BAH OURY A GUINEENEWS  » LE REGIME D’ALPHA CONDE EST AUX ABOIS »

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Exilé en France depuis trois ans, le premier vice-président de l’UFDG, Bah Oury suit avec beaucoup d’intérêt l’actualité politique sociale et économique de la Guinée. Considéré comme l’aile dure au sein du plus grand parti d’opposition guinéen, Bah Oury ne manque pas de superlatifs quand il s’agit de porter un regard critique sur les méthodes de gestion du régime d’Alpha Condé. En séjour de travail à Utrecht aux Pays-Bas, nous nous sommes entretenus avec la deuxième personnalité de l’UFDG sur les sujets qui alimentent actuellement la chronique en Guinée.

Guinéenews© : Vous êtes ici aux Pays-Bas dans le cadre d’une activité sociale. On ne peut pas vous rencontrer sans pour autant parler de l’actualité nationale guinéenne. Il y a quelques jours un responsable de votre parti a été tué à Conakry par des inconnus. L’UFDG a directement parlé d’un assassinat politique. Peut-on connaitre les signaux ou les indications que vous disposez qui renforcent cette thèse ?

Bah Oury : Comme vous le savez, Elhadj Amadou Oury, le président de la section motard a été assassiné le lundi 15 septembre dernier. Au début, certains ont cru qu’il s’agissait d’un braquage qui avait mal tourné. Mais le lendemain matin, le député Aboubacar Soumah a indiqué qu’il a été aussi l’objet de menaces précises avant même qu’il ne sache qu’Elhadj Amadou Oury a été assassiné. A ce moment là, il ne savait pas qu’un responsable de l’UFDG a été tué. Cela veut dire qu’il y a des concordances de faits qui montrent vraiment qu’il s’agit d’une action planifiée de très haut niveau et qui a des racines autour de la Présidence.

Guinéenews© : Qu’est ce qui vous fait dire que cet assassinat a été planifié à un très haut niveau ?

Bah Oury : Parce que c’est comme d’habitude, il a été identifié avant d’être abattu. En tant que président de la section motard, c’est une personnalité importante du parti. Cela veut dire que c’était ciblé par des gens qui portent l’uniforme. Donc, ce n’est pas le fait du hasard. Ce n’est pas une bavure dans un quartier malfamé et sombre. Il a été ciblé et il a été abattu comme tel. Ce n’est pas neutre. Sa responsabilité politique en fait un homme de premier plan de l’UFDG. C’est l’UFDG qui est atteint par l’assassinat d’Elhadj Amadou Oury Diallo.

Guinéenews© : Le président de l’UFDG a déclaré que votre parti va agir. Peut-on savoir ce que vous comptez faire concrètement ?

Bah Oury : Laissons le parti préparer sa riposte. Elhadj Cellou est rentré à Conakry, il va se concerter avec le parti pour prendre les mesures adaptées. Mais quoi qu’il en soit, dans l’esprit de la grande majorité des militants de l’UFDG, d’une manière ou d’une autre, cet assassinat ne restera pas impuni.

Guinéenews© : Justice sera-t-elle rendue ?

Bah Oury : D’une manière ou d’une autre. L’assassinat d’Elhadj Amadou Oury est une provocation grave. Et tous les militants de l’UFDG ont perçu le message. Le message est le suivant : « le régime d’Alpha Condé est prêt à utiliser la violence extrême pour s’imposer dans le pays ». De ce fait, nous sommes devant un dilemme. Abdiquer devant nos responsabilités et laisser une dictature s’installer ou bien se battre pour les principes de démocratie et de liberté, quoi que ça puisse coûter en termes de sacrifice. Notre responsabilité nous impose de mobiliser l’ensemble de la société guinéenne pour barrer la route à Alpha Condé parce qu’à ce rythme, il mène le pays à la catastrophe.

Guinéenews© : Depuis que le président Alpha Condé est au pouvoir, il y a eu une cinquantaine de morts pendant les manifestations politiques de l’opposition mais il n’y a jamais eu d’arrestation à plus forte raison condamnation de qui que ce soit ; qu’est ce qui vous faite dire que la justice sera rendue cette fois-ci sur le cas d’Elhadj Amadou Oury Diallo ?

Bah Oury : Je sais que d’une manière ou d’une autre, les militants de l’UFDG ne resteront pas les bras croisés. Laissons faire la riposte, c’est l’organisation de la dynamique populaire pour bouter hors du pouvoir Alpha Condé. Ça c’est devenu un impératif. C’est la seule attitude qui vaille sinon notre pays va directement au gouffre. Les prochaines semaines montreront que ce que je dis n’est pas un discours de complaisance, ça traduit le fond de la pensée de l’écrasante majorité des militants de l’UFDG.

Guinéenews© : En plus de l’assassinat du président de la section motard, l’on a appris que le domicile du député Aboubacar Soumah a été attaqué. Doit-on parler d’une situation d’insécurité autour des responsables de votre parti ou s’agit-il d’incidents qui se produisent au même moment ?

Bah Oury : Le régime d’Alpha Condé est aux abois. Il est aux abois, c’est pour cela qu’il utilise ces pratiques d’assassinat pour décapiter l’UFDG, d’une part. De l’autre côté, il utilise les menaces, l’intimidation pour éloigner du parti tous ceux et toutes celles qui se sont rapprochés du parti dans la dynamique de mobilisation pour contrer son pouvoir. Il va user de l’intimidation et des menaces pour certaines catégories de notre population pour les détourner de l’UFGD et pour d’autres, il va user de l’extrême violence pour les neutraliser.

Guinéenews© : Si vous dites que le président Alpha Condé fait usage de l’intimidation pour éloigner certaines personnes de votre parti, avez-vous une stratégie pour résister ?

Bah Oury : Dans la phase actuelle, nous avons reçu cinq sur cinq les messages que le président Alpha Condé vient d’envoyer. Il recevra nos réponses.

Guinéenews© : Toujours dans le cadre de l’actualité nationale, en milieu de semaine une délégation conduite par le gouverneur de N’Zérékoré accompagné par des journalistes, s’est rendue à Womey pour sensibiliser ses habitants contre Ebola. Ils ont été pris à partie et il y a eu morts d’hommes. Quelle analyse faites-vous de cet autre drame ?

Bah Oury : D’abord, on ne connait pas la vérité autour de cette trouble affaire. Le gouverneur, le préfet et une importante délégation médicale avec des journalistes se rendent à Womey dans le cadre d’une sensibilisation contre Ebola. Selon les déclarations du gouverneur, au début tout se passait très bien et à un moment donné, ils ont reçu des jets de pierres. Selon lui, il y a eu débandade. Mais, on ne connait pas ce qui s’est réellement passé. Pourquoi des jets de pierres ? Ça c’est un. Et pourquoi à la suite de ces jets de pierres, le gouverneur et le préfet sortent indemnes et une bonne partie de la délégation est restée sur place, prise en otage. Ce n’est que 48 heures après qu’on apprend qu’on a découvert leurs corps. Ce n’est pas clair. Le sous-préfet qui est une notabilité de la localité, comment se fait-il qu’il ait perdu la vie ? À priori, le sous-préfet est la personnalité la plus connue des villageois. Il a péri. Ce n’est pas clair. Les militaires qui accompagnaient la délégation, n’ont-ils pas tiré sur la foule pour les intimider ? Il y a beaucoup d’interrogations. En plus, les autorités ont refusé que les familles récupèrent les dépouilles mortelles pour les funérailles au sens traditionnel. Dans le cas d’espèce, une autopsie devrait être opérée sur ces corps pour savoir de quelle manière et de quelle façon les médecins et les journalistes ont perdu la vie. Mais on a précipité les choses et les morts ont été enterrés. Personnellement, je m’interroge pour dire que ce qui s’est passé à Womey est loin d’être ce que les autorités officielles ont voulu faire comprendre. La propagande officielle est allée directement à travers Makanera (ministre de la Communication, ndlr) pour dire que sur l’un des corps, ils ont vu des traces de machette. C’est pour dire que les corps n’ont pas reçu de balles mais qu’ils sont morts à la suite d’agressions perpétrées avec des armes blanches, c’est-à-dire que les auteurs de ces crimes ne peuvent être que les populations qui n’avaient pas d’armes. Ce sont les autorités qui sont en train de dire la vérité officielle et comme on sait qu’en Guinée les autorités officielles ont la culture du mensonge, tout cela ne peut être clarifié que par une commission d’enquête réellement indépendante. Et je rappelle que ces populations sont traumatisées, martyrisées par Zogota où en pleine nuit ils ont massacré des paysans. Cette hantise est dans la mentalité des populations de la zone. Ça c’est un. Deuxièmement, dix jours avant, il y a eu des heurts autour du marché de N’Zérékoré et des échanges de tirs semble-t-il entre certains et les forces de l’ordre dans le quartier de Donota. Qu’en est-il réellement ? Ce qui se passe à N’Zérékoré est une troublante affaire où la vérité officielle est loin de nous dire exactement ce qui se passe. Et dans ce cas, il faut faire preuve de prudence et demander qu’il y ait l’ouverture d’une enquête indépendante pour situer les responsabilités et savoir exactement comment les choses se passent à N’Zérékoré parce que sinon ce sont des pauvres paysans qui risquent encore une fois d’être condamnés et exécutés alors qu’en réalité les autorités ont totalement menti à la justice et à l’opinion nationale.

Guinéenews© : Mais, s’il s’avère qu’ils ont été exécutés par les habitants de Womey, peut-on conclure alors que l’État est en train de perdre son autorité dans certaines zones du pays ?

Bah Oury : Les populations n’ont plus confiance en l’État. D’ailleurs, comment pour une sensibilisation contre la fièvre Ebola, aller avec le gouverneur, le préfet, le sous-préfet et tout le staff des services sanitaires centraux de la région avec bien entendu une escorte de militaires ? Je pense que c’est une provocation outrancière qui ne prend pas en compte la sensibilité des populations et qui ne prend pas en compte aussi la défiance profonde que les villageois de cette zone de notre pays ont vis-à-vis de tout ce qui concerne les représentants de l’État.

Guinéenews© : Pour parler d’Ebola, quelle appréciation faites-vous de la gestion de cette épidémie par l’État ?

Bah Oury : Je dis que le gouvernement est responsable dans une large mesure de la propagation de la fièvre hémorragique Ebola au Libéria, en Sierra Léone et en Guinée. Ils n’ont pas pris les mesures qu’il fallait à temps. Cette gestion laxiste a fait que toute l’ouest-africain est menacée par cette catastrophe sanitaire. C’est le gouvernement guinéen qui est responsable de cela. Ils veulent disculper cette responsabilité à travers des discours lénifiants pour rejeter la responsabilité sur d’autres. La gestion effective de la présence des médecins de l’ONG Médecins Sans Frontières, de l’OMS, de l’Unicef sur le terrain a été très approximative jusqu’à ce qu’Alpha Condé dise que Médecins Sans Frontières est en train d’exagérer pour récolter des fonds. Cette déclaration irresponsable a été tenu par Monsieur Alpha Condé et malheureusement il y a plus de 600 ou 700 morts en Guinée, 1400 au Libéria et un nombre qui avoisine 600 en Sierra Leone sans compter les personnes qui sont contaminées. La responsabilité personnelle de monsieur Alpha Condé est totale dans cette affaire.

Guinéenews© : Qu’est-ce que vous auriez fait si vous étiez à leur place ?

Bah Oury : D’abord, dès qu’il y a une annonce comme quoi il y a une fièvre mystérieuse qui est en train de décimer des populations, les règles de prudence demandent la mobilisation immédiate aussi bien des services sanitaires locaux que la coopération sanitaire internationale pour faire en sorte que le diagnostic soit fait et prendre les mesures qu’il faut pour ne pas que cette maladie se propage dans la région. Malheureusement ça n’a pas été fait. Imaginez-vous au début du mois de décembre, il y a eu des cas qui ont été signalés. Ce n’est qu’en mars que le gouvernement a déclaré qu’Ebola est en Guinée. Entre temps, qu’est ce qui a été fait ? Absolument rien parce qu’il ne voulait pas que le roi Mohamed VI annule son voyage. Ils ont étouffé cette histoire de présence d’une fièvre hémorragique dans la région de la Guinée forestière pour ne pas empêcher le voyage officielle du Roi Mohamed VI. Tout cela prouve qu’il y a eu une volonté délibérée d’exposer la vie des citoyens guinéens au profit d’une opération politicienne pour le prestige de Monsieur Alpha Condé.

Guinéenews© : Une autre affaire qui a fait la une de l’actualité en Guinée ces dernières semaines, c’est l’affaire des 20 millions de dollars interceptés par la douane sénégalaise à Dakar. Vous avez parlé d’une opération illégale et de blanchiment d’argent. Quels sont vos arguments ?

Bah Oury : Quel est le justificatif économique qui a pu générer ces 20 millions de dollars ? C’est douteux. C’est une opération qui n’est pas claire parce que chaque opération à ce niveau là doit avoir une contrepartie en biens ou en nature. Est-ce que ce sont les mines ? Si ce sont les mines, ce ne sont pas des capitaux en espèces qui sont rentrés en Guinée puisque les industries minières ont leurs banques à l’extérieur. Ces industries minières n’utilisent des devises que pour servir leurs besoins locaux. C’est pour vous dire que la source qui a pu générer ces 20 millions de dollars est très floue. Et par nature, ce genre d’opération en termes bancaires, c’est du blanchiment de capitaux. Autre chose qui est en relation plus étroite, le Département d’État a indiqué que la Guinée est devenue la plaque tournante du narcotrafic. Bien entendu, le narcotrafic va toujours de paire avec le blanchiment de capitaux. Dans ce cas d’espèce, la Banque Centrale est soupçonnable de procéder à du blanchiment de l’argent sale du narcotrafic. Ce qui est extrêmement grave pour nos Institutions financières. Il appartient à la Banque Centrale de prouver que ce n’est pas du blanchiment. Ils ont les moyens de le faire. Et je crois que le FMI va s’intéresser s’il ne s’est pas encore intéressé à ce type d’opération pour faire toute la lumière sur les justificatifs économiques de ces 20 millions de dollars et les relations assez opaques de transferts de monnaies fiduciaires en devise de la Guinée vers l’extérieur.

Guinéenews© : Avec cette affaire des 20 millions de dollars et tant d’autres, plus les assassinats pendant les manifestations politiques, l’opposition guinéenne a eu des opportunités pour mettre en difficulté Alpha Condé et son administration. A votre avis quelles sont les faiblesses de cette opposition face au régime actuel ?

Bah Oury : Une opposition doit avoir une vision globale et une critique globale de la gestion de ceux qui gouvernent. C’est ça le rôle d’une vraie opposition. Avoir une critique globale de la gestion des affaires du pays par le gouvernement en place. En Guinée malheureusement, ce sont les questions électorales qui ont l’air d’intéresser les cercles politiques alors que la demande sociale, les difficultés des populations, la mauvaise gestion du pays, tous ces faits indiquent qu’il faut s’intéresser largement à tous les problèmes des Guinéens pour ne pas laisser croire que ce qui intéresse la politique c’est uniquement comment avoir un poste de député ou être élu président de la république.

Guinéenews© : 2015 arrive à un moment où le processus du dialogue est complètement bloqué. Pensez-vous qu’il y aura des élections présidentielles en Guinée l’année prochaine ?

Bah Oury : Avec l’assassinat d’Elhadj Amadou Oury Diallo par la milice d’Alpha Condé et les assassinats des populations un peu partout dans le pays, notamment en Guinée Forestière, je pense qu’il y a une dérive répressive d’utilisation excessive de la violence. Cela veut dire que le régime est aux abois d’une part et de l’autre côté, il n’entend en aucune manière organiser des élections crédibles, libres et transparentes en Guinée. Avec Alpha Condé, il n’y a pas de chronogramme précis de la tenue des élections dans le pays. Les élections communales qui devraient intervenir durant l’année 2014 sont rejetées à une date ultérieure. Cela veut dire que le pays est dans l’impasse totale. Tout le monde doit en être conscient et savoir qu’il faut s’interroger sur les alternatives possibles pour empêcher que le pays ne s’enfonce davantage. C’est la raison pour laquelle personnellement je dis ce qui est à l’ordre du jour c’est comment le mouvement populaire doit-il abréger la gouvernance d’Alpha Condé. Parce que c’est la seule manière de remettre les pendules à l’heure et de pouvoir sortir le pays du gouffre dans lequel il est tombé.

Guinéenews© : Pour parler de votre parti l’UFDG, vous venez de vous réconciliez avec votre président, peut-on dire aujourd’hui que Bah Oury et Cellou Dallein tirent dans le même sens ?

Bah Oury : Nous sommes tenus d’aller dans le même sens parce que nous sommes du même parti. Avec les adversités multiples et les agressions dont subissent nos militants et certains responsables du parti, nous sommes tenus d’aller dans le même sens. C’est une question de morale, c’est une question d’éthique et c’est une question de compréhension de l’intérêt mutuel qui veut que l’UFGD avance en rangs serrés devant les adversités, surtout les assassinats de nos responsables par le pouvoir en place.

Guinéenews© : Une question personnelle, vous vivez en exil depuis 2011, qu’est ce que Bah Oury a appris pendant ces trois dernières années ?

Bah Oury : J’ai appris beaucoup de choses. La solitude vous fait réfléchir. L’isolement et le fait d’être loin du pays vous permettent d’acquérir de nouvelles expériences. L’épreuve de la lutte politique est une épreuve pédagogique d’une extrême importance. Il y a beaucoup de choses que je ne savais pas. Aujourd’hui grâce à Dieu, je le sais. Je déplore que des personnes soient emprisonnées, d’autres ont été torturées jusqu’à y laisser leurs vies. Ma pensée et mon action vont toujours dans le sens de me battre pour qu’il y ait une réelle justice et que tous les Guinéens demain puissent jouir de la liberté parce que personnellement j’en souffre de ne pas être dans mon pays et je ne voudrais pas que des situations de ce genre se répètent pour d’autres personnes.

Guinéenews© : Peut-on envisager le retour de Bah Oury à Conakry pendant qu’Alpha Condé est au pouvoir ?

Bah Oury : Vous savez, parfois la situation politique, elle est imprévisible. Il faut avoir le regard ouvert, ne pas être fermé. Guillaume Soro et Laurent Gbagbo ont gouverné ensemble la Côte d’Ivoire. Mao Tsé-toung et Chang Kai-shek (tous deux leaders communistes chinois, ndlr) se sont donnés la main alors qu’ils se sont faits la guerre pendant très longtemps. Cela veut dire que demain, rien n’est à exclure. Seul comptera l’intérêt du pays, l’intérêt de la stabilité et de l’avancée de notre nation.

Interview réalisée par Tanou Diallo, chef de bureau de Guinéenews© aux Pays-Bas.

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