Bah Oury à Guinéenews: » Alpha Condé est en train de faire de l’ethno-stratégie l’arme essentielle de sa politique

« Le combat contre Ebola,  c’est le combat pour la vie  et le combat pour la vie  passe par le combat  de la prise en compte de  l’essentiel des aspirations  des populations guinéennes  qui aspirent à la sécurité, au bien-être  qui aspirent à vivre dans les conditions les meilleures. »

 

Entretien accordé à Sékou Keita de Guinéenews à Dakar

Le vice-président de l’UFDG Bah Oury en séjour actuellement à Dakar comme à  l’accoutumé pour voir les officiels du Sénégal et certains organismes afin de plaider en faveur la Guinée qui se trouve dans une situation dramatique, a mis cette occasion à profit pour animer une conférence débat à l’ancienne Mairie de Medina en plein centre-ville de Dakar. C’était dimanche, 26 octobre 2014, a-t-on constaté sur place. Cette conférence sous le thème « la situation Sociale et Politique de la Guinée », était organisée par le bureau fédéral de l’UFDG au Sénégal.

 

Lors de son exposé, il a basé ses  argumentaires sur deux aspects  qu’il considère comme cause du malheur de la Guinée : la mal gouvernance, par preuve les 20 millions de dollars us  saisissent  par les autorités de  Dakar  qu’il qualifia   de blanchiment d’argent  et détournement  et     surtout  la          mauvaise         gestion de la            crise d’Ebola  dont Monsieur Alpha Condé  et son gouvernement, selon lui traitent avec laxisme ou font de cette crise un moyen pour rechercher leur fonds de commerce.

 

Après cette conférence de presse, le vice-président de l’UFDG a accordé une interview exclusive à Guinéenews©. Lisez !

Guinéenews© : Pourquoi êtes-vous à Dakar ?

Bah Oury : Je suis à Dakar depuis 4 jours (jeudi, 23 octobre 2014) comme à l’accoutumé  pour voir les officielles, les amis et certains organismes pour évoquer la situation malheureuse et dramatique de la Guinée.

Guinéenews© : Quelle appréciation faites-vous aux efforts  du gouvernement sur  la lutte contre le virus Ebola ?

Bah Oury : Je vous dis directement que je suis très inquiet, cette situation de la Guinée par ce que  les autorités   guinéennes ont été  relativement laxistes dans la gestion  de cette calamité, pourquoi laxiste par ce que les premiers malades ont été  détectés en décembre 2013 ; il a fallu, vers la fin du  mois de mars 2014  pour qu’officiellement   Ebola soit déclaré en Guinée comme étant présent sur le sol.

Durant ces 4 mois, on a perdu du temps, on a perdu des opportunités  de prendre des mesures qu’il fallait  pour juguler  la maladie. Indépendamment de cela,  après la déclaration  de la présence d’Ebola en Guinée, les autorités guinéennes ont fait preuve de laxisme  et de négligence coupable. Des déclarations  de Monsieur Alpha Condé pour  dire que l’Ebola   ne lui fait  pas peur en accusant MSF (médecins sans frontière)  qui  se décarcasse pour soigner les malades,  de dramatiser la situation  pour collecter de l’argent à l’étranger  et ça fait perdre à la Guinée et  aux responsables une prise de conscience  de la dangerosité de la maladie et malheureusement ça fait beaucoup de victimes.

Au-delà de notre  pays, ça  touché le Libéria  et la Sierra Léone et ces pays sont  sinistrés ; donc de ce point de vue et ce qu’il faut déclarer, c’est que les autorités guinéennes ont fait preuve de négligence coupable. Ceci dit, un autre problème  qui s’est greffé  par la suite  vous constaterez que les Nations Unies et le conseil de sécurité   ont déclaré que la présence  du   virus Ebola est une menace  pour   la paix  et la sécurité internationale et là aussi, les autorités guinéennes n’ont pas pris en compte  l’offre du président Hollande  de créer un centre militaire  en Guinée Forestière pour  nous aider à lutter contre la maladie. Alors que de l’autre  coté  au Libéria et en Sierra Leone,  les Américains avec 300 soldats sont présents, et la Grande Bretagne envoie des centaines de soldats pour aider  ces deux pays. Nous, on fait comme si  on peut se suffire à nous-mêmes et notre pays est le foyer principal  de la propagation de la maladie. Et c’est pourquoi, j’ai attiré l’attention des  officielles des Nations unies ici présentes à Dakar et d’autres comme  les autorités sénégalaises  pour ramener  les autorités guinéennes à faire preuve  de responsabilité  dans la gestion de la maladie.

Guinéenews© : Est qu’on peut dire que c’est Ebola qui a empêché  la tenue  des élections communales en Guinée ?

Bah Oury : Vous savez, la mal gouvernance  touche tous les secteurs.  Avant  Ebola, il  y avait la méningite, le choléra  et le paludisme ; Ebola reflète une mauvaise gestion  des structures sanitaires de  la Guinée, le fait de ne pas organiser les élections  communales, c’est un laxisme et une mauvaise gouvernance politique. Monsieur Alpha Condé  est en train  de dire qu’aujourd’hui, Ebola c’est son problème ; donc, le reste  ne l’intéresse pas  et vous voyez qu’il  utilise  des prétextes comme des drames qui s’abattent sur des populations  guinéennes pour refuser  d’aller dans le sens d’une gouvernance  politique conforme à la constitution  telle que prévue  par les lois de la République. Ainsi, c’est pour vous dire  que  je suis désolé de constater que la gestion économique se passe incorrectement.

Guinéenews© : Est-ce qu’éventuellement  Ebola  pourrait  empêcher la tenue des élections présidentielles en 2015 ?

Bah Oury : Je pense que le pays est sinistré par la propagation du virus Ebola ; maintenant, on se trouve devant un autre  dilemme  comment faire pour qu’il y ait une  gouvernance  sérieuse, crédible  pour prendre en charge les problèmes de la Guinée. Faut-il laisser cette gouvernance irresponsable  continuer à mener le pays  à  sa perte  ou faut-il  lui dire  halte il faut que ça s’arrête ? Est-ce que ça doit passer nécessairement  par le processus électoral ?

Mais, dans le contexte actuel, pour que le pays ne  sombre pas davantage, la gouvernance politique doit être conforme à l’esprit des institutions et indépendamment  de la maladie Ebola. Et, Alpha Condé n’avait nullement l’intention  de respecter les  principes de la démocratie et de la constitution guinéenne, mais la volonté populaire  doit prévaloir pour imposer  un agenda politique  qui ne correspond pas à l’agenda  de Monsieur Alpha Condé. Personnellement, j’y travaille.

Guinéenews© : De quoi, doit-on s’attendre aujourd’hui de vote part : un  combat contre le virus Ebola ou un  combat  pour la démocratie en Guinée ou  un combat pour la tenue des élections  en Guinée en 2015 ?

Bah Oury : Le combat contre Ebola,  c’est le combat pour la vie  et le combat pour la vie  passe par le combat  de la prise en compte de  l’essentiel des aspirations  des populations guinéennes  qui aspirent à la sécurité, au bien-être qui aspirent à vivre dans les conditions les meilleures. Malheureusement, la gouvernance est telle qu’aujourd’hui   que ce soit l’intérêt du pays,  que ce soit à l’extérieur, aucun Guinéen  ne se sent en sécurité ; tous les Guinéens sont stigmatisés un peu partout à travers le monde du fait de la mauvaise gouvernance et de la mauvaise gestion de la maladie Ebola en Guinée.

A cet effet, notre responsabilité est engagée. Faut-il laisser une  gouvernance qui va encore nous rendre la vie plus difficile ou faut-il se donner les moyens pour dire à la gouvernance de Monsieur Alpha Condé, stop ? Il faut que ça change ;  il faut qu’on prenne nos responsabilités en tant que citoyens  pour envisager un autre devenir pour la collectivité et c’est une nécessité impérieuse. Sinon, c’est le pays  tout entier qui va sombrer à cause d’Ebola et continuera a sombrer  encore à cause  de la mauvaise gouvernance. La famine qui va être la conséquence de la fermeture du pays  à l’heure actuelle et avec ça, c’est l’in-gouvernabilité qui va  en résulter avec les drames que vous connaissez  que ça soit en Somalie et d’autres pays qui font office d’exemple.

Guinéenews© : Quelles sont les stratégies  de l’UFDG  pour  fédérer les autres  forces  politiques en sa faveur  pour les élections  de 2015 ?

Bah Oury : Personnellement, mon plan est qu’il faut mobiliser les forces vives du pays  pour lutter contre Ebola  qui passe par le changement de la gouvernance du pays  comme en 2007  parce que je ne dissocie pas la lutte contre  Ebola et la lutte  pour le changement de la gouvernance de Monsieur Alpha Condé. Je ne dis pas qu’il faut attendre des élections hypothétiques  pour mobiliser le pays, tout le monde entier  pour exiger un changement  de manière globale sinon, on risquerait de se retrouver  dans un environnent ou on compterait des milliers de morts  du fait de la propagation de  la maladie  et de la misère.

Le tissu économique est également bloqué à tous les niveaux. Dans quelque mois, c’est la famine qui va  faire mourir les gens. Donc, aujourd’hui, l’urgence c’est changer de gouvernance pour faire en sorte que  les forces vives du pays  se mobilisent pour faire partir Monsieur Alpha Condé et faire face à la crise  sanitaire et à la crise économique.

Guinéenews© : Pour cela, selon vous, quelles sont les manières les plus appropriées  pour mobiliser ces forces politiques ?

Bah Oury : La misère est là, Ebola est là ; la situation économique est désastreuse ! Ceux qui gagnaient un peu ne gagnent plus rien ; le pays est isolé par rapport  à l’extérieur ;  la communauté internationale  nous regarde avec suspicion  puisque les autorités guinéennes ne font pas correctement le  travail pour stopper la propagation du virus. Le conseil de sécurité a décrété que la situation d’Ebola est une menace mondiale. Si nous Guinéens, nous ne sommes pas en mesure de faire face à Ebola, la  communauté internationale va obliger les autorités guinéennes à être plus responsables  et de ce point de vu, on leur  exige de changer totalement  de gouvernance.

Guinéenews© : On vient à peine de nommé  Kassory  Fofana  comme ministre  d’Etat en charge des questions d’investissements et des partenariats publics et privés. Quelle lecture faites-vous de cette nomination ?

Bah Oury : Il est de droit en politique que le chef de l’Etat nomme, qui, il veut  dans son gouvernement. De ce point de vu, il n y a aucune bizarrerie. En plus le GPT (Guinée pour tous) était  dans la mouvance,  moi ça ne m’étonne pas, mais il faut avoir une lecture plus globale, de quoi  Monsieur Alpha Condé attend de la nomination  de  Kassory ?  C’est vrai, Kassory Fofana, est une personnalité forte que nous connaissons bien  qui a été dans le gouvernement du général Lansana Conté qui a toujours une indépendance d’esprit  et de force de caractère.  C’est son mérite !  Mais est-ce qu’il pourra faire quelque chose ? Ça pose problème parce que la situation est complètement pourrie. Donc, elle est désespérée premièrement et deuxièmement pourquoi la nomination  de Mr Kassory  Fofana ?  Monsieur Alpha Condé est en train de faire de l’ethno-stratégie  son arme  essentielle de sa politique.

Faire croire à certaines personnalités de la Basse Côte  qu’on peut les inter-changer  ou utiliser au gré de son humeur et de ses intérêts politiques  sans pour autant que sa gouvernance  ne soit remise en cause, c’est la première explication de  cette nomination. Est-ce que ce sont les compétences techniques  et une capacité d’avoir une meilleure gouvernance qui fait que Mr Kassory Fofana est nommé ? Je ne le pense pas  pourquoi ?

Mr Idrissa Thiam, ministre de l’Energie et de l’hydraulique en terme de personnalité compétente  et connaisseur  et ayant une certaine expertise dans certains domaines  a été démis de ses fonctions  pour être ramené à la présidence. Cela veut dire que ce ne sont pas les compétences techniques mais plutôt, c’est le gain politique qui intéresse Monsieur Alpha Condé et c’est une manière politique de manipuler la Basse Côte.

Pour la Guinée Forestière, il est en train d’écraser les gens  et de réprimer.  Pour une simple revendication, il fait subir  les affres  à la population civile, c’est inacceptable et c’est indigne. En ce qui concerne la Moyenne Guinée, après avoir réprimé par la force  les manifestations pacifiques, il se tourne  aujourd’hui vers eux et dit  tiens on va utiliser d’autres stratégies et cibler les éléments à abattre, ce qui explique l’élimination, et l’assassinat politique du président de la section motard Amadou Oury Diallo. Au lieu de s’attaquer à la masse, on s’attaque à des personnalités cibles parce que, à partir de ce moment, c’est comme si on décapitait l’UFDG. Je  répète, se taire sur ces graves violations des droits de l’homme, sera irresponsable de notre part et surtout c’est notre liberté qui est en jeu ; une non  mobilisation efficace contre l’assassinat d’Amadou Oury Diallo aggrave et expose la vie de tous les responsables politiques.

C’est la première fois dans l’histoire moderne de ces vingt dernières années qu’un responsable politique nommément, est ciblé et  est abattu. Si  pour certains, ça fait partie de quelque chose de banale,  pour moi, l’assassinat de Amadou oury Diallo est un fait politique majeur qui doit nous permettre de tirer toutes les leçons et de toutes les conséquences  par rapport à l’évolution politique immédiate de notre pays. Donc, pour me résumer, Monsieur Alpha Condé en nommant Mr Kassory Fofana est en train de distraire la Basse Côte  pour gagner du temps.

Par ailleurs, la Haute Guinée, dans un budget agricole donne à la région de Kankan 43 milliards ; 800 millions pour la région de Mamou,  2 milliards pour celle de Labé,  3 milliards pour celle de Faranah,  la somme identique  pour N’Nzérékoré et Kindia aussi la même chose. Bref,  c’est une politique discriminatoire et qui remet en cause  l’unité du pays, la cohésion sociale et tout le monde a intérêt à dire à ce Monsieur, tu ne vas pas brûler ce pays avant que tu n’atteignes ton objectif, on va te donner un  coup de pied et c’est le moment de le faire.

Guinéenews© : À quand   le retour de Bah Oury  en Guinée ?

Bah Oury : Je suis un exilé politique ; les exilés politiques rentreront dès que la situation politique va nécessairement changer et je me donne les moyens pour que la situation politique  change le plus rapidement possible  et ça ne m’empêche pas d’agir, et de penser pour l’intérêt du processus démocratique et de tout ce qui peut être dans le sens d’amener du bonheur  à  tous  nos compatriotes,  c’est à dire à tous les Guinéens.

Interview réalisée par Sékou Keita, chef du Bureau de Guinéenews© à Dakar avec la collaboration de Kalil Touré, reporter de Guinéenews dans les régions du Sénégal.

 

QUELLE MALÉDICTION SUR LA GUINÉE? LA MAUVAISE GOUVERNANCE !

 

Mort dans la rue d'Ebola

Petit garçon, j’ai été marqué par les récits de mes parents ,évoquant le calvaire des adolescents, qui victimes de rafles massives ,étaient entassés dans les commissariats de Conakry avant d’être envoyés aux confins du territoire pour des travaux forcés. Peu d’entre eux sont revenus vivants de cet « esclavage » que le PDG , le Parti-Etat considérait comme des « mesures d’assainissement de la capitale ». Dans ces années 1960 , cette souffrance du plus grand nombre a été silencieuse et méconnue. C’est ainsi qu’une tyrannie rampante a domestiqué le pays tout entier et s’est attaqué par la suite aux élites politiques et administratives. Elles aussi, ont été broyées par pendaisons ou par la diète noire au camp Boiro de Camayenne.

Mon engagement pour le respect des droits de l’homme en Guinée a été forgé par cette douleur inguérissable. La création de l’Organisation Guinéenne des Droits de l’Homme ( OGDH) et mon implication pour faire émerger l’UFDG comme principale force politique de notre pays sont les manifestations concrètes de ces convictions humanistes.

Aujourd’hui plus qu’hier, la Guinée est confrontée à ses plus redoutables démons. La violation des droits de l’homme a atteint un niveau très inquiétant. La violence est devenu structurellement un marqueur de la gouvernance d’Alpha CONDE. L’assassinat politique du Président de la section des motards de l’UFDG, Amadou Oury DIALLO le 15 septembre dernier reste jusqu’à présent non élucidé. Ceux qui l’ont tué ,bénéficient de la protection des plus hautes autorités du pays. Cet assassinat marque une nouvelle étape dans l’utilisation de la violence et montre à ceux qui feignent de ne rien voir, que le régime ne recule devant rien pour imposer son joug, quitte à verser « une mare de sang » pour rester au pouvoir.. Le recours à la terreur n’est telle pas l’ultime attitude des dictatures lorsqu’elles sont convaincues d’avoir perdu toute légitimité ?

Cette logique criminelle est aussi appuyée par une politique de domestication des esprits qui se décline aussi vers les parlementaires et les acteurs de la société civile. Les députés Aboubacar SOUMAH ,Ousmane Gaoul DIALLO et Holomou Koni Kourouma sont les cibles d’intimidations et de harcèlements afin de les faire taire. Dr Faya Millimonou, le musicien Elie Kamano et les défenseurs des droits de l’homme notamment Avocats sans Frontières sont nommément indexés comme des « activistes qu’il faut dompter ». Le Ministre Sakho de la justice ,ancien bâtonnier de l’ordre des avocats de Montpellier est l’instrument de cette politique liberticide.Toutefois, la réaction timorée de l’opposition démocratique suite à l’assassinat du Président de la section des motards de l’UFDG n’incite guère à une levée de boucliers en guise de solidarité en leur faveur. Avec la persistance de cette vision étriquée ,suicidaire pour la démocratie et les libertés , c’est la liberté d’expression qui est en sursis.

L’accumulation des frustrations collectives et de l’injustice a atteint un seuil intolérable. Le sentiment de révolte couve dans l’ensemble des secteurs de la société comme en 2006 et 2007. C’est vrai , les guinéens sont en colère et sont profondément indignés. Ils sont victimes d’ostracisme et sont la risée du monde du fait que la Guinée est en proie à une épidémie de fièvre hémorragique Ebola sans précédent . Les morts se comptent pas plusieurs centaines . L’économie du pays par conséquent est terriblement affectée. La crise humanitaire est en train de prendre le dessus sur les crises sociales ,alimentaires et sanitaires. Pour ne rien arranger les catastrophes de toutes natures se succèdent avec des dizaines de victimes à chaque fois depuis le début de l’année : Lambandji (20 morts) , Taouyah (36 morts) ,Womey (14 morts) , Benty (43 morts) et Kérouané (9 morts).

Les inquiétudes perceptibles par-ci, par-là sont légitimes dans un contexte de mauvaise gouvernance systématique. Mais les pleurnicheries et les lamentations ne sont pas de mises , car il est impératif de regarder en face la situation dramatique de notre pays et de se donner les moyens de la changer. C’est un devoir et nous pouvons y parvenir , à la seule condition d’unir les forces et mutualiser nos énergies créatrices pour contrer efficacement cette gouvernance irresponsable et dangereuse.

L’heure n’est pas aux pleurnicheries et aux lamentations. L’heure est à la mobilisation comme en 2006 et en 2007 pour sauver notre pays d’un désastre total et irrémédiable. C’est la seule issue raisonnable.

 

 

SUR GUINEENEWS :POUR LUTTER CONTRE L’EBOLA SI ON APPLIQUAIT LA SOLUTION DE BAH OURY

cimetiere de victimes d'Ebola
Lavancée d’Ebola inquiète plus d’un guinéen. C’est le cas du Vice-président du principal parti d’opposition UFDG, en exil depuis 2011 en France. Pour éradiquer cette épidemie de la Guinée, Bah Oury propose de s’inspirer de l’exemple du Brésil dans sa politique sociale de lutte contre la pauvreté qui « consiste à proposer de l’argent ou des vivres aux familles qui accepteront de déclarer  les personnes malades afin de limiter la propagation de la maladie ». Lisez plutôt pour en savoir plus!

 Présence du virus Ebola en Guinee

Guneenews: ça fera bientôt un an que le gouvernement prêche dans le désert face à l’épidémie Ebola. Selon vous, quelle est la solution qu’il faut pour éradiquer cette maladie de la Guinée ?

BAH Oury : D’abord, il s’agit dans le cadre d’un processus de transparence et participatif, d’engager au niveau du sommet de l’Etat,  une volonté politique de combattre l’épidémie, ferme et déterminée. En dépit de nombreuses alertes et recommandations , les autorités guinéennes jusqu’à présent traînent le pas.Je vous remercie de visiter mon blogwww.bahoury.com à cet égard pour de plus vastes explications.Par ailleurs, Il ne faut pas minimiser les efforts et les initiatives qui se déploient actuellement pour apporter réconfort et sensibiliser à la fois les populations. Des députés et les ONG de la société civile s’activent   avec des moyens limités sur le terrain. Le personnel de la santé, héroïquement se débat tant bien que mal pour affronter la fièvre hémorragique. Il a déjà payé un très lourd tribut avec plusieurs dizaines de morts dans ses rangs.Donc , avant tout, il faut louer les efforts de ceux qui frontalement font face à Ebola, les nationaux comme les internationaux comme MSF, l’OMS et les autres acteurs du terrain.
Les actions essentielles sont à mon avis sur trois niveaux : la sensibilisation de l’ensemble du corps social de la présence de la fièvre Ebola dans notre pays et en même temps lui donner les conseils et mesures préventives pour ne pas contracter la maladie .Le second niveau concerne directement les personnes infectées qu’il s’agit  de détecter et d’isoler tout en leur apportant  les soins susceptibles de leur permettre de vaincre le virus. Le troisième niveau ,concerne les personnes qui sont de l’entourage des personnes infectées qu’il faut nécessairement identifier , isoler et leur assurer un suivi personnalisé pour rompre la chaîne de contamination. Les deux derniers paliers se heurtent à des résistances dues à des pesanteurs sociologiques accentuées par le niveau de pauvreté ambiant. Comment tenter de vaincre ces résistances et amener les populations à être pro-actives ? Pour cela, je propose de s’inspirer des pratiques du Brésil dans sa politique sociale de réduction de la pauvreté. Il s’agit d’allouer pour le cas brésilien des subventions sous forme de transfert direct de revenus aux familles bénéficiaires du programme à condition que celles-ci s’assurent que leurs enfants et les adolescents aillent à l’école et se présentent aux rendez-vous médicaux et de vaccinations .Douze millions de familles au Brésil bénéficient de ce programme et les résultats en ce qui concernent la réduction de la pauvreté et l’émergence d’une classe moyenne nombreuse sont appréciés du monde entier.

De manière précise la lutte contre Ebola en Guinée  revêt également la dimension de la pauvreté .Des mesures incitatives pécuniaires ou en nature doivent être données aux familles qui coopèrent au programme en déclarant  les personnes malades et à accepter d’être isolées afin de limiter la propagation de la maladie. Contre nourritures ou argent , il sera plus facile de pouvoir travailler. C’est une piste qui mérite d’être explorée.Le PAM est déjà habitué à gérer ce genre de programme , il en a l’expérience  et la compétence. Pour sauver les vies humaines il faut tout tenter avant qu’il ne soit trop tard.

Gunéenews : Chaque jour, on entend que des sommes colossales ont été accordées à la Guinée pour bouter hors de nos frontières, Ebola. Mais sur le terrain, les médecins continuent toujours de travailler dans les conditions difficiles. Certains se demandent même où va cet argent ?  

BAH Oury : La mal-gouvernance est responsable du malheur des guinéens. Le cynisme a atteint son comble . Tout est prétexte à un enrichissement illicite,amoral et criminelle. Le régime actuel ne diffère nullement des précédents . Ce qui importe pour Alpha CONDE se sont ses comptes bancaires à l’étranger.  La déclaration du préfet de Guéckédou M.Mohamed V KEITA faite la semaine dernière indique que ceux qui sont sur le terrain ne reçoivent rien ,malgré les millions de dollars qui sont évoqués  à la Radio Télévision Guinéenne.

Gunéenews : Votre réaction face au drame de Womey.

BAH Oury : Une tragédie regrettable a eu lieu dans notre pays. Les victimes notamment les journalistes et les médecins n’ont pas reçu les hommages que le pays tout entier leur doit. La vérité sur les causes du drame est occultée. La justice comme d’habitude est instrumentalisée contre de simples citoyens. La zone de Womey est illégalement militarisée. Ce qui est grave également les villageois de Womey sont présentés comme des criminelles alors que la présomption d’innocence existe jusqu’à ce qu’il y ait un jugement équitable et transparent pour situer les responsabilités. Si les autorités n’avaient pas peur de la vérité pourquoi alors ,refuser une commission d’enquête indépendante sur les lieux du drame ? D’injustices en injustices , le fossé se creuse entre les populations et l’administration centrale . Toutes les guerres civiles ont commencé ainsi. Faisons attention pour ne pas brûler la Guinée.

Guinéenews : Si vous étiez à la place d’Alpha CONDE, qu’auriez vous fait dès l’apparition du premier cas d’Ebola en Guinée ?

BAH Oury : M.Alpha CONDE veut nier l’évidence, mais les faits sont têtus. Nous avons manqué de sens de responsabilité et de réactivité. L’irresponsabilité,le culte du mensonge et le refus de prendre en compte ses propres responsabilités ont conduit à la tragédie actuelle. M.Macky SALL du Sénégal dès le début a pris des mesures conservatoires pour protéger son pays et son peuple . Le protocole de l’OMS a été immédiatement appliqué .En Guinée , tout ce qui affecte les pauvres est négligé voire banalisé. Ce qui m’importe aujourd’hui ,est l’exploration de l’exemple brésilien qu’il faut adapter à la lutte contre l’Ebola en Guinée.

Guinéenews: Merci d’avoir répondu à nos questions?

Bah Oury: C’est à moi de vous remercier.
Interview réalisée par Sarifou Barry depuis la France pour Guinéenews 00336 85 81 54 97

ALORS QUE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE SE MOBILISE CONTRE EBOLA, CONAKRY CONFIRME D’ETRE LE MAILLON FAIBLE DE LA STRATEGIE INTERNATIONALE

 

cimetiere de victimes d'Ebola

A ce jour, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) signale prés de 3500 morts infectés par la fièvre hémorragique Ebola dans les trois pays le Liberia, la Sierra-Léone et la Guinée. Pour la Guinée ,les statistiques officielles indiquent prés de 750 décès des suites de l’épidémie. Toutefois, des témoignages concordants font état de décès non répertoriés dans les zones minières de Banankoro et dans les zones frontalières avec le Liberia du côté de la préfecture de Macenta. Le chiffre officiel est déjà suffisamment alarmant ,aussi est-il préférable de faire preuve de transparence dans la comptabilisation des victimes afin de pouvoir évaluer avec exactitude les efforts à fournir pour éradiquer le plus rapidement possible ce fléau dans cette partie du monde.

L’organe exécutif des Nations Unies , le Conseil de Sécurité a adopté le jeudi 18 septembre une résolution, qui souligne de profondes inquiétudes et de graves préoccupations pour l’avenir des pays d’Afrique de l’Ouest touchés par le virus . Le Conseil de Sécurité estime «  les acquis obtenus par ces pays en matière de consolidation de la paix et du développement risquent d’être réduits à néant par l’épidémie d’Ebola ». L’instance onusienne lance alors, un cri d’alarme  «  l’épidémie compromet la stabilité des pays les plus touchés , elle peut provoquer de nouveaux épisodes de troubles civils et de tensions sociales, une détérioration du climat politique et une aggravation de l’insécurité ». Enfin le Conseil de Sécurité juge  «  l’ampleur extraordinaire de l’épidémie d’Ebola en Afrique constitue une menace pour la paix et la sécurité internationales ».

La résolution 2177 dessine ainsi à juste titre l’architecture diplomatique par laquelle la communauté internationale s’implique pour apporter son concours aux trois pays sinistrés. Le Président OBAMA déploie trois milliers de militaires en Sierra-Léone et au Liberia pour la construction d’infrastructures sanitaires pour suppléer aux graves déficits dans ce domaine. La Grande-Bretagne ,elle aussi renforce sa présence par l’envoi de quelques centaines de soldats pour appuyer les efforts des autorités Sierra-léonaises afin d’endiguer la propagation de l’épidémie. Pour la Guinée ,dans un premier temps le Président Hollande de la France ,lors de sa conférence de presse du 18 septembre annonce la construction d’un hôpital militaire en Guinée-Forestiére en signe de solidarité ,pour assister notre pays en détresse. Contrairement au bon sens et à la nécessité de mobiliser tous les efforts pour stopper le virus, les autorités guinéennes dédaignent cet apport sous prétexte que cela serait une atteinte au « nationalisme ombrageux,des héritiers de Sékou TOURE ». C’est ainsi qu’un communiqué conjoint des Ministres Laurent FABIUS et Marisol TOURAINE annonce que le centre sera géré par la Croix-Rouge Française avec un important soutien de l’Etat Français ( Affaires Étrangères, Santé, Défense et Intérieur).

Cette attitude du gouvernement guinéen traduit une constance qui consiste à reléguer au second rang toutes les initiatives qui mettent en priorité les intérêts des populations. Refus de l’hôpital militaire français, alors que le Liberia et la Sierra-Léone accueillent avec bienveillance plus de trois milliers de soldats américains et britanniques , refus de prendre les mesures idoines pour étouffer le développement de la maladie en Guinée-Forestiére entre Décembre 2013 et mars2014 ,pour ne pas faire annuler la visite officielle du Roi Mohamed VI sont autant d’actes qui sacrifient l’intérêt national. En effet, M. Alpha CONDE ne souhaite nullement la présence de militaires français sur le territoire national pour pouvoir utiliser la violence à sa guise dans la répression contre les populations civiles. Les massacres non encore élucidés de Womey prés de Nzérékoré et la militarisation de cette partie du pays confirment nos craintes de voir la logique sécuritaire de la gouvernance d’Alpha CONDE prendre le dessus sur le déploiement de moyens appropriés pour lutter contre l’épidémie. L’évocation d’un « nationalisme ombrageux des guinéens » fait sourire ,lorsque nous savons que des soldats étrangers sont intégrés dans les services de la sécurité présidentielle du Chef de l’Etat guinéen.

Alors que de sources bien informées de l’OMS et de MSF s’inquiétant ces jours ci de la recrudescence du nombre de personnes infectées à Conakry et à Guéckédou , l’aide que reçoit le gouvernement guinéen n’arrive pas aux zones les plus affectées.Au même moment le corps médical guinéen est entrain d’être décapité.Le préfet de Guéckédou, Mohamed V KEITA s’est fait l’écho de se sentiment d’abandon . Comme d’habitude, les détournements des deniers collectés pour servir d’autres intérêts catégoriels et la mauvaise gestion chronique des projets nationaux par incompétence ou par laxisme entraînent un sentiment d’exaspération et de colère au niveau des populations. C’est ainsi que les « missions de sensibilisation gouvernementales » deviennent des moments exutoires de la frustration populaire à l’égard des autorités. Womey, Forécariah et Coyah sont quelques illustrations de l’indignation nationale face à une gouvernance corrompue et insensible à la détresse collective. La fièvre hémorragique Ebola en tant que telle est une maladie qui peut être vaincue si des moyens adaptés et une volonté politique forte sont déployés pour la combattre. La plus part des autorités politiques des pays de la sous-région ont d’ores et déjà déployé des efforts dans ce sens pour préserver leur pays contre cette foudroyante épidémie. Conakry brille ainsi encore dans sa « singularité irresponsable » au détriment de la santé publique nationale et internationale. M.Alpha CONDE pour masquer sa responsabilité dans la mauvaise gestion de l’épidémie qui a conduit à sa propagation dans la sous-région, s’agite médiatiquement et diplomatiquement pour faire bonne figure . Hélas le mal est déjà fait. Comme dit l’autre , « l’eau versée à terre, n’est plus récupérable ». En fin de compte ,la fièvre Ebola est un miroir révélateur de la profondeur du désastre guinéen dût à une une très longue succession de gouvernances anachroniques, irresponsables et crapuleuses.

Le désastre actuel commande que toutes les forces vives de la nation revoient leur attitude vis-à-vis d’un régime qui inexorablement conduit toute la nation au chaos. La lutte contre Ebola exige constance dans l’effort, une solide volonté politique ,une gestion rigoureuse des ressources allouées pour servir exclusivement les populations sinistrées et un sens élevé de la responsabilité et de l’intérêt national. A l’aune de la durée au pouvoir, M.Alpha CONDE a prouvé qu’il ne satisfait aucun de ses critères. Cyniquement il prétend que son unique agenda est « la lutte contre Ebola » pour justifier la mise entre parenthèse pour un certain de temps du processus politique national tel que prévu par la constitution guinéenne.

Notre responsabilité pour le devenir de notre pays et du destin collectif de tous les guinéens est plus que jamais interpellée. En ce qui concerne la communauté internationale, forte de la résolution du conseil de sécurité des nations unies elle doit faire fi de la « souveraineté proclamée » par des dirigeants irresponsables alors que leur peuple est en détresse.

La danger est présent en Guinée. Nous devons le combattre pour sauver notre pays de la décomposition.

 

LA MARCHE A PARIS COMMEMORATIVE DE LA TRAGEDIE DU 28 SEPTEMBRE 2009O