L’interview choc de Bah Oury

Comme il ne l’a jamais fait, le Vice-Président de l’UFDG, M. Bah Oury se dévoile dans les colonnes de votre site préféré www.guinee58.com. M. Bah dépeint le tragi-comique procès de l’affaire du 19 juillet 2011 avec la verve qu’on lui connaît. D’une rare pédagogie, il démontre la dangerosité du régime d’Alpha Condé.

Régulièrement accusé d’être le responsable de l’échec du candidat de l’UFDG aux élections présidentielles 2010, M. Bah Oury donne sa version des faits. Notez c’est pour la première fois que le Vice-Président de l’UFDG s’exprime publiquement sur les coulisses de la gestion de cette élection. Ce qui est sûr cette interview remet en cause beaucoup d’idées préconçues. Bonne lecture.

Guinee58 : Monsieur Bah, Il y a quelques jours s’est ouvert à Conakry le procès aux assises des présumés coupables de l’attaque contre la personne du chef de l’Etat, Alpha Condé. Vous êtes vous-même accusés d’avoir une implication dans cette attaque. Que vous inspire ce procès ?

BAH Oury : Le procès encours aux assises de Conakry donne une réalité tragique et lugubre de la gouvernance d’Alpha Condé. Les tortures systématiques infligées aux prévenus ,des exécutions extra-judiciaires comme celle du Lieutenant Ousmane Koulibaly défenestré du 3éme étage d’un bâtiment du Camp Samory Touré et de Thierno Soufiana Diallo, des arrestations arbitraires ciblées contre des officiers de l’Armée Nationale et contre des jeunes leaders de la Commune de Ratoma nous rappellent que les méthodes du Camp Boiro sont toujours utilisées. C’est un très grave recul pour l’Etat de droit et pour la justice. C’est le retour du « règne de l’arbitraire » .

Toutefois je reste persuadé que ce procès quel que soit le verdict qui sera rendu aura permis à l’opinion nationale de se faire une idée de l’abîme dans lequel le pays est tombé. La réaction de la population contre ces exactions et cette humiliation collective ne se fera pas longtemps attendre.

Guinee58 : Le ministère public à travers Monsieur William Fernandez a clairement dénoncé un coup « Complot Peulh », dont le but selon lui, était d’installer trois leaders de cette ethnie, dont vous au pouvoir. Que répondez-vous à ces affirmations gravissimes ?

BAH Oury : Comme j’ai eu à le dénoncer au cours d’une récente émission de radio espace fm de Conakry, le procureur et les tenants de la thèse du « complot peulh » se trompent d’époque. Nous ne sommes plus en 1976 pour que le pouvoir puisse déclarer « la guerre aux peulhs ». Cette époque est définitivement révolue. Mais comme vous le savez, les habitudes et les stigmates ont la vie dure. C’est pour cela qu’Alpha Condé est en train de mener sa « guerre contre la Guinée ». Après avoir montré son mépris pour les communautés forestières à travers la tuerie de Zogota et le jugement inique de Galapaye, il tente d’engager sa croisade ethnocentrique et rétrograde contre la communauté majoritaire du pays. Les guinéens d’aujourd’hui ont les yeux ouverts, ils ne se laisseront pas mener par le bout du nez pour précipiter le pays dans le chaos. Nous y veillons.

Guinee58 : Vous vivez en France depuis quelques mois et les autorités de Conakry ont émis un mandat d’arrêt contre vous pour votre supposée implication dans l’attentat du 19 juillet 2011. Maintenez-vous toujours n’avoir eu aucune implication dans cet attentat ?

BAH Oury : Je suis quitte avec ma conscience. Mon action politique s’articule autour d’un projet fédérateur de l’ensemble de la société guinéenne sans aucune exclusive et sans préférence. Mon combat pour les droits de l’homme et contre toutes les formes d’injustice est connu par de-là les frontières guinéennes. Le déroulement du procès est révélateur de la manière dont les « aveux » ont été extorqués aux accusés. Les accusations ne sont pas crédibles !

Guinee58 : Alors comment expliquez-vous l’acharnement du gouvernement Guinéen contre vous ? Seriez-vous politiquement si menaçant pour le chef de l’Etat pour qu’il déploie tant d’énergie et d’effort contre vous ?

BAH Oury : Certainement je dérange parce que je suis exigeant pour faire respecter le droit et les lois de la République, alors que la gouvernance actuelle est l’expression du triomphe du non droit et du culte de la violence. J’ai eu à maintes reprises à dénoncer cette « gouvernance hors-la-loi » et j’ai mis en garde contre « le complot institutionnel » qu’Alpha Condé a planifié contre la constitution et contre les fondements de la République. Cela est suffisant pour qu’il cherche à se débarrasser de moi, d’autant plus qu’il connait parfaitement mon itinéraire politique. Bref ! C’est parce que je suis honoré de la confiance de mes compatriotes. L’affaire du « 19 juillet 2011 » est un prétexte pour neutraliser des personnalités politiques ,des officiers militaires et de jeunes leaders de la commune de Ratoma un des fiefs de l’UFDG.

Guinee58 : Monsieur Bah, le chef de l’Etat a récemment accusé l’opposition de préparer un coup d’Etat militaire. Cette déclaration avait surpris tous les observateurs politiques et mêmes des diplomates en poste à Conakry. Comment décryptez-vous cette provocation du président Alpha Condé ?

Bah Oury : M. Alpha Condé est un émule d’Enver Hodja le dictateur stalinien d’Albanie « bastion inexpugnable du marxisme-léninisme » pour reprendre un slogan en vogue dans les années 1970.Par conséquent ,prêcher le faux pour intimider, neutraliser et mettre sur la défensive ses adversaires est une des panoplies dont ne se prive pas Alpha Condé .

C’est ainsi qu’il avait accusé « le Sénégal et la Gambie » d’avoir favorisé selon lui « l’attaque contre son domicile » le 19 juillet 2011. La provocation est permanente et la duplicité est érigée en stratégie politique. Ne pas comprendre cela, c’est le risque d’être toujours « roulé dans la farine ».

Guinee58 : Monsieur Bah, on va évoquer la vie interne de l’UFDG. On sait qu’il y a des divergences de vue entre vous et le président de votre parti. Mais à l’occasion des festivités de l’an 5 à la tête de l’UFDG, Monsieur Cellou Dalein Diallo a rendu un hommage appuyé à vous, à Saliou Bella Diallo et au Doyen Bah Mamadou. Comment analysez-vous ces hommages ?

Bah Oury : Le plus important à mes yeux est le respect des valeurs qui fondent l’UFDG, à savoir la défense des droits de l’homme, la détermination dans le combat pour un réel changement démocratique dans notre pays et la promotion de la cohésion et de l’unité du parti. A cet égard , j’ai de sérieuses doutes sur la volonté d’El hadj Cellou d’aller dans ce sens. L’élaboration et la publication d’une liste des membres du Bureau Exécutif du parti dont je suis le fondateur et le n°2 légitimement investi par le congrès d’août 2009 et la visite qu’il a effectué dans mon village natal sans au préalable m’informer sont des signes éloquents qu’il y a un réel divorce entre les « propos lénifiants » et les actes .

Guinee58 : Les militants sont inquiets de la crise qui couve au sein du parti. Pourriez-vous nous indiquer où en sont les négociations ?

BAH Oury : C’est vrai qu’au mois de novembre dernier, les sages et les jeunes s’étaient impliqués pour réclamer une amélioration des relations interpersonnelles entre El hadj Cellou et moi-même. C’est suite à ces interventions des sages et des jeunes que j’ai appelé El hadj Cellou et que je me suis adressé à l’assemblée générale des militants réunis au siège du parti. Il a été convenu d’un commun accord qu’une « commission de médiation » devrait nous inviter à nous asseoir autour de la table pour aplanir les différends et envisager l’avenir de l’UFDG.

Depuis lors, il n’y a rien eu de fondamentalement nouveau sur ce chapitre, sauf la division de la fédération de New-York qui apparait comme une provocation supplémentaire.

Guinee58 : Monsieur Bah dans cette crise certains vous accusent d’être responsable de la défaite de Monsieur Diallo à l’élection présidentielle. Ils vous accusent d’avoir appelé à une journée ville morte et avoir déclaré le fameux « on va les affamer ». Deux ans après quelle est votre version des faits ?

BAH Oury : Permettez-moi d’abord de me moquer de ces affirmations farfelues et fantaisistes. Si tel était le cas, alors vous conviendrez avec moi que notre candidat n’était pas solide du tout.

Pour répondre plus sérieusement à votre question je vais faire quelques rappels.

Lors de la campagne le RPG-arc-en-ciel a utilisé cette contre-vérité pour dresser les communautés les unes contre les autres en opposant les commerçants (majoritairement peuls) à la population de la Basse-Côte, feignant ainsi d’oublier qu’une « ville-morte » affecte les activités de tout le monde sans aucune discrimination ethnique.

Pour ceux qui l’ont oubliée , la campagne du second tour a été lancée le 07 septembre 2010 . Le candidat du RPG de retour de Ouagadougou le 04 septembre et son cortège a défilé jusqu’à Kaloum dans la presqu’île de Conakry. Les boutiques et les marchands du marché Niger furent agressés sans aucune réaction des forces de l’ordre. Il en sera de même le 11 septembre, où la section- motard de l’UFDG fut prise à partie par des loubards du RPG. Des dizaines de militants de l’UFDG furent blessés et quelques morts furent malheureusement enregistrés. Le lendemain 12 septembre , Conakry s’embrasa. Excédés ,les militants de l’UFDG ripostèrent avec fermeté. Alpa Condé coincé dans son siège à Hamdallaye appela « l’armée au secours » . Sa garde rapprochée usa de balles réelles et abattit un des leurs et accusa sans fondement le gardien d’un immeuble en construction. Les forces de l’ordre procédèrent à de rafles dans les fiefs de l’UFDG et plusieurs centaines de jeunes gens furent écroués. La partialité du gouvernement de transition et des forces de l’ordre fut manifeste. Au cours de l’assemblée générale de l’UFDG suivante, j’ai « exigé la libération immédiate de toutes les personnes détenues si non une opération ville-morte sera lancée dès le lundi prochain ». El Hadj Cellou , le candidat désavoua l’initiative . Toutefois ce bras de fer obligea la communauté des ambassadeurs du G8 et de la CEDEAO a s’impliqué pour négocier la libération de toutes les personnes détenues dont la plupart étaient des enfants mineurs.

La seconde opération ville-morte à partir du 18 octobre 2010 est intervenue pour exiger le départ de Loucény CAMARA de la tête de la CENI. Le 19 octobre 2010 ,Loucény CAMARA est remplacé par le Général malien Toumani Sangaré.

J’assume pleinement au nom de l’UFDG ces deux appels à des opérations « ville-morte » pour contrer l’action du candidat du RPG épaulé par le gouvernement de transition et des forces de l’ordre hostiles. En définitive sur ce chapitre ma stratégie a été payante. Ceci explique le fait que le 23 octobre , le Général Sékouba Konaté ,Président de la transition m’agresse et ses gardes me brutalisent au vu et au su de tout monde au domicile d’El Hadj Cellou Dalein Diallo sans que ce dernier ne daigne « piper mot ».

Alpha Condé use de la violence et ne connait que l’expression du rapport de forces. Ceux qui feignent de ne pas le savoir, ne sont-ils pas les artisans de l’échec ?

Guinee58 : Toujours dans l’entre deux tours de la présidentielle, on vous accuse d’avoir signé à la veille du second tour l’envoi des délégués de votes de l’UFDG pour surveiller le vote à Siguiri et Kouroussa sans avoir consulté Monsieur Cellou Dalein Diallo. Signature que le RPG a utilisée lorsque l’UFDG a demandé l’annulation du vote dans ces deux préfectures pour bourrage d’urnes. Reconnaissez-vous d’être trompés ?

BAH Oury : El Hadj Cellou, candidat de l’UFDG sait ce que nous nous sommes dits au perron du GHI après que les deux candidats aient signé trois jours avant le second tour ,un protocole d’entente devant le Groupe International de Contact sur la Guinée.

Guinee58 : Monsieur Bah, quelles leçons avez-vous tiré de la défaite à cette élection présidentielle dont votre candidat était le grand favori et de tout ce que l’UFDG a vécu depuis cet échec électoral ?

BAH Oury : D’abord la défaite du candidat de l’UFDG est due à deux facteurs majeurs à savoir la partialité manifeste des autorités de la transition (Général Sékouba Konaté et Jean Marie Doré) en faveur du candidat du RPG et le long report de la date du second tour de l’élection présidentielle.

La différence entre les scores du premier tour 44% et 18% entre les deux candidats du second tour était suffisamment grande pour qu’El hadj Cellou puisse l’emporter largement grâce à l’élan et du vote utile des électeurs de Sydia Touré et d’Abé Sylla, si durée légale avait été maintenue. Le temps accordé au camp adverse lui a permis d’élaborer sa stratégie politique pour « imposer » Alpha Condé. Devant les multiples atermoiements de la CENI à l’époque et du parti-pris des autorités de la transition, Faya Millimono avait demandé publiquement « la démission de Jean Marie Doré comme Premier Ministre » mais là aussi, il fut désavoué par El hadj Cellou.

Dans une élection d’une si âpre compétition, le facteur personnel du candidat est essentiel pour pouvoir l’emporter et conserver sa victoire.

De manière plus globale, le constat politique est amer. La transition gérée par les militaires du CNDD a été un échec comme celle qui a été engagée après la crise sociale et politique de 2007 avec Kouyaté. La Guinée et l’UFDG sont en train de payer terriblement la faillite de la sortie de crise par le biais des présidentielles en 2010.

Guinee58 : Monsieur Bah, la CENI vient de retenir Wymark comme opérateur technique. Quel est votre réflexion suite à cette décision?

Lire : Requiem pour une CENI en Guinée du 20 octobre 2012

BAH Oury : Pour moi ce n’est pas une surprise. Le 20 octobre dernier suite à la promulgation de la loi portant « recomposition paritaire de la CENI », j’avais écrit « le nouveau épisode de la vie de CENI ruinera pour longtemps l’idée de la constitution d’un organisme indépendant capable d’organiser des élections crédibles, inclusives et acceptées de tous ». Avec l’acceptation par l’opposition des dispositions légales admettant que la règle de la majorité simple suffit pour trancher toutes les questions en litiges au niveau de la CENI et la composition par Alpha Condé de la répartition du nombre des commissaires en s’octroyant plus de la majorité alors les revendications de l’opposition n’avaient plus aucune chance d’être prises en compte.

Le processus électoral est piégé. Les élections législatives dans ce contexte n’auront aucune valeur pour refléter la représentativité des courants politiques dans le pays. La décision de choisir Wymark ne fait que confirmer la faillite de la stratégie du Collectif des partis politiques pour la fin de la transition durant ces deux années. Aujourd’hui la seule plateforme de lutte qui vaille de faire descendre les populations dans la rue est celle qui appelle à la résistance contre la tyrannie et qui refuse la mascarade électorale que propose la gouvernance d’Alpha Condé. Refuser ainsi d’accompagner Alpha Condé c’est, donner une chance à la Guinée pour un sursaut national salvateur.

Guinee58 : Nous arrivons au terme de cet entretien. Quel message avez-vous à lancer ?

BAH Oury : Alpha Condé ne parviendra pas à faire plier le peuple guinéen pour imposer une tyrannie clanique et prédatrice en Guinée. Il a maintes fois violé la constitution du pays. Il a dressé les communautés ethniques du pays les unes contre les autres. Le pays se retrouve déchiré. Les droits de l’homme sont systématiquement bafoués. L’utilisation de la violence est courante. L’autorité de la loi est ignorée. La misère se généralise et le désespoir gagne une large frange de la population. Dans ce contexte, il est légitime de se révolter pour changer la Guinée.

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