A BÂTONS ROMPUS AVEC LE JOURNALISTE BEN PEPITO

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Votre envoyé spatial a rencontré dans Paris, Bah Oury, vice président de l’UFDG, juste pour une causette. Et le politicard d’en profiter pour jeter carrément du sable dans l’athiéké de Goby Condé, le chauffard de ce bolide à trois roues et demi dans le bled. Goûtez à cette mangeaille ! Elle est immangeable, non ?

Benn Pepito : On est à la croisée des chemins en Guinée pour la prochaine présidentielle apparemment prévue en 2015. C’est pourquoi les politiques dont vous êtes ne doivent rien cacher aux électeurs. Alors dites-nous franchement si vous et M. Cellou Dalein Diallo êtes maintenant sur la même longueur d’ondes dans la stratégie à adopter pour la conquête démocratique du pouvoir en Guinée.

Bah Oury : Votre question est pertinente. Ce que je dois dire : nos relations se sont fortement améliorées ces derniers mois. Grâce à la médiation du doyen El hadj Saïkou Yaya Barry. Cette réconciliation assure la pérennité de l’UFDG comme parti unique, unitaire et qui évolue dans le sens de l’unité et de la cohésion. Ce qui est très important. Donc nous sommes en train de travailler pour faire en sorte que les structures du parti un peu partout retrouvent leur cohérence et leur unité. En ce qui concerne la stratégie politique par rapport à la réalité sociale de notre pays bien entendu, il y a des appréciations qui peuvent être différentes. Mais nous sommes tous convaincus qu’il y a une nécessité absolue de joindre nos forces pour empêcher que notre pays s’enfonce davantage dans une dictature et dans la désolation la plus complète. El hadj Cellou Dalein Diallo est très impliqué dans la volonté de se battre pour assurer un processus électoral cohérent. Bien que M. Alpha Condé soit de ce point de vue très rétif à vouloir organiser des élections transparentes et crédibles. En ce qui me concerne, je doute fortement de la volonté du président Alpha Condé d’organiser des élections transparentes en République de Guinée. Je crains davantage sa volonté manifeste de vouloir s’imposer au prix du sang des Guinéens pour dire qu’il a gagné des élections présidentielles en 2015. Et donc il y a un risque majeur pour la stabilité de notre pays. C’est la raison pour laquelle, personnellement, je vois mal Alpha Condé assurer des élections cohérentes, tranquilles, apaisées dans notre pays. C’est pour cela que je souhaite que sa gouvernance soit abrégée par la volonté populaire, seule susceptible de permettre qu’il y ait une autre perspective d’avoir des élections cohérentes dans un environnement plus apaisé et plus stable.


Quelle est la quintessence des séances de travail que vous venez d’avoir avec Cellou Dalein Diallo à Paris ?

Déjà nous avons été à l’Elysée ce matin (11 septembre 2014) pour rencontrer un des responsables de la cellule élyséenne de M. Hollande. Nous avons d’autres rencontres aujourd’hui encore avec d’autres responsables et d’autres personnes ressources de l’Etat français. En dehors de ça nous avons passé en revue les problèmes organisationnels que nous connaissons à l’intérieure de l’UFDG. Et nous avons convenu d’un commun accord de trouver les solutions pour régler le plus rapidement possible certains dysfonctionnements qui empêchaient l’UFDG comme en Belgique, en France et en Grande Bretagne, d’évoluer dans le sens unitaire et dans le sens d’une cohésion de l’ensemble de ses militants. Nous sommes parvenus à d’excellents résultats. Et dans les prochains jours, je pense que vous verrez la quintessence à travers une publication ou une déclaration de ces résultats.


On a l’impression qu’en Guinée la dictature fait marcher les gens sur la tête. Alpha Condé détourne 20 millions de dollars à la Banque centrale de Guinée. Et le voilà qui réclame des contributions financières aux hommes d’affaires et aux populations guinéennes pour lutter contre Ebola ! C’est choquant, non ?

C’est choquant à plusieurs titres. La gestion d’Ebola est déjà une catastrophe. M. Alpha Condé est responsable politiquement de la mauvaise gestion de cette épidémie qui a perduré dans notre pays et qui est à la base de la contamination de plusieurs pays comme le Libéria, la Sierra Leone, le Nigéria et d’autres. Les responsables libériens craignent pour la vie même de l’Etat libérien à l’heure actuelle avec plus d’un millier de morts. On ne sait pas jusqu’où on va dénombrer le nombre de victimes de la fièvre Ebola. Et ça c’est principalement dû à l’irresponsabilité et la mauvaise gouvernance des autorités guinéennes et au premier chef de M. Alpha Condé. Il est comptable devant l’opinion nationale et internationale de la propagation de la fièvre Ebola aussi bien en Guinée que dans la région. En plus de cela le pays est pillé. Les devises sortent. C’est du blanchiment de capitaux. Et qui dit blanchiment de capitaux dit une présence d’une gouvernance criminelle à travers des narcotrafics, à travers d’autres attitudes mafieuses qui mettent la sécurité nationale en danger. C’est se moquer des Guinéens que de faire une mamaya, de demander de l’argent. Alors que la communauté internationale se mobilise pour apporter des ressources. Il ne s’agit pas de réclamer des ressources aux Guinéens. Il s’agit de réclamer aux Guinéens, à tous les Guinéens de se mobiliser effectivement pour lutter contre une maladie qui est extrêmement dangereuse. Pour nous et pour les autres. Ils n’ont pas fait ce qu’il fallait faire au moment où il fallait le faire. Et maintenant Ebola a pris une bonne partie du territoire et au-delà même une bonne partie de l’Ouest africain. M. Alpha Condé doit répondre de cette négligence coupable aussi bien devant l’opinion guinéenne que devant l’opinion internationale.


Alpha Condé projette un congrès de son parti, le RPG, pour mettre ses marlous « en ordre de bataille », selon sa propre expression, en vue de son maintien au trône en 2015. Et d’un ton rogue, il déclare qu’il n’y aura pas de guerre civile en Guinée. Une façon détournée d’insinuer que c’est vous les opposants qui veulent importer la guerre civile en Guinée. Ou bien on se trompe ?

M. Alpha Condé s’est déjà préparé à utiliser tous les moyens pour imposer son pouvoir en Guinée avec les milices privées qui n’ont pas hésité à massacrer des gens, avec l’achat d’armes, avec des forces de défense pléthoriques qui ne correspondent pas à l’effectif des forces de défense de sécurité. L’effectif officiel ne correspond pas aux statistiques réelles. Parce qu’il y a des gens qui ne sont pas déclarés et qui portent l’uniforme guinéen. Et tous ces gens répondent directement aux ordres de M. Alpha Condé. C’est pour dire que la gouvernance de M. Alpha Condé est dangereuse. On l’a dit et on le répète : 2015 c’est un danger majeur pour la stabilité de la Guinée et de la sous-région si on n’y prend pas garde. La seule dynamique qui peut empêcher cela c’est la mobilisation populaire comme en 2007 pour dire à M. Alpha Condé qu’on en a assez de sa présence comme président de la République, qu’il met la nation guinéenne en danger, qu’il est en train de ruiner tout le pays et que le nombre de morts de par sa négligence coupable dépasse l’entendement.


Alpha Condé vous accuse exclusivement que c’est vous les opposants qui veulent importer la guerre civile en Guinée…

Bon, la guerre civile ! M. Alpha Condé l’a pratiquement instillée. Il a séparé, il a divisé les Guinéens. Il a des structures paramilitaires qui sont déjà en place. D’ailleurs certains disent même qu’il a des camps en dehors de la Guinée dans certains pays limitrophes prêts à intervenir pour venir massacrer les populations guinéennes. Il détourne les deniers publics pour assouvir son ambition démesurée de rester coûte que coûte au pouvoir. Il ment à la société tout entière et il ment à l’opinion nationale en faisant croire ce qui n’est pas. Ce dernier est capable du pire. Et la gestion de l’Ebola qui ne connait pas de frontière ethnique ni de frontière régionale est là pour dire aux Guinéens ceci : si vous ne prenez pas garde, ce qui va arriver deviendra encore beaucoup plus grave que ce que vous vivez aujourd’hui. Vous imaginez-vous ? Pour la première fois de l’histoire de la Guinée, les Guinéens sont interdits d’aller au pèlerinage à la Mecque. Pour beaucoup de Guinéens, pour la grande majorité des Guinéens, c’est une malédiction supplémentaire qui s’abat sur nous. Qui est responsable ? Est-ce que c’est une fatalité qu’une maladie se propage comme ça dans le pays parce que nous sommes Guinéens et que Dieu ne nous aime pas ? Non. C’est la mauvaise gouvernance et le régime en est le principal responsable. Parce qu’ils n’ont pas pris les mesures au moment où il fallait les prendre. Cette négligence coupable met en danger des milliers et des milliers de citoyens guinéens et africains. Et dores et déjà, avec ça, M. Alpha Condé est disqualifié politiquement et en tout point de vue pour continuer à gouverner la Guinée.


Au-delà du combat politique, il faut vraiment s’unir pour lutter contre Ebola.

C’est nécessaire. C’est la raison pour laquelle, personnellement, dès les premières déclarations comme quoi il y avait une maladie mystérieuse en Guinée, j’ai alerté l’opinion pour dire qu’il fallait qu’on fasse attention. Et avant cela on avait alerté l’opinion sur la recrudescence de la fièvre colérique qui régulièrement décime beaucoup de Guinéens. Et politiquement j’avais insisté sur la nécessité de veiller à voir la demande sociale, les problèmes des Guinéens. C’est la faim. C’est le non emploi. Ce sont les maladies. C’est l’insécurité. Ce ne sont pas ces questions électorales, qui sont toujours répétitives, qui sont les vrais problèmes. Ils ne se sont pas intéressés aux vrais problèmes. Et ces vrais problèmes deviennent des gouffres majeurs qui risquent de nous pénaliser pendant très longtemps. Et là c’est la gouvernance de M. Alpha Condé qui en est le principal responsable. Puisque c’est lui qui est en situation de responsabilité d’assurer la sécurité des Guinéens, de veiller à leur santé, d’anticiper. S’il y a un problème, le gouvernement doit anticiper pour trouver les mesures. Mais absolument rien du tout sur le plan économique, sur le plan social, sur le plan sanitaire. En tout point de vue : nous sommes en carence. Cette gouvernance n’a plus le mérite de continuer à gouverner. Parce que demain, il enverra tout le pays en enfer.


Mais dans cette lutte contre Ebola, la présence de Bernard Kouchner aux côtés d’Alpha Condé ne milite pas en faveur d’une gestion saine et transparente des deniers publics. Pour qui connaît la manière par laquelle Bernard Kouchner s’était illicitement enrichi au Gabon par des surfacturations juste pour faire le point sur l’état de santé dans ce pays.

La question de M. Alpha Condé et de ses amis est une question qui interpelle non pas simplement les Guinéens mais la communauté internationale. Parce qu’autour de M. Alpha Condé il y a quelques personnes qui tirent les ficelles, qui lui font un lobbying au détriment des intérêts de l’humanité si je peux utiliser l’expression. Si la gouvernance de M. Alpha Condé était sérieuse, on n’aurait pas eu l’Ebola. Donc cela veut dire que la mission de M. Tony Blair qui est le conseiller en termes de gouvernance de M. Alpha Condé est un échec. Et si le conseiller a échoué cela veut dire qu’il n’a pas sa place à côté du prince régnant. Donc c’est pour vous dire que c’est une faillite complète, faillite morale, faillite politique, qui conduit un pays comme la Guinée à se retrouver dans une situation de non droit et où tous les ingrédients se retrouvent pour en faire une bombe. Soit une bombe bactériologique avec l’Ebola qui se propage, soit une bombe au point de vue mafieux avec le blanchiment qui se développe. Le département d’Etat a indiqué dans ses rapports que la Guinée est devenue la plaque tournante du narcotrafic. Et qui dit narcotrafic dit blanchiment de capitaux. Donc vous voyez qu’il y a un condensé explosif qui amène la Guinée à être un Etat failli où tout est possible : criminalité institutionnalisée, blanchiment, drogue. J’appelle les Guinéens à prendre leurs responsabilités. Je ne parle pas simplement de ceux qui se disent de l’opposition. Ce qui se passe dans notre pays nous intéresse tous. Nous sommes tous interpellés, aussi bien ceux qui sont de la mouvance que ceux qui sont de l’opposition. Parce que c’est notre pays qui est en danger. Et ce pays est en danger par la faute d’une gouvernance irresponsable et criminelle…


Est-ce que vous connaissez Bernard Kouchner ?

Je ne le connais pas. J’entends parler de lui. Mais je sais qu’il a toujours évolué dans des relations très affairistes. C’est un Français. Il n’a pas la retenue en tant qu’ancien ministre de l’Etat français par rapport à une implication visible et manifeste dans les questions intérieures de la Guinée. Tout simplement parce qu’il est ami d’enfance de M. Alpha Condé. Collision des relations amicales et des relations politiques. S’il n’a pas cette retenue et cette réserve, ce qui risque de lui arriver, c’est qu’il sera aussi comptable de tout ce qui sera fait en Guinée par M. Alpha Condé. Il sera aussi comptable de cela.


Dites en conclusion : qu’est ce qui plus grave entre un retard économique et un retard des mentalités dans un pays ? On vous pose la question parce que M. Yamoussa Sidibé, directeur de la télévision guinéenne, croit que le « pouvoir est mandingue » et se convainc que « seul Alpha Condé doit tenir les brides du pays »
.

Je connais bien M. Yamoussa Sidibé. Je le connais comme présentateur du journal télévisé de la RTG. Et je l’ai vu officier comme directeur général de la RTG. Je le connaissais comme un homme ouvert. Mais je vois par cette déclaration que c’est une déclaration typique d’une mentalité qui est responsable du retard du pays. Ce n’est pas seulement M. Yamoussa Sidibé qui est mis en cause dans cette affaire. C’est tous ceux et toutes celles qui abdiquent devant un pouvoir pour sauvegarder leur fauteuil, soit de directeur soit de responsable administratif. Parce qu’ils mettent leur pays à genoux. Ils sacrifient l’avenir pour plaire à un dictateur. La société guinéenne et les Guinéens désormais ont une mémoire. Et ils n’oublieront pas cette déclaration irresponsable qui ne fait pas honneur à l’élite guinéenne mais qui montre encore davantage là où il y a le problème. Le problème ce n’est pas que tel appartient à telle ethnie, tel appartient à tel bord politique. La question est d’ordre mental. Il y a une catégorie de Guinéens qui sont déjà dans leur tête prêts à tout de manière cynique pour servir le prince pour leurs intérêts égoïstes au détriment des intérêts de la nation. Jusqu’à présent ce sont ceux-là qui sont parvenus à avoir le pouvoir dans notre pays. Et c’est pour cela que la Guinée est là où elle est aujourd’hui. Et nous avec beaucoup d’autres, avec ceux qui sont sur le terrain, nous nous battons pour changer cette donne. Et je pense que le temps du réel changement est venu parce qu’on a atteint le fond du trou, ce qui fait qu’on ne peut pas aller au-delà. Et ce n’est pas une approche ethnique c’est une approche de patriotes et de responsables qui aiment la Guinée, qui savent que tous les enfants de la Guinée aspirent au bonheur, à la paix et à la sécurité. Et il est possible de faire en sorte qu’il y ait une gouvernance sérieuse, vertueuse pour que la Guinée soit au rendez-vous et je suis sûr que la situation actuelle nous impose cette responsabilité de nous battre encore davantage pour que ceci soit fait le plus rapidement possible.


Propos recueillis par Benn Pepito

 

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