insurrections armées et des guerres civiles dés après la seconde guerre mondiale.

  • Apparition probable de nouveaux facteurs de crises et d’instabilité

Les pratiques politiques dans notre pays sont fortement imprégnées de népotisme et de l’esprit de clans. Nous n’avons pas encore réussi à faire émerger une culture de gouvernance de l’espace public qui rassure, qui réconforte, qui réconcilie et qui est équitable. Ceci explique le raidissement des guinéens lorsque leur interlocuteur dans le cadre public n’est pas issu de leur clan, de leur ethnie ou de la même obédience politique. Sur l’ensemble du territoire deux cultures politiques se superposent : l’une antérieure à l’Etat colonial et postcolonial qui s’est réfugié dans l’informel et l’autre qui se pare des attributs de la modernité et de la légalité. Or la culture politique traditionnelle avec ses codes prend le dessus lorsqu’il est question des consultations électorales de proximité. Elle imprègne fortement la société. Nous assistons ainsi au réel divorce entre le pays réel et le pays légal tel qu’il se manifeste dans maints Etats africains.

Dans les communes rurales qui composent l’essentiel du paysage urbain de la Guinée ethniquement homogène, se sont les liens lignagers qui sont fondamentales. Par exemple au Foutah vous aurez les pathéyanké, dioboyanké, séleyanké, ndouyhébhé etc…En Haute-Guinée, le système des castes persiste en laissant subsister encore des discriminations sociales. Dans la partie du pays qui a enregistré récemment un flux migratoire interne positif comme les régions de la Basse-Côte et de la Forêt, le climat pourrait être explosif. Dans ces régions les centres urbains ont accueilli des populations allogènes d’ethnies autres que celles des populations historiquement autochtones qui sont reléguées très souvent dans les zones périphériques. Dans ces cas, tout conflit politique exacerbé se transforme inéluctablement en un conflit ethnique sanglant. La région de la Guinée Forestière a été particulièrement meurtrie par des tueries très meurtrières du fait des oppositions politiques notamment au début des années 90 avec les premières élections communales que la Guinée avait organisées.

  • L’annihilation du processus de décentralisation et d’implication citoyenne

La conséquence logique de la nomination des chefs de quartiers et de districts par les conseils communaux est la mise en force d’un réseau de clientèles politiques qui n’auront pas nécessairement la confiance des populations qu’elles sont chargées de représenter. Par conséquent cela nuira durablement l’indispensable décentralisation dont la Guinée a besoin. Ayant été dépossédées de leur droit de choisir les personnes sensées les représenter, la population se désintéressa de la chose publique. Le désengagement des citoyens aura également pour effet de freiner le développement local, vecteur essentiel de la lutte contre la pauvreté. Le Général Lansana Conté dans son mémorable discours du 22 décembre 1985 disait : « Nous faisons le choix d’une société fondée sur les solidarités naturelles mises au service du développement. Renforcer ces solidarités là où elles existent encore, c’est l’objet de la décentralisation. Les créer aux niveaux plus complexes de la vie économique et sociale, c’est l’enjeu de la planification contractuelle et décentralisée. Autour de ces deux axes, doivent s’articuler l’ensemble de nos politiques. Les traditions de coopération et d’entraide sont toujours vivantes dans les campagnes. Grâce à elles, la Guinée a survécu à 60 années de colonisation et 26 années d’autoritarisme.

Pour construire une maison, récolter un champ, secourir un malade, nos populations se regroupent spontanément. Il ne s’agit pas là de politique mais bien de solidarité. Je songeais à ces solidarités naturelles quand j’ai proposé à nos populations rurales de constituer des Districts. Le District doit regrouper des villages qui ont tissé entre eux des liens étroits, souvent fondés sur des relations de parenté ou d’alliance, et qui ont l’habitude d’organiser leur vie quotidienne sur des bases collectives ». Ce discours est un élan pour impulser les initiatives individuelles en libérant les forces productives des multiples entraves institutionnelles ou politiques. En 2017 nous devons nous en souvenir.

 

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Conclusion et recommandation

Nous avons montré que la disposition législative relative à la nomination des chefs de quartiers et des districts fait entorse à la constitution sur la nature indirecte de leur désignation d’une part et la négation de la dotation par les quartiers et les districts de la personnalité morale de droit public d’autre part. Par la suite, il est explicitement indiqué les conséquences désastreuses à terme sur le processus électoral, sur la décentralisation, sur la démocratie et sur l’implication citoyenne en Guinée. Enfin le maintien de ce code tel qu’il est voté accentuera la fracture entre le pays légal et le pays réel qui fera perdurer encore longtemps un Etat inefficient et prédateur des ressources publiques.

  • Que faut-il faire alors ! avoir une proposition alternative

Pourtant il existe une proposition alternative qui prend en compte à la fois les principes constitutionnels en vigueur et l’impossibilité pour la CENI de pouvoir organiser des élections au niveau des quartiers et des districts pour des raisons financières. En effet comme au Sénégal (article 83 du code des collectivités locales), les quartiers et les districts érigent des conseils consultatifs composés des représentants des associations du quartier ou du district que sont les associations des jeunes, des femmes, des sages, des représentants des différents cultes, des mouvements d’initiatives citoyennes de la localité (l’énumération n’est qu’indicative). Ces conseils sont consultés par le maire et peuvent faire des propositions sur tout dossier intéressant le quartier ou le district. Un arrêté du Ministre de l’Administration du Territoire chargé des collectivités locales en détermine les attributions ainsi que les modalités de fonctionnement. Les chefs de quartiers ou de districts seront naturellement issus des conseils consultatifs par des délibérations démocratiques de ses membres.

Cette proposition a également le mérite d’impulser la conscience citoyenne par une plus grande implication des forces vives notamment des jeunes et des femmes dans la vie du quartier. Ce renouveau démocratique à la base réconciliera les populations et assurera le respect et l’intégrité aussi bien des diversités culturelles que de croyances. La réappropriation des populations de leur cadre de vie permettra l’essor d’une culture urbaine ouverte et tournée vers l’avenir.

Saurons nous saisir cette opportunité pour reconstruire l’Etat en partant de la base. Espérons que le Président Alpha Condé qui avait déclaré « j’ai hérité d’un pays et non d’un Etat » permettra à la Guinée de saisir cette ultime chance pour construire enfin l’Etat démocratique dont nous ambitionnons depuis plusieurs décennies.

BAH Oury : »Je crois en l’avenir de la Guinée »

 

 

 

 

 

BAH Oury

Comme nous vous l’annoncions dans une de nos précédentes éditions, le premier Vice-président de l’UFDG, Amadou Oury Bah, connu sous le nom de ‘’Bah Oury’’, s’est prêté, dans une interview, qu’il a bien voulu nous accorder, à plusieurs questions de l’actualité sociopolitique du pays. Dans cette deuxième et dernière partie, il s’est prononcé sur le nouveau code électoral, le dossier de l’attaque du domicile privé d’Alpha Condé ainsi que sa relation avec son président Cellou Dalein Diallo…. Lisez !

 

Guinéenews :dans le dossier de l’attaque de la résidence privée du président de la République à Kipé, vous avez été accusé d’en être l’un des cerveaux. A l’issue du procès qu’il y a eu de cette affaire, vous avez été condamné puis gracié. Que pouvez-vous dire aujourd’hui sur ce dossier qui, du reste, a quelque peu terni votre réputation en Guinée, d’autant qu’on vous a accusé d’être un putschiste

Bah Oury : il y a ces accusations certes, mais il y a une grâce présidentielle qui est intervenue. Même certains proches de l’UFDG, soi-disant mes amis, m’ont politiquement accusé d’avoir été porteur d’une arme pour tirer sur le journaliste Mohamed Koula, le 5 février 2016. Parfois, la politique est tragique mais par rapport à votre question, je sais qu’il y a des hommes et des femmes incarcérés actuellement. Je n’en dirai pas plus parce que ce qui me préoccupe le plus est que je souhaite que cette page historique soit tournée avec les libérations, leurs élargissements et les recouvrements du droit de citoyenneté pour toutes les personnes concernées par cette affaire. Il faudra laisser à l’histoire le soin, dans 30 ou 40 ans, de revoir les choses et de se dire où est la part de vérité. Pour le moment, je m’arrête là…

Guinéenews : pourtant, un de vos anciens proches collaborateurs, en l’occurrence Thierno Souleymane Diallo, vous a récemment accusé d’avoir été informé de cette attaque.   

 

Bah Oury : vous savez, il y a toujours des Judas. Même Jésus avait Judas avec lui. Il y a des gens payés pour raconter n’importe quoi et d’autres pour les incriminer et leur porter préjudice. Il y a même des gens qui se disent responsables de l’UFDG en 2013 qui disaient que Bah Oury est en train de rassembler l’argent de la diaspora pour faire une intervention militaire à partir des pays frontaliers. Et cela a circulé. Il y a beaucoup de choses que les esprits malveillants vont dire mais ce qui est le plus grave, ce sont ceux qui sont censés être dans la même mouvance politique que Bah Oury qui sont en train de véhiculer ces messages. Cela prouve qu’il y a des traitres qui veulent à la vie, à la liberté de certains responsables de l’UFDG. On laisse à l’opinion de faire la part des choses entre ceux qui veulent que l’UFDG se rassemble, se reconstruise pour aller de l’avant et ceux qui sont là pour défendre des intérêts personnels. Je suis pour une UFDG qui gagne, qui rassemble, qui réconcilie et pour que l’UFDG puisse contribuer efficacement à l’émergence d’une société démocratique dans notre pays, pour que les Guinéens puissent dire ‘’Dieu merci’’.

 

Guinéenews : en dehors de la politique, que Bah Oury a présentement comme activité génératrice de revenu ?

 

Bah Oury : (rire) ! Merci. C’est une question privée mais bon, je sais que vous vous intéressez à mon sort. Je me reconstruis progressivement. Cela fait un an que je suis rentré, je me réinstalle, j’essaie de mettre en avant certains aspects qui me sont personnels. Comme ce n’est pas le lieu de les exposer mais par la grâce de Dieu, il y a des gens de bonne volonté qui me donnent un coup de pouce qui me permet d’avancer avec bien entendu lenteur mais j’espère efficacement.

 

Guinéenews : qu’est-ce que Bah Oury pense du nouveau code électoral qui a été défendu et soutenu à la fois par la mouvance et l’UFDG, au grand dam des partis du Front anti-Point 2 de l’accord du 12 octobre 2016 ? 

Bah Oury : je pense que c’est un acte qui est liberticide. C’est un acte qui ne peut pas contribuer à la stabilité de la Guinée. On dénie aux collectivités les plus petites, c’est-à-dire les villages et les quartiers, la possibilité d’élire des hommes et des femmes qui puissent les représenter valablement. Dans un village qui a une histoire, un fonctionnement depuis des siècles, si je peux m’exprimer ainsi, on leur dit non vous n’avez pas la compétence juridique, vous n’êtes pas une personnalité morale. Donc, un conseil communal élu qui est plus lointain doit désigner la personne qui va être le président de votre district. Le président de ce district, ‘’militant politique’’, est-il du village ? Connaît-il l’histoire ? C’est encore beaucoup plus grave dans d’autres zones. Par exemple, je prends le petit village de Kaporo dont l’histoire est connue par tous. Il a des populations présentes depuis des siècles, vous ne pourrez jamais désigner en dehors des populations de Kaporo, le chef de quartier. Si vous le faites, vous enlevez aux villageois qui ont une identité d’être de Kaporo, la possibilité de s’exprimer, d’avoir leur représentant pour défendre leurs intérêts et affirmer institutionnellement l’existence de l’identité des villageois de Kaporo. Ce n’est pas parce qu’il y a eu une ville ou un quartier urbanisé qui s’est greffé autour du village qu’il faut nier l’existence du village de Kaporo. Ce sont des situations d’une extrême complexité auxquelles, il faut faire très attention. Je rappelle qu’en 1990, dans les zones comme en Guinée Forestière, il y a eu beaucoup de heurts qui ont amené à ce qu’il y ait beaucoup de victimes. Le conseil constitutionnel est saisi de la question, je n’ai pas développé l’aspect sur la Constitution mais je crois que l’aspect politique, il y a nécessité de stabiliser la Guinée, de faire que toutes les identités locales puissent être représentées dans le cadre des institutions. Ce point 2 détruit le processus de décentralisation et met en place la création de clientélisme politique qui va confisquer la liberté et transformer la démocratie en un groupe de clans et d’intérêts. Je dis et je répète, l’Amérique latine a connu la guerre civile parce que pendant 4 siècles, ce sont des oligarchies familiales, économiques qui ont privatisé la sphère politique et laissé de côté, l’écrasante majorité de la population. On ne peut pas se permettre de laisser le point 2 en l’état comme ça parce que sinon, c’est l’avenir de la Guinée qui est en danger.

 

Guinéenews : quelle est actuellement votre relation avec le président de l’UFDG Cellou Dalein Diallo ?

Bah Oury : je n’ai pas une relation directe avec lui dans le contexte actuel. Depuis le 24 janvier 2016, le jour de mon retour, c’est la dernière fois que nous nous sommes vus au siège de l’UFDG. Et depuis lors, on ne s’est  jamais rencontré et on n’a jamais échangé un mot. J’estime que le plus important, ce ne sont pas nos relations directes mais le respect scrupuleux des orientations des statuts de l’UFDG, du règlement intérieur et des valeurs cardinales pour lesquelles nous nous sommes battus depuis très longtemps.

 

Guinéenews : la justice vient de vous réhabiliter comme premier vice-président de l’UFDG. A quand votre retour dans les assemblées hebdomadaires du parti ?

Bah Oury : je ne suis pas pressé pour aller dans les assemblées hebdomadaires parce que j’ai autre chose à faire. Et je dois dire, dans le contexte actuel, le siège n’est pas opérationnel puisque le bâtiment qui servait de local a été détruit. J’ai été étonné que pendant plusieurs années que ce bâtiment vétuste puisse servir de siège à l’UFDG. Aujourd’hui, il y a des travaux et le siège n’est pas opérationnel. Je dois dire que la politique ne se fait pas en spectacle de samedi. La politique c’est tous les jours dans nos quartiers, nos villes, à l’intérieur du pays, à Conakry, parmi les jeunes, les personnes qui souffrent et qui sont en train d’investir et promouvoir une autre image de la Guinée à l’étranger parmi nos compatriotes, dans un monde interconnecté avec des réseaux sociaux… Plus besoin de faire une petite assemblée hebdomadaire comme si vous allez à la messe. Non ! La politique a changé. Nous sommes dans une autre ère de modernité, de société interconnectée et nous sommes visibles un peu partout dans le monde. Donc, il faut que la politique évolue autrement et nous sommes dans cette dynamique.

 

Guinéenews :que répondez-vous à ceux qui disent que vous avez un autre siège de l’UFDG, en dehors de celui de Hamdallaye ?

Bah oury : mais j’ai mes bureaux. Un responsable ne peut travailler s’il n’a pas de bureau. Je m’organise avec mon équipe. Petit-à-petit, l’oiseau fait son nid. Les gens de l’autre camp ont leur bureau à la CBG et le siège est à Hamdallaye. J’ai le mien à Nongo Contéyah. C’est mon espace de travail pour que mes équipes puissent être  progressivement  opérationnelles, efficaces et non pour la mamaya.

 

Guinéenews : alors, peut-on dire que l’UFDG à deux directoires ?

Bah Oury : non, l’esprit guinéen veut que l’église soit chapeautée par une seule personne. Il faut que les visions changent. Cellou a son bureau à Hamadallaye et j’ai le mien à Nongo.

 

Guinéenews : une commission de réflexion dont vous avez été membre a été mise en place par le chef de l’Etat pour qualifier le système éducatif guinéen. Dites-nous, pourquoi avez-vous finalement claqué  la porte de cette commission ?

Bah Oury : le président de la République a eu certainement la bonne information pour se rendre compte que le système éducatif guinéen est malade. Donc, au mois de juin, il m’a invité à participer à une commission pour faire un diagnostic sérieux et honnête sans complaisance du système éducatif guinéen afin de tirer les enseignements et de pouvoir, à partir de ce travail, élaborer les pistes pour réformer en profondeur le système éducatif. J’étais très enchanté de cette invitation parce qu’il y va dans l’intérêt  de mon pays et comme vous le savez, l’éducation est la priorité des priorités pour qu’un pays puisse aller de l’avant. Mais malheureusement, dès la première réunion  de cette commission, je n’ai pas retrouvé  le sérieux auquel j’avais pensé. Le conseiller du président à l’Education s’est autoproclamé d’emblée  dans la commission, il a désigné des vice-présidents, des rapporteurs. Et à partir de ce moment, j’ai dit que ma place n’est pas d’être un figurant. Pour le travail qui se fera, que je puisse le défendre partout où le besoin sera. Je ne suis pas un faire-valoir, j’ai ma crédibilité à défendre. Un travail qui ne se fait pas de la manière la plus objective, je ne peux pas m’associer à cela. J’ai informé le président de la République en le remerciant de m’avoir associé à cette initiative, mais j’ai décliné ma participation en lui exposant les raisons que je vous ai exposées ici.

 

Guinéenews : votre mot de la fin ?

Bah Oury : je crois en l’avenir de la Guinée. A ma place, dans la phase historique actuelle, très importante pour l’avenir de ce pays pour des années et des années, il nous faut faire émerger des contre-pouvoirs efficaces et c’est la raison pour laquelle les partis politiques doivent se reformer en profondeur et être beaucoup plus proches des préoccupations des populations et s’intéresser à des questions qui peuvent être au centre des discussions et  faire élaborer des mécanismes de réflexion pour apporter des propositions innovantes pour demain. C’est la raison pour laquelle je suis heureux que la phase historique qui s’ouvre soit formidable, avec une génération débarrassée des maux tels que l’ethnocentrisme et le conservatisme.

Une interview réalisée par Sékou Sanoh en collaboration avec Mame Diallo pour Guinéenews