Nominations des chefs de quartiers et de districts : entorses à la constitution et risques pour la stabilité du pays

 

 

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Lors de la session extraordinaire de l’assemblée nationale, le 23 février 2017, le nouveau code électoral est adopté par la majorité présidentielle et le groupe parlementaire des libéraux démocrates de Cellou Dalein, à l’exception du député de Dixinn Aboubacar Soumah. Les points de frictions concernent la désignation du chef de quartier ou du président de district par la liste majoritaire lors des élections communales dans le quartier ou dans le district d’une part et la composition du conseil de quartier ou de district faite au prorata des voix obtenues par les différentes listes en compétition d’autre part. Conséquemment un recours a été déposé auprès de la cour constitutionnelle pour son invalidation pour non conformité à la constitution. A cet égard, il est important d’y apporter quelques éclairages pour permettre à l’opinion de cerner objectivement les enjeux sous-jacents.

En conclusion nous proposons une alternative pour une sortie de cette impasse préjudiciable à la Guinée et au déroulement normal et correct des processus électoraux.

 

Les points d’achoppements au regard de la constitution

 

Le précédent code électoral admettait l’élection des conseils de quartiers et de districts. La CENI a argué avoir des handicaps techniques et surtout financiers l’empêchant d’organiser ces élections de proximité. C’est ainsi qu’en octobre 2016, la mouvance présidentielle et l’opposition dite républicaine sous la houlette de Cellou Dalein Diallo ont concocté des accords qui proposent la nomination des chefs de quartiers et de districts par les conseils communaux élus. Selon eux, ceci permettra de contourner les contraintes financières évoquées par la CENI. La transformation de cette proposition en acte législatif le 23 février 2017 soulève des questions d’inconstitutionnalité.

  • Le suffrage est direct selon la constitution

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La nomination par le conseil communal, des conseils de quartiers et de districts est un procédé qui viole la nature du suffrage direct en Guinée au regard de la constitution. En effet les conseillers communaux élus lors des élections communales nomment à leur tour les chefs de quartiers et les présidents de districts. Or, il était explicitement écrit dans le précédent code électoral que ces responsables de base devraient être élus. Ainsi au regard de la constitution la disposition législative de nomination des chefs de quartiers et de présidents de districts est anticonstitutionnelle.

  • Les quartiers et les districts sont ils des collectivités locales

La constitution dispose que les collectivités locales sont les régions, les communes rurales et urbaines. Elle précise en plus que celles ci s’administrent librement par des conseils élus. Les quartiers sont les entités constitutives des communes urbaines et il en de même des districts (un regroupement de villages) pour les communes rurales. Ces subdivisions doivent par conséquent s’administrer librement. Certains prétendent qu’elles ne sont pas dotées de la personnalité morale et ne peuvent par conséquent être sujet du droit. Ceci revient à dire que nos missidés n’ont aucune personnalité juridique alors que une bonne partie de la vie collective au Foutah s’articulent autour d’eux. En Haute-Guinée et en Guinée-Forestière que faudra t’il dire au sujet des « Sotikémos » ! Cette vue est une négation de l’histoire plusieurs fois centenaires de nos villages et des traditions politiques ancestrales. Aller dans cette direction ne fera qu’accroître le divorce entre l’Etat et la Société civile qui explique le manque d’efficience des structures étatiques dans maints Etats africains.

En toute bonne foi, les quartiers et les districts sont dotés de la personnalité morale et sont sujets du droit public. La stricte application de la constitution leur confère alors le droit de s’administrer librement.

 

Quels sont les risques suite à l’adoption de cette loi controversée

 

Ces dernières années, une habitude malsaine s’est instaurée par le recours récurrent à des manœuvres politiques qui privilégient des « arrangements » qui deviennent de fait , force de loi au détriment d’une application stricte de la loi républicaine et d’un fonctionnement cohérent et responsable des institutions de la République. Le vrai dialogue politique doit chercher les voies et moyens de conforter plus solidement les fondements de l’Etat de droit, les principes de la laïcité et de l’unité nationale afin d’obtenir une société ouverte, démocratique et apaisée. Si par contre le « dialogue politique » ne sert qu’à protéger des privilèges particuliers et claniques, alors c’est l’ouverture du chemin qui mène fatalement à une déstabilisation généralisée. Nous assistons actuellement aux conséquences désastreuses des politiques similaires au Mali et en République Centrafricaine.

 

Est –ce seulement une vision d’un rigorisme juridique qui motive l’opposition au point 2 des « accords politiques du 12 octobre 2016 » ou s’agit –il de la perception des dangers pour la stabilité du pays et de l’avenir démocratique de la Guinée. !

  • Etouffement et confiscation des aspirations démocratiques

La mise en place des délégations spéciales sur l’ensemble du pays suite aux « accords politiques » d’août 2015 ont entériné le partage du pouvoir entre les partis de la mouvance présidentielle et de l’opposition dans la gestion des collectivités de la Guinée en faisant fi des lois et des règlements du pays. Ces délégations spéciales qui ne sont pas investies à l’issue d’un vote démocratique, gouvernent les mairies depuis novembre 2015 (la loi stipule que la vie d’une délégation spéciale ne doit pas excéder 6 mois). Elles ont mis en place des pratiques politiques pour la conservation du pouvoir entre leurs mains en mettant en place des réseaux de clientèles pour protéger leurs intérêts. Le vote démocratique devient ainsi une menace pour des équipes dont le bilan à la tête des mairies est loin d’être élogieux. Le dispositif législatif adopté le 23 février 2017 permet ainsi aux équipes à la tête des mairies actuelles de « promettre » les postes de chefs de quartiers et de présidents de districts à leurs « proches » pour « influencer activement  le vote lors des élections communales». Par ce biais une « oligarchie politique » peut s’accaparer des pouvoirs locaux, enlevant ainsi toute substance démocratique aux consultations électorales pour une longue durée. Les pays de l’Amérique Latine ont été victimes des méfaits de ces types de politiques qui ont bloqué les évolutions sociales dans ce sous-continent étant ainsi les causes directes des insurrections armées et des guerres civiles dés après la seconde guerre mondiale.

  • Apparition probable de nouveaux facteurs de crises et d’instabilité

Les pratiques politiques dans notre pays sont fortement imprégnées de népotisme et de l’esprit de clans. Nous n’avons pas encore réussi à faire émerger une culture de gouvernance de l’espace public qui rassure, qui réconforte, qui réconcilie et qui est équitable. Ceci explique le raidissement des guinéens lorsque leur interlocuteur dans le cadre public n’est pas issu de leur clan, de leur ethnie ou de la même obédience politique. Sur l’ensemble du territoire deux cultures politiques se superposent : l’une antérieure à l’Etat colonial et postcolonial qui s’est réfugié dans l’informel et l’autre qui se pare des attributs de la modernité et de la légalité. Or la culture politique traditionnelle avec ses codes prend le dessus lorsqu’il est question des consultations électorales de proximité. Elle imprègne fortement la société. Nous assistons ainsi au réel divorce entre le pays réel et le pays légal tel qu’il se manifeste dans maints Etats africains.

Dans les communes rurales qui composent l’essentiel du paysage urbain de la Guinée ethniquement homogène, se sont les liens lignagers qui sont fondamentales. Par exemple au Foutah vous aurez les pathéyanké, dioboyanké, séleyanké, ndouyhébhé etc…En Haute-Guinée, le système des castes persiste en laissant subsister encore des discriminations sociales. Dans la partie du pays qui a enregistré récemment un flux migratoire interne positif comme les régions de la Basse-Côte et de la Forêt, le climat pourrait être explosif. Dans ces régions les centres urbains ont accueilli des populations allogènes d’ethnies autres que celles des populations historiquement autochtones qui sont reléguées très souvent dans les zones périphériques. Dans ces cas, tout conflit politique exacerbé se transforme inéluctablement en un conflit ethnique sanglant. La région de la Guinée Forestière a été particulièrement meurtrie par des tueries très meurtrières du fait des oppositions politiques notamment au début des années 90 avec les premières élections communales que la Guinée avait organisées.

  • L’annihilation du processus de décentralisation et d’implication citoyenne

La conséquence logique de la nomination des chefs de quartiers et de districts par les conseils communaux est la mise en force d’un réseau de clientèles politiques qui n’auront pas nécessairement la confiance des populations qu’elles sont chargées de représenter. Par conséquent cela nuira durablement l’indispensable décentralisation dont la Guinée a besoin. Ayant été dépossédées de leur droit de choisir les personnes sensées les représenter, la population se désintéressa de la chose publique. Le désengagement des citoyens aura également pour effet de freiner le développement local, vecteur essentiel de la lutte contre la pauvreté. Le Général Lansana Conté dans son mémorable discours du 22 décembre 1985 disait : « Nous faisons le choix d’une société fondée sur les solidarités naturelles mises au service du développement. Renforcer ces solidarités là où elles existent encore, c’est l’objet de la décentralisation. Les créer aux niveaux plus complexes de la vie économique et sociale, c’est l’enjeu de la planification contractuelle et décentralisée. Autour de ces deux axes, doivent s’articuler l’ensemble de nos politiques. Les traditions de coopération et d’entraide sont toujours vivantes dans les campagnes. Grâce à elles, la Guinée a survécu à 60 années de colonisation et 26 années d’autoritarisme.

Pour construire une maison, récolter un champ, secourir un malade, nos populations se regroupent spontanément. Il ne s’agit pas là de politique mais bien de solidarité. Je songeais à ces solidarités naturelles quand j’ai proposé à nos populations rurales de constituer des Districts. Le District doit regrouper des villages qui ont tissé entre eux des liens étroits, souvent fondés sur des relations de parenté ou d’alliance, et qui ont l’habitude d’organiser leur vie quotidienne sur des bases collectives ». Ce discours est un élan pour impulser les initiatives individuelles en libérant les forces productives des multiples entraves institutionnelles ou politiques. En 2017 nous devons nous en souvenir.

 

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Conclusion et recommandation

Nous avons montré que la disposition législative relative à la nomination des chefs de quartiers et des districts fait entorse à la constitution sur la nature indirecte de leur désignation d’une part et la négation de la dotation par les quartiers et les districts de la personnalité morale de droit public d’autre part. Par la suite, il est explicitement indiqué les conséquences désastreuses à terme sur le processus électoral, sur la décentralisation, sur la démocratie et sur l’implication citoyenne en Guinée. Enfin le maintien de ce code tel qu’il est voté accentuera la fracture entre le pays légal et le pays réel qui fera perdurer encore longtemps un Etat inefficient et prédateur des ressources publiques.

  • Que faut-il faire alors ! avoir une proposition alternative

Pourtant il existe une proposition alternative qui prend en compte à la fois les principes constitutionnels en vigueur et l’impossibilité pour la CENI de pouvoir organiser des élections au niveau des quartiers et des districts pour des raisons financières. En effet comme au Sénégal (article 83 du code des collectivités locales), les quartiers et les districts érigent des conseils consultatifs composés des représentants des associations du quartier ou du district que sont les associations des jeunes, des femmes, des sages, des représentants des différents cultes, des mouvements d’initiatives citoyennes de la localité (l’énumération n’est qu’indicative). Ces conseils sont consultés par le maire et peuvent faire des propositions sur tout dossier intéressant le quartier ou le district. Un arrêté du Ministre de l’Administration du Territoire chargé des collectivités locales en détermine les attributions ainsi que les modalités de fonctionnement. Les chefs de quartiers ou de districts seront naturellement issus des conseils consultatifs par des délibérations démocratiques de ses membres.

Cette proposition a également le mérite d’impulser la conscience citoyenne par une plus grande implication des forces vives notamment des jeunes et des femmes dans la vie du quartier. Ce renouveau démocratique à la base réconciliera les populations et assurera le respect et l’intégrité aussi bien des diversités culturelles que de croyances. La réappropriation des populations de leur cadre de vie permettra l’essor d’une culture urbaine ouverte et tournée vers l’avenir.

Saurons nous saisir cette opportunité pour reconstruire l’Etat en partant de la base. Espérons que le Président Alpha Condé qui avait déclaré « j’ai hérité d’un pays et non d’un Etat » permettra à la Guinée de saisir cette ultime chance pour construire enfin l’Etat démocratique dont nous ambitionnons depuis plusieurs décennies.

BAH Oury : »Je crois en l’avenir de la Guinée »

 

 

 

 

 

BAH Oury

Comme nous vous l’annoncions dans une de nos précédentes éditions, le premier Vice-président de l’UFDG, Amadou Oury Bah, connu sous le nom de ‘’Bah Oury’’, s’est prêté, dans une interview, qu’il a bien voulu nous accorder, à plusieurs questions de l’actualité sociopolitique du pays. Dans cette deuxième et dernière partie, il s’est prononcé sur le nouveau code électoral, le dossier de l’attaque du domicile privé d’Alpha Condé ainsi que sa relation avec son président Cellou Dalein Diallo…. Lisez !

 

Guinéenews :dans le dossier de l’attaque de la résidence privée du président de la République à Kipé, vous avez été accusé d’en être l’un des cerveaux. A l’issue du procès qu’il y a eu de cette affaire, vous avez été condamné puis gracié. Que pouvez-vous dire aujourd’hui sur ce dossier qui, du reste, a quelque peu terni votre réputation en Guinée, d’autant qu’on vous a accusé d’être un putschiste

Bah Oury : il y a ces accusations certes, mais il y a une grâce présidentielle qui est intervenue. Même certains proches de l’UFDG, soi-disant mes amis, m’ont politiquement accusé d’avoir été porteur d’une arme pour tirer sur le journaliste Mohamed Koula, le 5 février 2016. Parfois, la politique est tragique mais par rapport à votre question, je sais qu’il y a des hommes et des femmes incarcérés actuellement. Je n’en dirai pas plus parce que ce qui me préoccupe le plus est que je souhaite que cette page historique soit tournée avec les libérations, leurs élargissements et les recouvrements du droit de citoyenneté pour toutes les personnes concernées par cette affaire. Il faudra laisser à l’histoire le soin, dans 30 ou 40 ans, de revoir les choses et de se dire où est la part de vérité. Pour le moment, je m’arrête là…

Guinéenews : pourtant, un de vos anciens proches collaborateurs, en l’occurrence Thierno Souleymane Diallo, vous a récemment accusé d’avoir été informé de cette attaque.   

 

Bah Oury : vous savez, il y a toujours des Judas. Même Jésus avait Judas avec lui. Il y a des gens payés pour raconter n’importe quoi et d’autres pour les incriminer et leur porter préjudice. Il y a même des gens qui se disent responsables de l’UFDG en 2013 qui disaient que Bah Oury est en train de rassembler l’argent de la diaspora pour faire une intervention militaire à partir des pays frontaliers. Et cela a circulé. Il y a beaucoup de choses que les esprits malveillants vont dire mais ce qui est le plus grave, ce sont ceux qui sont censés être dans la même mouvance politique que Bah Oury qui sont en train de véhiculer ces messages. Cela prouve qu’il y a des traitres qui veulent à la vie, à la liberté de certains responsables de l’UFDG. On laisse à l’opinion de faire la part des choses entre ceux qui veulent que l’UFDG se rassemble, se reconstruise pour aller de l’avant et ceux qui sont là pour défendre des intérêts personnels. Je suis pour une UFDG qui gagne, qui rassemble, qui réconcilie et pour que l’UFDG puisse contribuer efficacement à l’émergence d’une société démocratique dans notre pays, pour que les Guinéens puissent dire ‘’Dieu merci’’.

 

Guinéenews : en dehors de la politique, que Bah Oury a présentement comme activité génératrice de revenu ?

 

Bah Oury : (rire) ! Merci. C’est une question privée mais bon, je sais que vous vous intéressez à mon sort. Je me reconstruis progressivement. Cela fait un an que je suis rentré, je me réinstalle, j’essaie de mettre en avant certains aspects qui me sont personnels. Comme ce n’est pas le lieu de les exposer mais par la grâce de Dieu, il y a des gens de bonne volonté qui me donnent un coup de pouce qui me permet d’avancer avec bien entendu lenteur mais j’espère efficacement.

 

Guinéenews : qu’est-ce que Bah Oury pense du nouveau code électoral qui a été défendu et soutenu à la fois par la mouvance et l’UFDG, au grand dam des partis du Front anti-Point 2 de l’accord du 12 octobre 2016 ? 

Bah Oury : je pense que c’est un acte qui est liberticide. C’est un acte qui ne peut pas contribuer à la stabilité de la Guinée. On dénie aux collectivités les plus petites, c’est-à-dire les villages et les quartiers, la possibilité d’élire des hommes et des femmes qui puissent les représenter valablement. Dans un village qui a une histoire, un fonctionnement depuis des siècles, si je peux m’exprimer ainsi, on leur dit non vous n’avez pas la compétence juridique, vous n’êtes pas une personnalité morale. Donc, un conseil communal élu qui est plus lointain doit désigner la personne qui va être le président de votre district. Le président de ce district, ‘’militant politique’’, est-il du village ? Connaît-il l’histoire ? C’est encore beaucoup plus grave dans d’autres zones. Par exemple, je prends le petit village de Kaporo dont l’histoire est connue par tous. Il a des populations présentes depuis des siècles, vous ne pourrez jamais désigner en dehors des populations de Kaporo, le chef de quartier. Si vous le faites, vous enlevez aux villageois qui ont une identité d’être de Kaporo, la possibilité de s’exprimer, d’avoir leur représentant pour défendre leurs intérêts et affirmer institutionnellement l’existence de l’identité des villageois de Kaporo. Ce n’est pas parce qu’il y a eu une ville ou un quartier urbanisé qui s’est greffé autour du village qu’il faut nier l’existence du village de Kaporo. Ce sont des situations d’une extrême complexité auxquelles, il faut faire très attention. Je rappelle qu’en 1990, dans les zones comme en Guinée Forestière, il y a eu beaucoup de heurts qui ont amené à ce qu’il y ait beaucoup de victimes. Le conseil constitutionnel est saisi de la question, je n’ai pas développé l’aspect sur la Constitution mais je crois que l’aspect politique, il y a nécessité de stabiliser la Guinée, de faire que toutes les identités locales puissent être représentées dans le cadre des institutions. Ce point 2 détruit le processus de décentralisation et met en place la création de clientélisme politique qui va confisquer la liberté et transformer la démocratie en un groupe de clans et d’intérêts. Je dis et je répète, l’Amérique latine a connu la guerre civile parce que pendant 4 siècles, ce sont des oligarchies familiales, économiques qui ont privatisé la sphère politique et laissé de côté, l’écrasante majorité de la population. On ne peut pas se permettre de laisser le point 2 en l’état comme ça parce que sinon, c’est l’avenir de la Guinée qui est en danger.

 

Guinéenews : quelle est actuellement votre relation avec le président de l’UFDG Cellou Dalein Diallo ?

Bah Oury : je n’ai pas une relation directe avec lui dans le contexte actuel. Depuis le 24 janvier 2016, le jour de mon retour, c’est la dernière fois que nous nous sommes vus au siège de l’UFDG. Et depuis lors, on ne s’est  jamais rencontré et on n’a jamais échangé un mot. J’estime que le plus important, ce ne sont pas nos relations directes mais le respect scrupuleux des orientations des statuts de l’UFDG, du règlement intérieur et des valeurs cardinales pour lesquelles nous nous sommes battus depuis très longtemps.

 

Guinéenews : la justice vient de vous réhabiliter comme premier vice-président de l’UFDG. A quand votre retour dans les assemblées hebdomadaires du parti ?

Bah Oury : je ne suis pas pressé pour aller dans les assemblées hebdomadaires parce que j’ai autre chose à faire. Et je dois dire, dans le contexte actuel, le siège n’est pas opérationnel puisque le bâtiment qui servait de local a été détruit. J’ai été étonné que pendant plusieurs années que ce bâtiment vétuste puisse servir de siège à l’UFDG. Aujourd’hui, il y a des travaux et le siège n’est pas opérationnel. Je dois dire que la politique ne se fait pas en spectacle de samedi. La politique c’est tous les jours dans nos quartiers, nos villes, à l’intérieur du pays, à Conakry, parmi les jeunes, les personnes qui souffrent et qui sont en train d’investir et promouvoir une autre image de la Guinée à l’étranger parmi nos compatriotes, dans un monde interconnecté avec des réseaux sociaux… Plus besoin de faire une petite assemblée hebdomadaire comme si vous allez à la messe. Non ! La politique a changé. Nous sommes dans une autre ère de modernité, de société interconnectée et nous sommes visibles un peu partout dans le monde. Donc, il faut que la politique évolue autrement et nous sommes dans cette dynamique.

 

Guinéenews :que répondez-vous à ceux qui disent que vous avez un autre siège de l’UFDG, en dehors de celui de Hamdallaye ?

Bah oury : mais j’ai mes bureaux. Un responsable ne peut travailler s’il n’a pas de bureau. Je m’organise avec mon équipe. Petit-à-petit, l’oiseau fait son nid. Les gens de l’autre camp ont leur bureau à la CBG et le siège est à Hamdallaye. J’ai le mien à Nongo Contéyah. C’est mon espace de travail pour que mes équipes puissent être  progressivement  opérationnelles, efficaces et non pour la mamaya.

 

Guinéenews : alors, peut-on dire que l’UFDG à deux directoires ?

Bah Oury : non, l’esprit guinéen veut que l’église soit chapeautée par une seule personne. Il faut que les visions changent. Cellou a son bureau à Hamadallaye et j’ai le mien à Nongo.

 

Guinéenews : une commission de réflexion dont vous avez été membre a été mise en place par le chef de l’Etat pour qualifier le système éducatif guinéen. Dites-nous, pourquoi avez-vous finalement claqué  la porte de cette commission ?

Bah Oury : le président de la République a eu certainement la bonne information pour se rendre compte que le système éducatif guinéen est malade. Donc, au mois de juin, il m’a invité à participer à une commission pour faire un diagnostic sérieux et honnête sans complaisance du système éducatif guinéen afin de tirer les enseignements et de pouvoir, à partir de ce travail, élaborer les pistes pour réformer en profondeur le système éducatif. J’étais très enchanté de cette invitation parce qu’il y va dans l’intérêt  de mon pays et comme vous le savez, l’éducation est la priorité des priorités pour qu’un pays puisse aller de l’avant. Mais malheureusement, dès la première réunion  de cette commission, je n’ai pas retrouvé  le sérieux auquel j’avais pensé. Le conseiller du président à l’Education s’est autoproclamé d’emblée  dans la commission, il a désigné des vice-présidents, des rapporteurs. Et à partir de ce moment, j’ai dit que ma place n’est pas d’être un figurant. Pour le travail qui se fera, que je puisse le défendre partout où le besoin sera. Je ne suis pas un faire-valoir, j’ai ma crédibilité à défendre. Un travail qui ne se fait pas de la manière la plus objective, je ne peux pas m’associer à cela. J’ai informé le président de la République en le remerciant de m’avoir associé à cette initiative, mais j’ai décliné ma participation en lui exposant les raisons que je vous ai exposées ici.

 

Guinéenews : votre mot de la fin ?

Bah Oury : je crois en l’avenir de la Guinée. A ma place, dans la phase historique actuelle, très importante pour l’avenir de ce pays pour des années et des années, il nous faut faire émerger des contre-pouvoirs efficaces et c’est la raison pour laquelle les partis politiques doivent se reformer en profondeur et être beaucoup plus proches des préoccupations des populations et s’intéresser à des questions qui peuvent être au centre des discussions et  faire élaborer des mécanismes de réflexion pour apporter des propositions innovantes pour demain. C’est la raison pour laquelle je suis heureux que la phase historique qui s’ouvre soit formidable, avec une génération débarrassée des maux tels que l’ethnocentrisme et le conservatisme.

Une interview réalisée par Sékou Sanoh en collaboration avec Mame Diallo pour Guinéenews

Bah Oury : « L’exil m’a permis de me forger une nouvelle vision et je ne suis plus guidé par des préjugés »

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Dans une interview à bâtons rompus qu’il a bien voulue accorder à votre quotidien Guinéenews, le premier  Vice-président du principal parti de l’opposition, Bah Oury s’est prononcé sur des sujets brûlants se rapportant aussi bien à la situation politique qui prévaut au sein de sa formation politique qu’à la vie de la nation.  

De la récente décision de la justice invalidant son exclusion de l’UFDG aux sorts de ses co-accusés condamnés dans le dossier de l’attaque de la résidence privée du chef de l’Etat en passant par la gouvernance de celui-ci, Amadou Oury Bah, Bah Oury pour les intimes, aborde toutes ces questions dans cette entrevue exclusive qui a été réalisée ce week-end dans les locaux de la Rédaction de Guinéenews et dont nous livrons ici la première partie. Lisez !  

 

Guinéenews : la justice vient d’invalider la décision de la direction de l’UFDG qui vous excluait de ses rangs.  A présent que comptez-vous faire concrètement pour faire valoir votre légitimité juridique au sein de l’UFDG où vous êtes toujours contesté ?

 

Bah Oury : d’abord je ne suis pas en conflit avec l’UFDG. J’étais en conflit avec une partie de la direction qui a utilisé des méthodes peu démocratiques et qui a violé les statuts pour exclure Bah Oury, il y a un an. Le Tribunal de Dixinn a estimé que cette décision d’exclusion n’est pas en conformité avec les textes et les statuts de l’UFDG. C’est la raison pour laquelle, cette décision a été invalidée. Donc de ce point de vue, les choses rentrent dans l’ordre. Je ne suis pas dans une posture qui consiste à prendre une revanche vis-à-vis de qui que ce soit. Je suis pour le respect scrupuleux des règles statutaires et démocratiques pour permettre à l’UFDG de reprendre une orientation conforme à ses valeurs et à ses idéaux.

 

Guinéenews : quelle différence y-a-t-il entre Bah Oury 1 qui critiquait toujours et sévèrement le régime d’Alpha Condé par rapport à sa mauvaise gouvernance et sa violation des droits de l’homme et Bah Oury 2 qui, depuis qu’il a été gracié par le chef de l’Etat est devenu muet sur ces questions qui, pourtant, persistent toujours en Guinée?

 

Bah Oury : à chaque étape, il y a une meilleure compréhension de la réalité. Il y a quelques années, j’étais ici, actif, je me suis battu corps et âme pour que Cellou Dalein devient le président de la République pour de multiples raisons pour lesquelles je ne rentrerais pas dans les détails. Ça n’a pas été le cas. J’étais en exil avec ma fille pendant quatre années et demi. De ce point de vue, c’est une autre expérience douloureuse et difficile. J’ai beaucoup appris. J’ai appris à mieux connaitre l’être humain dans sa globalité. Cela m’a permis aussi de mieux appréhender les comportements de nos compatriotes quelles que soient leurs ethnies et leurs sensibilités politiques. Cela m’a permis de me forger une nouvelle vision d’être beaucoup plus ouvert à la réalité et je ne suis plus guidé par des préjugés. La réalité vous apprend, il vous force à changer d’attitudes. Donc, je suis revenu, j’ai été ‘’exclu’’  par des gens que j’avais accueillis en 2007 au niveau de l’UFDG. J’ai été victime d’une tentative d’assassinat et on m’a accusé d’être l’auteur de l’assistanat du journaliste Mohamed Koula Diallo. La justice est en train d’étudier le dossier et il va avancer dans les meilleurs délais. Le président Alpha Condé avec qui j’étais en opposition durant le premier mandat alors qu’auparavant pendant plus de 20 ans, nous avions plus ou moins les mêmes itinéraires politiques dans l’opposition contre la gouvernance PUP. Et étudiant en France, nous avons été dans les sillages du mouvement estudiantin dans la Fédération des Etudiants de l’Afrique Noire Francophone. Donc, vous voyez il y avait beaucoup de proximités sur le plan idéologique et l’itinéraire avec monsieur Alpha Condé. La période du premier mandat a rendu les relations crispées, à la fin du premier mandat, il a fait des ouvertures qui vont dans le sens de l’intérêt national de mon pays. J’ai répondu favorablement, pas en disant que je suis dans la même orientation politique que lui, mais à ma place, du fait de l’expérience accumulée, je considère qu’aujourd’hui en Afrique, on se trompe des fois de cible. Il y a deux pouvoirs qui gouvernent, il y a le pouvoir officiel qui a la réalité de la responsabilité gouvernementale et maintenant, il y a les contre-pouvoirs.  Ces contre-pouvoirs sont très importants. Si les contre-pouvoirs sont peu efficaces, il va de soit que le pouvoir peut dériver en allant dans les directions qui ne sont pas en conformité avec l’intérêt du pays. Un contre-pouvoir efficace peut amener le pouvoir à changer d’orientation et j’estime que dans la phase actuelle, ma place et mon rôle, c’est de préparer à faire émerger un véritable contre-pouvoir efficace et respectueux des principes républicains démocratiques. Je pense que ce point de vue, le président de la République Alpha Condé et Bah Oury comme leader d’une opposition constructive, d’une manière ou d’une autre, chacun contribue à la stabilité et à la décrispation du pays. Je vous rappelle que Nelson Mandela n’aurait pas pu  vaincre le système d’apartheid s’il n’avait pas à côté un Frederik de Klerk. La vie de ce monde est d’avoir une écoute intelligente et de mettre en avant les objectifs essentiels. C’est-à-dire l’intérêt de son pays. C’est à partir de là, il est possible d’avoir une autre attitude que j’allais dire subjective qui dit que si ce n’est pas moi le président de la République, quiconque l’est, je ne souhaite pas qu’il réussisse ou je ne vais jamais dire du bien de ce qu’il fait. Non, il faut qu’on change, nous sommes des responsables. Seul Dieu sait qui sera le président de la République demain. Dans le contexte actuel, monsieur Alpha Condé est le président de la République. Je souhaite qu’il réussisse dans les grandes actions qui vont dans l’intérêt du pays sinon demain, ceux qui vont lui succéder, auront toute la charge et toutes les peines à faire ce que les anciennes générations ou les anciens gouvernants n’ont pas pu faire. Et aujourd’hui, lorsqu’on regarde notre pays, il y a 15 ans ou 20 ans, si on avait réglé la question énergétique, on n’en serait pas à la situation actuelle. Si non avait réussi dans une large mesure à décrisper les relations entre tous les Guinéens, on serait beaucoup plus avancer. Donc, la démarche est logique, elle est cohérente et je veux aller dans le sens d’une démarche constructive pour que mon pays soit dans les prochaines années un grand pays et soit dans les girons des  pays  qui comptent et qui montent dont les citoyens seront fiers.

 

Guinéenews : vous aviez été condamné par contumace ainsi que d’autres personnes accusées dans l’attaque du domicile privé du Président Condé. Entre temps, vous avez été gracié mais vos co-accusés continuent de croupir en prison. Quelles démarches avez-vous fait en vue d’obtenir leur libération quand on sait que certains parmi eux sont aujourd’hui malades ?

 

Bah Oury : c’est une question importante et pertinente mais, je préfère que nous en reparlions lorsqu’il y aura un résultat de ce qui est en train d’être fait dans les coulisses. Je sais qu’il y a des hommes et de femmes qui s’activent pour que les choses puissent avancer le plus rapidement possible. Je sais que le président de la République est aussi très intéressé pour voir cette  situation se dénouer le plus vite possible. Il y a des procédures, il y a un certain nombre de facteurs qu’il faut tenir en compte mais, je sais que de part et d’autre, qu’il y a un processus assez intéressant qui est en cours. Donc attendons, ne soyons pas pressés, la question, je l’espère bien, trouvera une solution la plus adaptée qui sera conforme à l’intérêt du pays, à l’intérêt national et à l’intérêt des hommes et des femmes qui sont embastillés aujourd’hui. Ne pensez pas que je ne suis pas intéressé et ni préoccupé  par le manque de liberté de ces personnes qui sont en train de souffrir.

 

Guinéenews : quelle lecture faites-vous concrètement de la gouvernance actuelle du président Alpha Condé ?

Bah Oury : comme je vous l’ai dit, nous sommes dans une situation globale. Dans une large mesure, les politiques avaient privilégié l’accession au pouvoir. Pour accéder au pouvoir, il y a des techniques et des méthodes mais, l’accession seulement ne suffit pas. Il faut également se préoccuper des grands sujets du pays, des grands problèmes et comprendre le mécanisme qui préside au fonctionnement de la société guinéenne. Il ne faut pas croire qu’il suffit de s’asseoir dans un fauteuil ministériel ou présidentiel et comme un coup de baguette magique,  pour faire changer les choses. L’Etat guinéen est dans une crise structurelle profonde depuis près de 30 ans. L’Etat tel qu’il a toujours fonctionné, est en décalage avec les attentes et les intérêts fondamentaux des populations guinéennes. Vous avez un Etat qui est marqué par des réseaux clientélistes. Ce que les sociologues appellent un Etat néo-patrimonial qui est dans une logique de prédation, de la mal gouvernance  systématique pour alimenter les réseaux qui n’ont rien à avoir avec l’attente de la grande majorité de la population guinéenne. C’est cet Etat qui est en crise, qui ne peut pas prendre des mesures idoines pour réformer en profondeur l’Education nationale, qui ne peut pas faire en sorte que les besoins sociaux les plus élémentaires puissent être la préoccupation essentielle. Ce n’est pas seulement la Guinée qui est dans cette situation, beaucoup d’Etats africains sont dans les situations de crise structurelle de l’Etat néo-patrimonial et nous sommes dans cette vague. Le cycle politique qui se termine aujourd’hui dans cette période historique qui ferme une longue période qui date de l’indépendance jusqu’à maintenant, est en train d’être dépassée par une nouvelle offre politique, avec une autre génération politique. Des jeunes gens connectés au monde qui pensent d’abord avec les problèmes et des solutions que d’autres ont expérimentés ailleurs. C’est ce clivage, cette confrontation qui fait qu’aujourd’hui, il y a des pertes de repère. Les gens ne se retrouvent pas mais, je suis persuadé et convaincu qu’un autre cycle politique est en train d’émerger. Un cycle de responsabilité, d’engagement pour l’intérêt des populations avec des compatriotes mieux informés, plus responsables que leurs aînés et qui vont régler les grands problèmes que ce soit l’ethnocentrisme, la mal gouvernance, l’émergence d’un Etat mieux structuré, organisé et plus attentif à l’intérêt de la population. Nous sommes dans une autre période historique qui est en train de progressivement émerger et vous vous rendrez compte que la Guinée, de ce point de vue, est en train de bouger. Bien entendu lorsqu’il y a un cycle qui se ferme et un autre cycle qui démarre, il y a une période assez difficile et nous sommes dans cette vague. Mais je suis persuadé que nous sommes dans une dynamique historique et positive aussi bien que pour la Guinée que pour le continent africain. J’aimerais que mon pays soit la référence dans quelques années, que les autres viennent s’enquérir de l’expérience guinéenne pour dire qu’il faut qu’on aille apprendre chez les Guinéens, savoir comment ils ont fait pour sortir leur pays de la mal gouvernance, comment ils ont réussi à se stabiliser, à éteindre les clivages ethnocentriques ou construire un autre modèle politique auquel les Etats africains vont s’accrocher.

 

Guinéenews : êtes-vous favorable ou pas à un éventuel troisième mandat pour Alpha Condé ?

 

Bah Oury : la Constitution guinéenne est, de ce point de vue, catégorique. Il ne peut pas y avoir plus de deux mandats. J’estime que ceux ou celles qui sont en train de faire de manière insidieuse des campagnes pour un troisième mandat, ils ne font que répéter ce que d’autres ou ce sont les mêmes qui avaient fait des campagnes du genre ‘’Koudéï, Koudéï, Koudéï…’’ (mandat à vie, NDLR). Et le ‘’Koudéïsme’’ du PUP a déstructuré en profondeur l’Etat guinéen. La première étape historique du gouvernement du général Lansana Conté, c’est-à-dire, en 1986 parce que c’est là, le début des réformes économiques et politiques et de 1997, on peut dire que c’était une période vertueuse où il y a des avancées démocratiques, économiques dans un contexte malheureusement sous-régional en crise avec les guerres civiles du Libéria, de la Sierra Leone et par la suite de la Côte d’Ivoire. Cela a impacté l’évolution démocratique de la Guinée. Par la suite, avec l’expérience du ‘’Koudéïsme’’, on est revenu en arrière, on a fermé cette parenthèse vertueuse et cela à plomber le développement économique de la Guinée. Ceux qui ont chanté le ‘’Koudéïsme’’, ont une large responsabilité du retard tant institutionnel qu’économique et social que connait le pays aujourd’hui. Il y a certains, peut-être des nostalgiques qui veulent encore induire le  président Alpha Condé dans cette dynamique. Mais, je sais que le Président Alpha Condé est un grand dirigeant sur le plan international et sur le plan national, il fait partie dans les périodes historiques, des générations de leaders et je suis sûr qu’il sera dans la trajectoire des grands leaders qui ont laissé des traces positives pour leur pays dans un contexte bien entendu où il y a beaucoup de difficultés avec un pays malade, une société bloquée. Je pense qu’il pourra faire les tâches historiques qui sont de son ressort pour transmettre le flambeau à d’autres générations qui vont aller plus loin. Et c’est ça l’intérêt d’être dans l’histoire.

 

Guinéenews : que pensez-vous de la mise en place d’un front anti troisième  pour le président  Alpha Condé?

 

Bah Oury : je pense que c’est absurde. Cela n’a pas de sens. La Constitution est claire. Pourquoi faire un front contre… et est-ce que le président Alpha Condé a dit qu’il est pour un troisième mandat ? Il ne l’a jamais dit. Ceux qui font ces campagnes sont en train insidieusement de mettre dans la tête des citoyens qu’un troisième mandat est possible. Ils sont en train de désorienter l’attention majeure de nos compatriotes des choses essentielles. Soit on s’intéresse beaucoup plus à des questions de politiques politiciennes alors qu’on devrait s’intéresser à ce qui doit aller dans le sens du développement et de l’implication du plus grand nombre pour que les choses changent, pour que la pauvreté recule, pour que les enfants soient mieux instruits, que l’éducation soit mieux réorientée… Ce sont ces questions qui sont pertinentes mais créer des faux buzz pour faire du tintamarre  et désorienter aussi bien les Guinéens que les investisseurs qui vont se dire qu’on a pas de lisibilité politique… Je pense que c’est un piège et qu’il est bon, de part et d’autre, que les esprits les plus éclairés aussi bien de la mouvance que l’opposition mettent de l’ordre pour que ce tintamarre ne nous désoriente pas et que l’on s’attèle à ce qui peut permettre aux investisseurs étrangers, à la communauté internationale de se rendre compte qu’en Guinée, il y a du sérieux et qu’ils sont pour une stabilité constitutionnelle et pour que les choses partent de l’avant avec responsabilité et rigueur. C’est ce qui va aider la Guinée et non ce tintamarre médiatico-politicien, 3ème mandat par-ci, remaniement gouvernemental par-là, on fait trop de place à des choses qui ne méritent pas d’être échangés même dans le cadre d’une conversation privée.

 

 

A suivre…

 

Une interview réalisée par Sékou Sanoh en collaboration avec Mame Diallo pour Guinéenews

 

BAH OURY : »UNE NOUVELLE PAGE POUR L’UFDG »

BAH Oury

 

CONAKRY- Une réconciliation est-elle envisageable entre Cellou Dalein Diallo et Bah Oury ? Ce dernier qui a gagné le procès l’opposant à la direction nationale de l’Union des Force Démocratiques de Guinée, vient d’apporter des précisions sur son avenir politique et ses relations avec Cellou Dalein Diallo. Nous avons reçu Bah Oury dans nos locaux, et nous lui avons tendu notre micro… Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Monsieur Bah Oury bonjour ! Dans quel état d’esprit avez-vous accueilli la décision du tribunal de Dixinn annulant votre exclusion de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée ?

BAH OURY : Je l’ai accueilli avec sérénité et je pense que le droit est dit. A partir de maintenant une nouvelle page s’ouvre pour l’UFDG.

Il y a quelques jours vous attiriez l’attention de l’opinion sur les agissements de vos adversaires qui , selon vous, essayaient de mettre la pression sur la justice. N’avez-vous pas été contredit par la Justice ? 

Dans un combat judicaire il y a des gens qui utilisent les armes légales, il y a d’autres qui utilisent des armes qui ne sont pas du tout licites. Et je pense que dans le cas d’espèce, puisque la chose à juger est précise, claire, il va de soi, au-delà de toute préférence, le droit est dit. Et je m’en félicite et je félicite le tribunal de Dixinn.

Pourtant le combat semble très loin de finir étant donné que le camp de Cellou Dalein Diallo a interjeté appel contre la décision du tribunal de Dixinn. Ce qui voudrait dire qu’à l’heure actuelle, vous n’êtes pas encore rétablis dans vos droits en tant que vice-président du parti. Comment préparez-vous cette autre bataille ?

La bataille judicaire suivra son cours comme d’autres batailles judicaires qui vont intervenir dans peu de temps. C’est ce qui est le plus important. Le combat pour la démocratisation de l’institution UFDG se poursuivra d’une manière ou d’une autre. Le combat pour la rénovation de ce parti, son enracinement démocratique, pour l’affirmation de son identité réellement démocratique va se faire. Parce que même le processus actuel rentre dans le cadre d’une démarche pédagogique pour façonner une réelle identité démocratique à ce parti qui en a tant besoin. Le combat en cours, au-delà de l’aspect judicaire, est un combat entre deux cultures politiques totalement opposées par rapport à la vision de la société et de l’avenir de la Guinée. Et au-delà de ma personne, c’est ce combat qui est engagé pour une dynamique de réconciliation profonde dans ce pays et également l’émergence d’une autre classe politique plus moderne, plus ouverte, qui va rejeter les archaïsmes que nous sommes en train de voir s’exprimer par-ci par-là.

Quel genre de combat comptez-vous mener au sein de l’UFDG pour retrouver votre place ?

Vous savez, une institution est comme un corps vivant. Ça grandit, ça dépérit, ça peut se régénérer. L’UFDG est un corps vivant qui est appelé à avoir de nouvelles bouffées d’oxygène. Ceux qui s’ancrent dans l’immobilisme, libre à eux d’y rester, mais nous continuons le combat. La démarche politique d’aujourd’hui dans ce monde interconnecté ne se fait pas comme il y a 15 ans ou 20 ans. Il faut apporter des idées, de la nouveauté, de l’innovation, de l’espoir, rassurer et répondre de manière précise aux préoccupations de l’écrasante majorité de la population. C’est à cela que je vais m’atteler beaucoup plus que je ne le faisais avant avec les équipes qui sont autour de moi et avec tous ceux et celles qui au-delà même des rangs actuels de l’UFDG veulent s’inscrire dans cette dynamique.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que le combat que vous menez est perdu d’avance d’autant plus que vous ne seriez plus dans le cœur des militants de l’UFDG ?

Laissons-leur la liberté de dire qui est dans le cœur des militants de l’UFDG ou qui ne l’est pas. L’avenir nous dira ce qu’il en sera. Mais ce qui est plus important la vie continue, le monde change et nous sommes en phase avec cette modernité et cette dynamique de changement. Il y a quelques mois, des gens disaient que la page Bah Oury est tournée. Malgré tout je continue mon chemin pour que la Guinée de demain soit démocratique, réconciliée, moderne. C’est à cela que j’aspire et je pense qu’il y a des hommes et des femmes de tous les horizons qui veulent s’engager dans ce combat-là. Je vais contribuer à les faire avancer dans ce sens.

M. Cellou Dalein Diallo, le leader du parti n’a pas encore réagi suite à cette décision de la justice. Pensez-vous qu’une réconciliation est envisageable avec lui ?

La question de la réconciliation est intéressante, mais le plus important dans la phase actuelle, c’est d’avoir l’adhésion de l’écrasante majorité des militants de l’UFDG et avoir l’adhésion de l’opinion nationale et internationale.

Voulez-vous dire que cela n’est pas d’actualité ?

La question politique n’est pas une question de sentiment. Ce sont des questions de principe et de respect des règles. Vous êtes dans une entreprise, vous n’êtes pas tenus d’aimer tous ceux qui sont dans l’entreprise, mais vous êtes régis par une certaine  discipline, par un certain code de travail qui vous oblige à cohabiter et à collaborer avec des gens qui peut-être vous ne partagerez jamais un repas ensemble. Dans le cadre d’un parti politique, c’est également la même chose. Il y a des statuts, des règles et principes que chacun d’entre nous, dans le cadre de sa mission et du rôle qui lui est investi assume l’intégralité de sa responsabilité. C’est ça le plus important. C’est la règle numéro 1.
La deuxième règle, il est important que pour une meilleure collaboration que les sentiments interviennent pour favoriser une certaine collaboration. Mais ce qui est plus important, c’est le respect des règles, des statuts et des rôles de chacun et des principes cardinaux qui ont présidé à la fondation de l’UFDG. Celui qui respecte cela, c’est déjà un grand pas. Celui qui ne le fait pas, sera nécessairement en confrontation. Parce que l’essentiel de notre action, c’est l’avènement d’une réelle démocratisation de la société guinéenne au-delà de l’UFDG pour qu’il y ait une bonne gouvernance dans ce pays, rattraper notre retard et répondre aux défis qui se posent à la jeunesse de ce pays qui a tant de besoins au point de vu existentiel que les autres problèmes que nous connaissons.

Qu’est-ce qui vous a choqué au point d’arriver à cette radicalisation entre vous et Cellou Dalein Diallo ?

Moi j’ai toujours rêvé de mettre en place une institution politique. C’est la raison pour laquelle, nous sommes les premiers, avec le doyen Thierno Maadjou Sow, paix à son âme, à jeter les bases d’une organisation guinéenne pour les droits de l’Homme et du citoyen en République de Guinée, qui sortait d’une période sombre du fait de la dictature. C’était une étape importante. La deuxième, l’engagement politique partisan dans le cadre de l’UFDG, je ne suis jamais accaparé de l’appareil en disant que c’est moi le fondateur. Donc quiconque vient doit se mettre derrière moi. J’ai privilégié ce qui renforce, ce qui rassemble, ce qui fédère et qui permet d’aller de l’avant. D’où les motivations qui ont amené l’arrivée du doyen Ba Mamadou, de Saliou Béla et de Cellou Dalein. La tradition qui consiste à privilégier l’intérêt de l’institution au détriment des ambitions personnelles, devrait être une tradition qui devrait être respectée par tous les dirigeants du parti. Aujourd’hui  on se rend compte qu’il y a une volonté manifeste de confisquer totalement, pour la cause d’une personne, l’UFDG. Et là c’est en contradiction flagrante avec tout ce que j’ai mis dans mes convictions politiques depuis très longtemps. L’instauration de la normalité au sein de l’UFDG passe par le combat qui est en train d’être mené.

Vous sentez-vous trahi ?

Lorsque vous avez cru à des gens, vous avez mis votre espoir, qu’avec eux vous pouvez construire quelque chose de grand qui vous dépasse tous et que par la suite, ce sont eux que vous avez accueilli qui sont en train de vous mener à la tombe de manière physique, en organisant des tentatives d’assassinat, de manière verbale en vous dénigrant, en jetant l’opprobre sur vous, c’est normal d’être déçu.

Certains estiment que vous avez passé un deal avec le Chef de l’Etat qui vous a gracié. Qu’en dites-vous ?

Cela fait plus d’un an que je suis là. S’il y a un deal, demandons à monsieur Cellou Dalein le point 2 des accords politiques qui a fait un deal avec le pouvoir en place. A partir de là, je pense qu’on parlera autrement.

Vous avez changé de ton de manière spectaculaire à l’endroit du Pouvoir du Président Alpha Condé. Qu’est-ce qui explique ce revirement ? 

Ce n’est pas un revirement. C’est le principe de la réalité. Durant le premier mandat, il y avait une crispation telle dans ce pays que nous allions fatalement si cette logique continuait vers une explosion du pays. Grace à Dieu et par votre concours, le 13 octobre 2015, nous avons pris notre responsabilité pour appeler la population guinéenne à ne pas contribuer à l’éclatement d’une crise postélectorale en Guinée qui allait être sanglante. Grâce à Dieu, la Guinée a évité cela. A partir de ce moment, du côté du président Alpha Condé, il y a eu une volonté d’aller dans le sens de la décrispation et de l’apaisement. Personnellement, homme qui aime la Guinée et qui aime que ce pays avance, j’ai de ce point de vu contribué à ma place et à ma manière à ce que la décrispation puisse se poursuivre. C’est l’intérêt du pays qui le commande. Donc, il n’y a pas eu de revirement, c’est une volonté d’épouser les intérêts fondamentaux de la Guinée. Si le régime fait des choses bonnes pour la Guinée, j’applaudirais des deux mains,  s’il fait des choses qui ne cadrent pas avec ce que j’estime être l’intérêt national, j’aurais le courage de dire ce que j’en pense. D’où ma critique par rapport à ce code électoral notamment la question concernant l’élection des chefs de quartier et de district. Je pense que c’est une décision qui ne va pas à terme dans l’intérêt de la Guinée.

Avez-vous un message à lancer aux guinéens et spécifiquement à l’endroit des militants et sympathisants de l’UFDG ?

Aux militants de l’UFDG, je leur dis, gardez espoir, un jour nouveau se lève mais cela demande votre implication. N’acceptez plus l’intimidation, n’acceptez plus le mensonge, ayez une vision objective et critique de la réalité. Impliquez-vous à tous les niveaux du parti et ne cédez aucun terrain à qui que ce soit par l’intimidation et la peur.

A la majorité de la population guinéenne et au peuple guinéen, je dis il faut croire en l’avenir de la Guinée. Nous allons travailler pour que ce pays soit un pays réconcilié, prospère qui soit en phase avec la modernité et avec ce que nos anciens ont toujours rêvé : faire de ce pays la locomotive en Afrique de l’Ouest. C’est notre ambition, et avec les moyens de bord et avec l’aide de Dieu, nous allons y parvenir.

Monsieur Bah Oury merci !

Je vous en prie !

 

Interview réalisée par Souaré Mamadou Hassimiou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 311 11

L’heure de vérité pour l’UFDG

 

 

 

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Le vendredi prochain 24 février, le tribunal de Dixinn devra délibérer sur la plainte relative à la décision portant « exclusion de BAH Oury fondateur et 1er Vice-Président de l’UFDG en charge des Relations Extérieures et de la Communication ». Ce nouveau rendez-vous fait suite à quatre autres renvois qui selon les praticiens du droit ne devraient pas aller au delà de trois au risque de s’assimiler à un refus de juger. A cet égard l’Etat doit veiller à la protection juridictionnelle lorsque les délais de procédures s’avèrent anormalement longs afin qu’il ne puisse y avoir un déni de justice. A juste raison, il s’agit bel et bien de l’avenir de l’UFDG qui est en jeu. Cette affaire mérite ainsi un éclairage objectif pour que l’opinion soit correctement informée des enjeux autour de ce litige.

 

D’abord les faits

 

  • Le jeudi 4 février 2016 en fin d’après-midi, Cellou Dalein convoque une réunion extraordinaire du conseil politique élargie à des députés et à des secrétaires nationaux de l’UFDG. L’ordre de jour portait sur « l’exclusion de BAH Oury de l’UFDG ». Malgré de vaines tentatives d’un certain nombre de personnes d’empêcher la prise d’une telle décision, Cellou Dalein proclame que l’exclusion du fondateur du parti est prise par acclamation. Cet empressement a été dicté pour contrecarrer le retour effectif de l’ancien exilé au sein de l’UFDG. Ce dernier avait une semaine plus tôt, publiquement exprimé sa volonté de se rendre au siège le vendredi 05 février pour assister à la réunion hebdomadaire du Bureau Exécutif et serrer également les mains à ses compagnons de lutte. Ainsi c’est à son insu que la décision de sanction a été prise en violation du principe du contradictoire qui figure dans le règlement intérieur.
  • Le vendredi 05 février 2016, BAH Oury se rend au siège à Dixinn-Commandayah pour faire le recours contre la décision de la veille à l’instance du parti conformément au droit « de chaque accusé de se défendre contradictoirement et de faire recours aux organismes supérieurs ou aux instances du parti ». Contre toute attente, une conspiration était ourdie pour l’assassiner afin de l’empêcher de s’adresser directement aux responsables du parti. C’est à cette funeste occasion que le journaliste Mohamed Koula est fauché par la balle qui lui était destinée.

 

Quels sont les arguments évoqués pour l’exclusion

 

Ils sont principalement de deux ordres : se soumettre à la discipline telle que pensée et voulue par Cellou Dalein et ensuite faire de lui la source de toute légitimité au sein de l’UFDG en développant une dévotion sur sa personne. Il va s’en dire que cette conception narcissique et stalinienne de la vie politique ne peut pas être acceptée par le combattant pour la cause des droits de l’homme et de la démocratie qu’est BAH Oury depuis sa prime jeunesse. En réalité il s’agit du divorce entre deux visions du monde et de la société, d’un côté la culture autoritaire du parti unique et de l’autre celle de la démocratie et de la liberté. Rétifs à l’existence de débats ouverts et responsables les amis de Cellou Dalein craignaient le retour de BAH Oury qui avait clairement appelé à la rénovation et à la démocratisation de l’UFDG.

 

L’exclusion viole des dispositions statutaires

 

Le tribunal de Dixinn devra se prononcer vendredi 24 février sur la conformité « de la décision n°013/UFDG/CAB/2016 portant exclusion de M. BAH Amadou Oury de l’UFDG au regard des statuts et du règlement intérieur de ce parti.

  • Négation du principe de la collégialité : les statuts dès 2009 ont institué le principe de la collégialité entre le Président et tous les Vice-Présidents afin de faire émerger une équipe directionnelle efficace. C’est la raison pour laquelle tous ont le même degré de légitimité en étant directement et nominativement élus par l’instance suprême à savoir le congrès national. Le dernier congrès de juillet 2015 a précisé davantage les rôles et la préséance pour éviter des querelles byzantines et infantiles. A cet effet, en son absence du fait de l’exil « BAH Oury a été élu 1er Vice-Président de l’UFDG en charge des relations extérieures et de la communication ». Une résolution expresse additive est adoptée qui indique que le 1er Vice-Président « remplace le Président en cas d’absence ou d’empêchement ». Toutes ses dispositions statutaires vont dans le sens de la collégialité afin d’éviter l’accaparement du parti par une seule personne. Cellou Dalein n’a jamais voulu s’inscrire dans cette logique, c’est pour cela au cours du congrès d’août 2009 il avait milité pour être le seul à être élu par le congrès reléguant ainsi l’élection des vice-présidents par le Bureau Exécutif National qui pourraient être ainsi changés à tout moment comme des pirouettes sans grande légitimité au sein du parti. L’exil de BAH Oury de juillet 2011 à janvier 2016 lui a facilité l’exercice solitaire du pouvoir pour diriger à sa guise l’UFDG. Par conséquent il n’a jamais cherché à abréger d’une manière ou d’une autre l’éloignement physique du n°2 du parti. Tout au contraire, tous les stratagèmes étaient de rigueur pour maintenir ce dernier loin du pays. Son retour d’exil a alors attisé les adversités à son égard.
  • Evocation de la discipline pour bâillonner l’esprit démocratique : À tout bout de champ, il est demandé de respecter la discipline pour empêcher des voix discordantes de s’exprimer. Tant que vous applaudissez et vous flattez l’égo du « leader suprême » alors vous êtes dans ses grâces et celles de son clan. Dès que vous avez un point de vue différent, alors ils vous opposent « il faut respecter la discipline du parti » ou «  il faut préserver l’unité » comme s’ils sont les seuls dépositaires des valeurs et des idéaux démocratiques qui ont fondé le parti. La démocratie, la concertation libre, le débat démocratique en interne sont avant tout les préalables indispensables pour l’existence d’une discipline collective, partagée et librement consentie. En dehors de cela, la discipline s’assimile à la dictature purement et simplement.
  • Usurpation des prérogatives statutaires des instances du parti : Les amis de Cellou Dalein ont bâti leur architecture pour s’accaparer des leviers du parti en faisant du Conseil Politique (un sous ensemble du Bureau Exécutif de 19 à 25 membres) une instance de décision suprême. Or les statuts sont clairs sur le rôle et les attributions de cet organe (article 14-6-2), qui est un organe d’exécution des décisions du Bureau Exécutif National (350 membres). En d’autres termes, le BEN décide et le Conseil Politique applique. Or la décision d’exclusion est prise par le conseil politique qui s’arroge ainsi des pouvoirs qui ne sont pas les siens. Par la suite, pour tenter de corriger cette faute de procédure, Cellou Dalein déclarera qu’il fera signer à postériori la décision par les membres du Bureau Exécutif. Ce procédé illustre la duplicité et le non respect des règles d’une gouvernance correcte.
  • Ignorance de la véritable hiérarchie à l’UFDG : Le conseil national qui est composé de l’ensemble des membres du Bureau Exécutif National, des fédérations du parti, du conseil national des jeunes, des femmes et des sages est la hiérarchie du parti. C’est l’instance légitime habilitée à prendre une décision aussi grave que Cellou Dalein a imposé à son conseil politique en violant de bout à bout les dispositions statutaires de l’UFDG.

 

En conclusion

 

Nous verrons si le droit sera dit par le tribunal de Dixinn ; ce que par ailleurs nous espérons vivement. En définitive la démocratie et l’Etat de droit ne peuvent prospérer sans une justice juste, transparente et équitable. Le 24 février est une épreuve supplémentaire pour connaître l’état de la justice en Guinée.