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Ce que je crois

Ce que je crois

CONAKRY- Plus d’une semaine après son retour à Conakry, le vice-président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée, Bah Oury, a decliné ses ambitions. Après plus de quatre années d’exil politique, Bah Oury se dit être prêt à relever de nombreux défis au nombre desquels, le « bon » fonctionnement de sa formation politique. De ses relations avec le Président Alpha Condé à ses ambitions au sein du parti dirigé par l’ancien Premier Ministre Cellou Dalein Diallo, l’ancien Ministre chargé de la reconciliation nationale dit tout, ou Presque! Merci de lire cette première interview sans tabou que le vice-président de l’UFDG a bien voulu accorder à notre redaction. Exclusif!!!

AFRICAGUINEE.COM: Monsieur Bah Oury bonjour!

BAH OURY: Bonjour Monsieur Diallo!

Une semaine après votre retour en Guinée, comment vous vous sentez ?

Tout à l’heure j’étais dans cette pièce, je me suis rendu compte que je suis chez moi dans mon pays. J’avoue que j’ai dit à mon épouse que je suis profondément ému et si je ne fais pas attention, je risque de verser des larmes. Donc, je suis très heureux d’être en Guinée, je suis très heureux de revoir des hommes et des femmes que j’aime et qui me chérissent. Je suis heureux d’être dans mon pays. On ne peut pas dire l’intensité de ce bonheur, on ne peut pas le définir.

Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour vous durant ces quatre années d’exil ?

Vous savez, lors que vous êtes en exil durant quatre années et demi, c’est comme si vous êtes en partie mort. Les hommes et les femmes que vous aimez, vous ne pouvez pas les voir. Certains d’entre eux meurent, vous ne pouvez pas assister à leur enterrement, vous n’êtes pas là lorsqu’ils souffrent, vous n’êtes pas à côté d’eux pour apporter un réconfort. Ce sont des moments de profonde tristesse et d’impuissance qui rendent parfois la vie amère. Mais heureusement quatre années et démi à l’échelle d’une vie humaine, c’est beaucoup et c’est peu encore. Je remercie le ciel d’être revenu en Guinée. Je ne vais jamais tarir de moments pour continuer à remercier Dieu et à remercier les hommes et les femmes qui ont contribué à ce que je puisse être en Guinée.

Votre retour a suscité assez de réactions et a ravivé d’un cran les tensions au sein de l’UFDG. Que réclamez-vous au juste au sein du parti ?

Vous avez posé une question qui est sous forme d’affirmation. Ce qui est étonnant, c’est que le retour de Bah Oury dans son pays natal et parmi les siens soulève des controverses au sein de sa propre formation politique. C’est ce qui est bizarre. Et je pense que cette bizarrerie doit être expliquée à l’ensemble de la communauté nationale, pourquoi cette bizarrerie. Ceux qui ont créé cette bizarrerie doivent répondre pourquoi le retour de Bah Oury dérange. Pourquoi le retour de Bah Oury soulève des controverses alors qu’ils devraient être ceux qui devraient se battre pour qu’il revienne. Une très large majorité des militants de l’UFDG et des personnes morales de ce pays ont travaillé et ont fait le nécessaire pour que je puisse rentrer dans mon pays. Mais pourquoi quelques dirigeants de l’UFDG n’ont même pas pu cacher leur volonté de voir Bah Oury hors du pays. Pourquoi cela ? Personnellement jusqu’à présent je me pose la question peut-être que la réponse ne pourra venir que d’eux-mêmes.

Vous avez durci le ton à l’endroit de la direction nationale de l’UFDG dont vous critiquez avec véhémence le leadership. Concrètement que réclamez-vous ?

C’est difficile de tout dire. Mais en peu de mots, je veux une UFDG qui gagne. Je ne veux pas d’une UFDG qui perd. Je ne veux pas d’une UFDG qui exclue ses militants, ses responsables. Je veux d’une UFDG qui rassemble tous les enfants de ce pays. Je veux d’une UFDG qui recherche les compétences, les hommes et les femmes de valeurs pour les amener à l’UFDG. Je ne veux pas d’une UFDG qui ne fait que maigrir. Ceci est la responsabilité première de celui qui est à la tête du parti. Donc, ceci explique en première partie ce que je souhaite. Je veux d’une UFDG bien gouvernée.

Pourquoi d’une UFDG bien gouvernée où la bonne gouvernance sied au respect des statuts, des règles et d’une certaine déontologie en termes politique.

Qu’est-ce que vous appelez déontologie politique ?

Cela veut dire le respect des principes, une éthique par rapport à la gestion du parti. Le respect des militants, des règles et de tout le monde. Lorsque vous êtes à la tête d’une collectivité ou d’une institution comme l’UFDG, vous êtes assujettis à des obligations et à des devoirs moraux. Si vous ne montrez pas l’exemplarité à travers vos actes et votre manière de faire, vous êtes en train de ternir l’image de l’institution. Un responsable doit défendre, se battre pour les siens avant de se battre pour lui-même. Il doit montrer que le bien public doit être bien géré. Il ne faut pas se servir du bien public pour sa propre personne et oublier la raison pour laquelle ce bien a été donné par d’autres. Le respect de la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour que l’UFDG soit là où elle est, c’est une approche déontologique qui montre qu’un parti, c’est une histoire, c’est une mémoire, et celui qui est à la tête doit être le dépositaire et le continuateur de cette mémoire. Mais faire comme si c’est lorsqu’on est venu que le monde a commencé, c’est nier même l’évidence. Et tout cela doit être explicité.

La bonne gouvernance, on ne respecte pas les règles, on fait comme si on était dans un parti dictatorial. C’est pour cela je suis très à cheval sur ces questions parce que je veux que l’UFDG soit le laboratoire qui va permettre à des hommes et à des femmes d’apprendre comment gouverner demain dans le respect des règles et dans le cadre d’une bonne gouvernance des ressources publiques. Ce sont des questions qu’on ne peut pas du jour au lendemain occulter simplement. Chaque chose s’apprend. Ce n’est pas lorsque vous arrivez au Pouvoir que vous devenez démocrates si pendant tout le temps que vous avez été dans l’opposition ou dans un parti, vous n’avez pas été démocrate. Une institution démocratique ne se transforme pas du jour au lendemain si elle n’a pas cultivé la démocratie en son sein. Si on veut combattre les dérives dictatoriales dont notre pays, depuis l’indépendance est en train de voguer dans ces eaux avec les corolaires de mal gouvernance, il faut que d’ores et déjà, le parti dans lequel je m’investis puisse être le laboratoire qui sera un réelle contre-pouvoir, efficace qui permettra de préparer les hommes et les femmes qui pourront gouverner la Guinée dans la justice, dans l’équité et dans les respect des droits de tout le monde.

Dans vos différentes sorties médiatiques vous avez été très durs particulièrement à l’encontre du président de l’UFDG, Cellou Dalein Diallo. Est-ce qu’aujourd’hui vous reconnaissez sa légitimité ?

Si je ne reconnais pas sa légitimité, je ne reconnaitrai pas la mienne. On a le même degré de légitimité conformément au congrès de juillet 2015. Il est le numéro 1, je suis le numéro 2.

Samedi dernier, il vous a tendu la perche en disant je cite : « Je voudrais donc lancer une fois encore un dernier appel à mon petit frère, à mon collaborateur M. Bah Oury pour qu’il accepte de rejoindre les rangs de l’UFDG, de respecter les statuts, les règlements intérieurs et les actes de notre dernier congrès pour la tenue duquel il avait adressé des félicitations ». Que lui répondez-vous ?

Qu’est-ce cela veut dire ? Je n’ai jamais quitté l’UFDG. Si dans son esprit, il m’avait exclue de l’UFDG depuis que j’étais en exil, il se parle à lui-même, il ne s’adresse pas à moi.

Sauf que depuis votre retour vous focalisez beaucoup plus le débat dans les medias qu’à l’interne…

Vendredi dernier, je devais aller rencontrer le bureau exécutif national pour saluer l’institution, mais pour des raisons qui sont tout à fait évidentes, il y a beaucoup de personnalités qui viennent me rendre visite, je n’ai pas pu me libérer. Mais vendredi prochain, je me donnerai les moyens d’être libre et d’aller saluer l’institution politique à travers le bureau exécutif national. Samedi, par la grâce de Dieu, je serai à l’assemblée générale du parti pour m’adresser aux militants, les saluer, les remercier de tous les efforts et leur dire que l’UFDG continuera sa route vaille que vaille et l’UFDG vaincra.

Que répondez-vous à ceux qui vous taxent d’être à la solde du Président Alpha Condé ?

Je dois leur répondre en toute franchise en disant qu’après les élections présidentielles de 2015, est-ce que l’approche du Chef de l’Etat n’a pas pu faire bouger les lignes ? La décrispation politique est une donnée majeure pour assurer la stabilité pour permettre à la Guinée d’actualiser ses capacités et ses potentialités économiques pour que des investisseurs puissent venir travailler en Guinée au bénéfice de l’ensemble de l’économie nationale et de la population de manière générale.

Si on ne va pas dans ce sens, la situation va se durcir pour tout le monde. Le président Alpha Condé m’a expliqué qu’il s’active à aller dans ce sens. J’ai montré que personnellement, je suis désireux que mon pays aille de l’avant pour l’intérêt de tous les compatriotes. L’acte qui est consécutif à cet entretien, c’est la question des détenus politiques. Un premier pas est franchi, d’autres pas restent à faire. Je discuterai et je ferai le nécessaire avec qui de droit pour que les pas qui restent dans le cadre de la question des détenus politiques puissent trouver une issue heureuse. Ce n’est pas parce que c’est l’intérêt de Bah Oury, c’est parce que notre pays a fortement besoin d’une véritable décrispation politique pour apaiser les rancœurs, les tensions inutiles pour permettre aux hommes et aux femmes de s’activer et à s’intéresser à ce qui est essentiel.

Comment refaire un pays qui est sinistré d’Ebola, de mal gouvernance, de manque de confiance les uns avec les autres, parce qu’une grande majorité des jeunes a perdu l’espoir. Il faut que nous travaillions aussi bien avec le Président puisque c’est lui le premier responsable du pays et que de mon côté en tant que responsable de l’UFDG, je suis également de ce que je pourrai faire pour que cette dynamique réussisse dans l’intérêt de la Guinée, mais pas pour l’intérêt politique seulement de M. Alpha Condé ou l’intérêt politique de Bah Oury. C’est l’intérêt de l’ensemble des guinéens. Parce que s’il y a plus de richesse dans le pays, s’il y a plus de gens qui mangent à leur faim, s’il y a plus d’enfants qui se sentent animés d’un espoir que demain sera encore nettement meilleur, c’est la Guinée qui gagne. Je suis dans cette direction et j’y travaillerai avec passion, intelligence pour y aboutir.

Un pays a besoin de contre-pouvoir efficace. Il ne s’agit pas de dire que le Pouvoir est responsable de tout. C’est trop facile. Si les contre-pouvoirs sont faibles, il va de soit que dans un environnement comme le nôtre dans ces pays africains, le Pouvoir fini par aller vers la dictature, la mal gouvernance et le gaspillage des ressources publiques. Si les contre-pouvoirs sont efficaces, le Pouvoir fini bon gré malgré à adopter des mesures qui vont dans le sens de la satisfaction des intérêts du plus grand nombre. C’est comme ça qu’un pays peut atteindre une dynamique de stabilité et de Progrès.

Je vais travailler avec tous mes amis et avec toutes les personnes, pour faire en sorte que l’UFDG soit la colonne vertébrale d’une opposition constructive, responsable, crédible et ouverte. C’est l’enjeu qui nous est posé.

Cette ouverture voudrait dire à vos yeux à une probable participation à un Gouvernement?

Non ! Très souvent les gens pensent qu’on s’oppose lorsqu’on n’est pas dans un gouvernement. Lorsqu’on est dans un gouvernement, c’est fini. Notre pays depuis l’indépendance a souffert d’une dictature, d’une gouvernance économique et politique qui n’a pas favorisé l’apaisement de manière durable pour que les guinéens puissent se sentir en toute sécurité quelque soit leur positionnement politique et quelque soit leurs origines ethnique ou régionale. Notre pays est marqué par des crises et des tragédies. Pour sortir de ce long cycle politique de tragédie et de mal gouvernance, il faut qu’on se pose les bonnes questions. Le Pouvoir étant ce qu’il est avec ce qu’il comporte comme méthode, les contre-pouvoirs ont été relativement faibles et n’ont pas joué leur rôle.

Par exemple : Le RPG était avec l’UFDG, l’UFR et dans l’opposition pendant longtemps. Ce n’est pas concevable qu’un parti comme le RPG qui avait souffert, qui a eu ses militants embastillés à Kankan, Siguiri, le Président Alpha Condé a fait la prison et a bénéficié d’une amnistie du Général Lansana Conté pour continuer ses activités jusqu’à être actuellement le Président de la République de Guinée. Comment se fait-il que ce parti qui était le même giron que l’UFDG avec l’UFR n’a pas encore réussi à résoudre les questions qui étaient pendantes en 2005, 2006, 2007 ? C’est-à-dire résoudre en profondeur la crise politique qui a plombé l’évolution économique de la Guinée. Ce n’est pas seulement parce que les gens n’ont pas la volonté. C’est parce que peut-être il y a des facteurs qui sont liés à une histoire, à une sociologie.

Pendant ce temps, l’opposition a-t-elle fait ce qu’il fallait faire pour amener le Pouvoir à aller dans le sens d’une gouvernance stable et vertueuse ? De ce point de vu, j’ai des doutes sérieux en la matière. C’est la raison pour laquelle, ma priorité aujourd’hui c’est de travailler avec les militants et des responsables éclairés pour que l’UFDG devienne cette institution démocratique qui est dans l’opposition, mais une opposition constructive. Projet contre projet, argument contre argument qui pourra créer une véritable alternative pour demain. Je ne suis pas pour une opposition crypto-personnelle comme le disais le Président Senghor.

C’est-à-dire ?

Cela veut dire, puisqu’on convoite la place qu’occupe aujourd’hui M. Alpha Condé, tout ce qu’il fait est mauvais.

Pourtant jusqu’à un passé récent vous défendiez une telle position en dépeignant tout du Pourvoir d’Alpha Condé en noir ?

Non ! C’est que vous n’avez pas bien écouté. Les enjeux de 2011 à 2015, c’était le processus politique. Ce processus ne me convenait pas du côté du Pouvoir. Ce processus politique que l’opposition a suivi par ses actes et faits ne me convenait pas non plus. Je suis cohérent avec moi-même. Actuellement, les choses ont évolué. Je suis en train d’encourager une impulsion dans le cadre d’une profonde décrispation du pays. C’est un enjeu. Je veux que mon pays réussisse cet enjeu. Je sais qu’il y a des forces rétrogrades et conservatrices qui sont partout, aussi bien à l’UFDG qu’au niveau du RPG ou au niveau de Sékoutouréyah. Parce qu’à tort ou à raison, ces forces s’estiment qu’elles sont maitresses des guinéens. Il faut décloisonner ces féodalités parce que la Guinée a besoin d’envisager autrement que ce qui a été fait jusqu’à présent.

Pensez-vous avoir suffisamment les moyens de cette ambition ?

J’ai les moyens de ce combat parce que je crois en l’avenir de mon pays. Je sais qu’il y a des hommes et des femmes en Guinée qui pensent comme moi. Et nous avons la conviction que la Guinée va changer, elle doit aller de l’avant pour notre intérêt et pour l’intérêt de la sous-région.

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 31 11 12

Le requiem pour la CENI en Guinée

L’adoption par le CNT de la loi relative à la recomposition paritaire de la CENI marque un pas décisif pour le contrôle de l’ensemble du processus électoral par le régime d’Alpha CONDE. En effet la stratégie qui a permis à une commission ad-hoc composée de représentants du Patronat, du Conseil Economique et Social, d’une ONG féminine pro-gouvernementale et du CNT de proposer sur-mesure trois schémas de sortie de crise assortis d’une recommandation expresse que le Chef de l’Etat est « souverain » d’en choisir un ; a ouvert un boulevard pour la domestication complète des institutions issues de la transition ( CENI,CNT).

Cette loi sur la CENI au lieu de tirer les leçons de la faillite de l’organisme qui porte la responsabilité des échecs des élections présidentielles et de la non organisation des élections législatives voilà maintenant prés de trois ans, a accentué par des dispositions iniques la main mise totale de la CENI par l’exécutif. Comment en est on arrivé à ce point ?
• Les intentions des messieurs Alpha et Alassane CONDE respectivement Chef de l’Etat et Ministre de l’Administration du Territoire étaient connues dés leur installation au pouvoir à savoir anéantir l’indépendance d’une CENI fortement écornée par les affairismes en son sein et l’organisation calamiteuse des consultations présidentielles. La méthode est simple : dans un premier temps, violer la constitution et les textes fondamentaux de la République. C’est ainsi qu’une entente signée par Loucény CAMARA et le Ministre Alassane CONDE scelle la mise sous tutelle de cet organisme chargé d’organiser toutes les consultations électorales et dont la Constitution du pays confère une totale indépendance. Ni, la Cour Suprême qui joue le rôle de Cour Constitutionnelle et ni le Conseil National de la Transition (CNT) en charge de la supervision de la transition, ne s’émeuvent devant ce coup d’état institutionnel. En plus pour s’arroger le contrôle de tous les leviers devant s’impliquer dans l’organisation des élections, des délégations spéciales issues du RPG-arc-en-ciel sont installées dans les principales communes du pays au mépris du Code des collectivités publiques. L’objectif ultime est la « confection » d’un nouveau fichier électoral pour rejeter celui conçu par la SAGEM au profit d’un autre qui lui permettra de manipuler les prochaines consultations électorales sans que des preuves irréfutables ne puissent prouver les fraudes et les tricheries.
. L’opposition tétanisée par la défaite aux présidentielles reste passive hormis la circulaire de l’UFDG de la mi-juillet 2011 appelant « à la mobilisation générale contre la dérive dictatoriale de la gouvernance d’Alpha CONDE » que j’avais signée en tant que Président par Intérim du parti. Par la suite les arrestations arbitraires de civils et d’officiers militaires sous le prétexte fallacieux de leur implication dans « l’attaque contre le domicile privé du Chef de l’Etat » le 19 juillet 2011, neutralisent des forces susceptibles de s’opposer à l’effacement des acquis démocratiques. Là aussi, au lieu de mettre avant les combats pour le respect des droits de l’homme et la primauté du droit sur les violences extrajudiciaires du pouvoir, l’indifférence coupable des acteurs politiques et sociaux facilite la stratégie gouvernementale. En face des manœuvres, planifiées , systématiques et déterminées d’une gouvernance hors-la-loi, l’opposition appelle à des manifestations pacifiques pour exiger « un dialogue politique avec le pouvoir ». Ces manifestants seront violemment réprimés avec plusieurs morts, des blessés et des centaines d’arrestations. Ce combat inégal s’assimile au duel du pot de fer contre le pot de terre. Il n’est donc pas étonnant à l’aune de la durée que le Ministre de l’Administration du Territoire soit devenu de fait le personnage central de la composition de la CENI. L’absence de dispositions réglementaires permettant de définir les critères assurant à un parti politique en fonction de son poids politique et de sa représentativité nationale d’indiquer le nombre de postes de commissaires auxquels il pourrait avoir, permet de placer M. Alassane CONDE comme arbitre, en dépit que cela soit une violation de la constitution. Par ailleurs, la non prise en compte de l’examen de l’honorabilité des proposés par la mise en place d’un jury hautement qualifié dont les audiences seront publiques et qui a le pouvoir de récuser les postulants qui ne rempliraient pas les critères pour être membre de la CENI conformément aux textes organiques de l’institution nous amène à reconduire les fautes de la précédente équipe. Dans cette optique les choix seraient responsables et rationnels et chaque commissaire serait tacitement lié à un contrat moral et de confiance au parti dont il est issu. Ces deux manquements annoncent une crise mortelle pour le processus électoral en Guinée. Les effets dévastateurs sont déjà visibles :
• Au niveau de la Société Civile l’imposition au forceps de Bakary FOFANA ancien Ministre des Affaires Étrangères du Gouvernement Jean Marie DORE, dans des conditions contestables et le soutien public que lui a apporté M.Alpha CONDE ont jeté le trouble et le désarroi. En effet avec ses relais au niveau des démembrements de la Société Civile et ses accointances personnelles avec une ONG internationale financée par l’USAID, ses capacités de manœuvre seront égales ou plus fortes que celles de Loucény CAMARA. D’ores et déjà comme postulant, il a réussi à discréditer et à rendre suspecte la prochaine équipe des commissaires.
• Avec plus de 150 partis politiques et plus de 50 propositions seulement pour les 10 postes dévolues à l’opposition, la crise est ouverte entre les différentes alliances des partis qui peu ou prou se réclament de l’opposition. Les partis significatifs du pays seront les grands perdants de cette nouvelle architecture. Le manque de cohérence et de lisibilité qui en résultera, fera l’affaire du pouvoir qui s’empressera de grignoter et de téléguider l’ensemble des actions de l’institution chargée de gérer les élections. De fait l’existence de la CENI n’aura en pratique aucun intérêt, sinon que d’être budgétivore et lieu d’exacerbation de conflits subalternes. Les commissaires ne s’appuyant pas sur une réelle légitimité seront à la merci de la corruption, de l’intimidation et par conséquent ne pourront pas agir selon leur « âme et conscience ».
• L’UFDG est sans conteste le plus grand perdant. D’abord sur le plan de l’orientation politique, « le dialogue avec Alpha CONDE » préconisé par El hadj Cellou Dalein a montré ses limites objectives malgré plus d’une dizaine de morts, des centaines de blessés et plus de deux milliers de personnes qui ont été interpellées et emprisonnées. De ce point de vue le pouvoir a triomphé, en jouant à l’usure et à alterner « dialogues de façade et répressions meurtrières ». Aussi, en acceptant le schéma de répartition des postes ( 2 ) sacrifiant ainsi à l’autel du nécessaire consensus avec les autres partis de l’opposition les 5 postes que le poids électoral de l’UFDG pourrait lui accorder, la Direction actuelle du parti a dévalué la représentativité du parti. Avoir de droit au moins 5 postes ne revient pas à léser les autres formations politiques car les choix devraient se faire selon des critères objectifs de compétence, d’honorabilité et de responsabilité . Dans ce cas l’UFDG pour donner une réelle cohérence à l’équipe proposée pourra avec l’assentiment de tous faire des choix de proposer des cadres issues des partis alliés. Malheureusement, tel n’est pas le cas .Pis encore ,le choix du seul réel représentant de l’UFDG s’est fait sans concertation et sur des bases plus en relation avec le lien de parenté avec le Président de l’UFDG que sur une volonté farouche de promouvoir l’intérêt bien compris de l’UFDG.
• La recomposition paritaire de la CENI encours est une victoire à la Pyrrhus pour M.Alpha CONDE. Il a pu démanteler l’ensemble des acquis pour une gestion neutre et libre du processus électoral. Mais il oublie qu’en l’absence d’élections libres et démocratiques pour doter le pays d’une représentation authentique et légitime des guinéens, il ne pourra y avoir de stabilité, de paix et de développement. La communauté internationale, notamment l’Union Européenne a indiqué qu’il n y aura point de 10éme FED sans des élections législatives incluses et crédibles. Pour duper cette même communauté, le gouvernement guinéen se camoufle derrière l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) pour draper « son processus électoral, sa CENI et son WayMark » d’une apparence de crédibilité.
• Les guinéens ont les yeux ouverts et ont compris la mascarade qui se prépare. Une CENI bancale, des élections bâclées, et une gouvernance aveugle et violente engendreront fatalement la déstabilisation et le chaos en Guinée. Le nouveau épisode de la vie de la CENI ruinera pour longtemps l’idée de la constitution d’un organisme indépendant capable d’organiser des élections crédibles, inclusives et acceptées de tous. Les populations qui n’ont ménagé aucun sacrifice (plus de 600 morts lors de manifestations pacifiques ces cinq dernières années) sombrent dans le désespoir et la misère, car jusqu’à présent les acteurs politiques ,sociaux et militaires n’ont pas encore réussi à rendre possible le rêve des guinéens d’être unis et réconciliés dans un pays stable, prospère et qui consacre l’autorité de la loi.

BAH Oury
1er Vice-Président de l’UFDG