BAH Oury Posts

LES RACINES DE L’EXTREMISME ET REALITE DU TERRORISME EN AFRIQUE

 

 

Conférence Internationale sur la gouvernance sécuritaire en Afrique

Paris, le 27 Septembre 2018

 attentat burkina

  

Communication de M. BAH Oury, Ancien ministre, Fondateur de l’UFDG, Animateur National du Mouvement « Le Renouveau »

 

C’est un honneur pour moi d’être associé à d’éminents experts diplomatiques et académiques pour partager au sujet du terrorisme qui est à l’heure actuelle un véritable fléau dans le monde et particulièrement en Afrique. Pour soigner un mal il est essentiel d’en faire un bon diagnostic, il en est de même pour mener une lutte efficace contre le terrorisme.

 

Introduction

Le Burkina est régulièrement secoué ces trois dernières années par des vagues d’attentats terroristes meurtriers où des civils et des éléments des forces de l’ordre sont fauchés. Le décompte macabre des victimes soulève l’horreur et l’indignation .Le 14 août 2017, 19 tués, 30 tués au café cappuccino et à l’hôtel Splendid, ces jours-ci des dizaines d’éléments des forces de sécurité sont tombés, victimes d’attaques djihadistes. Cette vague de tueries place le Burkina dans la ceinture de feu du terrorisme djihadiste qui part de la Mauritanie à l’ouest pour atteindre les confins de la Corne de l’Afrique à l’est en passant par la région du Lac Tchad. Le Mali, la République Centrafricaine, le Soudan du Sud et la Somalie sont devenus peu ou prou des épicentres de violences qui les ont réduits en « Etats faillis ».

 

C’est avec une profonde consternation que nous assistons à ces tueries qui déciment des familles pour semer la terreur et la haine dans leur sillage. Les attentats terroristes ont toujours été présents dans l’histoire moderne. Nous sommes toutefois éloigné des profils des anarchistes du XIXème et XXème siècle. La globalisation du monde d’aujourd’hui est telle que des simplifications sommaires amènent à utiliser le même mot pour désigner des réalités proches dans leur manifestation à savoir l’utilisation de la violence aveugle contre des populations innocentes ,mais dont les racines sont dissemblables et éloignées.

 

Des racines du terrorisme et de l’extrémisme en Afrique

 

En effet de la même manière que nous ne pouvons pas faire pousser le riz en plein désert, chaque phénomène social pour se développer a besoin d’un terreau propice. Le terrorisme djihadiste en Europe est à cet égard une expression périphérique de la violence malgré le caractère terrifiant plein d’horreur que la sur-médiatisation présente comme réalité centrale et dominante de la société. Comme dans les années 70 et 80 avec des cellules comme les Brigades rouges en Italie, la bande à Baader en Allemagne, Action Directe en France, et les actions de détournements des avions des fédayins pro-palestiniens, les Etats Européens ont les moyens de venir à bout du terrorisme qui les prend pour cibles. La raison est simple. La cohésion des sociétés européennes, est une réalité profonde, façonnée par les épreuves historiques, unifiée par le partage de valeurs qui ont transcendé les différences ethniques, religieuses et politiques. Il en est autrement ailleurs.

 

  • La montée du radicalisme religieux dans le monde

 

Les méfaits du terrorisme djihadiste au Pakistan, en Afghanistan, et au Proche et Moyen-Orient sont incalculables tant sur le plan humain qu’économique. Les victimes se comptent en plusieurs milliers. Le vocable terrorisme est d’ailleurs faible pour définir ce qui en réalité s’assimile à une « guerre civile confessionnelle » entre chiites et sunnites. Comment en est on arrivé à ces déchirures ? Deux faits historiques majeurs ont eu lieu en 1979. D’abord la chute du Shah d’Iran avec l’arrivée au pouvoir de l’Iman Khomeiny et des mollahs chiites qui instaurent la République Islamique. Cette révolution au nom d’Allah a eu un grand retentissement dans le monde musulman. Le réveil du fondamentalisme chiite va encourager des populations de confession chiite à se rebeller contre des dictatures le plus souvent d’obédience sunnite. Ensuite l’invasion de l’Afghanistan le 25 décembre 1979 par les troupes soviétiques pour soutenir le régime communiste de Kaboul a donné une autre dimension à une confrontation qui à l’origine était classée dans la rubrique des luttes d’influence entre l’Est et l’Ouest. En effet la résistance nationale afghane est rapidement inondée d’aides de pays comme l’Arabie Saoudite, les USA agissant par le biais du Pakistan où trônait l’ultra conservateur religieux le Général Muhammad Zia-ul-Haq. L’aide américaine aux insurgés contre les troupes soviétiques fut utilisée par les dirigeants pakistanais pour accroître leur propre influence idéologique en soutenant des mouvements qui leur sont inféodés. C’est ainsi que les résistants afghans brandissent l’étendard de l’Islam pour combattre le communisme en se regroupant autour de « L’alliance islamique ». L’Arabie Saoudite et les monarchies pétrolières sunnites du Golfe Persique gros pourvoyeurs d’aide aux afghans y convoyèrent armes, finances et aussi combattants chargés d’assurer et d’accroître l’influence du courant wahhabite ( sunnite) dans la région afin de contrer son traditionnel rival ,l’Iran chiite. C’est dans ce sanctuaire montagneux qu’ Ossama Ben Laden crée Al quaïda, qui fut la matrice de la mouvance terroriste djihadiste dans le monde.

 

Depuis l’aube de l’Islam les courants sunnites et chiites se disputent l’héritage du prophète Mohamed. Le déclin des régimes laïcisant dans le Proche et le Moyen-Orients symbolisé par l’assassinat du Président Sadate d’Egypte en octobre 1981 par un commando de fondamentalistes ouvre la voie aux fondamentalismes conquérants. Dans cette partie du monde l’appartenance à une confession religieuse est la première référence d’identification de l’individu. En plus le fondement religieux est la légitimité fondamentale de la construction étatique. Chocs frontaux entre deux fondamentalismes ayant des visées hégémoniques et la rivalité sous-jacente entre Iran – Arabie Saoudite ont favorisé l’émergence des partisans du djihadisme armé. Aucun pays dans cette région y compris Israël n’est épargné par la résurgence du fondamentalisme religieux avec comme corollaire la montée du radicalisme politique, l’effacement des courants laïcs et démocratiques et le renforcement de l’extrémisme et de l’intolérance. D’où la multiplication des conflits asymétriques !

 

  • L’importation de courants djihadistes en Afrique

 

Sur le plan théologique, le Soudan sous la houlette du Général Nimeri dés 1983 instaure la charia dans le droit pénal.  Cette décision exacerba les violences de la guerre civile entre le Nord ( arabo-musulman) et le Sud (chrétien – animiste). Khartoum devint un centre de formation théologique musulman qui attira des milliers d’étudiants originaires de plusieurs pays subsahariens. Plus directement les crises algérienne et libyenne ont joué des rôles plus actifs dans la propagation du terrorisme en Afrique et plus particulièrement dans la bande sahélo-saharienne :

  • Les années noires en Algérie

La confiscation par une junte militaire, de la victoire électorale du FIS (Front Islamique de Salut) lors des élections communales en Algérie en 1991, plonge ce pays dans le tourment. Une guerre impitoyable s’engage alors opposant les forces de sécurité et les milices « islamistes » pendant toute une décennie. Certains combattants furent repoussés dans les régions désertiques du sud-algérien. Peu à peu les zones frontalières entre l’Algérie et les pays Mali – Mauritanie sont colonisées par des noyaux djihadistes qui se sont installés dans des contrées périphériques du Sahel.

  • La chute de Kadhafi et l’implosion de l’Etat Libyen

La crise libyenne depuis 2011 a été un puissant déclencheur qui a libéré ainsi des forces de déstabilisation dans toute la région. En effet le régime du Colonel Kadhafi disposait d’un arsenal militaire impressionnant. Ce matériel a été disséminé dans tout le sahel par des réseaux de trafics d’armes et de drogue, alimentant ainsi des zones de conflits de faible intensité qui prirent ainsi une dimension plus grande. Kadhafi avait aussi entretenu pendant plusieurs décennies des armées issues de plusieurs nationalités africaines avec une prédominance de sahéliens aguerris et vivants peu ou prou de la rente sécuritaire et guerrière. L’éclatement de l’Etat libyen a charrié chez ses voisins au Sud et en Tunisie cette main-d’œuvre prompte à s’engager dans des activités lucratives de mercenariat et de trafics.

Ces deux crises ont permis au courant djihadiste de trouver un terreau propice pour essaimer dans la région.

 

  • La pauvreté, déterminant social majeur

 

La pauvreté n’est pas suffisante pour expliquer que du jour au lendemain des jeunes gens paisibles, nourris d’une tradition de tolérance et élevés pour la majorité dans la pratique religieuse de la confrérie soufie la Tidjaniyya, se laissent subjuguer par une doctrine « éradicatrice et violente ». Toutefois il est important de noter que ces mouvements terroristes ont pu s’épanouir dans des zones où prévalent des antagonismes ethniques, sociaux et territoriaux sous-jacents, comme le Nord du Mali, la région d’Agadès au Niger, les sud algérien et libyen. Cet espace territorial économiquement déshérité, abrite principalement des populations touareg sujettes à de revendications autonomistes récurrentes depuis plusieurs décennies. L’entrisme politique a permis aux courants djihadistes d’orienter progressivement les frustrations collectives quelles soient de nature sociales, économiques et politiques vers leurs thèses globalisantes et absolues comme l’unique alternative sanctifiée par le sacré. C’est la méthode qui a été utilisée en Afghanistan pour en faire le sanctuaire de Al Qaïda. De vastes espaces où les populations sont parmi les plus pauvres du monde, négligées par les pouvoirs publics de leur pays, sont devenues de véritables no-mans-land où la criminalité a pris le pouvoir. Eprouvées par les sécheresses de manière régulière , les populations traditionnellement éleveurs pratiquant la transhumance à la recherche de zones de pâturages et de l’eau pour nourrir leur bétail sont contraintes de descendre de plus en plus en profondeur dans le sud du continent. En effet l’avancée du sable du désert dont les effets du changement climatique est perceptible des rivages de la Mauritanie sur la façade de l’Atlantique aux confins de la Mer Rouge de la Corne de l’Afrique. Ainsi ce large couloir territorial qui englobe les régions périphériques du Lac Tchad naguère peuplé d’éleveurs et d’agriculteurs subit un profond bouleversement de son écosystème environnemental et économique. C’est cette superficie de plusieurs millions de Km2 qui est devenue un terreau fertile pour le développement de la criminalité, du narcotrafics et du commerce illicite de toutes natures. Les djihadistes proche-orientaux et algériens ont su habilement y installer leur Katiba (cellules terroristes) et recruter des émules pour imposer leur vision du monde.

 

  • Des politiques d’ajustement structurel à la déliquescence des Etats

 

Ces espaces en déliquescence ont été victimes des mesures préconisées par les institutions de Brettons Woods (FMI/Banque Mondiale) à la fin des années 70 comme réponse aux crises économiques et financières dont la plus part des Etats nouvellement indépendants ont été confrontés. Restriction des mesures sociales, dégraissage des fonctions publiques dont l’école et la santé ont été les plus négativement impactées et retrait de la présence des pouvoirs publics dans les régions à la lisière du désert ont eu comme conséquences la propagation de la misère. Le Nord du Mali, la Somalie, la région du Lac Tchad et la République Centrafricaine en sont une parfaite illustration. Les Etats fragiles tels que les définit l’index des « Etats en déliquescence » du think tank américain Fund for Peace sont parmi les plus fragiles face à cette vague de développement du terrorisme. A cet égard, la zone du Sahel en porte toutes les caractéristiques à savoir, mouvements massifs de réfugiés et de déplacés internes, cycle chronique de conflits intercommunautaires, persistance de fortes inégalités de développement, criminalisation et de-légitimation de l’Etat du fait de la corruption, culte de la violence généralisée contre les droits de l’homme et absence notoire des services publics de base (indicateur annuel : the failed states index).

  • La faillite de la construction de l’Etat postcolonial

En 1962, la parution de « L’Afrique Noire est mal partie » du célèbre agronome français René Dumont fut accueillie avec condescendance et mépris par les élites africaines de l’époque. En 2007, un rapport de la Banque Mondiale lui rendit hommage sous la forme d’un mea culpa en bonne et due forme. Le rapport a reconnu que l’agriculture avait été négligée comme facteur de développement alors que 75% des populations les plus pauvres habitent les zones rurales. Ainsi l’accès à la terre, à l’eau et à l’éducation des paysans n’avait pas retenu l’attention des experts du développement pendant très longtemps. Le modèle de développement choisi dés l’accession à l’indépendance avait déserté les préoccupations essentielles de la majorité de la population d’origine rurale et agricole pour privilégier les pratiques rentières aussi bien sur l’économique que sur le politique.

  • Divorce entre l’Etat et la Société Civile et les pratiques néo-patrimoniales

Economiquement fragiles, institutionnellement abandonnées, et accablées par des conditions climatiques défavorables les populations sinistrées se sont rabattues sur les crispations identitaires comme stratégie de survie. La construction nationale clamée par des slogans de propagande politique est restée simplement incantatoire. Ainsi les solidarités communautaires et les liens de sang se sont renforcés. En effet, la résilience de la société repose sur le degré de légitimité de l’ordre politique. Celle-ci est d’autant plus grande que la bonne gouvernance peut l’accroître renforçant ainsi la gouvernabilité. Qui dit gouvernabilité, suppose l’existence d’un cadre institutionnel politique, solide et capable d’interactions pour l’atteinte de l’intérêt général. Les réflexes d’auto-défense d’une société font appel aux mythes du passé, au sacré idéalisé, aux identités communautaires spécifiques et aux relents conservateurs et hostiles à toute autre diversité. C’est ainsi le long conflit politique en RCA s’est mué en une conflagration meurtrière entre chrétiens et musulmans. Pour des raisons analogues les difficultés politiques de la RDC –Congo ont fait émerger les sectes armées comme le Bundu Dia Kongo qui prône la réhabilitation de l’héritage spirituel et historique des grands ancêtres d’un côté et de l’autre, les Kimbanguistes et les partisans de Kamuina Nsapu . Les représentations politiques classiques (partis politiques, associations de la société civile, syndicats) sont alors affaiblies. Cette tragique décomposition des structures de l’Etat et de la faillite de la représentation politique précipite ce grand pays vers une in-gouvernabilité désastreuse pour toute l’Afrique centrale et des grands lacs. Le Cameroun est également un autre exemple de ce désastre où Boko-Haram sévit au Nord et les régions anglophones sont en proie à une rébellion larvée.

 

Conclusion 

 

Merci à l’Institut Mandela de m’avoir permis d’échanger avec les éminents experts que nous avons entendus. Cette réflexion que je viens de vous livrer est une approche parcellaire de situations complexes dont notre monde est confronté. L’approche essentiellement sécuritaire n’est pas suffisante pour endiguer les phénomènes de terrorisme et d’extrémisme en Afrique. Une autre mode de gouvernance pour lutter contre la pauvreté, des mécanismes innovants d’inclusion de toutes les formes de diversité de manière durable, la redéfinition de la construction étatique pour dépasser l’Etat néo-patrimonial qui a atteint ses limites et la résilience à développer face au changement climatique sont les questions qui nous interpellent aujourd’hui pour endiguer la montée de l’extrémisme violent et le terrorisme djihadiste. Nous devons courageusement répondre aux questions de notre temps.

 

Je vous remercie pour votre bienveillante attention !

 

LA CRISE A LA COUR CONSTITUTIONNELLE: QU’EN PENSE BAH OURY ?

téléchargement

CONAKRY-Le décret d’Alpha Condé démettant Kèlèfa Sall à la tête de la Cour Constitutionnelle continue de soulever des réactions chez les acteurs politiques. Bah Oury, leader du Mouvement UFDG Renouveau ne voit pas de mal derrière cette destitution. Pour l’ancien ministre la réconciliation, de deux maux, il faut choisir le moindre. Il estime que Kèlèfa Sall aurait pu démissionner de lui-même à son poste pour préserver l’image et la crédibilité de son institution. Bah Oury s’est confié à notre rédaction. Lisez!!!

AFRICAGUINEE.COM : Quelle analyse faites-vous sur le dénouement de la crise à la Cour Constitutionnelle ?

BAH OURY : L’instabilité d’une institution est un danger pour la République de manière globale. Les membres de ces institutions devraient tout mettre en œuvre pour protéger leur institution de défaut d’image et de réputation. C’est la règle qui devrait s’appliquer à tout responsable ou bien des membres de n’importe quelle institution. Dans le cadre de la Cour Constitutionnelle, on a constaté et on déplore que l’image et la réputation de l’institution ont été affectées par le comportement de ses membres. C’est un préjudice pour la nation toute entière et ceux qui ont agi ainsi en assume la totale responsabilité.

La Loi et le Droit devrait prévaloir pour toute démarche même s’il s’agit d’un conflit ou d’une défiance quelconque. Il fallait utiliser les procédures de droit. Ceci a manqué. Ensuite, une explication claire des tenants et aboutissants du conflit n’a pas été divulguée pour éclairer l’opinion. Cela a laissé libre cours à des supputations de toute nature qui ont contribué à rendre le problème encore plus incompréhensible. Les huit conseillers ont émis un acte de défiance à l’égard de leur président qu’ils avaient élu quelques années auparavant.

Je ne suis pas un spécialiste en la matière, mais à partir du moment où l’écrasante majorité a montré sa défiance vis-à-vis du président de la Cour Constitutionnelle, la responsabilité de ce dernier et la nécessité de sauvegarder l’image de son institution devrait être d’en tirer les conséquences administratives pour présenter sa propre démission, par lui-même. Cela qu’une bonne compréhension de la responsabilité aurait commandé. Mais ça n’a pas été le cas.

Le pays ne peut pas se soustraire et ne peut pas vivre sans une Cour Constitutionnelle. Le vide juridique que la crise si elle se prolongeait, pourrait être préjudiciable à la stabilité de notre pays et à la stabilité de l’ensemble des institutions et du fonctionnement de l’Etat. Quelque soit ce qu’on peut en penser, un moindre mal est préférable à un risque grave pour la stabilité de notre pays.

Que pensez-vous de ces manifestations annoncées par la société civile et certains partis politiques pour que le décret du président Alpha Condé confirmant la destitution de Kèlèfa Sall soit rétoqué ?

Je pense que tout le monde devrait faire preuve de raison, de responsabilité et ne pas s’insurger n’importe comment dans des dossiers complexes que beaucoup d’entre nous ignorons. Pour moi, je considère que la société civile devrait être certes, un observateur attentif et exigent, mais tout en essayant de se rapprocher le maximum de ce qui peut être l’intérêt national et de la vérité. Il y a des questions extrêmement complexes qui n’ont pas fait l’objet d’un regard attentif. Notamment le fait que pendant neuf mois, des conseillers communaux ne soient pas installés cela avec la responsabilité de ceux qui s’appellent opposition républicaine et la mouvance. C’est un préjudice d’une extrême gravité pour la crédibilité de nos institutions. Malheureusement ce fait n’a pas eu le même retentissement que l’aspect qui concerne un conflit interne d’une institution républicaine. Les gens doivent faire preuve de retenu et de prudence dans leurs actions. L’intérêt du pays commande de tout mettre en œuvre pour que la stabilité du pays soit assurée et la stabilité des institutions aussi le soit, à titre individuel comme à titre collectif.

Voulez-vous dire que les manifestations ne sont pas opportunes dans ce contexte ?

Imaginez-vous quelle autre alternative pourrait-il y avoir ? Du moment où les huit conseillers ont déjà décidé souverainement de démettre leur président. Que voulez-vous qu’on fasse ? Qu’on attende autre chose au risque d’avoir d’autres problèmes beaucoup plus grave pour le pays ? NON ! Il faut faire preuve de responsabilité en toute chose, et de mettre en avant l’intérêt national.

Selon vous donc la solution est bien celle qui est là, c’est-à-dire le remplacement de Kèlèfa Sall ?

Il faut une Cour Constitutionnelle fonctionnelle, qui agit. On ne peut pas se permettre d’avoir un vide juridique au sommet des institutions judiciaires de ce pays. Le vide peut appeler d’autres situations imprévisibles qui risqueraient de mettre en mal la stabilité de notre pays. On ne peut pas se permettre de mettre le pays en danger  sous prétexte qu’il faut dans une certaine mesure déférer un décret au profit d’une autre action judicaire qui aurait pris du temps et qui aurait laissé libre court à d’autres manœuvres de nature à mettre le pays et sa stabilité en danger.

Beaucoup de juristes ont estimé que la procédure qui a abouti à la destitution de Kèlèfa Sall a été viciée. Ne pensez-vous pas que vouloir agir de cette façon risquerait de créer un autre dangereux précédent pour notre pays ?

C’est pour cela que je le déplore. Parce que cela veut dire que de part et d’autre, les individualités qui sont les membres de nos institutions ne prennent pas suffisamment la dimension de leur responsabilité de préserver leur institution ainsi que leur réputation pour leur assurer la crédibilité et la force nécessaire d’agir efficacement. Ceci est déplorable.

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

Où va la Guinée ?

 

csm_drapeau_guinee_653efac777

La crise au sein de la Cour Constitutionnelle, la non-installation des élus communaux plus de huit mois après leur élection, la réponse répressive face aux revendications et aux protestations sociales comme à Mandiana, et l’illisibilité de la démarche gouvernementale nous inquiètent et nous interpellent.

 

La fronde animée par des conseillers de la Cour Constitutionnelle contre leur président M. Kaléfa SALL en actant une motion de défiance à son encontre et sa « destitution » , a jeté l’émoi et la stupeur au niveau de l’opinion. Les conséquences de cette initiative sont désastreuses pour la Guinée tant pour son image que pour sa stabilité. En effet, l’inauguration de l’instabilité de l’institution chargée de veiller au fonctionnement de l’Etat et de toutes ses composantes conformément aux principes du droit et des lois de la République , jettera incontestablement notre pays à la merci de dérives et d’aventures politiques en mesure de remettre en cause l’ordre constitutionnel . Notre récent passé est à la fois suffisamment évocateur et tragique pour que soient empruntés encore les chemins qui mènent au chaos et à la ruine de la paix civile. En passant à l’action pour « décréter la destitution du président de la cour constitutionnelle » malgré son mandat irrévocable de neuf ans, les frondeurs ont ouvert la boîte à pandore qui en cas de succès, n’épargnera à tour de rôle aucune de nos institutions y compris la Présidence de la République. La logique de la déstabilisation s’apparente le plus souvent aux jeux d’échec où l’effet domino est recherché pour atteindre une cible stratégique qui de prime abord est inaccessible. Il faut rapidement stopper cette mécanique dangereuse pour la paix et la stabilité de la Guinée, en respectant scrupuleusement le mandat de l’actuel président de la cour constitutionnelle.

 

Une logique analogue est mise en œuvre pour retarder l’installation des élus communaux qui depuis le 04 février 2018 attendent d’être installés. Des prétextes fallacieux au regard des lois de la République notamment le code électoral ont été brandis par « l’opposition républicaine » d’un côté et la passivité tacite du ministère régalien de l’administration du territoire de l’autre côté empêchent jusqu’à présent que les élus prennent en charge la gouvernance locale. Ce blocage institutionnel sciemment entretenu du fait de l’absence des élus locaux dûment investis, a créé le vide et expose le gouvernement de M.Kassory FOFANA à des contestations de toutes natures. Ainsi les désillusions des jeunes en proie au chômage, à l’aggravation de la pauvreté et inquiets pour leur avenir utilisent la rue pour se faire entendre. C’est cette réalité qui a fait déferlé des jeunes de Mandiana dans la rue pour exprimer leur colère et leur ressentiment. La réponse répressive de la part des autorités publiques qui a causé la mort par balle réelle d’un manifestant est mauvaise, inappropriée et inacceptable. Le gouvernement en retardant délibérément l’installation des exécutifs communaux s’est tiré une balle au pied. En effet, ces élus constituent des médiateurs privilégiés capables de représenter et d’écouter les populations afin de canaliser les revendications populaires et d’y apporter des réponses concrètes par le biais de mesures communales par le développement local, l’insertion professionnelle et par des conseils avisés. Le cas de Mandiana est « comme l’arbre qui cache la forêt » en effet le désarroi est ressenti par tous les jeunes de Guinée. Ce n’est guère étonnant de constater qu’ils constituent la légion majoritaire parmi les ouest-africains qui s’engagent au péril de vie pour la migration clandestine. Ils méritent d’être écoutés par les autorités de leur pays et la politique du bâton et du gourdin ne fera qu’aggraver la situation.

 

Le gouvernement de M. Kassory Fofana doit remettre en sellette le dialogue social , l’équilibre indispensable de nos institutions et leur stabilité , la primauté du droit et du respect des lois , la transparence et la bonne gouvernance. Il doit en faire ses priorités effectives comme il l’avait promis dans sa politique générale présentée à l’Assemblée Nationale. Il tarde à en faire les marqueurs de son action.

 

La politisation en outrance de la vie publique nationale est mauvaise conseillère. Nous devons tous faire preuve de retenue et de responsabilité car notre intérêt national le recommande car notre pays est fragile.

 

 

 

BAH Oury: »J’ai du respect pour le Président de la République…Je lui souhaite de réussir »

Bah Oury

 

Dans une Interview accordée à notre Rédaction, Bah Oury (encore « officiellement » vice-président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée – UFDG) a abordé les sujets afférents à la vie socio-politique du pays. L’ancien exilé politique rentré en Guinée en janvier 2016, a exprimé sa gratitude envers le Président de la République « de son pays ». Monsieur Bah a également évoqué les accusations dont il fait l’objet de la part de l’ancien Président de la Transition, le Général Konaté. Il n’a pas manqué d’aborder la vie de UFDG parti dont il est fondateur. Enfin l’entretien a pris fin par une réflexion qui ouvre des perspectives quant à la nature de l’Etat qu’il entend mettre en place « …L’offre politique que nous promouvons est une alternative pour construire une forme d’Etat… ».

Bonne lecture.

Laguineeka : nous vous remercions, Monsieur Bah d’avoir accepté de répondre à nos questions. Il y a environ deux ans depuis que vous êtes rentré en Guinée après un exil forcé qui vous contraint de vivre en France. Quelle lecture faites-vous de la Guinée d’avant et d’après votre exil ?

BAH Oury : Il est difficile de répondre à votre question en quelques lignes. Je suis revenu au pays le 24 janvier 2016. La situation qui a prévalu avant cette période était marquée par un contexte politique crispé et violent, une épidémie de la fièvre hémorragique Ebola  dévastatrice aussi bien pour des vies humaines que pour l’économie du pays, et une cohésion nationale profondément malmenée. C’est la raison pour laquelle, le Président de la République à notre rencontre d’octobre 2015 déclara : « la population guinéenne est fatiguée, il nous faut œuvrer pour un apaisement dans le pays. Les crises successives ne favoriseront jamais l’arrivée des investisseurs dans le pays. Il faut du travail et de la croissance économique pour atténuer ses souffrances ». Ainsi dés mon retour en Guinée, nous avons contribué à promouvoir des démarches politiques pour la décrispation, le raffermissement de la cohésion nationale et pour le renouvellement de l’offre politique. Des résultats notables ont été atteints dans ce sens, malgré une volonté farouche de quelques caciques de la politique guinéenne de s’y opposer avec becs et ongles. La clarification de l’espace politique est actuellement en cours. La situation économique n’est pas au beau fixe du fait d’une faiblesse préoccupante de la capacité de collecte de ressources, ce qui induit des difficultés pour les ménages dont le pouvoir d’achat est relativement faible. La Guinée économiquement est en convalescence. La forte demande sociale perceptible dans beaucoup de secteurs d’activités comme l’éducation nationale génère  des conflits sociaux qui de plus en plus prennent le dessus sur les contradictions à caractère politicien. La situation est certes difficile, mais je reste confiant en l’avenir de notre pays. Il faut de la ténacité et une claire vision de l’avenir pour une durable sortie des crises.

Laguineeka : Votre retour au pays a été rendu possible par la grâce que le Président Alpha Condé vous a accordée. Quelles relations personnelle et politique entretenez-vous aujourd’hui avec le chef de l’Etat ?

BAH Oury : Sur le plan humain, j’ai du respect pour le Président de la République de mon pays pour maintes raisons : son expérience politique qui fait qu’il est depuis très longtemps au cœur des luttes politiques en Afrique, son militantisme panafricain au niveau de la FEANF, son engagement pour l’émancipation du continent africain et sa farouche ténacité d’atteindre les buts qu’il se fixe. Comme la plus part des intellectuels de sa génération il est animé d’idées généreuses mais qui au pouvoir se heurtent à un déficit de pragmatisme pour être efficacement accompagnées pour leur réalisation concrète. Aujourd’hui le Président Alpha Condé est en situation de responsabilité. Il préside à la destinée de notre pays et est la clé de voûte de nos institutions. Je lui souhaite de réussir dans les projets ayant pour finalité la transformation économique et sociale de la Guinée, car il y va de l’intérêt de notre destin collectif en tant que pays.

Sur le plan politique, je reconnais que le Président Alpha Condé  a hérité d’un lourd passif en ce qui concerne les blocages structurels de la Guinée. Cette réalité m’amène à faire preuve de lucidité et de responsabilité. Apprendre des erreurs des autres pour éviter de les reproduire est source d’enseignement. C’est pour cela  que je promeus une stratégie politique qui s’inscrit dans l’opposition constructive. Soutenir et applaudir tous les actes qui de notre point de vue consolident l’intérêt national d’une part  et apporter des critiques objectives et responsables pour ceux qui lèsent nos intérêts nationaux d’autre part. J’appartiens donc à cette nouvelle forme d’opposition constructive qui est différente de l’opposition crypto-personnelle pour emprunter un terme familier au Président Senghor.

Laguineeka : lors du dernier changement de gouvernement qui a vu la nomination de Kassory Fofana, comme premier ministre, il vous a été attribué une volonté et même une envie d’intégrer la nouvelle équipe gouvernementale. Qu’en est-il réellement ? Vous sentez-vous capable de gouverner avec le Président Alpha Condé, que vous avez combattu avec rigueur et dureté par le passé ?

BAH Oury : La composition d’une équipe gouvernementale relève de la responsabilité du Président de la République, assisté du Premier Ministre. Il y a eu beaucoup de rumeurs non fondés me concernant, lors du dernier remaniement. Vous savez, la composition d’un gouvernement répond en général à des nécessités politiques diverses qui ont trait à la gestion du pays selon des moments, des circonstances, des objectifs à atteindre et des contraintes à vaincre. Regardez dans le passé, Mandela et Frederik de Klerk ont gouverné ensemble pour assurer une transition pacifique à la nation arc-en-ciel, Mao Tsé Toung et Tchang Kaï-Chek se sont unis pour combattre le Japon lors de la seconde guerre mondiale, Laurent Bagbo et Guillaume Soro n’ont–ils pas été ensemble les chefs de l’exécutif ivoirien ?

Laguineeka : Nous allons aborder la situation de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée, le parti dont vous êtes fondateur. Vous avez été exclu du parti même si la justice a annulé cette exclusion en première instance. Quelle appréciation faites-vous de la situation du parti et de son avenir ?

Bah Oury : L’UFDG est en crise. Sa direction actuelle l’enfonce chaque jour dans un isolement suicidaire. Perte de valeurs, dégradation de son image, instrumentalisation du parti à des fins personnels et égoïstes sont les traits marquants de l’UFDG telle qu’elle est gérée aujourd’hui. Les militants sont déboussolés et  désorientés par des mensonges et des contre-vérités qui sont érigés en dogmes. Toutefois, les yeux commencent à s’écarquiller et à entrevoir la lumière. La révolte gronde dans les rangs et la colère collective s’est accentuée suite à la gestion calamiteuse des dernières élections communales. Dans les circonstances présentes, l’UFDG court à sa perte avec l’actuelle équipe dirigeante, c’est pour cela que j’ai lancé depuis l’année dernière  l’appel aux militants « il faut sauver l’UFDG du désastre ».

Laguineeka : la situation socioéconomique de la Guinée est à la fois complexe et difficile. La pauvreté n’a cessé de gagner du terrain. L’Etat (comme structure administrative organisée) n’existe quasiment pas. Il manque de la profondeur sur les choix et les orientations sociétaux. Nous dirons même que le pays manque d’hommes visionnaires à même d’imaginer et de penser la Guinée demain, prospère. A votre avis où se situent les blocages et quelle philosophie pensez-vous nécessaire pour bâtir un pays prospère ?

BAH Oury : Nous ne pouvons pas comprendre la situation dans laquelle se trouve notre pays, si nous portons des œillères. Plaçons nous dans une rétrospective longue de notre passé pour voir clair.

La Guinée en tant qu’entité administrative, a connu deux cycles politiques. La première celle de la colonisation (60 années) et la seconde (les 60 années depuis 1958) n’ont pas réalisé les aspirations fondamentales du peuple guinéen. Nous sommes à l’heure actuelle à l’aube d’un autre cycle politique que nous espérons vertueux et capable de faire émerger une nation moderne, soudée et prospère.  Comme l’indique le célèbre économiste Schumpeter, pour qu’il y ait innovation et progrès, il y a nécessairement une destruction créatrice afin que le nouveau remplace l’ancien. Notre pays, la Guinée est dans cette phase. Le système  dominant a atteint ses limites. Le pays aspire à être gouverné autrement afin de s’arrimer au train de la modernité mais sa classe politique est encore une représentation de l’ancien monde qui est devenu obsolète. Incapable d’envisager une vision pertinente et positive de notre avenir, celle-ci étouffe les velléités de changement. A chaque étape cruciale de l’évolution du pays, elle brille par sa vision passéiste, exacerbation de l’ethnocentrisme, adepte de l’immobilisme et de la mauvaise gouvernance,  rétive au débat réellement démocratique et goût effréné pour la violence pour faire taire l’expression des contradictions. En d’autre terme, elle refuse de mourir alors que son temps est révolu. Dans cette perspective, l’avenir est en train de se construire en contestant les recettes surannées du passé. La génération des réseaux sociaux prend de plus en plus le leadership politique tout en réclamant un réel changement global du mode de gouvernance et de paradigmes.  Notre approche de l’opposition constructive s’inscrit dans cette logique vertueuse et qui épouse les exigences de son temps. Le changement est ainsi devenu impératif et il est inéluctable. A notre modeste échelle, nous préparons avec l’aide de Dieu, ce qui sera demain !

Laguineeka : nous souhaitons vous interroger sur les récentes allégations de l’ancien Président de la Transition, le Général Sékouba Konaté, qui affirme que vous avez reçu un million d’euros des mains du Président Alpha Condé, afin dit-il de déstabiliser l’UFDG et Cellou Dalein Diallo. Pour l’heure le Général Konaté n’a apporté aucun élément matériel pour étayer ses dires. Ce sont des accusations lourdes de sens contre vous qui faites de l’intégrité une question de principe. Quelle est votre part de vérité ?

BAH Oury : Comme je ne traîne pas de casseroles, mes adversaires depuis longtemps cherchent à ruiner ma réputation et à brouiller mon image. Ils ont tout tenté, y compris le crime (05 février 2016) mais ils ne sont pas parvenus à leur funeste but. Ils veulent maintenant me distraire pour me dévier de mon chemin. Ils perdent leur temps et leur salive.

Le Général Sékouba devrait plutôt apporter un éclairage sur sa gestion de la transition. Pourquoi m’avoir agressé dans la concession du candidat de l’UFDG à la veille du second tour des présidentielles de 2010 ? Pourquoi malgré une défaite « inattendue », le candidat de l’UFDG à ces élections a toujours ménager le président par intérim de la transition ? En effet lors d’une interview accordée à l’hebdomadaire Jeunafrique en décembre 2010, ce candidat avait dit du Général Sékouba Konaté « Il a bien assumé sa mission ». Les militants de l’UFDG doivent ainsi s’interroger sur ces relations incestueuses et troubles qui les ont privé de leurs victoires.  C’est ce qui m’importe pour le moment.

Laguineeka : Nous terminons cette interview par un nouveau concept. En effet, nos invités sont appelés à plancher librement sur un sujet au choix. Le but est d’apporter une réflexion philosophique profonde sur les grands enjeux sociétaux.  Vous avez à choisir l’un des trois thèmes suivants :

  • L’Etat et le Citoyen
  • Démographie et progrès social
  • Condensé de l’histoire de la pensée politique

BAH Oury : Je souhaite aborder l’Etat et le Citoyen dans le contexte guinéen. À l’aune de mon expérience et de ma connaissance des réalités nationales guinéennes, le vrai problème de la Guinée est la crise de l’Etat. A cet égard, le livre de Bernard Ameillon écrit en 1964 intitulé « Guinée : le bilan d’une indépendance » est très instructif. L’Etat en Guinée est de type néo-patrimonial c’est-à-dire c’est un système politique de captation des ressources au service exclusif d’une minorité. En effet dans ce contexte la compétition politique et donc l’accession au pouvoir n’est qu’une manière d’accéder aux sources de richesse et d’enrichissement illicite pour entretenir une clientèle et des clans d’affairistes. Ainsi l’ethno-stratégie, la mauvaise gouvernance, l’instrumentalisation de la violence, et la violation des droits des citoyens ne sont que des attitudes secondes de la dynamique principale à savoir s’approprier des leviers de commande de l’Etat pour siphonner ses ressources. L’Etat colonial et l’Etat postcolonial  sont de cette catégorie.

A ce niveau, le citoyen n’est qu’un simple rouage dans une logique d’exploitation qui  ignore ses droits formels. L’Etat de droit n’est alors qu’un habillement verbal.

L’Etat néo-patrimonial a aujourd’hui atteint ses limites. D’où les crises que nous vivons. L’offre politique que nous promouvons est une alternative pour construire une forme d’Etat qui se réconciliera avec la société civile (sens de Gramsci et d’Hegel) et qui apportera le bien être à l’ensemble de sa population. Ainsi le nouveau cycle politique qui émerge est le dépassement de l’Etat néo-patrimonial. C’est un enjeu qui dépasse la Guinée car il concerne pratiquement la quasi-totalité des Etats africains. Réformer l’Etat pour vaincre la pauvreté, participer pleinement à la révolution numérique, et s’adapter aux nouvelles contraintes écologiques de changement climatique sont les enjeux de notre temps. Ceci est de loin plus passionnant et utile que de s’intéresser à des querelles byzantines et inutiles. Utilisons positivement notre énergie afin de construire enfin notre pays.

Merci pour votre bienveillante attention.

BAH OURY : » je cherche à reconquérir le leadership de l’UFDG »

 

téléchargement (6)

CONAKRY- Bah Oury ne désarme pas. L’ancien exilé politique nourrit encore l’ambition de reconquérir le leadership de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée. L’ancien exilé politique revient ici sur ses stratégies et ses moyens de lutte. Dans cette interview, Bah Oury a également évoqué le sujet lié au bras de fer autour de l’installation du maire de Kindia, du bilan des 100 jours du Gouvernement de Kassory Fofana, mais aussi de la récente signature du contrat entre la Guinée et une société Turque sur une partie du port de Conakry.

 

AFRICAGUINEE.COM : Le Gouvernement de Kassory Fofana vient de franchir le cap des 100 jours. Etes-vous rassurés par son action ?

BAH OURY :Le Gouvernement vient de franchir les 100 jours.  Il est encore tôt pour porter un jugement définitif par rapport à son action. Toutefois j’éprouve un sentiment d’insatisfaction sur les points suivants :

·       Le dialogue social qui aurait dû être la méthode de gouvernement n’a pas été efficacement utilisé. La Guinée aurait pu évitée plusieurs semaines d’affrontements syndicats-forces sociales et gouvernement au sujet de l’augmentation du prix du carburant. En fait ici, il y a eu un déficit notoire de pédagogie.

·       Les questions d’assainissement de la ville de Conakry relèvent de la gestion des communes. Le gouvernement doit à la fois assurer les allocations budgétaires de manière  décentralisée et définir une réelle politique de l’assainissement ; les quartiers et les communes s’occupant des opérations sur le terrain. En faire une activité gouvernementale régulière  est une erreur de mon point de vue.

·       La mobilisation du pays tout entier pour faire face à la faiblesse des capacités de collecte de ressources pour alimenter le budget national manque de vigueur.  C’est un drame, car il est de notoriété publique que les difficultés aussi bien structurelles que conjoncturelles se situent au niveau de l’insuffisance des ressources.

Ce gouvernement est né suite à une crispation sociale de vaste ampleur, il est donc important de mesurer le poids qu’il porte pour éviter une réédition des frondes sociales.

Vous êtes en tournée en Europe depuis plusieurs semaines. Parlez-nous-en !

C’est vrai, j’ai répondu à une invitation pour me rendre en Allemagne à la mi-août dernier. Un séjour de prise de contacts et aussi de travail prometteur. Cette semaine, je serai également à Bruxelles pour participer à un forum international pour le développement des relations Afrique- Union Européenne. Nous aurons l’occasion d’en parler plus tard.

Visez-vous la reconquête du leadership de l’UFDG ?

L’UFDG a urgemment besoin d’un nouveau leadership pour éviter de sombrer dans un désastre sans rémission. Par conséquent ce n’est point un secret que je cherche à conquérir le leadership de cette formation politique que nous avons créée il y a trente années. C’est une étape importante. Toutefois le but ultime est notre participation aux législatives et aux prochaines présidentielles avec l’aide de Dieu.

Comment observez-vous l’immixtion des chefs coutumiers et religieux dans la bataille pour le  contrôle de la mairie de Kindia ?

D’abord il est inconcevable de penser gérer une collectivité locale en excluant les chefs coutumiers et religieux de la contrée. Ce sont eux les grands électeurs et ils sont représentatifs des sensibilités religieuses et des diversités. En fait ce sont les dirigeants politiques qui se sont trompés d’élection. Une élection de conseillers communaux n’a rien à voir avec une élection de type nationale. La mairie de Kindia comme toutes les autres communes du pays doit assurer une juste et équitable représentation de tous. Le refus de respecter la loi, la recherche tous azimuts d’arrangements pour satisfaire des intérêts de clans et l’appétit d’ogre d’occuper des postes sont les causes de la crise autour de la mairie de Kindia.

Ce qui est encore plus grave, comment qualifier des dirigeants nationaux qui n’ont pas compris l’esprit de la représentation proportionnelle dans les communes ? C’est ahurissant et triste à la fois.

Que doit faire l’UFDG pour éviter un bras de fer fâcheux ?

Des fautes ont été commises de part et d’autre. La source des problèmes est l’accord du 8 août dernier qui a ignoré l’application stricte de la loi au profit des arrangements. Que faire maintenant où les crispations identitaires sont exacerbées inutilement ?

A mon avis, il appartient à la tête de liste de l’UFDG (Abdoulaye BAH) de prendre ses responsabilités. Il est de Kindia. Il aime sans aucun doute sa ville et je pense qu’il n’aimera pas voir cette cité s’entredéchirer. En politique, il faut des fois savoir reculer pour mieux sauter … et prendre son mal en patience. Pour préserver son avenir politique qui est réelle, la mairie de Kindia n’est pas la seule voie possible.

Que pensez-vous du contrat signé entre l’Etat guinéen et l’entreprise turque Albayrak pour la gestion du quai du port autonome de Conakry ?

C’est un dossier complexe qui nécessite une large connaissance de la situation du Port Autonome de Conakry. Ne disposant pas pour le moment suffisamment d’informations sur le sujet afin de fonder une conviction honnête et responsable, permettez moi de réserver ma réponse.

Huit mois après la tenue des élections communales, les conseillers ne sont toujours pas installés. N’est-ce pas gênant pour les acteurs politiques que vous êtes ? 

Nous ne nous sentons nullement responsables de ce blocage que nous avons tout le temps dénoncé. Les signataires des accords du 08 août 2018 sont les  seuls concernés. Le gouvernement et en particulier le Ministre de l’Administration du Territoire ont ainsi contribué à décrédibiliser les institutions du pays, désavouant l’autorité de la CENI et discréditant aux yeux de l’opinion nationale le principe du vote. C’est un précédent dangereux pour la Guinée car sa crédibilité interne et externe est sérieusement atteinte.

Que se passera-t-il demain, dans le cadre d’une élection nationale, avec une telle jurisprudence ? Ce sera le blocage du pays et l’inauguration d’une période d’instabilité avec toutes les conséquences fâcheuses possibles. La République est dans ce contexte en danger.

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com