Où va la Guinée ?

 

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La crise au sein de la Cour Constitutionnelle, la non-installation des élus communaux plus de huit mois après leur élection, la réponse répressive face aux revendications et aux protestations sociales comme à Mandiana, et l’illisibilité de la démarche gouvernementale nous inquiètent et nous interpellent.

 

La fronde animée par des conseillers de la Cour Constitutionnelle contre leur président M. Kaléfa SALL en actant une motion de défiance à son encontre et sa « destitution » , a jeté l’émoi et la stupeur au niveau de l’opinion. Les conséquences de cette initiative sont désastreuses pour la Guinée tant pour son image que pour sa stabilité. En effet, l’inauguration de l’instabilité de l’institution chargée de veiller au fonctionnement de l’Etat et de toutes ses composantes conformément aux principes du droit et des lois de la République , jettera incontestablement notre pays à la merci de dérives et d’aventures politiques en mesure de remettre en cause l’ordre constitutionnel . Notre récent passé est à la fois suffisamment évocateur et tragique pour que soient empruntés encore les chemins qui mènent au chaos et à la ruine de la paix civile. En passant à l’action pour « décréter la destitution du président de la cour constitutionnelle » malgré son mandat irrévocable de neuf ans, les frondeurs ont ouvert la boîte à pandore qui en cas de succès, n’épargnera à tour de rôle aucune de nos institutions y compris la Présidence de la République. La logique de la déstabilisation s’apparente le plus souvent aux jeux d’échec où l’effet domino est recherché pour atteindre une cible stratégique qui de prime abord est inaccessible. Il faut rapidement stopper cette mécanique dangereuse pour la paix et la stabilité de la Guinée, en respectant scrupuleusement le mandat de l’actuel président de la cour constitutionnelle.

 

Une logique analogue est mise en œuvre pour retarder l’installation des élus communaux qui depuis le 04 février 2018 attendent d’être installés. Des prétextes fallacieux au regard des lois de la République notamment le code électoral ont été brandis par « l’opposition républicaine » d’un côté et la passivité tacite du ministère régalien de l’administration du territoire de l’autre côté empêchent jusqu’à présent que les élus prennent en charge la gouvernance locale. Ce blocage institutionnel sciemment entretenu du fait de l’absence des élus locaux dûment investis, a créé le vide et expose le gouvernement de M.Kassory FOFANA à des contestations de toutes natures. Ainsi les désillusions des jeunes en proie au chômage, à l’aggravation de la pauvreté et inquiets pour leur avenir utilisent la rue pour se faire entendre. C’est cette réalité qui a fait déferlé des jeunes de Mandiana dans la rue pour exprimer leur colère et leur ressentiment. La réponse répressive de la part des autorités publiques qui a causé la mort par balle réelle d’un manifestant est mauvaise, inappropriée et inacceptable. Le gouvernement en retardant délibérément l’installation des exécutifs communaux s’est tiré une balle au pied. En effet, ces élus constituent des médiateurs privilégiés capables de représenter et d’écouter les populations afin de canaliser les revendications populaires et d’y apporter des réponses concrètes par le biais de mesures communales par le développement local, l’insertion professionnelle et par des conseils avisés. Le cas de Mandiana est « comme l’arbre qui cache la forêt » en effet le désarroi est ressenti par tous les jeunes de Guinée. Ce n’est guère étonnant de constater qu’ils constituent la légion majoritaire parmi les ouest-africains qui s’engagent au péril de vie pour la migration clandestine. Ils méritent d’être écoutés par les autorités de leur pays et la politique du bâton et du gourdin ne fera qu’aggraver la situation.

 

Le gouvernement de M. Kassory Fofana doit remettre en sellette le dialogue social , l’équilibre indispensable de nos institutions et leur stabilité , la primauté du droit et du respect des lois , la transparence et la bonne gouvernance. Il doit en faire ses priorités effectives comme il l’avait promis dans sa politique générale présentée à l’Assemblée Nationale. Il tarde à en faire les marqueurs de son action.

 

La politisation en outrance de la vie publique nationale est mauvaise conseillère. Nous devons tous faire preuve de retenue et de responsabilité car notre intérêt national le recommande car notre pays est fragile.

 

 

 

BAH Oury: »J’ai du respect pour le Président de la République…Je lui souhaite de réussir »

Bah Oury

 

Dans une Interview accordée à notre Rédaction, Bah Oury (encore « officiellement » vice-président de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée – UFDG) a abordé les sujets afférents à la vie socio-politique du pays. L’ancien exilé politique rentré en Guinée en janvier 2016, a exprimé sa gratitude envers le Président de la République « de son pays ». Monsieur Bah a également évoqué les accusations dont il fait l’objet de la part de l’ancien Président de la Transition, le Général Konaté. Il n’a pas manqué d’aborder la vie de UFDG parti dont il est fondateur. Enfin l’entretien a pris fin par une réflexion qui ouvre des perspectives quant à la nature de l’Etat qu’il entend mettre en place « …L’offre politique que nous promouvons est une alternative pour construire une forme d’Etat… ».

Bonne lecture.

Laguineeka : nous vous remercions, Monsieur Bah d’avoir accepté de répondre à nos questions. Il y a environ deux ans depuis que vous êtes rentré en Guinée après un exil forcé qui vous contraint de vivre en France. Quelle lecture faites-vous de la Guinée d’avant et d’après votre exil ?

BAH Oury : Il est difficile de répondre à votre question en quelques lignes. Je suis revenu au pays le 24 janvier 2016. La situation qui a prévalu avant cette période était marquée par un contexte politique crispé et violent, une épidémie de la fièvre hémorragique Ebola  dévastatrice aussi bien pour des vies humaines que pour l’économie du pays, et une cohésion nationale profondément malmenée. C’est la raison pour laquelle, le Président de la République à notre rencontre d’octobre 2015 déclara : « la population guinéenne est fatiguée, il nous faut œuvrer pour un apaisement dans le pays. Les crises successives ne favoriseront jamais l’arrivée des investisseurs dans le pays. Il faut du travail et de la croissance économique pour atténuer ses souffrances ». Ainsi dés mon retour en Guinée, nous avons contribué à promouvoir des démarches politiques pour la décrispation, le raffermissement de la cohésion nationale et pour le renouvellement de l’offre politique. Des résultats notables ont été atteints dans ce sens, malgré une volonté farouche de quelques caciques de la politique guinéenne de s’y opposer avec becs et ongles. La clarification de l’espace politique est actuellement en cours. La situation économique n’est pas au beau fixe du fait d’une faiblesse préoccupante de la capacité de collecte de ressources, ce qui induit des difficultés pour les ménages dont le pouvoir d’achat est relativement faible. La Guinée économiquement est en convalescence. La forte demande sociale perceptible dans beaucoup de secteurs d’activités comme l’éducation nationale génère  des conflits sociaux qui de plus en plus prennent le dessus sur les contradictions à caractère politicien. La situation est certes difficile, mais je reste confiant en l’avenir de notre pays. Il faut de la ténacité et une claire vision de l’avenir pour une durable sortie des crises.

Laguineeka : Votre retour au pays a été rendu possible par la grâce que le Président Alpha Condé vous a accordée. Quelles relations personnelle et politique entretenez-vous aujourd’hui avec le chef de l’Etat ?

BAH Oury : Sur le plan humain, j’ai du respect pour le Président de la République de mon pays pour maintes raisons : son expérience politique qui fait qu’il est depuis très longtemps au cœur des luttes politiques en Afrique, son militantisme panafricain au niveau de la FEANF, son engagement pour l’émancipation du continent africain et sa farouche ténacité d’atteindre les buts qu’il se fixe. Comme la plus part des intellectuels de sa génération il est animé d’idées généreuses mais qui au pouvoir se heurtent à un déficit de pragmatisme pour être efficacement accompagnées pour leur réalisation concrète. Aujourd’hui le Président Alpha Condé est en situation de responsabilité. Il préside à la destinée de notre pays et est la clé de voûte de nos institutions. Je lui souhaite de réussir dans les projets ayant pour finalité la transformation économique et sociale de la Guinée, car il y va de l’intérêt de notre destin collectif en tant que pays.

Sur le plan politique, je reconnais que le Président Alpha Condé  a hérité d’un lourd passif en ce qui concerne les blocages structurels de la Guinée. Cette réalité m’amène à faire preuve de lucidité et de responsabilité. Apprendre des erreurs des autres pour éviter de les reproduire est source d’enseignement. C’est pour cela  que je promeus une stratégie politique qui s’inscrit dans l’opposition constructive. Soutenir et applaudir tous les actes qui de notre point de vue consolident l’intérêt national d’une part  et apporter des critiques objectives et responsables pour ceux qui lèsent nos intérêts nationaux d’autre part. J’appartiens donc à cette nouvelle forme d’opposition constructive qui est différente de l’opposition crypto-personnelle pour emprunter un terme familier au Président Senghor.

Laguineeka : lors du dernier changement de gouvernement qui a vu la nomination de Kassory Fofana, comme premier ministre, il vous a été attribué une volonté et même une envie d’intégrer la nouvelle équipe gouvernementale. Qu’en est-il réellement ? Vous sentez-vous capable de gouverner avec le Président Alpha Condé, que vous avez combattu avec rigueur et dureté par le passé ?

BAH Oury : La composition d’une équipe gouvernementale relève de la responsabilité du Président de la République, assisté du Premier Ministre. Il y a eu beaucoup de rumeurs non fondés me concernant, lors du dernier remaniement. Vous savez, la composition d’un gouvernement répond en général à des nécessités politiques diverses qui ont trait à la gestion du pays selon des moments, des circonstances, des objectifs à atteindre et des contraintes à vaincre. Regardez dans le passé, Mandela et Frederik de Klerk ont gouverné ensemble pour assurer une transition pacifique à la nation arc-en-ciel, Mao Tsé Toung et Tchang Kaï-Chek se sont unis pour combattre le Japon lors de la seconde guerre mondiale, Laurent Bagbo et Guillaume Soro n’ont–ils pas été ensemble les chefs de l’exécutif ivoirien ?

Laguineeka : Nous allons aborder la situation de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée, le parti dont vous êtes fondateur. Vous avez été exclu du parti même si la justice a annulé cette exclusion en première instance. Quelle appréciation faites-vous de la situation du parti et de son avenir ?

Bah Oury : L’UFDG est en crise. Sa direction actuelle l’enfonce chaque jour dans un isolement suicidaire. Perte de valeurs, dégradation de son image, instrumentalisation du parti à des fins personnels et égoïstes sont les traits marquants de l’UFDG telle qu’elle est gérée aujourd’hui. Les militants sont déboussolés et  désorientés par des mensonges et des contre-vérités qui sont érigés en dogmes. Toutefois, les yeux commencent à s’écarquiller et à entrevoir la lumière. La révolte gronde dans les rangs et la colère collective s’est accentuée suite à la gestion calamiteuse des dernières élections communales. Dans les circonstances présentes, l’UFDG court à sa perte avec l’actuelle équipe dirigeante, c’est pour cela que j’ai lancé depuis l’année dernière  l’appel aux militants « il faut sauver l’UFDG du désastre ».

Laguineeka : la situation socioéconomique de la Guinée est à la fois complexe et difficile. La pauvreté n’a cessé de gagner du terrain. L’Etat (comme structure administrative organisée) n’existe quasiment pas. Il manque de la profondeur sur les choix et les orientations sociétaux. Nous dirons même que le pays manque d’hommes visionnaires à même d’imaginer et de penser la Guinée demain, prospère. A votre avis où se situent les blocages et quelle philosophie pensez-vous nécessaire pour bâtir un pays prospère ?

BAH Oury : Nous ne pouvons pas comprendre la situation dans laquelle se trouve notre pays, si nous portons des œillères. Plaçons nous dans une rétrospective longue de notre passé pour voir clair.

La Guinée en tant qu’entité administrative, a connu deux cycles politiques. La première celle de la colonisation (60 années) et la seconde (les 60 années depuis 1958) n’ont pas réalisé les aspirations fondamentales du peuple guinéen. Nous sommes à l’heure actuelle à l’aube d’un autre cycle politique que nous espérons vertueux et capable de faire émerger une nation moderne, soudée et prospère.  Comme l’indique le célèbre économiste Schumpeter, pour qu’il y ait innovation et progrès, il y a nécessairement une destruction créatrice afin que le nouveau remplace l’ancien. Notre pays, la Guinée est dans cette phase. Le système  dominant a atteint ses limites. Le pays aspire à être gouverné autrement afin de s’arrimer au train de la modernité mais sa classe politique est encore une représentation de l’ancien monde qui est devenu obsolète. Incapable d’envisager une vision pertinente et positive de notre avenir, celle-ci étouffe les velléités de changement. A chaque étape cruciale de l’évolution du pays, elle brille par sa vision passéiste, exacerbation de l’ethnocentrisme, adepte de l’immobilisme et de la mauvaise gouvernance,  rétive au débat réellement démocratique et goût effréné pour la violence pour faire taire l’expression des contradictions. En d’autre terme, elle refuse de mourir alors que son temps est révolu. Dans cette perspective, l’avenir est en train de se construire en contestant les recettes surannées du passé. La génération des réseaux sociaux prend de plus en plus le leadership politique tout en réclamant un réel changement global du mode de gouvernance et de paradigmes.  Notre approche de l’opposition constructive s’inscrit dans cette logique vertueuse et qui épouse les exigences de son temps. Le changement est ainsi devenu impératif et il est inéluctable. A notre modeste échelle, nous préparons avec l’aide de Dieu, ce qui sera demain !

Laguineeka : nous souhaitons vous interroger sur les récentes allégations de l’ancien Président de la Transition, le Général Sékouba Konaté, qui affirme que vous avez reçu un million d’euros des mains du Président Alpha Condé, afin dit-il de déstabiliser l’UFDG et Cellou Dalein Diallo. Pour l’heure le Général Konaté n’a apporté aucun élément matériel pour étayer ses dires. Ce sont des accusations lourdes de sens contre vous qui faites de l’intégrité une question de principe. Quelle est votre part de vérité ?

BAH Oury : Comme je ne traîne pas de casseroles, mes adversaires depuis longtemps cherchent à ruiner ma réputation et à brouiller mon image. Ils ont tout tenté, y compris le crime (05 février 2016) mais ils ne sont pas parvenus à leur funeste but. Ils veulent maintenant me distraire pour me dévier de mon chemin. Ils perdent leur temps et leur salive.

Le Général Sékouba devrait plutôt apporter un éclairage sur sa gestion de la transition. Pourquoi m’avoir agressé dans la concession du candidat de l’UFDG à la veille du second tour des présidentielles de 2010 ? Pourquoi malgré une défaite « inattendue », le candidat de l’UFDG à ces élections a toujours ménager le président par intérim de la transition ? En effet lors d’une interview accordée à l’hebdomadaire Jeunafrique en décembre 2010, ce candidat avait dit du Général Sékouba Konaté « Il a bien assumé sa mission ». Les militants de l’UFDG doivent ainsi s’interroger sur ces relations incestueuses et troubles qui les ont privé de leurs victoires.  C’est ce qui m’importe pour le moment.

Laguineeka : Nous terminons cette interview par un nouveau concept. En effet, nos invités sont appelés à plancher librement sur un sujet au choix. Le but est d’apporter une réflexion philosophique profonde sur les grands enjeux sociétaux.  Vous avez à choisir l’un des trois thèmes suivants :

  • L’Etat et le Citoyen
  • Démographie et progrès social
  • Condensé de l’histoire de la pensée politique

BAH Oury : Je souhaite aborder l’Etat et le Citoyen dans le contexte guinéen. À l’aune de mon expérience et de ma connaissance des réalités nationales guinéennes, le vrai problème de la Guinée est la crise de l’Etat. A cet égard, le livre de Bernard Ameillon écrit en 1964 intitulé « Guinée : le bilan d’une indépendance » est très instructif. L’Etat en Guinée est de type néo-patrimonial c’est-à-dire c’est un système politique de captation des ressources au service exclusif d’une minorité. En effet dans ce contexte la compétition politique et donc l’accession au pouvoir n’est qu’une manière d’accéder aux sources de richesse et d’enrichissement illicite pour entretenir une clientèle et des clans d’affairistes. Ainsi l’ethno-stratégie, la mauvaise gouvernance, l’instrumentalisation de la violence, et la violation des droits des citoyens ne sont que des attitudes secondes de la dynamique principale à savoir s’approprier des leviers de commande de l’Etat pour siphonner ses ressources. L’Etat colonial et l’Etat postcolonial  sont de cette catégorie.

A ce niveau, le citoyen n’est qu’un simple rouage dans une logique d’exploitation qui  ignore ses droits formels. L’Etat de droit n’est alors qu’un habillement verbal.

L’Etat néo-patrimonial a aujourd’hui atteint ses limites. D’où les crises que nous vivons. L’offre politique que nous promouvons est une alternative pour construire une forme d’Etat qui se réconciliera avec la société civile (sens de Gramsci et d’Hegel) et qui apportera le bien être à l’ensemble de sa population. Ainsi le nouveau cycle politique qui émerge est le dépassement de l’Etat néo-patrimonial. C’est un enjeu qui dépasse la Guinée car il concerne pratiquement la quasi-totalité des Etats africains. Réformer l’Etat pour vaincre la pauvreté, participer pleinement à la révolution numérique, et s’adapter aux nouvelles contraintes écologiques de changement climatique sont les enjeux de notre temps. Ceci est de loin plus passionnant et utile que de s’intéresser à des querelles byzantines et inutiles. Utilisons positivement notre énergie afin de construire enfin notre pays.

Merci pour votre bienveillante attention.

BAH OURY : » je cherche à reconquérir le leadership de l’UFDG »

 

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CONAKRY- Bah Oury ne désarme pas. L’ancien exilé politique nourrit encore l’ambition de reconquérir le leadership de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée. L’ancien exilé politique revient ici sur ses stratégies et ses moyens de lutte. Dans cette interview, Bah Oury a également évoqué le sujet lié au bras de fer autour de l’installation du maire de Kindia, du bilan des 100 jours du Gouvernement de Kassory Fofana, mais aussi de la récente signature du contrat entre la Guinée et une société Turque sur une partie du port de Conakry.

 

AFRICAGUINEE.COM : Le Gouvernement de Kassory Fofana vient de franchir le cap des 100 jours. Etes-vous rassurés par son action ?

BAH OURY :Le Gouvernement vient de franchir les 100 jours.  Il est encore tôt pour porter un jugement définitif par rapport à son action. Toutefois j’éprouve un sentiment d’insatisfaction sur les points suivants :

·       Le dialogue social qui aurait dû être la méthode de gouvernement n’a pas été efficacement utilisé. La Guinée aurait pu évitée plusieurs semaines d’affrontements syndicats-forces sociales et gouvernement au sujet de l’augmentation du prix du carburant. En fait ici, il y a eu un déficit notoire de pédagogie.

·       Les questions d’assainissement de la ville de Conakry relèvent de la gestion des communes. Le gouvernement doit à la fois assurer les allocations budgétaires de manière  décentralisée et définir une réelle politique de l’assainissement ; les quartiers et les communes s’occupant des opérations sur le terrain. En faire une activité gouvernementale régulière  est une erreur de mon point de vue.

·       La mobilisation du pays tout entier pour faire face à la faiblesse des capacités de collecte de ressources pour alimenter le budget national manque de vigueur.  C’est un drame, car il est de notoriété publique que les difficultés aussi bien structurelles que conjoncturelles se situent au niveau de l’insuffisance des ressources.

Ce gouvernement est né suite à une crispation sociale de vaste ampleur, il est donc important de mesurer le poids qu’il porte pour éviter une réédition des frondes sociales.

Vous êtes en tournée en Europe depuis plusieurs semaines. Parlez-nous-en !

C’est vrai, j’ai répondu à une invitation pour me rendre en Allemagne à la mi-août dernier. Un séjour de prise de contacts et aussi de travail prometteur. Cette semaine, je serai également à Bruxelles pour participer à un forum international pour le développement des relations Afrique- Union Européenne. Nous aurons l’occasion d’en parler plus tard.

Visez-vous la reconquête du leadership de l’UFDG ?

L’UFDG a urgemment besoin d’un nouveau leadership pour éviter de sombrer dans un désastre sans rémission. Par conséquent ce n’est point un secret que je cherche à conquérir le leadership de cette formation politique que nous avons créée il y a trente années. C’est une étape importante. Toutefois le but ultime est notre participation aux législatives et aux prochaines présidentielles avec l’aide de Dieu.

Comment observez-vous l’immixtion des chefs coutumiers et religieux dans la bataille pour le  contrôle de la mairie de Kindia ?

D’abord il est inconcevable de penser gérer une collectivité locale en excluant les chefs coutumiers et religieux de la contrée. Ce sont eux les grands électeurs et ils sont représentatifs des sensibilités religieuses et des diversités. En fait ce sont les dirigeants politiques qui se sont trompés d’élection. Une élection de conseillers communaux n’a rien à voir avec une élection de type nationale. La mairie de Kindia comme toutes les autres communes du pays doit assurer une juste et équitable représentation de tous. Le refus de respecter la loi, la recherche tous azimuts d’arrangements pour satisfaire des intérêts de clans et l’appétit d’ogre d’occuper des postes sont les causes de la crise autour de la mairie de Kindia.

Ce qui est encore plus grave, comment qualifier des dirigeants nationaux qui n’ont pas compris l’esprit de la représentation proportionnelle dans les communes ? C’est ahurissant et triste à la fois.

Que doit faire l’UFDG pour éviter un bras de fer fâcheux ?

Des fautes ont été commises de part et d’autre. La source des problèmes est l’accord du 8 août dernier qui a ignoré l’application stricte de la loi au profit des arrangements. Que faire maintenant où les crispations identitaires sont exacerbées inutilement ?

A mon avis, il appartient à la tête de liste de l’UFDG (Abdoulaye BAH) de prendre ses responsabilités. Il est de Kindia. Il aime sans aucun doute sa ville et je pense qu’il n’aimera pas voir cette cité s’entredéchirer. En politique, il faut des fois savoir reculer pour mieux sauter … et prendre son mal en patience. Pour préserver son avenir politique qui est réelle, la mairie de Kindia n’est pas la seule voie possible.

Que pensez-vous du contrat signé entre l’Etat guinéen et l’entreprise turque Albayrak pour la gestion du quai du port autonome de Conakry ?

C’est un dossier complexe qui nécessite une large connaissance de la situation du Port Autonome de Conakry. Ne disposant pas pour le moment suffisamment d’informations sur le sujet afin de fonder une conviction honnête et responsable, permettez moi de réserver ma réponse.

Huit mois après la tenue des élections communales, les conseillers ne sont toujours pas installés. N’est-ce pas gênant pour les acteurs politiques que vous êtes ? 

Nous ne nous sentons nullement responsables de ce blocage que nous avons tout le temps dénoncé. Les signataires des accords du 08 août 2018 sont les  seuls concernés. Le gouvernement et en particulier le Ministre de l’Administration du Territoire ont ainsi contribué à décrédibiliser les institutions du pays, désavouant l’autorité de la CENI et discréditant aux yeux de l’opinion nationale le principe du vote. C’est un précédent dangereux pour la Guinée car sa crédibilité interne et externe est sérieusement atteinte.

Que se passera-t-il demain, dans le cadre d’une élection nationale, avec une telle jurisprudence ? Ce sera le blocage du pays et l’inauguration d’une période d’instabilité avec toutes les conséquences fâcheuses possibles. La République est dans ce contexte en danger.

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

 

A KINDIA, LA RAISON DOIT TRIOMPHER

 

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La convocation devant les tribunaux de l’Imam de Kindia, El hadj Camara suite à sa déclaration xénophobe, excluant la possibilité qu’un non-natif de Kindia puisse en devenir le maire, est lourde de conséquences.

Déjà le Khalif El hadj Bano BAH de Pita et l’imam de la Grande Mosquée Fayçal El hadj Mamadou Saliou Camara sont intervenus publiquement pour rappeler « qu’aucun citoyen guinéen n’est étranger dans n’importe quelle partie du territoire national ».Ces deux éminentes personnalités religieuses ont ainsi rappelé, l’égalité de tous dans la République. Ces discours pédagogiques et solennels ont une portée nationale car ils condamnent explicitement une dérive à caractère ethnocentriste de la part de l’imam de Kindia. Ce malencontreux épisode aurait dû s’en arrêter là.

La convocation de quelques notables de Kindia devant la justice crée une fissure dans la coexistence fraternelle entre les différentes communautés peuplant la capitale régionale de la Basse-Côte. Ceux qui sont à la base de cette initiative judiciaire ont oublié qu’il existe d’autre moyen de médiation plus efficace qui puise leur légitimité dans les traditions communes des populations guinéennes. En effet les sages de Kindia sont les mieux habilités à gérer ce genre de frictions entre leurs concitoyens. S’ils sont sollicités dans les règles de l’art, ils sauront certainement éteindre ce début d’incendie qui risque d’embraser toute la ville si nous ne prenons pas garde. Ne dit-on pas, mieux vaut prévenir que guérir.

Cette affaire montre également l’ignorance par ceux qui prétendent « faire la politique », la nature et l’esprit du scrutin à la proportionnelle qui régit les élections communales en Guinée. D’abord cette élection locale a été dévoyée de son objectif originel pour la transformer en querelle d’égos entre des « supposés présidentiables ». Ensuite le conseil communal est composé de l’ensemble des élus (oppositions- mouvance- indépendants) et les décisions sont prises conformément à la règle de la majorité. Ceci induit à tout moment la recherche d’une majorité pour assurer la gestion de la commune, d’où la nécessité de l’existence d’un climat apaisé et convivial entre tous les élus.

Ignorer ce B-A, BA de la gouvernance locale, c’est d’ores et déjà inaugurer des échecs cuisants pour le futur. Kindia comme toutes les autres villes de Guinée a besoin de stabilité et d’apaisement afin d’être gouvernée pour l’intérêt de tous.

 

GUINEE: LES MOYENS DU REDRESSEMENT EXISTENT

 

 la Guinée a un taux dinflation trés élevé

« Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va ».

Ce proverbe de Sénèque s’adapte parfaitement à la situation guinéenne d’aujourd’hui. En effet la récente hausse brutale du carburant à la pompe de 25% (de 8000 GNF le litre à 10000 GNF/l) a généré une contestation populaire conduite par les syndicats et les forces sociales. Le retour au précédent tarif est le leitmotiv des représentants sociaux face au gouvernement qui de son côté argue « qu’il est impossible de faire autrement ». Ainsi les bases du dialogue (gouvernement –acteurs sociaux et syndicaux) doivent aller au delà de la fixation du prix du litre de carburant à la pompe pour aborder la totalité des causes des blocages de notre économie. C’est par cette voie que cette crise pourra accoucher de perspectives heureuses pour la population guinéenne.

 

En effet la contestation du niveau du prix du carburant actuel n’est que l’aspect périphérique d’un problème structurel et récurrent de la nature de la gouvernance économique de la Guinée. Ce mal gangrène les efforts et les sacrifices des guinéens depuis plusieurs décennies. Il est essentiel de savoir d’où nous venons, quelle est la nature de nos difficultés passées et actuelles, où est ce que nous voulons aller afin de fixer le cap et de mobiliser par conséquent les guinéens et les guinéennes pour construire enfin notre pays. A cet égard la déclaration du représentant de l’Union Européenne en présence des dirigeants des banques et d’une mission du FMI, « La Guinée peut même devenir indépendante de l’aide des partenaires avec une meilleure gestion des finances publiques » nous interpelle sur notre responsabilité collective par rapport au devenir de notre pays.

 

Apprenons de notre passé

Afin de palier aux insuffisances de recettes publiques pour financer les dépenses de l’Etat le régime guinéen des années 60 à la révolte des femmes en août 1977 a eu recours à deux principaux mécanismes :

  1. Aux prélèvements des impôts en nature en pressurant la paysannerie en utilisant les produits des récoltes comme moyens de règlement des impôts appelés « normes ». Cela avait induit le départ massif des paysans et de leur bétail vers les pays limitrophes. Ce fut une période de privations et de famines notamment dans les campagnes.
  2. A l’utilisation du troc en échangeant la bauxite de l’Office de bauxite de Kindia contre des biens de consommation importés de l’ex-Union Soviétique. Les revenus tirés de l’exploitation de la bauxite de la CBG (Compagnie des Bauxites de Guinée) et de l’exportation de l’alumine de l’usine de Pechiney de Fria, servaient à alimenter en devises les caisses de l’Etat.

La gestion monétaire dans ce système étatisé à outrance avait alimenté une spirale inflationniste qui avait empêché la création d’un système financier performant. Dans ce contexte le franc guinéen (syli) n’avait pas pu permettre à la Guinée de tirer profit de sa souveraineté monétaire. Par contre elle avait permis de faire émerger une culture de rente qui avait enrichi quelques possédants.

La liquidation des banques d’Etat en décembre 1985, la création du GNF qui le 1er janvier 1986 était en parité avec le franc CFA , la libéralisation de l’économie avec les privatisations tous azimuts et l’abandon des impôts en nature étaient une conséquence logique du marasme économique de l’ancienne période. La transformation structurelle des leviers de l’économie qui en avait résulté, avait permis d’obtenir quelques améliorations économiques et sociales dans la décennie (1987- 1998). Le limogeage du Premier Ministre Sidya Touré en 1999 avait annoncé la fin de la politique des réformes structurelles de l’économie guinéenne. Depuis lors, les rigidités structurelles de l’économie nationale se sont renforcées pour freiner toutes velléités réformistes susceptibles de remettre en cause des intérêts claniques. C’est ainsi que depuis le début de ce siècle, les réformes essentielles dont la Guinée a besoin ont été ignorées. La Guinée a accentué en conséquence son retard par rapport aux pays comparables de région comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Ghana.

 

La Guinée, un pays marqué par des troubles sociaux

L’histoire économique de la Guinée fourmille de riches enseignements qui méritent notre attention. Il a été constaté depuis le début de l’indépendance nationale, des périodes inflationnistes ont toujours précédés les crises sociales et politiques qui ont été génératrices de répressions et de troubles. C’était le cas en 1972, aussi en août 1977 avec la révolte des femmes, et aussi en 1989 aux lendemains des réformes engagées par le CMRN du Général Lansana Conté. La décennie 2000-2009 a été également dans le même sillage avec les grèves générales de vastes envergures des forces vives nationales. C’est d’autant que les répressions ont été démesurées et d’une rare sauvagerie (22 janvier 2007). Ces derniers mois aussi, la Guinée est marquée par des séries de revendications salariales et des contestations sociales dont les racines sont d’origine essentiellement économiques (prix du carburant). La quête de la stabilité de notre pays et de l’instauration d’un climat propice au développement oblige à procéder à des remises en cause de notre regard sur les choix économiques en cours.

 

Des causes économiques de la récurrence des crises 

La volonté d’un gouvernement dépend de sa capacité financière à financer ses programmes. Ses possibilités à collecter suffisamment des recettes en sont les déterminants. Or, depuis des lustres, le niveau des recettes collectées est insuffisant au regard des potentialités et des besoins. A titre d’illustration pour l’année 2018, le budget de la Guinée libellé en CFA est de l’ordre de 1409 Milliards. Celui du Sénégal est plus que le double, tandis que celui de la Côte d’Ivoire est cinq fois supérieur. Le Premier Ministre Kassory Fofana récemment a précisé, qu’en dépit de cette insuffisance des recettes intérieures, 40% du budget sont financés par les dons et des aides extérieures. La Guinée cumule ainsi depuis de longues décennies ce double handicap: l’insuffisance des recettes d’une part et la dépendance budgétaire vis-à-vis de l’étranger d’autre part.

 

La faiblesse des ressources collectées hypothèque le développement

Le PNDES (2016-2020) programme national de développement économique et social de la Guinée qui est le cadre stratégique des actions du gouvernement nécessite que le budget national actuel soit multiplié par au moins par 4 pour être en mesure d’en assurer la réalisation. En effet, les 30% du coût global du programme (14 milliards USD) devront être générés par les contribuables guinéens. Comme il sied en général à des projets adossés également à des financements extérieurs, la contribution de l’Etat guinéen est l’élément déclencheur de leur mise en œuvre. Très souvent devant l’incapacité des pouvoirs publics à mobiliser leur quote-part à temps, les exécutions des projets sont retardées voire abandonnées. La faible capacité d’absorption de l’économie guinéenne qui en résulte tire ainsi son origine. Dans ce contexte, le déclin et puis la stagnation des investissements publics à hauteur d’environ 14% du PIB, alors que la moyenne pour l’Afrique subsaharienne est de 25%, ne suffisent pas pour enrayer l’accentuation de la pauvreté monétaire qui affecte les 60% de la population.

Et ses effets pervers ruinent l’épargne nationale 

Un Etat ne peut pas se soustraire à ses obligations minimales (honorer les salaires de ses agents, assurer les services de base essentiels comme la nourriture, l’école, la santé) sans susciter des réactions populaires de frustrations et de colères. A défaut d’avoir développé une politique nationale hardie de mobilisation de l’épargne nationale, les autorités guinéennes ont eu systématiquement recours à l’endettement bancaire de manière peu orthodoxe pour financer le déficit budgétaire. Cet endettement (avance au trésor) ne doit pas excéder les 10% des recettes fiscales de l’année précédente selon la norme admise par la CEDEAO. Par contre en Guinée, la Banque Centrale pulvérise ce seuil avec en moyenne des avances au trésor avoisinant les 20% des recettes fiscales. En sus de ce financement à caractère inflationniste, le recours au système bancaire occupe de loin la première place sous forme de bons du trésor ou de titres de régulations monétaires. C’est ainsi que les besoins de financement de l’Etat sont si élevés que la politique de crédit est pénalisée par l’effet d’éviction. En effet, par exemple à fin décembre 2017, les créances sur l’Etat étaient de l’ordre de 11.185 milliards GNF et la totalité des crédits distribués par les banques primaires à la même période était 8.220 milliards GNF. Les besoins de l’Etat sont largement au dessus de la totalité des crédits alloués aux entreprises et aux ménages. L’une des conséquences de ce dysfonctionnement dans la durée est la réticence des banques à distribuer des crédits au secteur privé qui s’avère plus risqué avec des taux d’intérêts élevés du fait d’une inflation galopante. Il est plus facile dans ce contexte de prêter à l’Etat à des taux rémunérateurs avantageux et sans risque car assorti de la garantie de la BCRG. Au titre du budget 2018, il est prévu le règlement par l’Etat de charges financières (intérêts à payer) à hauteur de 1260 milliards GNF. Il est par conséquent aisé de comprendre le peu d’engouement des banques primaires pour assurer le financement des investissements productifs dans un tel environnement.

 

La souveraineté monétaire n’a pas encore favorisé le développement

Ceci n’a pu être possible que parce que la Guinée a conservé sa souveraineté monétaire et sa banque centrale est intiment lié au gouvernement. Aussi il a toujours été tentant de demander d’imprimer de nouvelles coupures d’argent pour financer des dépenses publiques. A court terme, la technique est moins coûteuse politiquement car il s’agit « d ‘une fuite en avant ». En effet, à moyen terme elle s’avère catastrophique, car elle ouvre la voie à toutes les dérives budgétaires. Il est en effet mécanique, plus la quantité de monnaie circulant dans l’économie croit sans connexion avec le niveau d’activité réelle, plus les prix flambent. C’est ainsi que la variable monétaire est devenue depuis l’indépendance « l’arme politique des ajustements » par laquelle les dirigeants ont pu s’exonérer d’engager la Guinée dans les voies des réformes structurelles indispensables de l’économie guinéenne. En revanche, à l’aune de la durée, ces laxismes dans le cadre de la gestion macro-économiques ont générés les causes objectives des troubles et des bouleversements sociaux récurrents que la Guinée a enregistrés ces dernières décennies.

A l’annonce de l’arrivée de M. Lansana Kouyaté au poste de Premier Ministre, Chef du gouvernement de consensus aux lendemains des bouleversements sociaux de 2007, le franc guinéen qui au départ valait sur le marché 5000 GNF pour 1 USD, s’apprécia au bout de 3 semaines pour valoir 2500 GNF pour 1USD. Les agents économiques avaient ainsi anticipé positivement le nouveau leadership gouvernemental s’attendant à un changement en profondeur de la gouvernance économique. Cette augmentation inespérée et soudaine du pouvoir d’achat du franc guinéen de 50% était un signal de bons augures pour la suite. Hélas, l’euphorie fut de courte durée car le désenchantement s’installa au bout de deux mois. Le franc guinéen reprit depuis lors sa chute pour valoir de nos jours prés 9300 GNF pour 1 USD. Les prix des produits importés comme le carburant sont ainsi directement impactés par l’évolution du franc guinéen. A ce niveau il est utile de faire remarquer les performances remarquables de l’économie marocaine qui jouit d’une forte stabilité monétaire. Comme le franc guinéen le dinar marocain est aussi une monnaie typiquement nationale. C’est la qualité de la gestion qui fait la différence entre les deux monnaies.

 

Pour ne pas périr, il faut changer notre manière de voir

L’examen du volet recettes du budget montre qu’il faut absolument que la Guinée améliore ses capacités de collecte de ressources pour envisager toute politique de redressement économique et financier. Le forum international organisé à Conakry en novembre 2016 articulé autour de : « la mobilisation efficiente des recettes intérieures et leurs utilisations efficaces»   avait formulé de pertinentes recommandations. Il était retenu entre autres l’élargissement de l’assiette fiscale afin de ne pas alourdir la fiscalité pour les entreprises qui s’acquittent de leurs impôts, la modernisation et l’informatisation des modes de perception des taxes, la mise en place d’un système d’information numérisé pour une totale traçabilité des opérations de l’Etat, le développement de la bancarisation du pays et aussi l’application stricte de la politique de décentralisation au niveau des communes afin qu’elles puissent percevoir les taxes d’habitation et s’acquitter des tâches relatives au développement local et à l’amélioration du cadre de vie. L’objectif étant d’accroître les ressources qui doivent revenir à l’Etat sans pour autant oublier l’adage qui dit « trop d’impôt tue l’impôt ». Il faudra souligner également que l’acceptabilité des taxes et impôts par la population dépend du degré de redevabilité que celle-ci reçoit en retour.

 

Conclusions

La multiplication des crises sociales dans notre pays recommande de faire sans complaisance un diagnostic responsable et constructif des maux qui plombent l’essor économique et financier de notre pays. Ses lignes constituent une tentative pour aborder particulièrement le volet de la mobilisation des ressources intérieures. A ce titre quelques enseignements peuvent être dégagés.

  • De manière prosaïque au niveau individuel, il est évident de comprendre qu’avant de dépenser il faut avoir au préalable de l’épargne. Il en est de même pour la puissance publique, si celle-ci veut être maître de son destin.
  • Le mode de la gouvernance économique de notre pays doit se renouveler totalement. Depuis l’indépendance, notre pays a privilégié le recours à l’endettement interne et à la création excessive de monnaie sans de réelles contreparties en biens et services. Cette politique a développé des mentalités rentières qui ont ruiné peu ou prou l’épargne nationale. Or, sans épargne, il ne peut y avoir des investissements durables. Les réformes structurelles économiques s’avèrent alors incontournables et urgentes pour rompre le cycle infernal poussée inflationniste – crise économique – troubles sociaux et politiques. éviter des catastrophes humaines, sociales et politiques.
  • J’ai foi en l’avenir de la Guinée. Il y a trois décennies le Ghana était dans un marasme économique et sociale très profond, pourtant aujourd’hui ce pays a su combler ses retards et fait partie des pays qui sont dans le peloton de tête en Afrique. Nous aussi avec des efforts, une volonté inébranlable nous pourrons hisser notre pays parmi ceux qui comptent en Afrique dans les prochaines années.

La ressource la plus précieuse pour une collectivité est la qualité de ses ressources humaines en terme d’éthique, de compétences, de rigueur et de sens de responsabilité. De ce point de vue nous brillons par des lacunes graves qui doivent être radicalement corrigés pour ériger la bonne gouvernance en une vertu dans nos pratiques. Le Premier Ministre n’a t’il pas estimé récemment que les détournements des deniers publics coûtent au moins 600 milliards GNF/an.  Avec l’aide de Dieu, sommes-nous pas maîtres de notre destin ? Alors pendant qu’il est encore temps un sursaut national patriotique est nécessaire pour éviter la répétition des heures sombres du passé. Nous le pouvons si nous le voulons.