A PROPOS DU REPORTAGE A CONAKRY DU JOURNALISTE DU « MONDE »

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L‘article de l’envoyé spécial du journal « Le Monde » Joan TILOUINE titré «  Avec les gangs de l’ axe , mercenaires politiques de Conakry » publié le 24 avril 2015 a jeté la consternation au niveau de beaucoup de démocrates guinéens. Pour la grande majorité d’entre eux , les jeunes de l’axe « Hamdallaye- bambeto-Cosa -Wanidara-Cimenterie » qui traverse de part en part la commune de Ratoma sur prés d’une vingtaine de Kilomètres, ont payé le plus lourd tribut pour la conquête de la démocratie et de liberté ces vingt dernières années en Guinée. Ils sont en première ligne pour brandir l’étendard de la révolte populaire afin d’obtenir tant soit peu une amélioration qualitative de la gouvernance du pays. Leurs aînés contestataires étaient à la fin des années 80 et au début de la décennie 1990 dans les campus universitaires . Les gréves estudiantines avaient obligé le régime d’exception du Comité Militaire de Redressement National du Général Lansanna CONTE à engager la libéralisation politique par la légalisation des partis politiques et la promesse d’organiser dans la foulée des élections présidentielles et législatives pour doter la Guinée des institutions de la république. Cette ouverture formelle de l’espace politique n’était pas accompagnée d’un changement au niveau du mode de gouvernance du pays. La mentalité du parti unique d’une part et les réflexes autoritaires d’autre part ont perduré tout au long des trois dernières décennies.

Les jeunes nés au milieu des années quatre vingt , moins marqués que les générations précédentes par la rigueur de la dictature de Sékou TOURE , culturellement métissées de peuls et de soussous et ouverts sur le monde extérieur, ne pouvaient plus vivre dans un carcan figé et obsolète que les équipes dirigeantes leur proposaient. En plus de la discrimination avilissante du fait d’un sentiment d’être en retard par rapport aux jeunes de Dakar ou d’Abidjan ,une discrimination ethnique les ravalant à des sous-citoyens leur est infligé . Majoritairement Peuls, ils vivent plus douloureusement la relégation des leurs au second plan par un système politique dont l’ethno-stratégie est le principal fond de commerce. Le déguerpissement et la destruction du quartier de Kapororail au cœur de la commune de Ratoma en mars 1998 jetèrent dans la rue plusieurs dizaines de milliers de personnes avec femmes et enfants ,sans toits et sans ressources. Cette opération a provoqué un traumatisme collectif d’une profonde ampleur. Certaines de ces familles qui avaient fui les exactions des guerres civiles du Libéria et de la Sierra-Léone croyaient de retour dans leur pays natal pouvoir jouir de leur pleine citoyenneté et se retrouvèrent une seconde fois pourchassées et dépossédées de tous leurs biens. Les jeunes de l’axe sont les victimes de ces tragédies dont la Guinée est coutumière. D’où, depuis lors leur défiance vis-à-vis de l’ordre établi et leur révolte contre un système politique qui les a rejetés.

L’article du journaliste du journal « Le MONDE » les dépeignant comme des gangs de mercenaires politiques , donc plus intéressés à obtenir des gains financiers est une insulte à leur esprit de sacrifice et leur engagement constant pour une cause pour laquelle ils n’hésitent pas de donner leur vie. Évoquer la question du trafic de drogue dans la sous-région à partir d’échange avec un jeune « leader » de l’axe est une allusion suspecte qui écorne l’image du mouvement contestataire dans son ensemble. En plus l’infantilisation des jeunes manifestants «que des chefs de clan utilisent pour servir les intérêts politiques cyniques et affairistes du ghetto » traduit une vision partiale et subjective. Des centaines de jeunes de l’axe sont tombés le 22 janvier 2007 fauchés par les balles des forces de l’ordre au pont Tombo de Conakry, d’autres centaines furent tués le 28 septembre 2009 et prés de 60 autres sont tombés depuis l’arrivée d’Alpha CONDE au pouvoir. Le cimetière de Bambeto est rempli de stèles à la mémoire de ces martyrs. Cette lutte constante pour un réel changement démocratique ,en dépit de la barbarie de la répression policière démontre une réelle prise de conscience des enjeux politiques et sociaux de leur pays. Bien entendu, certains d’entre eux ne vont pas dédaigner de recevoir des liasses de billets de banque de la part d’hommes politiques qui croient pouvoir acheter leur soutien. Les plus désespérés parmi eux ,choisissent le chemin de l’exil pour l’Europe en empruntant le chemin du désert et de la traversée de la Méditerranée au péril de leur vie. Ils savent que la mort guette à chaque coin de rue le jour d’une manifestation. Ces dizaines de milliers de Gavroche ne sont ni des manipulés écervelés ,et ni des mercenaires politiques. Ils se battent pour la liberté , pour leur citoyenneté et pour le changement démocratique en Guinée. A l’instar des enfants de Soweto contre l’apartheid , les enfants de l’axe « Hamdallaye – Bambeto – Cosa » luttent pour une noble cause.

Enfin la crainte formulée d’un « bain de sang » par Cellou Dalein DIALLO président de l’UFDG est cyniquement présentée comme une volonté délibérée de sa part de «vouloir le provoquer  afin d’attirer l’attention de la communauté internationale ». Cette façon de voir est une manière de renverser la pyramide où les victimes sont considérées comme les responsables de leur sort et donc coupables. Comme si ,revendiquer ses droits civiques est anormal et l’usage des armes de guerre pour contrer une manifestation politique pacifique est compréhensible. Le journaliste ignore les subtilités politiciennes de Conakry où le prince de Machiavel a beaucoup d’émules parmi les cercles dirigeants. En réalité , le régime instrumentalise la presse internationale pour préparer une répression de vaste envergure en la présentant comme des actions pour combattre la délinquance et le trafic de drogue dans les quartiers Nord de Conakry. A ce titre, que dire du présumé auteur de l’assassinat de la Directrice du Trésor Mme BOIRO en novembre 2012 , Mohamed Junior . Ce dernier récemment interpellé au sud du pays a confié de sa prison, à la presse « M. Alpha CONDE, m’a présenté à la fois au haut-commandement de la gendarmerie et au directeur général de la police nationale ,pour me confier la sécurité de la ville de Conakry avec instruction de me donner tous moyens pour ma mission ». La création de milices armées qui supplantent les forces officielles chargées de la sécurité est une réalité qui s’est banalisée. C’est pour cela les exécutions extra-judiciaires sont légions. Les dernières en date sont les assassinats d’Amadou Oury DIALLO ,président de la section des motards de l’UFDG et de Thierno Aliou DIAOUNE ancien ministre de la transition et brillant activiste de la société civile.

Il serait regrettable que le journal « Le Monde » dont l’intégrité ,l’objectivité et le sens de responsabilité sont internationalement reconnus, soit abuser et instrumentaliser à son insu par des manœuvres politiciennes de haute voltige pour discréditer une cause juste. Déjà en septembre 2013 à la veille des élections législatives, le Canard Enchaîné s’était embourbé en publiant de faux rapports confectionnés par les autorités guinéennes et attribués à la CIA et du DGSE où le groupe de Beny STEIMETZ est présenté comme le financier de Cellou Dalein DIALLO et de BAH Oury pour organiser un coup d’État contre Alpha CONDE. Le pouvoir de Conakry ,adepte de la théorie du complot permanent ne recule devant rien pour duper l’opinion internationale et cacher du regard du monde ses crimes humains et économiques.

Cette  publication  contribuera sans aucun doute à rééquilibrer le reportage du journaliste Joan TILOUINE et rendre également justice aux damnés de la terre de l’axe du changement de Conakry.

Malik Sankhon et le pouvoir fuient les débats avec Bah Oury

Visualisez le débat négatif d'Albert D Camara sur France24

Posted by Alexis Thérèse on Tuesday, April 21, 2015

Bah Oury face à Damantang Camara sur France24

BAH OURY : « LA LUTTE DOIT SE POURSUIVRE JUSQU’AU DÉPART D’ALPHA CONDÉ »

alpha conde

Après la journée d’hier lundi émaillée de violences dans la capitale guinéenne suite à l’appel de l’opposition, le vice-président de l’Union des Forces démocratiques de Guinée, Bah Oury, en exil en France, dresse le bilan de la manif de ses pairs.

Dans un premier temps, il s’est réjoui de la mobilisation des militants et sympathisants de l’opposition guinéenne dans les cinq communes de Conakry. « Cette journée de manifestations à Conakry marque le début de la fin pour la gouvernance d’Alpha CONDE. Les manifestants se sont mobilisés sur l’ensemble des cinq communes de Conakry », s’est-il félicité.

Comme d’habitude, poursuit-il,  la Commune de Ratoma est restée fidèle à elle-même avec courage et esprit de sacrifice. Cette fois ci, les communes de Matoto, Dixin , Matam et Kaloum se sont fortement impliquées. Toute la jeunesse de Conakry sans aucune distinction ethnique s’est mobilisée pour braver avec panache les forces de l’ordre. »

Parlant des blessés, Bah Oury précise : «  Des blessés par balles réelles sont signalés mais pour l’instant je n’ai pas une confirmation du nombre supposé de décès. A l’instant même, on vient de m’annoncer l’arrivée au Centre Mère et Enfant de Kipé du corps d’un enfant tué à bout portant au cœur par balle. L’utilisation de balles réelles contre notamment des enfants est un crime odieux qui ne doit pas rester impuni. C’est pour cela que la mobilisation doit se poursuivre. »

Une victoire pour l’opposition

Pour Bah Oury, cette manifestation a été une grande victoire pour l’opposition guinéenne.

« Les jeunes montrent leur unité et leur détermination pour changer la gouvernance en Guinée. Ils sont conscients de l’enjeu que représente pour eux la lutte qui est engagée. C’est leur avenir qui est en question. Leur volonté commune de braver les gardes prétoriennes du régime au péril de leur vie cimente l’unité nationale, malgré les multiples manipulations auxquelles excelle M. Alpha Condé. La lutte doit se poursuivre sur cette base jusqu’au bout avec comme objectif ultime, le départ du pouvoir d’Alpha Condé », a-t-il martelé.

Et d’ajouter en ces termes : « L’opposition démocratique montre aussi à travers ses différentes organisations une plus grande détermination et une cohérence plus accrue par rapport à la courageuse déclaration de Paris du  23 mars dernier. L’affirmation de l’illégitimité d’Alpha CONDE vient d’être démontrée par cette formidable capacité de mobilisation d’aujourd’hui, fait naître l’espoir d’un changement démocratique très prochain. »

Pour terminer, le vice-président du principal parti de l’opposition croit à une nouvelle aube qui pointe à l’horizon en Guinée. « L’espoir est permis et il faut continuer à entretenir la flamme. C’est une journée de fierté et de grande dignité pour la majorité des guinéens », a-t-il conclu.

Sarifou Barry, depuis la France pour Guinéenews©

Le phénomène du repli identitaire en Afrique de l’Ouest

 

Contribution de BAH Oury au séminaire organisé par le Centre de Politique Internationale et d’Analyse des conflits de l’Université Toulouse- Capitole le 11 avril 2015 

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La région de l’Afrique de l’Ouest qui compte prés de 330 millions de personnes , requiert davantage l’attention médiatique car elle au cœur de l’arc d’instabilité qui va de la Mauritanie au Nigéria et à la Corne de l’Afrique. Cet intérêt est marqué depuis le début de ce siècle par la persistance de conflits intra-étatiques . Les guerres civiles ont ensanglanté le Liberia, la Sierra-Léone ,la Côte-d’Ivoire et le Mali. Le sud du Sénégal ,la Casamance est dans un cycle de guerre larvée .La région des pays du Lac-Tchad et le Nord-Est du Nigéria sont en proie aux exactions et à la violence que sèment Boko-Haram . La Guinée, la Guinée-Bissau ,la Gambie et la Mauritanie connaissent des cycles d’instabilité politique et sociale récurrente. Bref presque aucun pays de cet espace géographique n’échappe d’une manière ou une autre à la manifestation de crises politiques et sociales dont les référents ethniques et identitaires sont les principaux marqueurs.Passons en revue quelques cas à titre d’illustration.

La crise en Casamance ou la difficile intégration dans l’espace national sénégalais

Le 26 décembre 1982 , le Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance de l’Abbé Diamacoune Senghor organise une manifestation pacifique à Ziguinchor pour réclamer l’indépendence par rapport au Sénégal . Le drapeau Sénégalais est brûlé et celui du MFDC est hissé . La répression fut violente et quelques morts sont dénombrés. Dix années durant le cycle de répressions et d’attaques meurtrières sporadiques opposent les maquisards aux soldats. Les manifestations culturelles de la communauté Jola furent surveillées, car l’administration sénégalaise avait élargi la menace au niveau de l’expression culturelle qui selon elle était l’occasion de rites initiatiques guerrières et de campagne de ralliements et de recrutements des « indépendantistes ». Ce n’est que le 31 mai 1991 qu’un premier cessez-le-feu est signé et qui sera remis en cause en avril 1995 avec la disparition en Casamance de quatre touristes français. Aprés plus de trois décennies , la paix en Casamance n’est pas encore là. La question de la Casamance est ainsi un élément structurant de la diplomatie sous-régionale des différents gouvernements du Sénégal . Le Président Macky SALL a fixé le retour à la paix comme étant la priorité de ses priorités.

Quelles sont les facteurs explicatifs de la cristallisation identitaire ou indépendantiste en Casamance :

  • La société Jola l’une des principales composantes ethniques de la région de Ziguinchor ,majoritairement animiste ou chrétien estime qu’elle est victime d’ostracisme , de marginalisation par rapport au reste du Sénégal. La Casamance ,région luxuriante où la riziculture prospère a connu durant les années 70 un afflux massif de populations venant du Nord du Sénégal cherchant à fuir la sécheresse et la crise de la monoculture d’arachide . Ce nouveau peuplement a dominante culturelle « oualoff » et musulmane prend possession des riches terres et colonise de nouveaux espaces agricoles en procédant à la déforestation. La communauté Jola s’est sentie triplement agressée : l’occupation des terres s’est faite à ses détriments , ses croyances religieuses qui s’articulent autour de la forêt sacrée aux boekin (fétiches) disparaissent faute de forêts et la pauvreté gagne davantage ses membres. Le rejet des nouveaux arrivants est ainsi nécessairement transféré à l’ensemble des représentations du Sénégal.

  • L’existence de la Gambie comme un doigt qui pénètre à l’intérieur du Sénégal crée une certaine forme de discontinuité territoriale qui a accentué le sentiment de marginalisation et d’isolement .Pour certains l’irrédentisme jola est révélateur d’une crise du lien inégal entre un centre et sa périphérie. La configuration des frontières a accentué ce fait. Les autorités sénégalaises ont tenté à travers l’éphémère confédération sénégambienne d’y apporter une réponse mais qui n’a pas prospéré.

  • Jusqu’en 1939 la Casamance a été gérée en tant que colonie française à part entière et ce n’est qu’à la fin de la seconde guerre mondiale que le rattachement à l’espace économique sénégalais devient effectif. Cette intégration somme toute très récente justifierait pour les tenants de la particularité casamançaise et la faiblesse des liens entre la périphérie (la Casamance ) et le reste du territoire.En plus si l’Etat est parvenu à imposer sa « capacité d’inclusion totale » par le biais de la rente liée à l’arachide sur la majeure partie du territoire il en a été autrement au Sud plus porté à la riziculture. En plus l’intégration a été abordée pendant une longue période dans un « sens horizontal notamment à travers les relations ethniques » ( Coulon 1972). Ainsi il était insuffisant de considérer la Casamance intégrée au Sénégal à travers la présence d’un seul ministre originaire de la région en l’occurrence Emile Badiane pendant la période senghorienne, alors qu’en 1960 une partie de la population souhaitée l’autonomie de leur territoire du fait de la spécificité Casamançaise.

  • Le mouvement indépendantiste né d’une crise citoyenne a transformé en instrument politique en sa faveur le processus de construction identitaire en œuvre aussi bien en milieu jola que dans les autres composantes sociétales casamançaises . Cette dynamique était aussi présente dans les autres parties du territoire sénégalais où à l’époque les associations à caractères « culturelles » foisonnaient un peu partout. Cette quête nationale de réappropriation de son histoire voire de recherche d’authenticité et de promotion des langues nationales a alimenté le sentiment d’appartenance à une identité spécifique. L’affirmation de cette identité est en fin de compte le résultat d’une marginalisation dont se disent victimes les groupes ethniques Casamançais et non l’aboutissement d’un véritable consensus interethnique. Cela est renforcé par la crise économique du Sénégal dans les années 70 et 80 aggravée par l’application des mesures d’ajustements structurels préconisées par le FMI.

Le devenir de la Mauritanie ou la construction nationale en panne

La lecture de quelques coupures de presse permet de cerner les clivages politiques et communautaires qui structurent la société mauritanienne.

  • Le chef du parti FPC (Forces Progressistes du Changement) M. Samba THIAM déclare : « Mohamed Ould Abdel Aziz se comporte plus comme un président de la communauté arabo-berbère qu’un président de toutes les composantes de la Mauritanie ».Il ajoute « ce communautarisme s’est manifesté dans le recensement discriminatoire à l’égard des Négros mauritaniens et des harratines ». M.THIAM a dans le même contexte estimé que « la décision de faire de la langue arabe celle des armées mauritaniennes est un autre exemple de ce communautarisme qui exclut les Négros africains de l’institution militaire. »

  • Le 1er septembre 2014, le bureau exécutif du Manifeste des Haratines s’était réuni pour évaluer le bilan de ses revendications. Dans leur charte proposée à l’autorité publique ,les cadres haratines avaient demandé une meilleure représentativité dans les cercles décisionnels, la restauration de la citoyenneté et une plus grande prise en compte de l’unité nationale , la fin des privilèges sociaux, l’ancrage de l’égalité et de la justice et le règlement du dossier de l’esclavage.

  • Le 2 septembre 2014 ,les Soninkés réunis au sein d’un Comité Représentatif des Soninkés de Mauritanie s’insurgent contre leur exclusion des institutions de la République en exhibant des statistiques.

  • Avant cela ,les Wolofs avaient organisé un grand rassemblement pour clamer qu’ils étaient les grands oubliés du gouvernement du Premier Ministre Yahya Ould Hademine et les éternels exclus de la Mauritanie.

Toutes ces franges des élites mauritaniennes qui se sentent exclues ,revendiquent à juste titre une répartition équitable des postes dans les administrations et dans les armées. Elles contestent la sur-représentativité de la composante arabe (30%) qui occupe à elle seule l’essentiel des postes de commande du pays. La composante noire de Mauritanie à laquelle s’identifient maintenant les Haratines (40%) pourtant comptabilisés dans la catégorie arabe , dénonce l’hégémonie qui lui est imposée sur des bases subjectives. Ces revendications catégorielles encouragées par la politique des quotas instaurée de fait depuis 1978 par les différents régimes militaires remettent en cause une évolution harmonieuse de toute la société mauritanienne et renforcent l’accumulation des frustrations collectives.

En Guinée , institutionnalisation du communautarisme et risques d’implosion nationale

La Guinée est composée de quatre régions naturelles bien distinctes par les caractéristiques géographiques. Le littoral sur la façade atlantique ( Basse-Côte) ,région d’origine des soussous et des bagas, le territoire montagneux du Fouta-Djalon (Moyenne-Guinée) où dominent les peulhs, la région de la savane (Haute-Guinée) peuplée essentiellement de malinkés et la région forestière (Guinée-Forestière) qui est habitée par les guerzé, les tomas, les kissis et les manos.

L’éthno -stratégie comme moyen de se perpétuer au pouvoir :Les différents chefs de l’exécutif guinéen ont exacerbé les tensions ethno-centriques sous-jacentes dans la société guinéenne. Sékou TOURE ( 1958-1984) d’origine malinkée déclare la « guerre aux peuls » en 1976, Le Général Lansanna CONTE ( 1984-2008) se plaisait à dire sur les ondes de la radio nationale «  le parent trompe mais ne trahit pas », le Capitaine Dadis CAMARA et le Général KONATE du CNDD font dériver la transition (2009-2010) dans des tueries à caractère ethnique à une plus grande échelle qu’auparavant. La politique qui consiste à diviser pour régner est utilisée ainsi au détriment des règles démocratiques et citoyennes. Les appareils administratifs et sécuritaires sont par conséquent bâtis avec la particularité ethnique comme principal critère au détriment des valeurs de compétences , d’intégrité et d’égalité des citoyens. La pratique ethno-stratégique des différents régimes au pouvoir à Conakry est la raison principale du déficit démocratique en Guinée.

La crispation ethnocentrique aggravée par la gouvernance d’Alpha CONDE :Le second tour des élections présidentielles de 2010 a été principalement marqué par la question ethnique. C’est ainsi qu’une rumeur savamment orchestrée « d’empoisonnement de sachets d’eau servis à des militants du RPG au cours d’un meeting de la campagne au Palais du peuple à Conakry » débouche sur « des chasses à l’homme contre les peuls» en Haute- Guinée fief du candidat Alpha CONDE. A Siguiri , leurs biens sont pillés ,quelques personnes furent tués et des milliers d’autres sont obligés de quitter cette région pour se réfugier dans leur territoire d’origine. Certains , dont les familles sont installées en Haute-Guinée depuis plusieurs générations sont chassés de leur terre pour des destinations où ils n’avaient plus aucune attache directe. Cette fracture a terriblement traumatisé toute la société guinéenne et a élargi le fossé entre les communautés peul et malinkè. Jusqu’à présent aucune action de repentance et de réparations n’est engagée par le Chef de l’Etat guinéen. Cette attitude n’est pas fortuite et ne se justifie pas seulement par l’âpreté d’une campagne électorale musclée . Elle correspond à une vision politique d’instrumentalisation en outrance des appartenances ethniques à travers un concept « tout sauf les peuls ». Ce slogan fait écho à « la guerre contre les peuls » lancée par Sékou TOURE en 1976 après avoir fait mourir de diète noire au camp Boiro le premier secrétaire général de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine) M. DIALLO Telli.

A l’aune de la pratique gouvernementale , une « rwandisation » rampante du Fouta a conduit à l’émergence d’une structure appelée le Manden-Djallon. Cette organisation soutenue par le gouvernement dresse les populations ayant des noms à consonance malinkée contre les populations dites peules. L’objectif du pouvoir est de créer un clivage entre les peuls dits nobles ou foulassos et les peuls dits « esclaves  ou rundés», rappelant le clivage artificiel entre les tutsis et les hutus de l’Afrique des grands lacs. Des conflits ont déjà eu lieu à Porédaka à Mamou . Récemment les populations de Lélouma au cœur du Fouta central se sont mobilisées en organisant des manifestations pacifiques pour exiger le départ du préfet local qui attisait dans les coulisses les clivages « foulassos et rundés ».

La région de la Guinée-Forestiére est celle qui a été le plus affectée par les guerres civiles du Libéria et de la Siérra-Léone à double titre . D’abord elle a accueilli sur son sol plus de 700 000 réfugiés. Ensuite elle a subi les contrecoups des prolongements des conflits qui avaient une dominante inter ethnique . Cette double réalité a crispé les relations inter-communautaires entre Tomas et guerzé d’un côté et de l’autre Tomamanias et Koniankés de Beyla où l’Ulimo avait recruté une grande partie de ses troupes. Les déchirures sociales que les guerres avaient occasionné restent vivaces dans la mémoire collective et ne sont pas totalement cicatrisées. A ces facteurs d’origine externe s’ajoutent les clivages exacerbés par la lutte pour l’appropriation des terres . Une politique sournoise d’expropriation foncière est en œuvre. Les révoltes paysannes contre la société SOGUIPAH (Société Guinéenne ‘des Palmiers à Huile et Hévéas) sont récurrentes notamment dans les environs de Yomou et Djéké. Depuis 2011 , des heurts meurtriers ont été enregistrés : Gallapaye en mai 2011 où périrent 35 personnes dans un affrontement entre groupe guerzé et Konianké. En juillet 2013 , 600 personnes périrent selon les Nations Unies et 1500 selon des sources locales lors d’un conflit sanglant opposant les Konianké et les populations forestières. En septembre dernier la sous-préfecture de Womey dans la région de N’zérekore a enregistré le massacre de 9 personnes dont 8 personnes appartenant à la délégation du Gouverneur de la région dans le cadre d’une « mission de sensibilisation contre Ebola ». Le gouvernement érigea Womé comme zone militarisée jusqu’en janvier 2015. Les 5000 habitants de de la localité se réfugièrent dans les villages avoisinant pour échapper à la répression militaire. Actuellement prés d’une centaine de paysans sont devant la cour d’assises de Nzérékoré.

L’existence des coordinations régionales au lendemain de la disparition de la dictature de Sékou TOURE en 1984 , se justifiait par la nécessité pour les populations guinéennes de recréer les solidarités basées sur l’appartenance au même territoire, d’abord le village, puis la sous-préfecture ,ensuite la préfecture et puis régionale .Les motivations étaient d’organiser l’entraide collective pour tracer une route, désenclaver certaines localités , construire une école ,une mosquée où un dispensaire. L’absence durant le régime d’exception (1984-1992) d’espaces libres , reconnus et ayant pignons sur rue où les débats de sociétés ,politiques et culturelles pouvaient éclore a transformé ces coordinations régionales en lieux d’expressions politiques sous le prisme des intérêts communautaires ethnocentriques. Les anciens responsables du parti-État le PDG de Sékou TOURE se répartirent en fonction de leurs origines ethniques pour prendre le leadership dans ces nouvelles organisations . Cette dynamique aura une grande influence dans le processus de démocratisation du pays. En 1992 , les principaux partis politiques de l’époque seront peu ou prou des prolongements des coordinations régionales . L’UNR (Union pour la Nouvelle République ) et le PRP (Parti pour le Renouveau et le Progrès) se disputeront la Coordination Nationale de la Moyenne-Guinée ,le RPG (Rassemblement du Peuple de Guinée) s’impose au niveau de la Coordination Mandingue, la Coordination de la Guinée-Forestière crée l’UPG et la mouvance gouvernementale le PUP (Parti de l’Unité et du Progrès ) s’appuie essentiellement sur la Coordination de la Basse-Côte et aussi sur les appareils d’État dont l’administration et les forces de défense et de sécurité. L’exception notable dans cet ersatz socio-politique était l’UFD qui deviendra plus tard UFDG, qui s’était constituée autour de militants des droits de l’Homme , du mouvement étudiant et des cadres de la diaspora.

L’expérience du multipartisme pendant deux décennies n’a pas suffi à effacer des pratiques politiques les références au communautarisme ethnique . Au contraire , les positionnements partisans ont attisé les clivages ethniques et ont renforcé les recours à l’ethno-stratégie. La gouvernance d’Alpha CONDE l’a même institutionnalisé en fixant que le Premier Ministre doit être de la Basse-Côte, le Président de l’Assemblée Nationale de la Guinée-Forestière , le Chef de l’État est de la Haute-Guinée et donc l’opposition est nécessairement du Fouta.

Quelques pistes de réflexion en guise de conclusion

L’Afrique de l’Ouest est un ensemble qui a été depuis longtemps le berceau de vastes empires comme celui de Ghana qui atteint son apogée à la fin du 1er millénaire, ensuite celui de Mali de Soundjata Keita, puis l’empire Haoussa de Askia Mohamed , le royaume peul de Koly Tenguéla pour ne citer que ceux-ci. Le Sahara a été aussi traversé pendant des siècles par des caravanes de marchands reliant l’Afrique sub-saharienne au Maghreb. Des populations de diverses ethnies et de différentes langues ont cohabité dans les mêmes espaces territoriaux et politiques. Il est par conséquent important de s’interroger pourquoi un phénomène extraordinaire de repli identitaire dans cette partie du monde à l’heure de la mondialisation à l’échelle planétaire.

  • La sécheresse qui a sévi dans les années 70 et 80 sur l’ensemble du Sahel a bouleversé les modes de vie des populations. Fuyant l’avancée du désert les communautés qui vivaient plus au nord sont descendus au sud à la recherche de terres fertiles,d’eau et de pâturages pour leur bétail. Les nouveaux arrivants se sont heurtés aux anciens. C’est le cas en Mauritanie et au Mali . C’est l’occasion d’attirer l’attention sur le phénomène du changement climatique. Les rapports du GIEC (Groupe International des Experts sur le Climat) ne cessent d’interpeller le monde sur l’évolution très alarmante du réchauffement du climat . A cet égard l’Afrique de l’Ouest est parmi les zones les plus exposées .

  • A cette évolution défavorable de l’environnement s’est greffée un divorce entre l’État et la société civile . L’État continue toujours d’être « un corps extérieur » à la société. Son acceptation par les populations est superficielle d’autant plus qu’il se manifeste le plus souvent par la répression et des impôts impopulaires.

  • Cette méfiance à l’égard de l’Etat est renforcée par la nature néo-patrimoniale et prédatrice . Comme l’écrit jean François Médard « la réalité de l’Etat africain est si éloignée d’un Etat démiurge censé promouvoir le développement, car la finalité de cet Etat n’est ni le développement mais seulement l’accumulation des ressources en siphonnant les deniers publics en faveur des clans qui ont privatisé l’Etat». Ainsi cette « politique du ventre » définie par Jean François Bayart comme une forme de gouvernance qui a pour but exclusif la satisfaction matérielle d’une minorité est celle qui gouverne depuis plus de cinquante années. Cette logique prédatrice, génère indiscutablement une institutionnalisation de la mal-gouvernance économique, une fragilité des institutions de la République et une négation des droits de l’homme et du citoyen. La nature de l’Etat prédateur, néo-patrimonial est contraire au développement économique et à la démocratie. Les conflits ethniques, la mauvaise gestion des affaires publiques, la fragilité chronique des institutions, la violence récurrente contre les citoyens, n’en sont que les conséquences directes ou indirectes. Aujourd’hui l’Etat néo-patrimonial a atteint ses limites, d’où les crises qui se manifestent un peu partout en Afrique et plus particulièrement en Afrique de l’Ouest. La crise identitaire en Afrique de l’Ouest n’est elle pas en fin de compte l’expression visible de la faillite de l’Etat néo patrimonial et prédateur ?