A l’Université Libre de Bruxelles: L’Economie de la Guinée: Bilan et Perspectives: Une désillusion au regard de ses immenses potentialités

 

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le gouverneur du territoire de la Guinée Française Roland Pré exposa en 1951 dans une étude intitulée « l’avenir de la Guinée Française » une présentation des atouts économiques et humains de la Guinée ainsi que sa croyance en la possibilité de faire de ce pays un moteur de développement et de modernisation de l’espace colonial francophone de l’ouest-africain. Il écrivait «A l’inverse de la plupart de tous les autres territoires africains, la Guinée, en effet, se procure sur place et en abondance la quasi-totalité des produits dont elle a besoin.
Mais c’est la production destinée à la consommation intérieure qui permet d’avoir une véritable idée de la richesse agricole du pays :
• 180.000 tonnes de riz par an
• 75.000 tonnes de fonio et maïs
• 10.000 tonne d’huile de palme
• 5 à 6.000 tonnes de noix de kola
• un élevage qui lui permet de consommer annuellement plus de 100.000 bovins et près de 100.000 ovins et caprins
• des pêcheries tout le long de la côte
• enfin des productions diverses telles que café, sisal, tabac, indigo, bois d’œuvre, savons, cuirs, capables de subvenir à tous les besoins.
Malgré ses aspects satisfaisants, il est loin de donner une idée des possibilités d’avenir du Territoire. L’équilibre économique de la Guinée est en effet en cours de transformation radicale. Dans l’ère d’industrialisation dans laquelle entre le continent africain, la Guinée paraît appelée à jouer un rôle de premier plan, car elle dispose des deux éléments de base de toute activité industrielle moderne : les matières premières et l’énergie. Il est permis d’affirmer qu’elles permettront à la Guinée d’ici peu d’années, si elle le veut, non seulement d’exporter en abondance des minerais de toute sorte, mais encore d’installer sur son sol une industrie métallurgique qui, jointe aux industries de transformation complémentaires de son activité agricole seront le point de départ d’une transformation radicale de son économie. Si l’on ajoute encore les perspectives de culture mécanique du riz dans les vallées et les plaines littorales, il semble que l’avenir dans tous les domaines soit extrêmement prometteur. »

Mesdames et messieurs,

Ces lignes ne sont pas l’œuvre d’un exalté mais il s’agit d’un esprit lucide qui met en avant son professionnalisme pour servir au mieux les intérêts de la France de l’époque. Mais qu’est devenue la Guinée ? Quelles en sont les évolutions socio-économiques, les enjeux et pour quelles perspectives ?

La Guinée : un pays béni de Dieu

Le sous-sol guinéen renferme d’importantes ressources minières dont les réserves sont fabuleuses. Pourvue des 2/3 des réserves mondiales de la bauxite, de près de 10 milliards de tonnes de fer, de quantités non négligeables de calcaire, de nickel, de diamant, d’or, et de titane à ceux-ci s’ajoutent des indices d’uranium et de chrome. Sur le plan énergétique, château d’eau de l’Afrique de l’ouest, ses fleuves offrent de grandes possibilités de production d’énergie hydroélectrique dont le potentiel est évalué à plus de 6.100 MW d’énergie annuelle garantie.

Mais avec un bilan économique et social décevant

Paradoxalement malgré toutes ses richesses, durant la période 2000 à maintenant la croissance économique de la Guinée (aux alentours de 2%) est parmi les plus faibles de la région ouest-africaine. Par conséquent le PIB par habitant (400 usd) est en dessous de la moyenne régionale. Elle se distingue aussi pour son taux d’inflation le plus élevé de la région (20% en moyenne) durant la même période. Entre 2002-2005, le taux de croissance économique annuel moyen s’est établi à environ 2,3%, contre un objectif de 5% initialement fixé. Quant à l’inflation, en glissement annuel, elle est passée de 5,4% en 2002 à 39,1% en 2006, contribuant ainsi à une détérioration du pouvoir d’achat des populations.

Marqué par une pauvreté qui s’amplifie

La Guinée avec un IDH (Indice de développement humain) de l’ordre de 0,35 fait partie des pays ayant le plus faible IDH. Ce n’est pas étonnant que son classement depuis la création de cet indice par le PNUD soit dans les dix derniers rangs. Elle est classée 178/186 pour l’année 2012. Pour mémoire, l’IDH tient compte de trois dimensions du développement humain : l’espérance de vie à la naissance, le niveau de scolarisation évalué à partir du taux d’analphabétisme et de la fréquentation des différents niveaux du système scolaire et enfin le standard de vie calculé à partir du PIB par habitant en tenant compte de la parité du pouvoir d’achat (PPA).
En Guinée, 55,2% de la population soit près de 6 millions de guinéens vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le DSRP, document de stratégie pour la réduction de la pauvreté qui est le cadre de conception et de mise en œuvre d’une approche intégrée pour l’ensemble des politiques et programmes de développement n’a toujours pas réussi à faire infléchir la courbe de la pauvreté. Dix ans après le lancement en 2002 de la mise en œuvre du premier document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP 1), la Guinée se trouve confrontée à une situation économique et sociale particulièrement difficile. Cette contre-performance récurrente rend la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement (OMD) hypothétique.
Ainsi, l’incidence de la pauvreté au niveau national, qui était de 49,2% en 2002, est passée à 53,6% en 2007 et avoisine 55,2% de la population en 2012. Selon l’institut national des statistiques de la Guinée 15% des chefs de ménage sont pauvres et ne peuvent pas subvenir à leurs besoins élémentaires.

Une communauté internationale financière attentive

C’est dans ce contexte dramatique que le 25 septembre dernier, les institutions de Bret-tons woods (Fmi et Banque mondiale) ont déclaré la Guinée éligible pour l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative PPTE avec une annulation substantielle de sa dette de 2,1 milliards de dollars US. Ce montant devra être réinvesti pour financer des mesures sociales et des infrastructures devant lutter contre la pauvreté dans le pays.
Dans le même ordre d’idée, la signature le 22 décembre dernier du 10éme FED dont la libération globale de l’enveloppe allouée est assujettie à des conditionnalités de gouvernance intervient in extrémis. En effet, comme d’habitude les autorités guinéennes se font « prier » pour aller dans le sens des intérêts bien compris de la Guinée et de sa population.
Une aubaine pour le gouvernement actuel s’il inscrit son action dans la satisfaction des besoins essentiels de la population guinéenne. Pour cela il est indispensable de procéder à un changement radical du mode de la gouvernance du pays.

Mesdames et messieurs,
.
Comment s’explique le scandale guinéen ?

Différentes hypothèses sont plausibles et les plus répandues sont :
• La rupture brutale avec la France en 1958
• L’étatisation de l’économie selon le modèle soviétique en vogue dans le tiers-monde à l’époque
• L’instauration d’une économie extractive de rente
• La faiblesse de l’épargne nationale
• La détérioration des termes de l’échange
• L’inadaptation des politiques d’ajustement structurel
• Le faible niveau de qualification des ressources humaines
• La négation des principes de l’Etat de droit par les systèmes judiciaires mis en place
• La déstabilisation de la sous-région dans les années 1990 et 2000.

Comment comprendre cette évolution surprenante de la Guinée ? Comment le pays qui était destiné à jouer le premier rôle en Afrique s’est-il-retrouvé parmi les plus pauvres du monde ?
A titre de comparaison, la Guinée à l’indépendance disposait de plus d’atouts que la Corée du Sud, qui en 1960 était encore marquée par les stigmates de la guerre avec peu d’infrastructures et de ressources. Sa richesse produite par habitant était comparable à celles de nombreux pays d’Afrique subsaharienne d’alors et 80% de ses habitants étaient des paysans. Cinquante ans plus tard, son PIB par habitant est dix fois plus élevé que celui du Nigéria qui a pourtant bénéficié durant cette même période de la rente pétrolière de plusieurs centaines de milliards de dollars.

Mesdames et messieurs,

Je n’ai pas la prétention de pouvoir élucider toutes les causes du désastre guinéen, mais ma réflexion m’a amené à privilégier quatre pistes d’explication.

La piste économique ou le dogme de la souveraineté monétaire rime avec laxisme dans la gestion économique et financière du pays

Le 1er mars 1960, la République de Guinée sortait de la zone franc, créait sa propre monnaie et sa banque nationale d’émission. Ces mesures rendaient impossibles toute évasion des capitaux, tout rapatriement de bénéfices par les sociétés étrangères, sauf accord du Gouvernement et allocation des devises correspondantes par son office des changes.
En effet pour assurer sa survie le premier régime a manié sur le plan économique l’arme monétaire en usant de la planche à billets et également de changements fréquents des signes monétaires. Entre 1960 et 1976 la masse monétaire était en moyenne 46% du PIB alors que le plafond statutaire qui, d’ailleurs, n’a jamais était respecté était de 10% du PIB. En 1983 le gonflement de la masse monétaire atteignit 51% du PIB.
Cette politique monétaire expansionniste a favorisé l’existence d’un marché parallèle largement dominant, l’existence du double taux de change, d’une politique de déficit budgétaire systématique et de l’absence de mesures périodiques d’ajustement. Ce laxisme va mener à une situation économique et monétaire dramatique. La stabilité du régime a été acquise dans un environnement de pénuries et de privations par l’enfermement du pays et par une politique répressive sans limite.
A la mort de Sékou Touré en 1984 et l’accession au pouvoir du Général Lansana Conté, une libéralisation de l’économie avec le soutien des bailleurs de fonds multilatéraux et bilatéraux fut engagée. Au lendemain du discours programme du 22 décembre 1985 des mesures drastiques de réforme monétaire entrèrent en vigueur avec ses principaux volets :
-liquidation pure et simple de toutes les banques d’Etat qui étaient devenues illiquides.
-Ouverture de guichets pour les principales banques internationales francophones
-dévaluation massive du sily (1 dollar qui valait 25 sily sur le marché officiel est ramené à 1 dollar pour 340 sily. Du jour au lendemain le sily perd 13,6 fois de sa valeur).
– le franc guinéen est réintroduit avec 1 sily pour 1 franc guinéen
– le 1er janvier 1986 1FG=1FCFA et 27 ans plus tard 1 CFA vaut quinze à seize FG.
Cette sévère et courageuse réforme a été interprétée à tort à l’époque comme une étape vers la réintégration de la zone franc. Suite à ces mesures, la Guinée connaitra pendant près d’une décennie une conjoncture favorable et les résultats des réformes ne tardèrent pas à se manifester avec dans les années 90 une croissance en moyenne de l’ordre de 4,5% et l’inflation s’établit en deçà de 10%. Le numéro 31 de la revue « Politique Africaine » a consacré en 1994 à cette période de riches articles qui méritent d’être revisités.

Mais cette dynamique vertueuse fut de courte durée puisqu’à partir de 2000 la croissance chute, et en même temps l’inflation frôle les 28 % en 2004.C’est ainsi qu’en août 2004, l’armée intervient pour réprimer des émeutes de la faim à Conakry. La situation se détériora par la suite avec une forte poussée inflationniste due pour l’essentiel à une forte création monétaire sans contreparties en biens et services d’une part, à la faiblesse des recouvrements des taxes et impôts et à la mauvaise qualité des dépenses. Il ne faut pas oublier de mentionner le poids excessif de la corruption et des détournements des deniers publics dans ce marasme financier. Pour gagner une accalmie après chaque mouvement social en 2005,2006, 2007, 2008 des augmentations salariales sont annoncées, des statuts particuliers sont accordés à plusieurs catégories d’agents de la fonction publique sans aucun rapport avec la capacité financière de l’Etat. Et aussi l’inflation qui reflète la mauvaise gouvernance est érigée en méthode et est en moyenne à 34,7% en 2006, 23,4% en 2007, 18,4% en 2008, 21,4% en 2011, 15 % en 2012 dans un contexte de gel des revendications sociales et d’une répression insidieuse des leaders du mouvement syndical.

La nécessité pour le gouvernement d’atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE l’a contraint à respecter les critères quantitatifs et qualitatifs pour tendre vers le respect des équilibres macro-économiques. D’ores et déjà les tensions sociales sont à fleur de peau. La récente augmentation salariale des agents de la fonction publique a été perçue comme un rattrapage de la dépréciation du pouvoir d’achat accumulée pendant les deux années de la transition militaire. Devant la montée des revendications sociales les autorités monétaires auront-elles la latitude de fixer le cap d’une gestion rigoureuse de la monnaie nationale ?
La tentation de recourir à la planche à billets est forte pour « acheter » temporairement la paix sociale, grugeant ainsi la nation de son épargne car incapable de procéder aux réformes structurelles et institutionnelles dont le pays a besoin.
La Guinée s’avère être un contre-modèle pour l’adoption d’une monnaie nationale car ses dirigeants n’ont jamais fait preuve de rigueur et de volonté politique pour gouverner dans le respect des principes monétaires et économiques universels. Ils ont toujours privilégié leur intérêt politicien ruinant délibérément le pays et sa population. Des pays comme le Maroc et le Cap-Vert sont parvenus à rendre leur monnaie nationale quasi-convertible.

La piste politique ou l’absence d’alliance entre les pouvoirs politique et économique

Mesdames et messieurs

L’historien français Fernand Braudel a maintes fois souligné qu’il n’existe pas qu’un seul modèle de développement. Ce qui importe dans le développement économique c’est la qualité de l’alliance entre les pouvoirs politique et économique. En Guinée de l’indépendance à maintenant, les relations entre le pouvoir politique et la sphère économique ont toujours été exécrables. Les différents pouvoirs qui se sont succédé à Conakry se sont toujours placés en position antagoniste vis-à-vis du secteur privé national représenté abusivement par les « commerçants ». Ces suppôts de l’impérialisme et du capitalisme sous le premier régime, affameurs du peuple ou trafiquants sont les termes que les discours officiels ont considéré les détenteurs nationaux de capitaux. L’incendie des magasins du grand marché de Madina le mois dernier, peu ou prou couverte par les forces de l’ordre illustre l’hostilité manifeste affichée par le pouvoir politique à l’égard du secteur privé national.
Ses relations avec les investisseurs internationaux notamment miniers sont plus feutrées mais malgré tout empreintes d’une méfiance réciproque. La caricature de cette situation s’est illustrée à la télévision guinéenne où le dirigeant de Rusal en Guinée Patchenko est en proie au courroux du Capitaine Dadis Camara le président du CNDD. Intimidations, menaces et expulsions sont les lots quotidiens des chefs d’entreprise étrangers. La récente expulsion du dirigeant local de BSGR marque la continuité de l’ostracisme développé par le pouvoir politique à l’égard de tous les investisseurs tant nationaux qu’étrangers. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant de constater la faible attractivité de la Guinée pour les capitaux internationaux. Cette attitude atavique empêche les déterminants de la croissance comme le travail, le capital et l’investissement de fonctionner de manière optimale pour une création substantielle de richesse.

La piste institutionnelle ou la nature prédatrice et néo-patrimoniale de l’Etat guinéen

Le comportement des gouvernants guinéens n’est pas fortuit, il reflète exactement les intérêts des représentants d’un système prédateur, néo-patrimonial. Les appareils d’Etat conçus dès l’indépendance avaient et continuent d’avoir comme fonction essentiel la ponction de toutes les ressources nationales pour satisfaire les besoins de la nomenklatura politico-bureaucratique du pays. Bernard Ameillon a décrit avec finesse les débuts de la construction postcoloniale du jeune Etat dans l’essai publié en 1964 intitulé « la Guinée : bilan d’une indépendance ». Il a démontré que les paysans guinéens ont toujours été les laissés pour compte, écrasés par les impôts payés en nature et marginalisés politiquement. Ce n’est qu’après la chute de la dictature que « les normes » furent abrogées donnant ainsi à la paysannerie une relative liberté. Ce n’était pas pour autant une révolution sociale. Le Général Lansana Conté ne disait-il pas à l’adresse de ses fonctionnaires « la chèvre broute, là où elle est attachée » pour justifier la corruption et le détournement des deniers publics. Comme l’écrit jean François Médard « la réalité de l’Etat africain est si éloignée d’un Etat démiurge censé promouvoir le développement, car la finalité de cet Etat n’est ni le développement mais seulement l’accumulation des ressources en siphonnant les deniers publics en faveur des clans qui ont privatisé l’Etat». Ainsi cette « politique du ventre » définie par Jean François Bayart comme une forme de gouvernance qui a pour but exclusif la satisfaction matérielle d’une minorité est celle qui gouverne la Guinée depuis plus de cinquante années. Cette logique prédatrice, génère indiscutablement une institutionnalisation de la mal-gouvernance économique, une fragilité des institutions de la République et une négation des droits de l’homme et du citoyen. La nature de l’Etat prédateur, néo-patrimonial est contraire au développement économique et à la démocratie. Les conflits ethniques, la mauvaise gestion des affaires publiques, la fragilité chronique des institutions, la violence récurrente contre les citoyens, la misère des populations, ne sont que les conséquences directes ou indirectes de la nature de l’Etat guinéen. Dans ce cas aucun projet de développement ne peut être durable. Le cas du Mali actuel préfigure ce qui pourrait arriver à la Guinée du fait de la cécité politique de ses élites.

La piste sociologique ou l’absence au niveau des élites, de consensus autour de normes morales vertueuses

Mesdames et messieurs

La logique de l’Etat néo-patrimonial induit également des comportements sociaux et des attitudes que se partagent les tenants de ce système. L’absence de consensus au niveau des élites du pays sur le socle de valeurs qui fondent l’Etat est une conséquence de cette situation. C’est à juste titre que M.kaushik Basu, Vice-président de la Banque Mondiale rappelle « le développement économique dépend très largement des normes morales qui prévalent dans un pays » fidèle en cela aux enseignements d’Amartya Sen prix Nobel d’économie.
L’émergence d’un esprit du service public, le respect des patrimoines collectifs, l’acceptation d’honorer les obligations fiscales en s’acquittant des impôts, le sens du devoir et de la responsabilité dans la gestion des affaires publiques, la primauté de l’autorité de la loi et la volonté de servir au lieu de se servir sont autant de normes morales qui en définitive consolident les institutions et favorisent l’implication citoyenne du plus grand nombre pour le redressement économique. En d’autre terme la définition d’un contrat social fort qui est le soubassement de l’édification d’un profond civisme est une des conditions pour parvenir au progrès et au développement. En ce qui concerne la Guinée d’aujourd’hui, marquée par une construction nationale inachevée et des déséquilibres économiques fortement inégalitaires, les élites sont encore prisonnières d’un conformisme ambiant qui empêche la définition commune d’une même vision de l’avenir du pays. Tricher, mentir, spolier les deniers publics, renier la vérité sont antinomiques de la rigueur intellectuelle indispensable pour affronter les défis du présent. Ce système consacre le triomphe de l’égoïsme individuel sur l’intérêt collectif.

A titre d’illustration le cas type de la gouvernance minière

La gouvernance minière en Guinée illustre nettement la propension à l’affairisme qui gangrène ce secteur vital pour l’avenir du pays. Si au lendemain de l’installation de M.Alpha Condé au pouvoir, une certaine euphorie s’était emparée de certains dirigeants des groupes miniers, aujourd’hui la désillusion est totale.
• Le nouveau contrat minier adopté en septembre 2011 par le CNT accorde à la Guinée 15% des actions dans chaque projet et qui pourra exercer une option d’achat de 20 % autres au taux du marché. Le niveau très élevé des investissements condamne de facto cette disposition d’être difficilement applicable. Ceci est un aspect du blocage de plusieurs projets miniers. Il semblerait que ce code devra être représenté devant le CNT pour être amender après avoir été adopté par cette même assemblée agissant comme parlement.
• Voilà un an que l’usine d’alumine de Fria est à l’arrêt. Les travailleurs sont réduits à une mendicité chronique. La ville de Fria meure sous nos yeux. Les autorités guinéennes et Russal se renvoient la responsabilité de la situation. Russal conditionne la reprise de la production par la signature d’une convention relative au projet Dian-Dian. Le pouvoir politique de son côté s’illustre par son indifférence vis-à-vis d’une localité qui se meurt emportant avec elle l’unique usine d’alumine de Guinée construite par Péchiney. Cette semaine la grogne sociale est montée en crescendo jusqu’à chasser ,le préfet ,le maire et le commissaire de police de la ville.
• La signature de l’accord transactionnel avec Rio-Tinto a permis d’engranger 700 millions de dollars US en avril 2011 sans pour autant que la contrepartie soit bien identifiée : est-ce, une part de plus- value sur la cession d’un important stock d’actions à Chinalco par Rio-Tinto, ou, une pénalité pour avoir immobilisé pendant douze ans le gisement sans qu’il n’y ait un début d’exploitation, ou bien le prix à payer pour obtenir la signature du décret octroyant la concession à Rio-Tinto, et enfin une avance sur des impôts et taxes à percevoir remboursée par l’adoption d’un congé fiscal de 8 années. De manière officielle et concordante, les guinéens n’ont aucune communication sur le sujet. Aujourd’hui le projet Simandou est gelé. Rio Tinto exige le versement par l’Etat de sa part de participation au capital et de la mise sur pied d’un cadre des investissements fiable. La production devrait démarrer en 2014.
• En début d’année 2011, M. Alpha Condé invite l’ancien président brésilien M.Lula pour lancer le démarrage de la réfection de la voie ferrée Conakry-Niger que l’entreprise minière Valé s’engage à financer pour 1 milliard de dollars US en contrepartie des blocs 1et 2 du Simandou. Alors que les traverses étaient déjà à Conakry, et à peine une semaine après la visite de Lula ,le Chef de l’Etat guinéen ordonne l’arrêt des travaux sans évoquer les motifs de ce revirement spectaculaire et scandaleux.
• Le développement de l’affairisme dans la gouvernance du secteur minier guinéen est connu du monde entier. Le scandale impliquant Palladino où le prêt de 25 millions de dollars, devrait permettre une participation de Palladino à hauteur de 30% dans la future Société Guinéenne du Patrimoine Minier (Soguipami). Sans appel d’offre et dans l’opacité complète, un autre accord gré à gré permet à AIOG d’obtenir 40% de la société des infrastructures minières qui doit construire le trans-guinéen et le port minéralier. Il en est de même des accords avec BTG-Pactual . La politique minière de M.Alpha Condé se révèle être une calamité pour la Guinée car l’affairisme a atteint un niveau jamais égalé par le passé.

Cet avalanche d’affairisme, en moins de deux ans a ruiné la crédibilité des autorités guinéennes et a amené au gel des importantes ressources minières de la Guinée. Le projet Simandou Rio-Tinto Simfer des blocs 3 et 4 est dans l’impasse. Le groupe BSGR bénéficiaire des blocs 1et 2 est en conflit larvé avec les dirigeants guinéens et les groupes Valé et BHP-Biliton ont quitté notre pays.

Quelles perspectives possibles ?
Deux scénarios sont possibles : la poursuite de la descente aux enfers ou un sursaut national salvateur.
• La gouvernance économique est le reflet de la gouvernance générale du pays. Les caractéristiques et la nature prédatrices et néo-patrimoniales de l’Etat guinéen ont atteint leur limite. La crise politique et sociale s’est amplifiée depuis 2005. Aucune réforme n’a été engagée depuis lors de manière durable pour apporter une réponse aux maux dont souffre le pays. Au contraire les problèmes se sont accrus. La cohésion nationale vole en éclats et la pauvreté gagne de larges couches de la population. Les institutions du pays fragilisées depuis très longtemps se sont affaissées et l’Etat guinéen est au bord de la faillite. Poursuivre dans cette voie, c’est encourir le risque de pousser le pays vers la destruction. L’impossibilité d’organiser des élections législatives claires et crédibles indique la profondeur de la tragédie collective qui rôde autour de nous. La Guinée est dans la trajectoire qui a conduit des pays comme le Mali, la Somalie et le RDC, pour ne citer qu’eux à sombrer dans la désolation et livrées leurs populations à elles-mêmes.

• Le sursaut patriotique est indispensable pour stopper l’extension de la misère économique .Le changement est devenu une nécessité pour éviter le chaos. D’abord l’Etat est à « refonder » pour qu’il assure l’émergence d’une Guinée, moderne, ouverte et prospère. Le réveil de la Guinée aura un grand impact pour l’ensemble des pays de la sous-région. L’exploitation rationnelle de ses ressources minières sera un facteur de croissance très important, l’actualisation de son potentiel énergétique en fera un exportateur net et son agriculture fera reculer la pauvreté et la faim dans cette partie de l’Afrique.

Roland Pré croyez en l’avenir de la Guinée. Nous aussi, avons confiance en la possibilité de tirer ce pays des méandres du sous-développement pour en faire la locomotive d’une Afrique de l’Ouest stable ,réconciliée et tournée vers le progrès.
C’est ici à Bruxelles capitale de l’Europe dans cette prestigieuse université ULB, que j’affirme que « la Guinée se relèvera » et pourra être « une locomotive en Afrique ». Nous travaillons pour que cela puisse se réaliser.

Bruxelles , 6 avril 2013

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