La gouvernance d’Alpha Condé ou la marche vers la déstabilisation généralisée de la Guinée

La marche des dizaines de milliers  de manifestants dans la rue à Conakry le 18 février dernier pour dénoncer la gouvernance d’Alpha Condé et réclamer des élections transparentes ,crédibles et inclusives confirme le rejet du pouvoir par une frange importante de la population. Maintes fois, la mobilisation des forces démocratiques n’a pas fait défaut pour exiger purement et simplement le respect de la constitution et des lois qui assurent les fondements de la République. Près d’une vingtaine de manifestants ont été fauchés par les balles des forces de l’ordre avec la bénédiction d’Alpha Condé pour avoir osé « marcher dans la rue au nom de l’autorité de la loi et s’opposer à la dérive dictatoriale en cours ».

La marche du 18 février 2013 a introduit un degré supérieur dans la contestation du pouvoir en place . Le départ d’Alpha Condé est devenu un leit-motiv qui se  répand au niveau des jeunes qui sont depuis très longtemps les laissés -pour compte et les sacrifiés d’une gouvernance prédatrice et clanique. Il est tout à fait responsable que le Président de l’UFDG,  El hadj Cellou Dalein Diallo ait déclaré «  Si Alpha ne satisfait pas nos revendications, nous demanderons son départ ». En effet il est clair que le processus électoral est verrouillé en faveur du RPG et que Way-Mark a d’ores et déjà fait le nécessaire pour que « le fichier électoral » lui assure une majorité absolue. Par conséquent il est indispensable pour éviter à la Guinée, le scénario catastrophe d’œuvrer pour un changement net de la gouvernance actuelle. C’est un acte citoyen et patriotique. Comme il fallait s’y attendre  le RPG -arc-en-ciel, le parti-Etat retrouve aussitôt les réflexes qui le caractérisent : violences verbales, menaces et incitations à la haine. L’intimidation ne passera pas !

Les guinéens en ont assez d’un pouvoir qui les divisent, les humilient, les violentent, les appauvrissent et les pillent. Ce sont les raisons  de la colère et de la frustration collective qu’expriment les mouvements de révolte qui émaillent les actualités guinéennes. Le désarroi du RPG- arc-en-ciel est légitime car sa base politique s’est considérablement rétrécie et en deux années de gestion, la pauvreté et la misère touchent  des couches de la population qui étaient jusqu’à présent épargnées. Pour se maintenir alors au pouvoir, il ne lui reste que l’utilisation de la répression, car il a toujours eu « le monopole de la violence » comme l’a justement reconnu la coordinatrice nationale du RPG-arc-en-ciel.

Au lieu de chercher à décrisper la situation politique intérieure, le gouvernement guinéen fait monter les enchères. Il fait investir par des soldats un village ivoirien. Pour desserrer l’étau qui l’étrangle, Alpha Condé ira chercher du côté de Freetown un soutien hypothétique et en même temps il durcit son hostilité au gouvernement de transition de la Guinée-Bissau. Pour amadouer la communauté internationale, il fait circuler de fausses informations accréditant la thèse selon laquelle des « djihadistes maliens »  se seraient infiltrés au cœur du Fouta pour justifier une militarisation de cette région pour sévir contre des personnes innocentes. Cette politique est déjà en œuvre  car la milice armée du RPG, les « donzos » sont officiellement recrutés comme gardes forestiers devant « lutter contre le vol de bétail ». Arc-boutée sur une posture agressive et guerrière, la gouvernance d’Alpha Condé entend « imposer » sa majorité parlementaire au prix même d’une hécatombe en Guinée.

Thierno Monénembo, prix littéraire Renaudot  a raison de déclarer qu’il faut se lever pour stopper la dictature. Il a également montré le chemin à prendre lorsque la démocratie et la liberté sont en jeu en participant à la marche du 18 février. Pendant ce temps une certaine société civile aux ordres fait allégeance publiquement au pouvoir. Une coalition de « femmes » n’hésite pas à arborer la tenue blanche symbole du premier régime guinéen pour scander son appartenance à la mouvance présidentielle. Il ne sera pas étonnant que ces mêmes structures décentralisées du Parti-Etat affuble Alpha Conde du titre de  « Mansa »  pour ramener la « Guinée là où Sékou Touré l’avait laissée ». Devant cette perspective sombre pour l’avenir de notre pays, la véritable société civile, les intellectuels et toute l’élite guinéenne doivent se sentir interpellés par la situation dramatique qui sévit dans le pays du « 28 septembre 1958 » . Eux aussi, doivent entendre le cri de détresse de leurs compatriotes avant qu’il ne soit trop tard.

Dans un tel contexte dangereux pour la paix civile en Guinée et dans la sous-région qui est déjà profondément tourmentée, le Collectif des partis et ses alliés doivent poursuivre les efforts afin d’être en phase avec les aspirations et les attentes des guinéens comme l’a indiqué la marche du 18 février.

La diaspora guinéenne comme par le passé ne doit pas être en reste face  à ce tournant historique que nous vivons pour  apporter sa contribution au combat pour la démocratie et la citoyenneté. Dans ce sens, des initiatives concrètes, concertées et urgentes doivent être prises pour faire entendre devant le siège de la Commission Européenne à Bruxelles, ou à la Place des Nations Unies à New-York, la clameur en faveur du changement démocratique qui monte des quatre régions naturelles de la Guinée. Agir  dans ce sens est un devoir moral pour toutes celles et tous ceux qui aiment la Guinée.

Nous devons tous par-delà nos diversités, unis et solidaires, être au rendez-vous pour faire triompher le véritable changement démocratique que notre pays attend depuis très longtemps. C’est la voie afin de préserver la paix civile et éloigner du pays le spectre de la déstabilisation généralisée.

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