BAH OURY SUR L’ALLIANCE UFDG- FPDD  » j’aurais préféré que cette alliance se fasse dans une totale discrétion »

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Le dialogue politique en cours et l’alliance politique en vue entre la principale formation politique guinéenne UFDG de Cellou Dalein Diallo et FPDD de l’ex-chef de la junte Moussa Dadis Camara continuent à alimenter le débat en Guinée et à l’extérieur. Le vice-président de l’UFDG, Bah Oury, nous livre son point de vue sur ces deux questions brûlantes de l’actualité guinéenne!!!

 

Guineenews: Que pensez vous du dialogue actuel entre l’opposition, la mouvance présidentielle et le gouvernement ?
BAH Oury : Permettez moi de réfuter le terme dialogue au profit du terme diktat . M. Alpha CONDE a fixé les termes du débat ,et aucune dérogation ne sera permise. Aucun amendement substantiel susceptible de perturber l’agenda présidentiel ne sera accepté. Quelques inflexions n’ayant aucune incidence sur le processus déjà entamé seront promises afin d’inciter l’opposition à participer aux élections présidentielles. Comme le ridicule ne tue pas  chez nous, le gouvernement issu de la mouvance présidentielle et principal acteur des élections est en même temps médiateur entre l’opposition et la mouvance présidentielle . Ceci est d’autant plus surréaliste que le régime politique guinéen est du type présidentiel . Où  se trouve la cohérence ? Où se  trouve la recherche véritable de sortie de crises pour notre pays ? Nous assistons à du théâtre politique qui frise un mépris total pour les souffrances et les angoisses de nos populations. Ceux qui pensent pouvoir déloger Alpha CONDE du pouvoir par des élections que ce dernier organise  se trompent. A Dixinn en 2011 , Alpha CONDE n’a  t-il pas déclaré publiquement «Étant au pouvoir,il faut être un fou pour organiser des élections et les perdre ».
Guineenews: Malgré tout, l’opposition a eu gain de cause en obtenant l’annulation des communales?
BAH Oury : Cela n’a aucun impact. Ce n’est qu’une promesse en l’air.
Guineenews: Un communiqué conjoint a sanctionné la rencontre entre M. Cellou Dalein DIALLO et M.Dadis CAMARA où une proposition d’alliance est annoncée entre l’UFDG et le FPDD . Avez-vous été associé à cette négociation ? 
BAH Oury : Je l’ai apprise en lisant la presse électronique. El hadj  Cellou Dalein m’a informé qu’après son retour à Conakry.
Guineenews: Que dites-vous alors de cette proposition d’alliance?  
BAH Oury :  Lorsque la question sera formellement posée aux niveaux des instances de l’UFDG, alors, elle sera débattue pour en fixer les principes , les modalités, les contre-parties , les garanties , les instances d’arbitrage et les mécanismes de mise en œuvre. Les principes fondateurs devront s’articuler sur l’indispensable défense des droits de l’homme, l’égalité de tous les citoyens dans une république laïque et démocratique, la fin de l’impunité, le renforcement des fondations de l’État de droit et la promotion d’une gouvernance vertueuse , exigeante et moderne.  En ce qui me concerne, j’aurais préféré que tout cela se fasse dans une totale discrétion pour en assurer la réussite. Une trop grande publicité avant terme nuira à la cause qui est recherchée. Comme l’écrivait Alfred de Musset « Il est certains actes que l’on n’est maître, ni de choisir ni d’accepter . Ils sont le produit des faits ».
 Ainsi dans le contexte actuel pour casser la stratégie d’Alpha CONDE de rééditer celle de 2010 à savoir « tout sauf les peuls » il est indispensable de développer des alliances notamment  avec les formations politiques de l’opposition implantées en Guinée-Forestière. Dans le même ordre d’idée il est nécessaire de définir avec  l’UFR de Sydia TOURE une nouvelle plate-forme de discussions qui ne se résumera pas seulement à des questions électoralistes. En effet, je considère le renouvellement du pacte de confiance avec l’UFR est indispensable et impérieux pour rendre cohérent et efficace le projet de changement auquel aspire la majorité de nos compatriotes qu’ils soient de la Basse-Côte, du Fouta ,du Manding et de la Forêt. Nous devons transcender les rivalités personnelles pour offrir à notre pays un destin meilleur.
Guineenews: Le Capitaine Dadis CAMARA est pourtant accusé d’être le commanditaire de la tragédie du 28 septembre 2009 où des centaines de personnes furent tuées et des dizaines de femmes violées dont la plupart sont des militants de votre parti. Certains n’arrivent pas à comprendre comment vous pouvez accepter une telle alliance avec lui alors que la justice n’a pas rendu son verdict?
BAH Oury : C’est vrai . En tant que président de la commission d’organisation de la manifestation  pour le compte des Forces Vives Nationales , j’ai été la seule personne qui a été convoquée par la Commission d’Enquête Nationale crée par le CNDD pour être auditionnée au matin du 03 décembre 2009. Cet interrogatoire a été stoppé par la tentative d’assassinat contre le Président du CNDD dans l’après-midi. Je  vous rappelle ces faits pour vous indiquez que jusqu’au bout j’ai marqué ma solidarité avec toutes les victimes en prenant ma responsabilité de rester à Conakry au vu et au su de tout le monde aux lendemains du massacre . Ensuite, depuis 2010 j’ai signifié au pool des juges de Conakry chargé d’instruire l’affaire du massacre au stade du 28 septembre 2009 ,mon inscription comme membre de la partie civile. Comme vous le savez également les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles et seront jugés tôt ou tard par la justice guinéenne ou à défaut par la Cour Pénale Internationale . Il est souhaitable qu’un tribunal compétent  puisse siéger dans notre pays un jour pour faire toute la lumière sur les différents massacres qui ont ensanglanté notre pays durant ces dix dernières années. Il faut souligner pour le cas actuel le manque d’indépendance de la justice guinéenne, eu égard à l’expédition judiciaire pour l’affaire du 19 juillet 2011 et autres affaires non encore élucidées. Ceci dit, j’ai écouté le Capitaine Dadis CAMARA sur RFI récemment . J’ai pris bonne note de sa disponibilité à répondre devant  la justice le moment venu.
Guineenews: Quelle a la réaction des militants de l’UFDG suite à cette annonce d’alliance ? 
BAH Oury : Les réactions sont diverses .La grande majorité souhaite que l’UFDG puisse nouer des alliances solides avec des formations politiques implantées dans le pays. De ce point de vue, elle salue le rapprochement avec le FPDD qui dispose d’un soutien réel dans la région de Nzérékoré. Ceci est d’autant plus important que le RPG considère cette zone comme sa chasse-gardée. En 2010 , Alpha CONDE avait promis « de leur ramener leur fils (Dadis) lorsqu’il sera élu ,Président »   . Cinq ans après, cette région a été la plus réprimée avec une rare barbarie . Zogota, Galapaye, Womé, Diécké et les les tueries de juillet 2013 attestent qu’elle est la poudrière du pays si l’on ne prend pas garde. La population est excédée par cette violence d’État et réclame justice et réparations. Le devoir de l’UFDG est de se rapprocher de  cette base pour bâtir un socle solide de confiance et de solidarité. En politique , il faut distinguer la contradiction principale de la contraction secondaire . Ainsi toutes les forces opposées à la gouvernance d’Alpha CONDE doivent unir leurs efforts pour amener le changement ,car c’est la seule voie réaliste et profitable à la Guinée entière.
Mais aussi, il existe bon nombre de militants qui s’inquiètent pour l’avenir , arguant à juste titre que les militants de l’UFDG payent un lourd tribut dans les luttes politiques dans notre pays sans jamais parvenir à obtenir ni récompense et ni reconnaissance. Le 22 janvier 2007 , plusieurs dizaines de nos jeunes militants furent tués pour parvenir au gouvernement de consensus de Lansana KOUYATE et la tragédie du 28 septembre 2009 eut comme finalité la mise en place d’une nouvelle transition  qui favorisa l’arrivée d’Alpha CONDE. Donc cette fatalité de l’échec traumatise et pousse au repli sur soi qui dans le fond n’est pas porteur pour sauvegarder les intérêts de l’UFDG. Aux septiques , je déclare que nous nous donnons les moyens pour éviter ces multiples déboires qui nous ont fait  très mal.
Guineenews: Votre mot de la fin.
BAH Oury : Nous vivons une période trouble et dangereuse. Celle-ci exige de la part de nous tous un sursaut national et patriotique pour sauver notre pays du désastre. S’enfermer uniquement sur la crise  du processus électoral et fermer les yeux sur l’aggravation de la misère , le désespoir des jeunes et la montée généralisée de la colère est suicidaire pour toute la classe politique actuelle. La politique de l’autruche ne sied pas à notre situation.  Le classement de la Guinée au dixième rang des pays à hauts risques dans le monde par un think tank bien réputé américain est une sérieuse alerte. D’un autre côté , l’inquiétude est t-elle que Mme Nancy Roselberg ancienne conseillère  à la sécurité nationale du Président Clinton  a fait publier dans le journal « Le Monde »  un article où elle interpelle les dirigeants africains sur l’urgence de s’emparer de la crise structurelle guinéenne avant qu’il ne soit trop tard.
Entretien réalisé par Sarifou Barry pour guineenews

 

LA GUINEE CUMULE TOUS LES DANGERS

Dans sa publication du 09 juin 2015 , le journal français « Le Monde » publie  l’article de Nancy Soderberg ancienne ambassadrice des USA aux Nations Unies qui jette un éclairage sans complaisance sur la situation de la Guinée. Je vous recommande sa lecture car j’y retrouve l’essentiel des points que je défends. Cette convergence est importante ,car la qualité de l’auteur de l’article est l’expression d’une réelle expertise sur les questions de relations internationales et géostratégiques. Que le journal « Le Monde » se fasse l’écho de cet article est aussi une autre preuve de l’urgence pour la communauté internationale de se pencher sérieusement à la résolution durable de la crise guinéenne. La paix en Guinée et dans la sous-région est menacée par la gouvernance d’Alpha CONDE. Ce cri d’alarme s’adresse également à tous les guinéens quelque soit leur bord politique.

BAH Oury

Présence du virus Ebola en Guinee

L’ UNION AFRICAINE DOIT S’EMPARER DE LA QUESTION GUINEENNE

Par Nancy Soderberg ancienne conseillère adjoint à la sécurité nationale de Bill CLINTON

Après s’être sortie de cinquante années de dictature il y a seulement cinq ans, la Guinée fait face à de multiples défis pour consolider sa démocratie. Mais aujourd’hui, elle est en danger. Comme nous l’avons vu au Mali voisin, lorsque la démocratie s’effondre, Al- Qaïda, l’Etat islamique et les trafiquants de drogues et d’êtres humains s’engouffrent dans la brèche.

La communauté internationale doit agir dès maintenant pour préserver la démocratie en Guinée, à l’aune des élections présidentielles d’octobre.

Même si des inquiétudes ont été formulées concernant la probité des élections de 2010, la première élection démocratique de la Guinée, Alpha Condé est néanmoins entré en fonction avec des promesses de réformes et de progrès.

Cependant, les chefs de l’opposition ont affirmé que le gouvernement avait échoué à tenir ses promesses de mettre en place des institutions démocratiques. Le manque de dialogue et les circonstances inquiétantes des élections à venir sont à la source d’une certaine instabilité. En avril, des manifestants protestant contre le report des élections par le gouvernement Condé ont été tués par balle par les forces de l’ordre. Les tensions politiques ont été exacerbées par l’épidémie d’Ebola, qui a tué en 2014 plus de 2 300 Guinéens.

Alors que les élections présidentielles ont été fixées le 11 octobre, aucune date n’a été annoncée en ce qui concerne les élections législatives de 2016. Les dernières élections législatives ont confirmé la dangereuse répartition du vote au regard de critères ethniques, les Peuls s’étant rassemblés derrière le principal parti d’opposition, et les Malinkés derrière le gouvernement. Les actes de Condé exacerbent cette division.

Malgré les protestations de l’opposition, Alpha Condé a nommé des administrateurs locaux à la place des fonctionnaires localement élus. Ces fonctionnaires nommés joueront désormais un rôle clé dans la supervision des élections de cet automne. De plus, le président Condé a nommé un officier militaire pour diriger la commission de surveillance de l’élection, et a refusé une implication internationale dans le processus électoral.

A cause d’une mauvaise gouvernance, le peuple guinéen vit dans une grave pauvreté. Au regard de presque tous les indicateurs internationaux, la Guinée échoue lamentablement. L’indice de développement humain des Nations unies classe la Guinée au 179e rang sur 187 pays, derrière le Zimbabwe de Robert Mugabe, et même le Mali déchiré par la guerre : 40 % des habitants vivent avec l’équivalent de 1,25 dollar par jour.

Au milieu de cette pauvreté, le rôle que joue la Guinée dans le trafic de drogue en provenance d’Amérique latine vers l’Europe ne cesse d’augmenter, laissant craindre que d’autres criminels, notamment des terroristes s’implantent sur son territoire. Il faut agir !

La Guinée possède de nombreuses ressources minières, dont des gisements de bauxite, de minerai de fer et d’or, qui pourraient faire de ce pays l’un des plus riches d’Afrique. Les mauvaises décisions du gouvernement poussent les investisseurs à se désintéresser du pays. Les grandes compagnies minières telles que Vale, BHP Billiton, et Newmont sont parties. Et celles qui restent sont en procès contre le gouvernement afin de reprendre possession de leurs propriétés confisquées.

Afin de mettre fin à ce cercle vicieux, les dirigeants guinéens, du président aux fonctionnaires locaux, doivent amorcer un dialogue constructif pour résoudre les crises que traverse le pays, notamment en assurant un cadre solide pour les élections, en créant un climat favorable à l’investissement, et en préservant un Etat de droit. La communauté internationale, à commencer par l’Union africaine, doit amorcer un dialogue avec le pouvoir en Guinée pour inverser la tendance, à l’occasion de l’élection présidentielle d’octobre.

Si la population ne reconnaît pas le résultat des élections, le pays pourrait facilement tomber dans un chaos qui serait catastrophique pour ses habitants et dangereux pour la région. La démocratie n’est pas seulement le fait de voter : l’importance de la question de l’Etat de droit en Guinée ne doit pas être sous-estimée.

Le respect du droit de propriété, l’instauration d’un climat d’investissement stable et juridiquement encadré, et la reconnaissance et l’exécution des décisions des juridictions locales et internationales seraient des étapes constructives. L’organisation respectée qu’est l’International Crisis Group a énoncé un certain nombre de recommandations qui pourraient servir de base à un dialogue entre l’Union africaine et la Guinée.

Un pays stratégique dans une région instable

Le plus important pour le président Condé est de relancer le dialogue avec l’opposition qui concernerait tous les aspects controversés des élections, et d’accepter l’aide internationale dans ce domaine. La clé sera de développer et de promulguer des règles électorales, et de faire du Tribunal constitutionnel une institution nationale indépendante œuvrant à la défense des droits fondamentaux.

Réformer la Commission nationale électorale indépendante (CENI) est nécessaire, pour que les forces en présence puissent se faire confiance. Une méthode de résolution des conflits électoraux doit également être mise en place. Ces étapes peuvent aider à redonner confiance à la récente démocratie Guinéenne, et ce tout spécialement dans le contexte des élections présidentielles à venir. Une date pour les élections parlementaires de 2016 doit également être fixée.

La Guinée est un pays stratégique dans une région aussi historiquement instable que peut être l’Afrique. La combinaison de la pauvreté, la corruption, la violence d’Etat et l’interférence dans les élections est dangereuse d’autant plus que ces éléments s’inscrivent dans une région concernée par l’influence grandissante de l’extrémisme islamique. L’Union africaine et la communauté internationale au sens large seraient sages d’agir dès maintenant pour soutenir cette démocratie naissante.

Nancy Soderberg est ancienne ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies et ancienne conseillère adjointe à la sécurité nationale auprès du président des Etats-Unis Bill Clinton.


SEISME POLITIQUE A CONAKRY

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La déclaration de M.Sidya TOURE , président de l’UFR à l’émission « les grandes gueules » de la radio Espace-Fm le lundi dernier officialisant «  en cas de second tour aux présidentielles opposant Cellou Dalein DIALLO et Alpha CONDE , l’UFR ne soutiendra pas le candidat de l’UFDG » a provoqué un séisme politique à Conakry. Cette déclaration est lourde de conséquences pour l’avenir politique immédiat aussi bien de Sidya TOURE que celui de Cellou Dalein DIALLO.

Une rivalité entre deux ambitions

La rivalité entre les deux hommes a pris le dessus sur l’indispensable alliance stratégique entre les deux formations qu’ils président. Cette situation est un pain béni pour Alpha CONDE dans le cadre de la stratégie électorale en cours. En effet , à cinq mois de la date fixée pour le premier tour des présidentielles et sans attendre de savoir qu’elle sera la situation qui prévaudra à ce moment , le rejet d’un soutien à Cellou Dalein DIALLO au second tour ,est tacitement perçu comme un appel en faveur d’Alpha CONDE. Ainsi une clarification s’impose au niveau des dirigeants de l’ensemble de l’opposition pour indiquer leur réel position vis-à-vis de la gouvernance d’Alpha CONDE. Cette interrogation est d’autant plus légitime , que cette nouvelle escalade du clivage entre Cellou Dalein et Sidya TOURE a été précédée par la publication de l’entretien compromettant entre Baïdy Aribot et une éminente personnalité du gouvernement. Alors, le risque d’un suicide politique collectif est tel que des cadres des deux partis se sont empressés de mettre en place un comité de médiation pour éteindre l’incendie. Cette initiative est à encourager pour éviter l’implosion de l’unité de l’opposition ; car les enjeux dépassent ces querelles d’ego :

  • l’unité de l’opposition, facteur du maintien de la cohésion nationale

La crise de leadership au sein de l’opposition fragilise encore davantage une cohésion nationale sérieusement malmenée par la gouvernance actuelle. Alpha CONDE a toujours bâti sa stratégie politique sur l’exploitation et les manipulations ethnocentriques. « Tous unis contre les peuls » est son credo. Pour lui peul = Opposition = UFDG. La fracture actuelle ne pourra que faciliter la cristallisation de la stigmatisation contre les peuls. Sa récente déclaration à Kankan «la  Guinée appartient aux Soussous, aux Forestiers et aux malinkés » excluant le groupe ethnique majoritaire du pays ( 45 % de la population) est une parfaite illustration de la volonté de marginalisation et d’exclusion de cette communauté. L’éloignement de l’UFR vis à vis de l’UFDG encouragera les fascistes au pouvoir de mettre en exécution leur « solution finale de la question peule ». Qu’on le veuille ou non , l’idéologie politique dominante au niveau de la génération des plus de 50 ans est celle léguée par le PDG de Sékou TOURE où l’ethno-stratégie , les violations massives des droits de l’homme et la négation des droits fondamentaux des citoyens sont érigés en système politique qu’il faut maintenir. Le slogan d’Alpha CONDE n’est-il pas de « ramener la Guinée , là où Sékou TOURE l’avait laissée » !

  • Une opposition divisée encourage Alpha CONDE à intensifier la répression

A l’aune de la durée au pouvoir, les lignes directrices du système politique du régime guinéen se sont éclaircies à travers une utilisation sélective des moyens de répression dans le territoire guinéen. En Guinée-Forestière , il s’agit de domestiquer les élites locales à l’aide d’une distribution de privilèges aux plus dociles, accompagner d’une répression brutale et violente de type coloniale contre les populations comme à Zogota où une dizaine de villageois furent sauvagement tués nuitamment par des agents des forces de l’ordre et à Wome où toute une sous-préfecture fut illégalement transformée en une zone militarisée. Au Foutah et dans les fiefs de l’UFDG, toute manifestation pacifique enregistre des victimes tuées par balles réelles tirées par les forces de l’ordre . En plus de cette répression visible , des bandes armées recrutées dans les milieux criminels sèment impunément la terreur dans les quartiers de Conakry notamment à Ratoma. Ces bandes procèdent à des assassinats ciblés pour éliminer des cadres administratifs et politiques qui dérangent. Ce sont le cas de Mme Aissatou BOIRO, Thierno Aliou DIAOUNE, le commissaire Pascal BANGOURA , le chef des motards de l’UFDG , Amadou Oury DIALLO pour ne citer que ceux-ci. Les révélations de la prison de Mohamed Junior alias CISSE alias DIALLO présenté comme le tueur de l’ancienne directrice du trésor, affirmant qu’il a été recruté par les bons soins d’Alpha CONDE pour « assurer la sécurité de Conakry » n’en sont que plus graves. En ce qui concerne la Basse-Côte , le régime allie la carotte et le bâton. Ici , il faut éviter l’utilisation des armes à feu. Il faut appliquer le « soft power » c’est-à-dire , acheter les consciences , distribuer des postes ministériels, et intimider les récalcitrants et les réfractaires. De là découlent la nominations de Kassory Fofana, et la mission confiée à Malick Sankhon du CRAC . Désormais cette politique sera systématiquement intensifiée pour dépeupler notamment les rangs de l’UFR et réduire ainsi politiquement Sidya TOURE . Pour cela ,chouchouter dans un premier temps certains de leurs responsables en leur miroitant une possible participation au gouvernement ne coûte pas grand chose aux stratèges du régime. Enfin en Haute-Guinée , le discours présidentiel est à double détente . Il distille un langage de peur «  votre sécurité collective dépend de mon maintien au pouvoir, sinon attendez-vous à pire qu’en juillet 1985 ». Il se fait également le restaurateur de la fierté malinkée «  Il a fallu que j’arrive au pouvoir ,pour que les malinkés à Conakry osent parler leur langue ». Malgré cette boulimie à vouloir opposer les malinkés au reste de la communauté nationale , il est évident que plusieurs cadres du RPG sont exclus et marginalisés dans la gouvernance d’Alpha CONDE. Paradoxalement , ce sont les collaborateurs du Général Lansana CONTE qui sont les plus présents à la présidence. Un espace politique reste ainsi disponible pour Lansana KOUYATE et les rénovateurs potentiels du RPG. Alpha CONDE ne partage pas le pouvoir. Il en a une conception totalitaire et hyper-possessive et il ne recule devant rien pour assouvir son ambition despotique. Tant pis pour ceux qui se laisseront entraîner dans son sillage.

Que faut il attendre d’un dialogue politique dans ce contexte de désunion ?

L’instruction donnée au Premier Ministre par Alpha CONDE d’ouvrir le « dialogue » entre la mouvance et l’opposition met totalement de côté la revendication minimale sur l’inversion du calendrier électoral entre les présidentielles et les communales . Selon l’ordre de jour gouvernemental, ce dialogue ne mettra pas en cause l’existence des délégations spéciales et recommandera seulement à la CENI de communiquer davantage avec tous les acteurs du processus électoral . Comment justifier une participation à un dialogue où les positions d’Alpha CONDE seront d’ores et déjà validées ? Aller dans ce sens , ce serait un véritable suicide politique. En effet , le volte-face des principaux responsables de l’opposition de renier la déclaration de Paris du 23 mars 2015 est déroutant et déconcertant.

Signer un texte qui stipule «  Au regard des dérives constatées : M. Alpha CONDE perd toute légitimité pour présider encore aux destinées de la Guinée. Son maintien au pouvoir constituerait une grave menace pour la paix et l’unité de la Guinée et la stabilité de la sous-région », engager des manifestations populaires par la suite qui ont enregistrés six personnes tuées et rétro-pédaler enfin pour valider la stratégie gouvernementale sans la moindre inflexion jettent un profond trouble au niveau de l’opinion. Peut-il en être autrement ? Difficile ! L’acceptation de l’invitation d’Alpha CONDE par le chef de file de l’opposition a été une première brèche qui a facilité le jeu du pouvoir. Ensuite les différentes déclarations de responsables de l’opposition des plus accommodantes les unes que les autres à l’égard de « l’appel au dialogue politique » sont une capitulation pure et simple . Encore une fois, les responsables de l’opposition se sont tirés une balle au pied avant même que la course ne s’engage. Si cette attitude n’avait de conséquences que seulement sur leurs ambitions personnelles,alors le désastre ne serait pas grave. Malheureusement il s’agit du destin de tout un pays et de l’avenir de millions d’individus qui sont en jeu. Perte de crédibilité sur le plan international, méfiance et suspicion sur le plan interne, démoralisation des troupes de militants et désespérance du plus grand nombre sont l’aboutissement tragique des journées de manifestations où six personnes furent tuées et des dizaines d’autres condamnées. Beaucoup de personnes de tous les bords se sentent trahies. En allant siéger avec le gouvernement dans le cadre des instructions présidentielles , les responsables de l’opposition accordent ainsi une prime à l’impunité.

Le piège d’Alpha CONDE marque des points

Au regard de ces multiples va-et-vient , Alpha CONDE se frotte les mains. Son piège habilement ficelé a réussi à faire imploser l’unité des deux principaux dirigeants de l’opposition. Le statut de chef de file de l’opposition adopté à moins d’un an de la fin de son mandat a exacerbé la rivalité entre Cellou Dalein DIALLO et Sidya TOURE. Cette initiative n’a nullement pour objectif l’amélioration du climat politique par l’institutionnalisation d’un dialogue permanent exécutif-opposition, car elle n’a aucune justification dans le cadre d’un système présidentiel. En effet entre 2005-2006 au moment où le PUP , l’UPR et l’UPG siégeaient à l’Assemblée Nationale , les partis significatifs de l’opposition de cette période à savoir l’UFDG , le RPG et l’UFR étaient extra-parlementaires car ils avaient boycotté les législatives de 2002. Afin d’institutionnaliser les relations entre l’opposition au régime du Général CONTE et la mouvance présidentielle , une proposition de loi portant sur le statut de l’opposition fut négociée. Le statut protocolaire et institutionnel de chef de file de l’opposition décerné à Cellou Dalein DIALLO en présence du président HOLLANDE a été un moyen pour contrecarrer la proposition de l’UFR , d’une candidature unique de l’opposition aux prochaines présidentielles. Alpha CONDE montre ainsi une réelle capacité tactique pour diviser ses adversaires. Il réédite ainsi , sa prouesse d’avoir tout le temps réussi à exacerber la rivalité entre Siradiou DIALLO du PRP et BA Mamadou de l’UNR afin de les neutraliser et de les affaiblir. Sa tactique est toujours la même ,exacerber les rivalités en opposant des ego surdimensionnés.

Quelles perspectives,alors pour le combat démocratique

Le processus électoral en cours augure d’une amplification de la crise politique:Le fichier électoral est totalement corrompu. L’enrôlement des écoliers mineurs à la demande expresse d’Alpha CONDE en Haute-Guinée en est une illustration concrète. La CENI est totalement inféodée au Chef de l’Exécutif guinéen . Les administrations territoriales et locales sont les appendices de l’Etat-Parti. La Cour Suprême et la Cour Constitutionnelle sont sous ordres . Dans ce contexte comme par le passé , les résultats sont dictés avant même que les élections ne soient organisées. Pendant ce temps ,la crise sanitaire Ebola se maintient en faisant des ravages dans la zone économiquement stratégique de Kamsar -Sangérédi. Le niveau de pauvreté a atteint des niveaux insoutenables et le taux de croissance économique est pratiquement nul voire négatif. Alpha CONDE peut maîtriser et dicter sa volonté aux acteurs du processus électoral mais il ne pourra pas endiguer le flot des revendications populaires qui sont en attentes depuis très longtemps. Avec Alpha CONDE, la crise est devant nous et la Guinée est en danger.

Rénover l’action politique : La situation actuelle est un grand moment dans l’histoire politique de la Guinée car elle met en relief la nécessité impérieuse de rénover profondément l’engagement politique. Des réponses précises doivent être portées à la société guinéenne. Pourquoi sommes nous en politique ? Notre engagement est il motivé seulement par la recherche des honneurs pour soi ? A la lumière de son propre vécu , quelles sont les causes qu’on prétend défendre ? Quel projet démocratique propose t’ on ? Quels sont nos rapports avec la citoyenneté etc….Ce questionnement pour une identification plus fine du personnel politique est essentiel pour rompre la longue chaîne des dictateurs et des prédateurs qui se succèdent au pouvoir dans notre pays. Désormais il faut de plus en plus que les citoyens exigent de ceux qui prétendent les gouverner des qualités comme l’exemplarité, le sens de l’honneur et de la responsabilité , une conscience élevée de l’intérêt national et une haute moralité afin de réconcilier les guinéens avec la politique. Ces qualités humaines sont des viatiques pour faire émerger un leadership éclairé ,compétent, totalement voué à la cause publique pour définir -et accompagner des véritables programmes de transformation sociales et économiques de la Guinée . C’est possible et nous sommes condamnés à travailler dans ce sens. Le prochain congrès de l’UFDG pourrait y contribuer.

Quelques notes explicatives

PRP : Parti du Renouveau et du Progrés  fondé par Siradiou DIALLO décédé en avril 2004

UNR : Union pour la Nouvelle République fondé par BA Mamadou décédé le 26 mai 2009

UPR : Union pour le Progrés et le Renouveau né de la fusion du PRP de l’UNR et du RND

PUP : Parti de l’Unité et du Progrés de la mouvance présidentielle du Général CONTE

Les partis de l’opposition au Général CONTE : opposition parlementaire UPR et UPG de JMDoré

opposition extra-parlementaire : RPG , UFDG , UFR

A PROPOS DE LA RENCONTRE CELLOU DALEIN DIALLO – ALPHA CONDE

LA CANDIDATURE DE DADIS CAMARA EST UNE EPINE AU PIED D’ALPHA CONDE

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L’annonce de la candidature de l’ancien président du CNDD, le capitaine Moussa Dadis Camara a l’air de provoquer un mini séisme dans le paysage politique guinéen. De l’avis du vice-président de l’UFDG, Amadou Oury Bah que Guinéenews vient de joindre, cette candidature est, sur un plan juridique, recevable, le capitaine Dadis ayant démissionné de l’armée.

Mais en poussant astucieusement l’analyse au-delà du cadre juridique, Bah Oury trouve, politiquement, dans cette candidature du capitaine Dadis, un moyen de pression qui obligera le président Alpha Condé à clarifier sa position vis-à-vis de ce dernier.

Puisque, révèle le vice-président exilé de l’UFDG, le chef de l’Etat  avait promis aux proches et sympathisants du capitaine Dadis de le faire revenir en Guinée dès son élection aux présidentielles de 2010 et de le traiter comme un ancien chef de l’Etat de la Guinée. Et cinq années plus tard, indique-t-il, la promesse n’a pas été tenue.

‘’Un groupe de femmes de N’zérékoré a manifesté la semaine dernière pour exiger le « retour de leur fils, sinon les élections présidentielles n’auront pas lieu dans leur région’’, a rappelé Bah Oury qui compare ce cocktail à un boulet attaché aux pieds d’Alpha Condé qui, dit-il, vient d’être rattrapé par ses multiples promesses ‘’fallacieuses’’ qu’il n’a jamais eues l’intention d’honorer.

La candidature de Dadis est avant tout une épine dans les pieds du président Alpha Condé soutient le vice-président du principal parti de l’opposition qui souhaite vivement aujourd’hui que justice soit rendue dans toutes affaires de crimes de sang non encore élucidées de 2007 à nos jours. Afin d’apaiser, déclare-t-il, les cœurs et rompre avec ce qu’il appelle, ‘’la longue chaîne d’impunité et de faire entrevoir ensuite des perspectives réelles de réconciliation nationale durable en Guinée.