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GUINEE: LES MOYENS DU REDRESSEMENT EXISTENT

 

 la Guinée a un taux dinflation trés élevé

« Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va ».

Ce proverbe de Sénèque s’adapte parfaitement à la situation guinéenne d’aujourd’hui. En effet la récente hausse brutale du carburant à la pompe de 25% (de 8000 GNF le litre à 10000 GNF/l) a généré une contestation populaire conduite par les syndicats et les forces sociales. Le retour au précédent tarif est le leitmotiv des représentants sociaux face au gouvernement qui de son côté argue « qu’il est impossible de faire autrement ». Ainsi les bases du dialogue (gouvernement –acteurs sociaux et syndicaux) doivent aller au delà de la fixation du prix du litre de carburant à la pompe pour aborder la totalité des causes des blocages de notre économie. C’est par cette voie que cette crise pourra accoucher de perspectives heureuses pour la population guinéenne.

 

En effet la contestation du niveau du prix du carburant actuel n’est que l’aspect périphérique d’un problème structurel et récurrent de la nature de la gouvernance économique de la Guinée. Ce mal gangrène les efforts et les sacrifices des guinéens depuis plusieurs décennies. Il est essentiel de savoir d’où nous venons, quelle est la nature de nos difficultés passées et actuelles, où est ce que nous voulons aller afin de fixer le cap et de mobiliser par conséquent les guinéens et les guinéennes pour construire enfin notre pays. A cet égard la déclaration du représentant de l’Union Européenne en présence des dirigeants des banques et d’une mission du FMI, « La Guinée peut même devenir indépendante de l’aide des partenaires avec une meilleure gestion des finances publiques » nous interpelle sur notre responsabilité collective par rapport au devenir de notre pays.

 

Apprenons de notre passé

Afin de palier aux insuffisances de recettes publiques pour financer les dépenses de l’Etat le régime guinéen des années 60 à la révolte des femmes en août 1977 a eu recours à deux principaux mécanismes :

  1. Aux prélèvements des impôts en nature en pressurant la paysannerie en utilisant les produits des récoltes comme moyens de règlement des impôts appelés « normes ». Cela avait induit le départ massif des paysans et de leur bétail vers les pays limitrophes. Ce fut une période de privations et de famines notamment dans les campagnes.
  2. A l’utilisation du troc en échangeant la bauxite de l’Office de bauxite de Kindia contre des biens de consommation importés de l’ex-Union Soviétique. Les revenus tirés de l’exploitation de la bauxite de la CBG (Compagnie des Bauxites de Guinée) et de l’exportation de l’alumine de l’usine de Pechiney de Fria, servaient à alimenter en devises les caisses de l’Etat.

La gestion monétaire dans ce système étatisé à outrance avait alimenté une spirale inflationniste qui avait empêché la création d’un système financier performant. Dans ce contexte le franc guinéen (syli) n’avait pas pu permettre à la Guinée de tirer profit de sa souveraineté monétaire. Par contre elle avait permis de faire émerger une culture de rente qui avait enrichi quelques possédants.

La liquidation des banques d’Etat en décembre 1985, la création du GNF qui le 1er janvier 1986 était en parité avec le franc CFA , la libéralisation de l’économie avec les privatisations tous azimuts et l’abandon des impôts en nature étaient une conséquence logique du marasme économique de l’ancienne période. La transformation structurelle des leviers de l’économie qui en avait résulté, avait permis d’obtenir quelques améliorations économiques et sociales dans la décennie (1987- 1998). Le limogeage du Premier Ministre Sidya Touré en 1999 avait annoncé la fin de la politique des réformes structurelles de l’économie guinéenne. Depuis lors, les rigidités structurelles de l’économie nationale se sont renforcées pour freiner toutes velléités réformistes susceptibles de remettre en cause des intérêts claniques. C’est ainsi que depuis le début de ce siècle, les réformes essentielles dont la Guinée a besoin ont été ignorées. La Guinée a accentué en conséquence son retard par rapport aux pays comparables de région comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Ghana.

 

La Guinée, un pays marqué par des troubles sociaux

L’histoire économique de la Guinée fourmille de riches enseignements qui méritent notre attention. Il a été constaté depuis le début de l’indépendance nationale, des périodes inflationnistes ont toujours précédés les crises sociales et politiques qui ont été génératrices de répressions et de troubles. C’était le cas en 1972, aussi en août 1977 avec la révolte des femmes, et aussi en 1989 aux lendemains des réformes engagées par le CMRN du Général Lansana Conté. La décennie 2000-2009 a été également dans le même sillage avec les grèves générales de vastes envergures des forces vives nationales. C’est d’autant que les répressions ont été démesurées et d’une rare sauvagerie (22 janvier 2007). Ces derniers mois aussi, la Guinée est marquée par des séries de revendications salariales et des contestations sociales dont les racines sont d’origine essentiellement économiques (prix du carburant). La quête de la stabilité de notre pays et de l’instauration d’un climat propice au développement oblige à procéder à des remises en cause de notre regard sur les choix économiques en cours.

 

Des causes économiques de la récurrence des crises 

La volonté d’un gouvernement dépend de sa capacité financière à financer ses programmes. Ses possibilités à collecter suffisamment des recettes en sont les déterminants. Or, depuis des lustres, le niveau des recettes collectées est insuffisant au regard des potentialités et des besoins. A titre d’illustration pour l’année 2018, le budget de la Guinée libellé en CFA est de l’ordre de 1409 Milliards. Celui du Sénégal est plus que le double, tandis que celui de la Côte d’Ivoire est cinq fois supérieur. Le Premier Ministre Kassory Fofana récemment a précisé, qu’en dépit de cette insuffisance des recettes intérieures, 40% du budget sont financés par les dons et des aides extérieures. La Guinée cumule ainsi depuis de longues décennies ce double handicap: l’insuffisance des recettes d’une part et la dépendance budgétaire vis-à-vis de l’étranger d’autre part.

 

La faiblesse des ressources collectées hypothèque le développement

Le PNDES (2016-2020) programme national de développement économique et social de la Guinée qui est le cadre stratégique des actions du gouvernement nécessite que le budget national actuel soit multiplié par au moins par 4 pour être en mesure d’en assurer la réalisation. En effet, les 30% du coût global du programme (14 milliards USD) devront être générés par les contribuables guinéens. Comme il sied en général à des projets adossés également à des financements extérieurs, la contribution de l’Etat guinéen est l’élément déclencheur de leur mise en œuvre. Très souvent devant l’incapacité des pouvoirs publics à mobiliser leur quote-part à temps, les exécutions des projets sont retardées voire abandonnées. La faible capacité d’absorption de l’économie guinéenne qui en résulte tire ainsi son origine. Dans ce contexte, le déclin et puis la stagnation des investissements publics à hauteur d’environ 14% du PIB, alors que la moyenne pour l’Afrique subsaharienne est de 25%, ne suffisent pas pour enrayer l’accentuation de la pauvreté monétaire qui affecte les 60% de la population.

Et ses effets pervers ruinent l’épargne nationale 

Un Etat ne peut pas se soustraire à ses obligations minimales (honorer les salaires de ses agents, assurer les services de base essentiels comme la nourriture, l’école, la santé) sans susciter des réactions populaires de frustrations et de colères. A défaut d’avoir développé une politique nationale hardie de mobilisation de l’épargne nationale, les autorités guinéennes ont eu systématiquement recours à l’endettement bancaire de manière peu orthodoxe pour financer le déficit budgétaire. Cet endettement (avance au trésor) ne doit pas excéder les 10% des recettes fiscales de l’année précédente selon la norme admise par la CEDEAO. Par contre en Guinée, la Banque Centrale pulvérise ce seuil avec en moyenne des avances au trésor avoisinant les 20% des recettes fiscales. En sus de ce financement à caractère inflationniste, le recours au système bancaire occupe de loin la première place sous forme de bons du trésor ou de titres de régulations monétaires. C’est ainsi que les besoins de financement de l’Etat sont si élevés que la politique de crédit est pénalisée par l’effet d’éviction. En effet, par exemple à fin décembre 2017, les créances sur l’Etat étaient de l’ordre de 11.185 milliards GNF et la totalité des crédits distribués par les banques primaires à la même période était 8.220 milliards GNF. Les besoins de l’Etat sont largement au dessus de la totalité des crédits alloués aux entreprises et aux ménages. L’une des conséquences de ce dysfonctionnement dans la durée est la réticence des banques à distribuer des crédits au secteur privé qui s’avère plus risqué avec des taux d’intérêts élevés du fait d’une inflation galopante. Il est plus facile dans ce contexte de prêter à l’Etat à des taux rémunérateurs avantageux et sans risque car assorti de la garantie de la BCRG. Au titre du budget 2018, il est prévu le règlement par l’Etat de charges financières (intérêts à payer) à hauteur de 1260 milliards GNF. Il est par conséquent aisé de comprendre le peu d’engouement des banques primaires pour assurer le financement des investissements productifs dans un tel environnement.

 

La souveraineté monétaire n’a pas encore favorisé le développement

Ceci n’a pu être possible que parce que la Guinée a conservé sa souveraineté monétaire et sa banque centrale est intiment lié au gouvernement. Aussi il a toujours été tentant de demander d’imprimer de nouvelles coupures d’argent pour financer des dépenses publiques. A court terme, la technique est moins coûteuse politiquement car il s’agit « d ‘une fuite en avant ». En effet, à moyen terme elle s’avère catastrophique, car elle ouvre la voie à toutes les dérives budgétaires. Il est en effet mécanique, plus la quantité de monnaie circulant dans l’économie croit sans connexion avec le niveau d’activité réelle, plus les prix flambent. C’est ainsi que la variable monétaire est devenue depuis l’indépendance « l’arme politique des ajustements » par laquelle les dirigeants ont pu s’exonérer d’engager la Guinée dans les voies des réformes structurelles indispensables de l’économie guinéenne. En revanche, à l’aune de la durée, ces laxismes dans le cadre de la gestion macro-économiques ont générés les causes objectives des troubles et des bouleversements sociaux récurrents que la Guinée a enregistrés ces dernières décennies.

A l’annonce de l’arrivée de M. Lansana Kouyaté au poste de Premier Ministre, Chef du gouvernement de consensus aux lendemains des bouleversements sociaux de 2007, le franc guinéen qui au départ valait sur le marché 5000 GNF pour 1 USD, s’apprécia au bout de 3 semaines pour valoir 2500 GNF pour 1USD. Les agents économiques avaient ainsi anticipé positivement le nouveau leadership gouvernemental s’attendant à un changement en profondeur de la gouvernance économique. Cette augmentation inespérée et soudaine du pouvoir d’achat du franc guinéen de 50% était un signal de bons augures pour la suite. Hélas, l’euphorie fut de courte durée car le désenchantement s’installa au bout de deux mois. Le franc guinéen reprit depuis lors sa chute pour valoir de nos jours prés 9300 GNF pour 1 USD. Les prix des produits importés comme le carburant sont ainsi directement impactés par l’évolution du franc guinéen. A ce niveau il est utile de faire remarquer les performances remarquables de l’économie marocaine qui jouit d’une forte stabilité monétaire. Comme le franc guinéen le dinar marocain est aussi une monnaie typiquement nationale. C’est la qualité de la gestion qui fait la différence entre les deux monnaies.

 

Pour ne pas périr, il faut changer notre manière de voir

L’examen du volet recettes du budget montre qu’il faut absolument que la Guinée améliore ses capacités de collecte de ressources pour envisager toute politique de redressement économique et financier. Le forum international organisé à Conakry en novembre 2016 articulé autour de : « la mobilisation efficiente des recettes intérieures et leurs utilisations efficaces»   avait formulé de pertinentes recommandations. Il était retenu entre autres l’élargissement de l’assiette fiscale afin de ne pas alourdir la fiscalité pour les entreprises qui s’acquittent de leurs impôts, la modernisation et l’informatisation des modes de perception des taxes, la mise en place d’un système d’information numérisé pour une totale traçabilité des opérations de l’Etat, le développement de la bancarisation du pays et aussi l’application stricte de la politique de décentralisation au niveau des communes afin qu’elles puissent percevoir les taxes d’habitation et s’acquitter des tâches relatives au développement local et à l’amélioration du cadre de vie. L’objectif étant d’accroître les ressources qui doivent revenir à l’Etat sans pour autant oublier l’adage qui dit « trop d’impôt tue l’impôt ». Il faudra souligner également que l’acceptabilité des taxes et impôts par la population dépend du degré de redevabilité que celle-ci reçoit en retour.

 

Conclusions

La multiplication des crises sociales dans notre pays recommande de faire sans complaisance un diagnostic responsable et constructif des maux qui plombent l’essor économique et financier de notre pays. Ses lignes constituent une tentative pour aborder particulièrement le volet de la mobilisation des ressources intérieures. A ce titre quelques enseignements peuvent être dégagés.

  • De manière prosaïque au niveau individuel, il est évident de comprendre qu’avant de dépenser il faut avoir au préalable de l’épargne. Il en est de même pour la puissance publique, si celle-ci veut être maître de son destin.
  • Le mode de la gouvernance économique de notre pays doit se renouveler totalement. Depuis l’indépendance, notre pays a privilégié le recours à l’endettement interne et à la création excessive de monnaie sans de réelles contreparties en biens et services. Cette politique a développé des mentalités rentières qui ont ruiné peu ou prou l’épargne nationale. Or, sans épargne, il ne peut y avoir des investissements durables. Les réformes structurelles économiques s’avèrent alors incontournables et urgentes pour rompre le cycle infernal poussée inflationniste – crise économique – troubles sociaux et politiques. éviter des catastrophes humaines, sociales et politiques.
  • J’ai foi en l’avenir de la Guinée. Il y a trois décennies le Ghana était dans un marasme économique et sociale très profond, pourtant aujourd’hui ce pays a su combler ses retards et fait partie des pays qui sont dans le peloton de tête en Afrique. Nous aussi avec des efforts, une volonté inébranlable nous pourrons hisser notre pays parmi ceux qui comptent en Afrique dans les prochaines années.

La ressource la plus précieuse pour une collectivité est la qualité de ses ressources humaines en terme d’éthique, de compétences, de rigueur et de sens de responsabilité. De ce point de vue nous brillons par des lacunes graves qui doivent être radicalement corrigés pour ériger la bonne gouvernance en une vertu dans nos pratiques. Le Premier Ministre n’a t’il pas estimé récemment que les détournements des deniers publics coûtent au moins 600 milliards GNF/an.  Avec l’aide de Dieu, sommes-nous pas maîtres de notre destin ? Alors pendant qu’il est encore temps un sursaut national patriotique est nécessaire pour éviter la répétition des heures sombres du passé. Nous le pouvons si nous le voulons.

Guinée : Notre devoir face à la crise sociale

 

mobilisation populaire

La crise sociale qui secoue la Guinée depuis le 1er juillet dernier à la suite de l’augmentation du prix du carburant à la pompe (de 8000FG le litre à 10000 FG) aurait pu être évitée. Plusieurs raisons m’amènent à le penser.

 

La crise sociale aurait pu être évitable

 

D’abord, la grève des enseignants entre novembre 2017 –mars 2018 avait perduré par le fait d’un déficit notoire de concertation responsable entre le gouvernement et les acteurs syndicaux. Ces derniers à l’époque plus préoccupés par des querelles de leadership cherchaient plutôt à régler leurs comptes et n’avaient pas favoriser l’esprit de conciliation. La conclusion de cette crise avait amené le Président de la République à consulter différents acteurs sociaux, économiques et politiques du pays pour initier une démarche qui mettrait le dialogue social et politique comme outil privilégié de la gestion des affaires publiques. Le gouvernement de M.Kassory Fofana, né au lendemain de cette crise aurait dû retenir la leçon.

 

Ensuite, les négociations avec le FMI dans le cadre de la revue du programme de la facilité élargie de crédit (FEC) en avril dernier avaient fait ressortir l’indispensable nécessité «  d’amélioration de la situation budgétaire de la Guinée pour préserver la stabilité et la viabilité à moyen terme ». La faible mobilisation des recettes et l’endettement du trésor public vis –à-vis de la BCRG avaient en effet accentué les déséquilibres budgétaires qui se s’étaient détériorés. Par conséquent la mission du Premier Ministre et celle de son gouvernement sont de rétablir les équilibres macro-économiques, de renforcer la mobilisation de recettes fiscales et de maîtriser les dépenses publiques tout en veillant à protéger les couches sociales les plus vulnérables du pays. La réalisation de ce vaste programme ne peut être envisagée sans une forte implication de l’ensemble des guinéens. Là aussi, la concertation avec les forces vives nationales est impérative.

 

Enfin, devant les parlementaires lors de la présentation de sa politique générale le Premier Ministre a rappelé ses prérogatives constitutionnelles qui s’articulent entre autre sur le dialogue social et politique et la concertation inclusive avec l’ensemble des partenaires sociaux et politique. Les législateurs à juste raison, ne se sont pas trompés en inscrivant cette mission au niveau des responsabilités dédiées au Chef du gouvernement. En effet, les multiples tragédies qui ont jalonné l’histoire de la Guinée depuis 1958 militent vers la recherche et l’instauration d’un climat apaisé et serein afin de mobiliser tous les guinéens pour la construction du pays.

 

Or, rien de tout cela n’a été mis en œuvre lors de l’augmentation du prix du carburant qui est tombée brutalement comme un couperet. La réaction de rejet a été par conséquent unanime. Depuis lors la Guinée fait face à une crise sociale de profonde portée.

 

Que faire pour désamorcer la crise ?

 

La fragilité de la Guinée dans une sous-région troublée est un risque d’instabilité majeure. Les revendications sociales sont légitimes car le taux de pauvreté s’est accentué ces dernières années. Après avoir enduré deux années durant l’épidémie de la fièvre hémorragique Ebola qui avait déstructuré l’économie nationale, la Guinée est depuis lors en convalescence.  L’état de crise de l’économie nationale tel qu’il est défini dans la présentation du PNDES (2016-2020) n’est pas en mesure de développer une capacité de résilience efficace. Par conséquent le gouvernement est confronté à un double impératif :

  • engager de sérieuses réformes structurelles afin de briser les rigidités de l’économie nationale qui ont toujours plombé le redressement national depuis plus de trois décennies.
  • Soulager les souffrances d’une population dont la patience et le stoïcisme sont mis à rude épreuve. Les guinéens estiment que leurs plaintes ne sont pas suffisamment audibles par les cercles dirigeants d’où le déficit d’empathie à leurs égards de la part de ses élites. Ils en ont assez de la corruption qui ruine le pays et qui détruit toutes les espérances. Les jeunes de ce point de vue sont très en colère car leur avenir risque d’être hypothéqué s’il n’y a pas de mesures fortes pour éradiquer cette mauvaise gouvernance.

 

Il faut rapidement rétablir la confiance, car il ne peut y avoir aucune issue heureuse sans une véritable concertation responsable et courageuse avec l’ensemble des représentants des forces sociales et politiques du pays pour définir un plan d’urgence de sortie de crise. Il reste bien entendu que ce plan devra concilier à la fois les mesures sociales indispensables et l’indispensable cohérence économique et financière. Toutes les institutions et les autorités morales du pays sont interpellées par cette sourde révolte qui s’exprime à travers les actions des forces sociales et syndicales. Nous n’avons pas le droit de rester figés et observer en silence une lente et profonde détérioration de la stabilité de notre pays. C’est un devoir de s’impliquer pour trouver les moyens les plus opportuns pour ramener le calme afin de donner une chance à de véritables négociations responsables.

 

La Guinée peut sortir plus unie et plus forte des bouleversements sociaux actuels, en faisant face courageusement à ses problèmes qui ont été pendant longtemps étouffés ou totalement ignorés. La gravité de la situation recommande à tous, de privilégier les concertations constructives au détriment des querelles de positionnement politique qui sont suicidaires en ce moment ci.

 

Le Président de la République, clé de voûte de nos institutions et garant en dernier ressort de la cohésion nationale doit aussi intervenir pendant qu’il est encore temps.

 

 

 

 

 

Installation des conseils communaux : un pas en avant mais il reste encore un second pas !

 

drapeau guinee

 

Le Général Bouréma Condé, ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation a annoncé la prochaine installation des conseillers communaux élus depuis le 04 février 2018 que le gouvernement guinéen en dépit de ses obligations régaliennes a suspendu voilà maintenant plus de cinq mois. Toutefois cette installation selon le ministre ne concernera que 340 circonscriptions électorales. Quant aux 12 circonscriptions qui font l’objet de contestation par l’opposition dite républicaine il suggère une solution extra-légale pour résoudre le contentieux.

En d’autre terme il propose d’ignorer les lois de la République pour satisfaire des intérêts claniques. C’est inacceptable. L’Etat de droit doit triompher donc il faut stopper les « arrangements » qui sont sources d’impunité et de crises. Combien de morts à cause du déni des lois ? En effet le mois de mars 2018 a été jalonné de plusieurs manifestations politiques qui ont engendré des pertes en vies humaines et d’importantes destructions de biens.

La volonté affirmée du nouveau PM, M. Kassory Fofana de gouverner en conformité des lois se mesurera en fonction de l’attitude de son gouvernement par rapport à l’installation de tous les conseillers communaux sans exception. En effet concevoir l’application des lois en fonction des intérêts particuliers de quelques responsables politiques des deux bords (opposition/mouvance) c’est donner une prime à la mauvaise gouvernance. Si une telle attitude se confirme, alors il ne sera pas étonnant que les élections nationales futures (législatives et présidentielles) ouvrent des périodes d’instabilité dangereuses comme ce fut le cas en Côte-d’Ivoire en 2011.

La bonne gouvernance et le respect des lois de la République recommandent au Premier Ministre de faire appliquer les lois d’une part et de saisir le conseil constitutionnel d’autre part pour trancher juridiquement et définitivement cette tragi-comédie qui coûte beaucoup à la Guinée. C’est la voie politique la plus réaliste et qui respecte les fondements juridiques de l’Etat de droit.

 

 

 

Les communales en Guinée : Une situation paradoxale

 

 

Guinee_conakry

 

Les élections communales ont eu lieu le 04 février 2018. La Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) a proclamé par la suite les résultats définitifs après la période d’examen par les tribunaux de première instance (TPI) des contentieux enregistrés. Le code électorale adopté par l’actuelle législature stipule que les décisions des TPI ne sont susceptibles d’aucun recours, mais cela n’a pas empêché l’opposition dite républicaine conduite par son chef de file de « réclamer les vrais résultats » et de s’arcbouter sur cette position. Cette opposition précise que « les contentieux électoraux qui font l’objet de ses réclamations concernent 12 circonscriptions sur près de 340 que comptent la Guinée ». A cet effet, elle a organisé des manifestations de rue qui ont enregistré près d’une dizaine de personnes tuées. Par la suite elle a fini par rejoindre « la table de négociation au sein du comité de suivi des accords politiques présidé par le Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation ». Depuis lors, ce comité de suivi (composé de représentants de la mouvance présidentielle, de l’opposition républicaine et de l’UFR) n’a pas pu dénouer la crise.

 

Le Gouvernement de son côté s’obstine de ne pas procéder à l’installation des élus communaux alors que les dispositions réglementaires l’y obligent. Cette situation inédite et paradoxale nous interpelle par plusieurs aspects :

  • Le délai imparti est largement dépassé, pour que le Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation convoque les élus communaux pour la tenue de leur assemblée inaugurale. La Cour Constitutionnelle, qui est compétente en matière électorale et est l’organe régulateur du fonctionnement des institutions et des pouvoirs devrait s’inquiéter de ce dysfonctionnement préjudiciable à la marche de l’Etat. Les conséquences de ce retard impacteront négativement le calendrier électoral de notre pays. Les élections législatives devant se tenir au plus tard en février ou mars 2019 deviennent incertaines. Dans ce cas, la révision des listes électorales, une nouvelle loi relative à la CENI et l’établissement de nouvelles cartes d’électeurs seront des contraintes difficilement contournables.
  • Que penser d’une opposition qui n’hésite pas à exiger « le viol de la loi électorale du pays » ? D’habitude c’est la partie gouvernementale qui fait fi de la loi pour satisfaire ses intérêts partisans. En ce qui concerne les communales , demander à passer outre les dispositions légales pour procéder à des « arrangements » qui seraient contraire à loi ouvrirait sans aucun doute une incertitude sur les capacités de la CENI à pouvoir organiser des élections apaisées, acceptées et crédibles pour le futur. Alors, la Guinée risquerait d’être davantage fragilisée. Cette forme d’opposition qui siège au parlement et qui possède des représentants à la CENI, en agissant ainsi mise sur une déstabilisation rampante de la Guinée, encourageant ainsi de fait le recours à la violence politique. Cette stratégie suicidaire a d’ores et déjà était condamnée par l’ensemble des représentations diplomatiques accréditées en Guinée.
  • Recul de la responsabilité régalienne : Le gouvernement également à travers le Ministère en charge de l’administration du territoire et de la décentralisation qui assure la tutelle des collectivités locales est pris en défaut dans l’exercice de sa responsabilité régalienne. Comment est-il possible qu’un « comité de suivi » puisse bloquer l’application de l’acte souverain du peuple guinéen qui par des votes a élu les conseillers communaux ? Ce comité serait–il un organe délibérant au dessus de la Cour Constitutionnelle du pays ? Cette obstination a privilégié « un consensus » au détriment d’une stricte application des lois électorales, génère une perte de confiance vis-à-vis du gouvernement et décrédibilise l’ensemble des institutions consacrées par la constitution. Ce laxisme entretenu porte atteinte à l’autorité de l’Etat et pousse aussi, lentement et sûrement à une déstabilisation de la Guinée. A cet égard, il est utile de méditer le cas du Mali voisin. Le consensus mou du Président ATT dans la gestion publique a viré en un laxisme systématique qui a abouti à la perte de la souveraineté malienne au profit de groupes affairistes et/ou terroristes. Il en est de même de la longue agonie de la République Centrafricaine où ses élites politiques toutes tendances confondues ont pactisé avec « le diable » transformant ainsi leur pays en un champs de ruines, démembré où des milices armées font régner leur terreur.
  • La restauration de la normalité constitutionnelle qui s’appuie sur la primauté de l’autorité de la loi est une urgence. En effet, ces dernières années une pratique malsaine a été instaurée dans la gouvernance politique de la Guinée. A chaque série de manifestations de rue de l’opposition pour des réclamations plus ou moins fondées, la violence s’est invitée faisant des morts et des handicapés à vie. Ensuite un « dialogue politique national » dénoue la crise par l’adoption d’un « accord politique gouvernement/opposition » qui maintien le statuquo et en contrepartie des avantages et des privilèges intuitu- personae sont accordés à la partie adverse. C’est le cas pour le partage du pouvoir local depuis 2015 par l’instauration des délégations spéciales. C’est le cas également pour la fixation des avantages au chef de file de l’opposition. Ce rituel est également engagé pour parvenir à un « arrangement extra-légal » pour les présents résultats des élections communales. Il est de bon aloi de déclarer « la paix n’a pas de prix ! » pour justifier à chaque fois des « arrangements » qui fragilisent l’Etat de droit. A la marge de cela, l’activité politique a déserté peu à peu les canaux de la confrontation nécessaire des idées, pour se rapprocher des rives de la délinquance violente avec des milices armées (sections cailloux) des assassinats et une violence instrumentalisée (affaire judiciaire en attente relative au cas de Boubacar Diallo dit Grenade et consorts). 

En guise de conclusion

Le Président de la République, clé de voûte des institutions et garant de leur bon fonctionnement ne devrait pas tolérer encore plus longtemps cette entorse grave à l’ordre républicain. En effet la non-installation des élus communaux est purement et simplement une négation de la souveraineté du peuple de Guinée qui a élu peu ou prou des citoyens pour gérer les collectivités locales du pays.

L’existence de conseils communaux pluralistes où des diverses sensibilités sont représentées n’est–il pas le meilleur moyen d’enraciner une culture de gouvernance locale partagée et solidaire ? Devons-nous priver encore longtemps notre pays de ce puissant levier de participation citoyenne et de développement local ?

La stabilité de la Guinée repose avant tout sur les conseils communaux qui représentent les populations à la base. L’intérêt national recommande de se hâter pour que leur installation soit effective afin d’asseoir une gouvernance locale facteur de paix et de concorde nationale. Il est impérieux de restaurer la confiance qui est profondément écorchée !

 

 

 

 

L’ambassadeur russe a raison !

 

L'ambassadeur russe en Guinée

Sur les ondes de la RTG (Radio Télévision Guinéenne), jeudi (05 avril 2018) soir, l’ambassadeur de la Russie en Guinée Alexandre BREGASZE a directement interpellé le Chef de file de l’opposition en lui demandant de faire « preuve de responsabilité  dans l’organisation des manifestations…» Cette déclaration est révélatrice d’une prise de conscience sur les risques que font peser sur la Guinée des attitudes incitant à la violence et à la haine ethnique. Les réactions d’une partie de l’opposition regroupée autour du Chef de file hostiles à l’ambassadeur russe et l’accusant « d’ingérence dans les affaires intérieures de la Guinée » ne sont pas en réalité fondées. Quatre arguments principaux justifient cette position:

  • Ces propos traduisent ainsi un consensus de la part des ambassadeurs accrédités en Guinée sur la question. Ils s’inscrivent dans le cadre de la diplomatie dite préventive afin de stopper une escalade vers la déstabilisation du pays. La qualité de doyen du corps diplomatique accrédité en Guinée de M.BREGASZE assure ainsi une portée large et importante à la déclaration. La communauté internationale y compris la CEDEAO marque ainsi sa totale désapprobation à la stratégie « d’incitation à la violence et à la stigmatisation ethnique » que met en avant le Chef de file de l’opposition en recourant systématiquement aux manifestations violentes de rue.
  • En second lieu, la République de Russie est membre du Conseil Sécurité des Nations Unies doté d’un droit de véto. L’ONU a conféré aux pays membres permanents du Conseil de Sécurité la responsabilité de garantir la sécurité internationale et la paix dans le monde. A ce titre, par la diplomatie préventive, l’ambassadeur russe peut s’exprimer sur une crise dont le développement peut entrainer des risques et des menaces sur la Guinée. La fragilité de notre pays et l’instabilité chronique des pays du Sahel sont des paramètres qui entrent en ligne de compte, d’autant plus que les pays voisins (RCI, Libéria, Sierra-Léone, Guinée-Bissau, le Sud du Sénégal) sont peu ou prou en convalescence suite à des conflits fratricides.
  • En troisième lieu, la Russie est un partenaire stratégique historique de la Guinée qui y détient des intérêts économiques importants. La relance de l’usine d’alumine de Fria et l’exploitation des mines de bauxite du projet Dian-Dian est à l’ordre du jour. Il est par conséquent tout à fait normal que l’ambassadeur de Russie demande aux acteurs politiques guinéens et notamment le chef de file de l’opposition de faire preuve de responsabilité pour ne pas aliéner des intérêts majeurs de la Guinée. En filigrane, ses propos font ressortir «  la stabilité de la Guinée est un préalable pour pouvoir attirer en Guinée des investisseurs de grande envergure ». Dans un contexte marqué par la pauvreté, le chômage massif des jeunes et la forte demande sociale, c’est un devoir civique et patriotique de faire preuve de responsabilité et de souci pour l’intérêt national.
  • Enfin, nous ne pouvons pas solliciter la communauté internationale pour arbitrer nos conflits internes, pour financer nos processus électoraux, pour combler les déficits budgétaires, pour secourir nos concitoyens atteints de la fièvre hémorragique Ebola et s’insurger en criant « à l’ingérence dans les affaires intérieures de la Guinée » lorsqu’on nous demande tout simplement « d’être responsable ».

Je suis médusé à l’idée de constater que c’est l’image , la respectabilité et la crédibilité de l’institution politique « UFDG » qui sont fortement atteintes à cause de l’infantilisme politique d’une poignée d’individus. Militants de l’UFDG, réveillez vous avant qu’il ne soit trop tard pour sauver du désastre le parti.