BAH OURY : » je cherche à reconquérir le leadership de l’UFDG »

 

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CONAKRY- Bah Oury ne désarme pas. L’ancien exilé politique nourrit encore l’ambition de reconquérir le leadership de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée. L’ancien exilé politique revient ici sur ses stratégies et ses moyens de lutte. Dans cette interview, Bah Oury a également évoqué le sujet lié au bras de fer autour de l’installation du maire de Kindia, du bilan des 100 jours du Gouvernement de Kassory Fofana, mais aussi de la récente signature du contrat entre la Guinée et une société Turque sur une partie du port de Conakry.

 

AFRICAGUINEE.COM : Le Gouvernement de Kassory Fofana vient de franchir le cap des 100 jours. Etes-vous rassurés par son action ?

BAH OURY :Le Gouvernement vient de franchir les 100 jours.  Il est encore tôt pour porter un jugement définitif par rapport à son action. Toutefois j’éprouve un sentiment d’insatisfaction sur les points suivants :

·       Le dialogue social qui aurait dû être la méthode de gouvernement n’a pas été efficacement utilisé. La Guinée aurait pu évitée plusieurs semaines d’affrontements syndicats-forces sociales et gouvernement au sujet de l’augmentation du prix du carburant. En fait ici, il y a eu un déficit notoire de pédagogie.

·       Les questions d’assainissement de la ville de Conakry relèvent de la gestion des communes. Le gouvernement doit à la fois assurer les allocations budgétaires de manière  décentralisée et définir une réelle politique de l’assainissement ; les quartiers et les communes s’occupant des opérations sur le terrain. En faire une activité gouvernementale régulière  est une erreur de mon point de vue.

·       La mobilisation du pays tout entier pour faire face à la faiblesse des capacités de collecte de ressources pour alimenter le budget national manque de vigueur.  C’est un drame, car il est de notoriété publique que les difficultés aussi bien structurelles que conjoncturelles se situent au niveau de l’insuffisance des ressources.

Ce gouvernement est né suite à une crispation sociale de vaste ampleur, il est donc important de mesurer le poids qu’il porte pour éviter une réédition des frondes sociales.

Vous êtes en tournée en Europe depuis plusieurs semaines. Parlez-nous-en !

C’est vrai, j’ai répondu à une invitation pour me rendre en Allemagne à la mi-août dernier. Un séjour de prise de contacts et aussi de travail prometteur. Cette semaine, je serai également à Bruxelles pour participer à un forum international pour le développement des relations Afrique- Union Européenne. Nous aurons l’occasion d’en parler plus tard.

Visez-vous la reconquête du leadership de l’UFDG ?

L’UFDG a urgemment besoin d’un nouveau leadership pour éviter de sombrer dans un désastre sans rémission. Par conséquent ce n’est point un secret que je cherche à conquérir le leadership de cette formation politique que nous avons créée il y a trente années. C’est une étape importante. Toutefois le but ultime est notre participation aux législatives et aux prochaines présidentielles avec l’aide de Dieu.

Comment observez-vous l’immixtion des chefs coutumiers et religieux dans la bataille pour le  contrôle de la mairie de Kindia ?

D’abord il est inconcevable de penser gérer une collectivité locale en excluant les chefs coutumiers et religieux de la contrée. Ce sont eux les grands électeurs et ils sont représentatifs des sensibilités religieuses et des diversités. En fait ce sont les dirigeants politiques qui se sont trompés d’élection. Une élection de conseillers communaux n’a rien à voir avec une élection de type nationale. La mairie de Kindia comme toutes les autres communes du pays doit assurer une juste et équitable représentation de tous. Le refus de respecter la loi, la recherche tous azimuts d’arrangements pour satisfaire des intérêts de clans et l’appétit d’ogre d’occuper des postes sont les causes de la crise autour de la mairie de Kindia.

Ce qui est encore plus grave, comment qualifier des dirigeants nationaux qui n’ont pas compris l’esprit de la représentation proportionnelle dans les communes ? C’est ahurissant et triste à la fois.

Que doit faire l’UFDG pour éviter un bras de fer fâcheux ?

Des fautes ont été commises de part et d’autre. La source des problèmes est l’accord du 8 août dernier qui a ignoré l’application stricte de la loi au profit des arrangements. Que faire maintenant où les crispations identitaires sont exacerbées inutilement ?

A mon avis, il appartient à la tête de liste de l’UFDG (Abdoulaye BAH) de prendre ses responsabilités. Il est de Kindia. Il aime sans aucun doute sa ville et je pense qu’il n’aimera pas voir cette cité s’entredéchirer. En politique, il faut des fois savoir reculer pour mieux sauter … et prendre son mal en patience. Pour préserver son avenir politique qui est réelle, la mairie de Kindia n’est pas la seule voie possible.

Que pensez-vous du contrat signé entre l’Etat guinéen et l’entreprise turque Albayrak pour la gestion du quai du port autonome de Conakry ?

C’est un dossier complexe qui nécessite une large connaissance de la situation du Port Autonome de Conakry. Ne disposant pas pour le moment suffisamment d’informations sur le sujet afin de fonder une conviction honnête et responsable, permettez moi de réserver ma réponse.

Huit mois après la tenue des élections communales, les conseillers ne sont toujours pas installés. N’est-ce pas gênant pour les acteurs politiques que vous êtes ? 

Nous ne nous sentons nullement responsables de ce blocage que nous avons tout le temps dénoncé. Les signataires des accords du 08 août 2018 sont les  seuls concernés. Le gouvernement et en particulier le Ministre de l’Administration du Territoire ont ainsi contribué à décrédibiliser les institutions du pays, désavouant l’autorité de la CENI et discréditant aux yeux de l’opinion nationale le principe du vote. C’est un précédent dangereux pour la Guinée car sa crédibilité interne et externe est sérieusement atteinte.

Que se passera-t-il demain, dans le cadre d’une élection nationale, avec une telle jurisprudence ? Ce sera le blocage du pays et l’inauguration d’une période d’instabilité avec toutes les conséquences fâcheuses possibles. La République est dans ce contexte en danger.

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

 

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