Meeting d’Italie, Rencontre avec Sydia TOURE, financement de la CENI

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De retour d’Italie où il a animé un meeting en compagnie du président du parti Cellou Dalein Diallo, le vice-président de l’Union des forces démocratiques de Guinée s’est prêté aux questions de Guinéenews©. Dans cet entretien, Bah Oury revient entre autres sur sa tournée italienne, sa dernière rencontre à Paris avec le président de l’UFR, Sidya Touré et le financement des futures élections par l’État guinéen. Lisez !

Guinéenews© : Vous avez animé avec El hadj Cellou un meeting à Brescia en Italie la semaine dernière. Quelles leçons avez-vous tiré de cette tournée italienne ?

Bah Oury : Nous avons répondu à l’invitation de la Fédération-UFDG d’Italie. Celle-ci est la plus jeune structure du parti en Europe. Cette jeunesse lui a servi d’atout pour s’organiser et intéresser la communauté guinéenne  d’Italie à la cause de l’UFDG et à celle de la démocratie en Guinée. Personnellement, j’ai été particulièrement séduit par leur enthousiasme, leur ouverture d’esprit et surtout leur cohésion autour de la nécessité de prendre leur destin collectif entre leurs mains.

Le meeting a été grandiose. Les guinéens se sont déplacés de tous les confins d’Italie pour assister à cette rencontre. J’ai noté avec une très grande satisfaction l’intégration dans la société italienne de notre communauté. J’ai été impressionné par le nombre et la jeunesse de nos ressortissants dans la péninsule. C’est d’abord une source de satisfaction de constater que la diaspora guinéenne est forte, diverse, intéressée au sort du pays d’origine et ouverte aux cultures des pays d’adoption. Toutefois, c’est avec un pincement au cœur que je constate que la Guinée se vide de ses forces vives et les milliers de morts aux larges de Lampédusa sont là pour nous rappeler cette réalité insoutenable et tragique. Les préoccupations exprimées par les représentants de la communauté guinéenne sont d’ordre citoyen. Comment avoir les passeports biométriques sans être obligés de retourner à Conakry ? Comment nos retraites pourront elles être perçues en Guinée même, comme les sénégalais ont pu l’obtenir ? Comment nos investissements pourront ils être protégés dans notre pays ? Comment améliorer la sécurité des biens et des personnes dans notre pays ? A titre d’illustration, un couple ayant prés de 20 années de séjour en Italie, décident d’investir leur épargne dans la restauration à Conakry. Au bout de quelques mois, il a été obligé de rentrer en Italie, car chaque nuit dans leur quartier de Conakry, il était terrorisé par les coups de feu.

Guinéenews© : Vous avez rendu visite à M. Sydia Touré à Paris. Pouvons-nous connaître la teneur de votre entretien ?

Bah Oury : Je rencontre régulièrement M.Touré lorsqu’il séjourne à Paris. Je lui suis reconnaissant d’avoir pensé à m’inviter à un de ces meetings dès les premiers moments de mon exil en France, alors que beaucoup d’autres m’avaient tourné le dos. Ceci dit, nos échanges sont toujours francs et directs. J’ai insisté auprès du Président de l’UFR sur les dangers dans lesquels notre pays baigne par la faute de la gouvernance de M. Alpha Condé et sur la nécessité absolue pour sauver notre pays de le débarrasser de ces calvaires. Pour cela, j’ai indiqué qu’une nouvelle formulation de la plate-forme politique de l’opposition élargie aux forces de la société civile  est indispensable et urgente. Je n’ai pas manqué de dire, que l’enfermement sur des questions bassement électorales ne permet pas une mobilisation optimale des forces désireuses d’œuvrer pour un réel changement en Guinée, ici et maintenant. Avant la clôture de notre entretien, j’ai appelé au téléphone El hadj Cellou Dalein Diallo (ce qui était déjà convenu d’un commun accord). Les présidents de l’UFDG et de l’UFR se sont ainsi entretenus sur la problématique d’élargissement de la plate-forme. A Conakry, j’espère vivement qu’ils    agiront ensemble pour l’unité effective des forces du changement et de progrès pour accélérer la mobilisation générale contre Alpha Condé.

Guinéenews© : Et la candidature unique de l’opposition aux présidentielles a-t-elle été évoquée ?

Bah Oury : Bien entendu. Le président de l’UFR l’a présentée comme un moyen selon lui pour battre Alpha CONDE aux prochaines présidentielles. Il n’est pour autant  fermé à d’autres propositions comme celles de 2007 à condition que la stratégie soit claire  pour éviter de nouvelles désillusions tragiques.  A cela , je suis entièrement d’accord. Par ailleurs je vous précise que j’ai eu des échanges allant dans le même sens avec El hadj Cellou.

Guinéenews© : M. Alpha Condé et la CENI ont indiqué que les prochaines élections présidentielles seront entièrement financées par le budget national sans aucune aide de la communauté internationale. Qu’en pensez-vous ?

Bah Oury : M. Alpha Condé n’a jamais dévié de sa trajectoire politique d’instaurer sa dictature sur la Guinée depuis qu’il est au pouvoir. C’est l’opposition républicaine qui a manqué de clarté dans la définition de ses objectifs, de fermeté et de capacité d’anticipations pour contrer efficacement la dictature d’Alpa CONDE. Mais rien n’est encore tard pour redresser la barre. Pour en revenir à votre question, M. Alpha Condé impute à l’encadrement de la CENI par les experts de l’Union Européenne et à sa mission d’observation des législatives, son « modeste score » aux législatives. Il entend cette fois-ci avoir les coudées franches pour imposer ses « résultats » aux présidentielles sans aucune interférence extérieure. Aucun grain de sable ne doit être accepté au risque d’enrayer toute son opération de mascarade électorale aux présidentielles. Refuser le financement extérieur des élections en brandissant « la souveraineté nationale » est un habillage subtil pour être de bout en bout en mesure de contrôler le processus électoral.

Guinéenews© : Comment refuser le financement extérieur des élections et en même temps solliciter l’aide étrangère pour  la riposte contre Ebola et l’aide budgétaire à la France pour combler en partie le déficit ? 

Bah Oury : Votre question est pertinente. Au niveau des autorités guinéennes, la vision politicienne l’emporte sur la prise en compte de nos intérêts nationaux. M. Alpha Condé refuse les 26 millions d’euros de l’UE qui sont disponibles sur le volet financement électoral, mais il ne s’embarrasse d’aucune scrupule pour quémander à la France une aide budgétaire pour combler le déficit du budget. De manière grossière, il veut faire financer à travers l’aide budgétaire de la France  (qui n’a aucune affectation précise au préalable), la mascarade électorale qu’il entend organiser. Toute l’opposition et la communauté internationale sont interpellées par cette « cavalerie comptable » lourde de conséquences fâcheuses pour la stabilité de la Guinée. Nous alerterons les autorités françaises sur l’utilisation de l’aide budgétaire promise par le chef de l’État français M. François Hollande, à la Guinée.

Guinéenews© : Comment expliquer la passivité de la communauté internationale devant les dérives de la gouvernance d’Alpha CONDE ?

Bah Oury : La communauté internationale comme le disait le Général De GAULLE est un « vaste machin »  qui est un rassemblement d’intérêts hétéroclites et opposés. Ce n’est que lorsqu’il est trop tard qu’elle se manifeste sous forme d’aides humanitaires ou pour envoyer des troupes d’interposition entre les belligérants lorsque la guerre, la famine et les maladies déciment les populations civiles notamment les enfants et les femmes. La communauté internationale reste aveugle et sourde malgré les alertes d’Human Right Watch, d’International Crisis Group et d’autres sur les risques d’explosions en Guinée qui embraseront toute la sous-région. L’épidémie d’Ebola est là pour illustrer mon propos. Les Guinéens doivent par eux-mêmes et pour eux-mêmes se débarrasser du joug d’Alpha Condé avant qu’il n’entraîne le pays, dans le précipice. Qui se souvient aujourd’hui que la gouvernance de Siad Barre du Somalie a plongé dans les années 80 son pays dans l’ingouvernabilité totale, trente années après sa disparition. Prenons notre destin collectif entre nos mains, c’est cela qui sauvera notre pays.

Guinéenews© : Votre dernier mot ?

Bah Oury : J’ai confiance en l’avenir de la Guinée. Après le Burkina qui a pu venir à bout de Blaise Compaoré , la jeunesse guinéenne aussi mettra un terme très bientôt à la dictature en Guinée. Pour cela, il nous appartient à tous d’y contribuer, y compris par des collectes de ressources financières, indispensables pour faire avancer la cause de la démocratie et du réel changement dans notre pays.

Entretien réalisé par Sarifou Barry, depuis la France pour Guinéenews©. Téléphone : 0033685815497

Lettre ouverte au Président de la République Française M. François HOLLANDE

 

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Monsieur le Président de la République

Vous vous apprêtez à fouler le sol guinéen le 28 novembre prochain . Le peuple guinéen est honoré par votre visite et vous souhaite un agréable séjour en Guinée. Nous saluons votre initiative de vous rendre à Conakry dans un élan de solidarité et de compassion à l’égard d’une population particulièrement affectée par la propagation de la fièvre hémorragique Ebola. Nous savons également que le Chef de l’Etat guinéen M. Alpha CONDE présentera votre venue comme le couronnement du « soutien  de la France » à sa politique.

Monsieur le Président de la République

Vous avez certainement connu sur les bords de la Seine ,l’actuel Président guinéen , qui était auréolé d’un prestige de leader pan-africaniste du mouvement estudiantin africain en France . Vous l’avez également soutenu lorsqu’il a été embastillé en 1998 par le régime du Général Lansana CONTE. Le Président CHIRAC lors de sa visite officielle en Guinée en 1999 ,avait expressément demandé à son homologue guinéen de l’époque de libérer celui qui a été pris à Piney en Guinée-Forestière à la frontière ivoiro-guinéenne. Au nom des droits de l’homme , l’incarcération de M.Alpha CONDE était injuste et c’est la raison pour laquelle les démocrates du monde entier l’avaient soutenu à juste titre. Son long cheminement politique dans l’opposition avait laissé croire qu’il aurait pu incarner à la tête du pays, l’espoir de toute la Guinée pour un changement en profondeur de la gouvernance.

Monsieur le Président de la République

La Guinée compte officiellement à ce jour prés de 1300 morts de la fièvre Ebola. Les chiffres réels avoisinent plus du double ,selon des estimations de l’OMS. Cette épidémie a commencé en décembre 2013 en Guinée-Forestière et n’a été déclarée qu’à la fin du mois de mars 2014. Un temps précieux a été ainsi perdu pour stopper sa propagation. La réaction gouvernementale et notamment celle de son chef a été contre-productive . L’ONG Médecins sans Frontières a été injustement accusée par M.Alpha CONDE «  de faire un tapage médiatique pour seulement récolter des fonds » . Les autorités guinéennes ont fait preuve d’un laxisme coupable dans la lutte contre la propagation de la fièvre hémorragique. Ces manques de sérieux et de sens de responsabilité ont exposé à la contamination la population guinéenne et celles des pays voisins . Le résultat est hallucinant : des milliers de morts, des millions d’individus « stigmatisés » de par le monde, des économies nationales ravagées et des perspectives de développement anéanties. Monsieur Alpha CONDE porte une large part de responsabilité de ce désastre, à cause de la tiédeur de sa riposte contre l’Ebola. Pire,la récente disparition d’une glacière contenant des échantillons des secrétions d’un cas suspect d’Ebola sur la route Kankan-Kissidougou le 17 novembre dernier à la suite d’une agression perpétrée par des coupeurs de route est symptomatique de la gravité de la situation. Comment convoyer par un bus rempli de voyageurs ,un récipient contenant des virus d’Ebola ? C’est comme si une bombe atomique est mise entre les mains de jeunes garnements. Cette négligence frise une irresponsabilité criminelle ,surtout dans un contexte d’insécurité d’une zone sahélienne en proie à tous les trafics.

A cet égard, nous vous réitérons nos remerciements pour les multiples initiatives que vous engagez de concert avec la communauté internationale en faveur des pays sinistrés d’Afrique de l’Ouest pour éradiquer la propagation de la fièvre hémorragique Ebola dans cette partie du monde.

Monsieur le Président de la République

La situation des droits de l’homme est aussi sombre qu’aux périodes les plus tourmentées de l’histoire de la Guinée. Actuellement, croupissent en prison depuis plus de trois ans des détenus politiques, des civils et des officiers militaires et parmi eux une dame Madame Fatou Badiar. Leur crime est d’avoir très tôt marqué leur défiance à l’égard d’un Chef de l’Etat qui a publiquement proclamé «  de ramener la Guinée ,là où Sékou TOURE l’avait laissée ». A la parole , il a joint les actes en remettant au goût du jour «  le complot permanent » pour éliminer les adversaires et les concurrents politiques.

Les assassinats ciblés contre des figures marquantes de l’opposition ,comme le Président de la section des motards de l’UFDG , El hadj Amadou Oury DIALLO le 16 septembre 2014 sont les nouvelles méthodes de la violence d’Etat. La sous-préfecture de Womey à Nzérékoré a été le théâtre d’un horrible massacre d’une dizaine de personnes le 17 septembre de cette année. Jusqu’à présent aucune indication crédible ne situe les véritables responsables de ce drame. Malgré tout prés d’une centaine de paysans sont incarcérés attendant un jugement dont la sentence est déjà écrite ,car leur sort est déjà scellé par les autorités guinéennes. L’absence d’une justice indépendante, équitable et respectueuse du droit des prévenus génère des frustrations collectives qui alimentent la haine et les replis identitaires.

La culture de la haine dans le pays a atteint un seuil très préoccupant. En juillet 2013, la région de la Guinée-Forestière a été en proie à des affrontements meurtriers inter communautaires qui furent des centaines de morts selon un rapport des Nations-Unies. En août 2012  ,suite à une revendication pour l’embauche de leurs enfants dans la mine locale, le village de Zogota en Guinée-Forestière a été investi en pleine nuit par les forces de l’ordre pour y perpétrer des crimes odieux. En effet sept paysans dont le chef de village et le doyen de la localité furent sauvagement tués. A ces massacres s’ajoutent ceux de la soixantaine de jeunes militants de l’UFDG de la commune de Ratoma au cours de ces trois dernières années dans le cadre des manifestations pacifiques de l’opposition.

Cette atmosphère délétère est entretenue par les déclarations ambiguës de votre homologue guinéen traitant « la Cour Pénale Internationale  de justice des blancs » et selon lui   les crimes du 28 septembre 2009 avec prés de 200 personnes tuées et plusieurs dizaines de femmes violées doivent être purement et simplement « pardonnés ». Ces femmes sont aujourd’hui stigmatisées, abandonnées à elles-mêmes et meurtries dans leur chair. Ce contexte d’impunité institutionnalisée encourage les tueries d’aujourd’hui et celles de demain.

Monsieur le Président de la République

La décision du Chef de l’Etat guinéen d’intégrer dans le corps des gardes forestiers , des centaines de donzos qui en réalité constituent sa milice ,rappelle les précédents dangereux du Libéria, de la Sierra-Léone et de la Côte-d’Ivoire pendant les guerres civiles . Les « chasseurs traditionnels » ont peu ou prou été impliqués comme mercenaires dans les conflits fratricides qui ont ensanglanté ces pays. Ces raisons suffisent pour s’inquiéter de leur transformation en gardes forestiers ,armés et disséminés sur l’ensemble du territoire.

Dans la même logique, les autorités guinéennes ont encouragé la création et le développement d’une organisation de type ethnocentrique « le manden -djallon » pour diviser et opposer les ressortissants de la région du Fouta-Djallon. Cette politique entretenue de manière souterraine par les autorités de l’administration du territoire a mis en ébullition cette semaine,la préfecture de Lélouma où les forces vives de la localité sont mobilisés pour exiger le remplacement du préfet. La « rwandisation » du Fouta est la logique poursuivie.

Monsieur le Président de la République

Le niveau de pauvreté s’est aggravé depuis l’arrivée au pouvoir de M.Alpha CONDE. Prés de 60 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Malgré l’afflux massif de capitaux en 2011 avec plus d’un milliard de dollars US provenant du secteur minier dont 700 millions seulement de Rio-Tinto et l’annulation de la dette guinéenne en septembre 2012 à hauteur de 2,3 milliards US grâce au mécanisme de l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE, la situation sociale ne s’est pourtant point améliorée.Les espoirs d’un décollage économique de la Guinée se sont ainsi évanouis du fait de l’affairisme qui a gangrené l’entourage présidentiel. Les intérêts fondamentaux du pays sont abandonnés comme l’usine d’alumine de Fria, la rénovation de la voie ferrée Conakry- Kankan par le groupe brésilien VALE, l’exploitation du bloc 1 et 2 du Simandou par BSGR, la gestion transparente, équitable et concurrentiel du Port Autonome de Conakry et la création d’un secteur privé ouvert et compétitif.

Les secteurs de l’électricité et de l’eau ,indispensable à la vie et au développement économique engloutissent des sommes faramineuses sans pour autant que les besoins primaires des populations ne soient satisfaits. Dans ce contexte il n’est pas étonnant que des cargaisons de devises en partance pour alimenter les comptes ouverts dans les paradis fiscaux soient interceptés à l’aéroport de Dakar. En effet les détournements des deniers publics est le fléau qui expliquent les manques d’infrastructures de bases et qui ronge jusqu’à la moelle l’ensemble de la société. Le peuple guinéen aspire au progrès, au bien-être et à la modernité comme tous les peuples du monde, mais ses dirigeants qui sont de véritables prédateurs , constituent de sérieux obstacles.

Monsieur le Président de la République

Nous vous réitérons nos remerciements pour vos efforts personnels pour la restauration de la paix et de la stabilité au Mali et en Centrafrique. La France, est ainsi appelé au secours par des peuples en détresse alors que leurs dirigeants étatiques du fait d’une très longue mauvaise gouvernance les ont plongé dans la misère, l’insécurité et la guerre. Nous craignons fort, que les efforts de la communauté internationale pour parvenir à la stabilité et à la paix en Afrique de l’Ouest ne soient balayés par l’approfondissement de la crise en Guinée qui pointe à l’horizon. Ce scénario catastrophe pourrait ne pas être une fatalité , si de véritables et profondes mesures allant dans le sens de la réconciliation nationale , le respect de la primauté du droit et le changement de la gouvernance sont entreprises avec détermination.

Nous espérons vivement que votre visite à Conakry, puisse contribuer positivement à faire prévaloir les valeurs universelles de solidarité, de progrès, des droits de l’homme et de démocratie en Guinée qui est demeurée longtemps marquée par le non-développement et les tragédies.

KO SADHI !KO TOOLI !*

KAPA LOUYOU !*

WONOUWALI !WONOUSENE !*

ANICE ANIBARA !*

BIENVENU ( en pular, guerzé, soussou et maninké)

Le 26 novembre 2014

BAH OURY

Ancien Ministre de la Réconciliation Nationale et de la Solidarité

1er Vice-Président de l’UFDG

Exilé politique en France

 

Bah Oury à Guinéenews: » Alpha Condé est en train de faire de l’ethno-stratégie l’arme essentielle de sa politique

« Le combat contre Ebola,  c’est le combat pour la vie  et le combat pour la vie  passe par le combat  de la prise en compte de  l’essentiel des aspirations  des populations guinéennes  qui aspirent à la sécurité, au bien-être  qui aspirent à vivre dans les conditions les meilleures. »

 

Entretien accordé à Sékou Keita de Guinéenews à Dakar

Le vice-président de l’UFDG Bah Oury en séjour actuellement à Dakar comme à  l’accoutumé pour voir les officiels du Sénégal et certains organismes afin de plaider en faveur la Guinée qui se trouve dans une situation dramatique, a mis cette occasion à profit pour animer une conférence débat à l’ancienne Mairie de Medina en plein centre-ville de Dakar. C’était dimanche, 26 octobre 2014, a-t-on constaté sur place. Cette conférence sous le thème « la situation Sociale et Politique de la Guinée », était organisée par le bureau fédéral de l’UFDG au Sénégal.

 

Lors de son exposé, il a basé ses  argumentaires sur deux aspects  qu’il considère comme cause du malheur de la Guinée : la mal gouvernance, par preuve les 20 millions de dollars us  saisissent  par les autorités de  Dakar  qu’il qualifia   de blanchiment d’argent  et détournement  et     surtout  la          mauvaise         gestion de la            crise d’Ebola  dont Monsieur Alpha Condé  et son gouvernement, selon lui traitent avec laxisme ou font de cette crise un moyen pour rechercher leur fonds de commerce.

 

Après cette conférence de presse, le vice-président de l’UFDG a accordé une interview exclusive à Guinéenews©. Lisez !

Guinéenews© : Pourquoi êtes-vous à Dakar ?

Bah Oury : Je suis à Dakar depuis 4 jours (jeudi, 23 octobre 2014) comme à l’accoutumé  pour voir les officielles, les amis et certains organismes pour évoquer la situation malheureuse et dramatique de la Guinée.

Guinéenews© : Quelle appréciation faites-vous aux efforts  du gouvernement sur  la lutte contre le virus Ebola ?

Bah Oury : Je vous dis directement que je suis très inquiet, cette situation de la Guinée par ce que  les autorités   guinéennes ont été  relativement laxistes dans la gestion  de cette calamité, pourquoi laxiste par ce que les premiers malades ont été  détectés en décembre 2013 ; il a fallu, vers la fin du  mois de mars 2014  pour qu’officiellement   Ebola soit déclaré en Guinée comme étant présent sur le sol.

Durant ces 4 mois, on a perdu du temps, on a perdu des opportunités  de prendre des mesures qu’il fallait  pour juguler  la maladie. Indépendamment de cela,  après la déclaration  de la présence d’Ebola en Guinée, les autorités guinéennes ont fait preuve de laxisme  et de négligence coupable. Des déclarations  de Monsieur Alpha Condé pour  dire que l’Ebola   ne lui fait  pas peur en accusant MSF (médecins sans frontière)  qui  se décarcasse pour soigner les malades,  de dramatiser la situation  pour collecter de l’argent à l’étranger  et ça fait perdre à la Guinée et  aux responsables une prise de conscience  de la dangerosité de la maladie et malheureusement ça fait beaucoup de victimes.

Au-delà de notre  pays, ça  touché le Libéria  et la Sierra Léone et ces pays sont  sinistrés ; donc de ce point de vue et ce qu’il faut déclarer, c’est que les autorités guinéennes ont fait preuve de négligence coupable. Ceci dit, un autre problème  qui s’est greffé  par la suite  vous constaterez que les Nations Unies et le conseil de sécurité   ont déclaré que la présence  du   virus Ebola est une menace  pour   la paix  et la sécurité internationale et là aussi, les autorités guinéennes n’ont pas pris en compte  l’offre du président Hollande  de créer un centre militaire  en Guinée Forestière pour  nous aider à lutter contre la maladie. Alors que de l’autre  coté  au Libéria et en Sierra Leone,  les Américains avec 300 soldats sont présents, et la Grande Bretagne envoie des centaines de soldats pour aider  ces deux pays. Nous, on fait comme si  on peut se suffire à nous-mêmes et notre pays est le foyer principal  de la propagation de la maladie. Et c’est pourquoi, j’ai attiré l’attention des  officielles des Nations unies ici présentes à Dakar et d’autres comme  les autorités sénégalaises  pour ramener  les autorités guinéennes à faire preuve  de responsabilité  dans la gestion de la maladie.

Guinéenews© : Est qu’on peut dire que c’est Ebola qui a empêché  la tenue  des élections communales en Guinée ?

Bah Oury : Vous savez, la mal gouvernance  touche tous les secteurs.  Avant  Ebola, il  y avait la méningite, le choléra  et le paludisme ; Ebola reflète une mauvaise gestion  des structures sanitaires de  la Guinée, le fait de ne pas organiser les élections  communales, c’est un laxisme et une mauvaise gouvernance politique. Monsieur Alpha Condé  est en train  de dire qu’aujourd’hui, Ebola c’est son problème ; donc, le reste  ne l’intéresse pas  et vous voyez qu’il  utilise  des prétextes comme des drames qui s’abattent sur des populations  guinéennes pour refuser  d’aller dans le sens d’une gouvernance  politique conforme à la constitution  telle que prévue  par les lois de la République. Ainsi, c’est pour vous dire  que  je suis désolé de constater que la gestion économique se passe incorrectement.

Guinéenews© : Est-ce qu’éventuellement  Ebola  pourrait  empêcher la tenue des élections présidentielles en 2015 ?

Bah Oury : Je pense que le pays est sinistré par la propagation du virus Ebola ; maintenant, on se trouve devant un autre  dilemme  comment faire pour qu’il y ait une  gouvernance  sérieuse, crédible  pour prendre en charge les problèmes de la Guinée. Faut-il laisser cette gouvernance irresponsable  continuer à mener le pays  à  sa perte  ou faut-il  lui dire  halte il faut que ça s’arrête ? Est-ce que ça doit passer nécessairement  par le processus électoral ?

Mais, dans le contexte actuel, pour que le pays ne  sombre pas davantage, la gouvernance politique doit être conforme à l’esprit des institutions et indépendamment  de la maladie Ebola. Et, Alpha Condé n’avait nullement l’intention  de respecter les  principes de la démocratie et de la constitution guinéenne, mais la volonté populaire  doit prévaloir pour imposer  un agenda politique  qui ne correspond pas à l’agenda  de Monsieur Alpha Condé. Personnellement, j’y travaille.

Guinéenews© : De quoi, doit-on s’attendre aujourd’hui de vote part : un  combat contre le virus Ebola ou un  combat  pour la démocratie en Guinée ou  un combat pour la tenue des élections  en Guinée en 2015 ?

Bah Oury : Le combat contre Ebola,  c’est le combat pour la vie  et le combat pour la vie  passe par le combat  de la prise en compte de  l’essentiel des aspirations  des populations guinéennes  qui aspirent à la sécurité, au bien-être qui aspirent à vivre dans les conditions les meilleures. Malheureusement, la gouvernance est telle qu’aujourd’hui   que ce soit l’intérêt du pays,  que ce soit à l’extérieur, aucun Guinéen  ne se sent en sécurité ; tous les Guinéens sont stigmatisés un peu partout à travers le monde du fait de la mauvaise gouvernance et de la mauvaise gestion de la maladie Ebola en Guinée.

A cet effet, notre responsabilité est engagée. Faut-il laisser une  gouvernance qui va encore nous rendre la vie plus difficile ou faut-il se donner les moyens pour dire à la gouvernance de Monsieur Alpha Condé, stop ? Il faut que ça change ;  il faut qu’on prenne nos responsabilités en tant que citoyens  pour envisager un autre devenir pour la collectivité et c’est une nécessité impérieuse. Sinon, c’est le pays  tout entier qui va sombrer à cause d’Ebola et continuera a sombrer  encore à cause  de la mauvaise gouvernance. La famine qui va être la conséquence de la fermeture du pays  à l’heure actuelle et avec ça, c’est l’in-gouvernabilité qui va  en résulter avec les drames que vous connaissez  que ça soit en Somalie et d’autres pays qui font office d’exemple.

Guinéenews© : Quelles sont les stratégies  de l’UFDG  pour  fédérer les autres  forces  politiques en sa faveur  pour les élections  de 2015 ?

Bah Oury : Personnellement, mon plan est qu’il faut mobiliser les forces vives du pays  pour lutter contre Ebola  qui passe par le changement de la gouvernance du pays  comme en 2007  parce que je ne dissocie pas la lutte contre  Ebola et la lutte  pour le changement de la gouvernance de Monsieur Alpha Condé. Je ne dis pas qu’il faut attendre des élections hypothétiques  pour mobiliser le pays, tout le monde entier  pour exiger un changement  de manière globale sinon, on risquerait de se retrouver  dans un environnent ou on compterait des milliers de morts  du fait de la propagation de  la maladie  et de la misère.

Le tissu économique est également bloqué à tous les niveaux. Dans quelque mois, c’est la famine qui va  faire mourir les gens. Donc, aujourd’hui, l’urgence c’est changer de gouvernance pour faire en sorte que  les forces vives du pays  se mobilisent pour faire partir Monsieur Alpha Condé et faire face à la crise  sanitaire et à la crise économique.

Guinéenews© : Pour cela, selon vous, quelles sont les manières les plus appropriées  pour mobiliser ces forces politiques ?

Bah Oury : La misère est là, Ebola est là ; la situation économique est désastreuse ! Ceux qui gagnaient un peu ne gagnent plus rien ; le pays est isolé par rapport  à l’extérieur ;  la communauté internationale  nous regarde avec suspicion  puisque les autorités guinéennes ne font pas correctement le  travail pour stopper la propagation du virus. Le conseil de sécurité a décrété que la situation d’Ebola est une menace mondiale. Si nous Guinéens, nous ne sommes pas en mesure de faire face à Ebola, la  communauté internationale va obliger les autorités guinéennes à être plus responsables  et de ce point de vu, on leur  exige de changer totalement  de gouvernance.

Guinéenews© : On vient à peine de nommé  Kassory  Fofana  comme ministre  d’Etat en charge des questions d’investissements et des partenariats publics et privés. Quelle lecture faites-vous de cette nomination ?

Bah Oury : Il est de droit en politique que le chef de l’Etat nomme, qui, il veut  dans son gouvernement. De ce point de vu, il n y a aucune bizarrerie. En plus le GPT (Guinée pour tous) était  dans la mouvance,  moi ça ne m’étonne pas, mais il faut avoir une lecture plus globale, de quoi  Monsieur Alpha Condé attend de la nomination  de  Kassory ?  C’est vrai, Kassory Fofana, est une personnalité forte que nous connaissons bien  qui a été dans le gouvernement du général Lansana Conté qui a toujours une indépendance d’esprit  et de force de caractère.  C’est son mérite !  Mais est-ce qu’il pourra faire quelque chose ? Ça pose problème parce que la situation est complètement pourrie. Donc, elle est désespérée premièrement et deuxièmement pourquoi la nomination  de Mr Kassory  Fofana ?  Monsieur Alpha Condé est en train de faire de l’ethno-stratégie  son arme  essentielle de sa politique.

Faire croire à certaines personnalités de la Basse Côte  qu’on peut les inter-changer  ou utiliser au gré de son humeur et de ses intérêts politiques  sans pour autant que sa gouvernance  ne soit remise en cause, c’est la première explication de  cette nomination. Est-ce que ce sont les compétences techniques  et une capacité d’avoir une meilleure gouvernance qui fait que Mr Kassory Fofana est nommé ? Je ne le pense pas  pourquoi ?

Mr Idrissa Thiam, ministre de l’Energie et de l’hydraulique en terme de personnalité compétente  et connaisseur  et ayant une certaine expertise dans certains domaines  a été démis de ses fonctions  pour être ramené à la présidence. Cela veut dire que ce ne sont pas les compétences techniques mais plutôt, c’est le gain politique qui intéresse Monsieur Alpha Condé et c’est une manière politique de manipuler la Basse Côte.

Pour la Guinée Forestière, il est en train d’écraser les gens  et de réprimer.  Pour une simple revendication, il fait subir  les affres  à la population civile, c’est inacceptable et c’est indigne. En ce qui concerne la Moyenne Guinée, après avoir réprimé par la force  les manifestations pacifiques, il se tourne  aujourd’hui vers eux et dit  tiens on va utiliser d’autres stratégies et cibler les éléments à abattre, ce qui explique l’élimination, et l’assassinat politique du président de la section motard Amadou Oury Diallo. Au lieu de s’attaquer à la masse, on s’attaque à des personnalités cibles parce que, à partir de ce moment, c’est comme si on décapitait l’UFDG. Je  répète, se taire sur ces graves violations des droits de l’homme, sera irresponsable de notre part et surtout c’est notre liberté qui est en jeu ; une non  mobilisation efficace contre l’assassinat d’Amadou Oury Diallo aggrave et expose la vie de tous les responsables politiques.

C’est la première fois dans l’histoire moderne de ces vingt dernières années qu’un responsable politique nommément, est ciblé et  est abattu. Si  pour certains, ça fait partie de quelque chose de banale,  pour moi, l’assassinat de Amadou oury Diallo est un fait politique majeur qui doit nous permettre de tirer toutes les leçons et de toutes les conséquences  par rapport à l’évolution politique immédiate de notre pays. Donc, pour me résumer, Monsieur Alpha Condé en nommant Mr Kassory Fofana est en train de distraire la Basse Côte  pour gagner du temps.

Par ailleurs, la Haute Guinée, dans un budget agricole donne à la région de Kankan 43 milliards ; 800 millions pour la région de Mamou,  2 milliards pour celle de Labé,  3 milliards pour celle de Faranah,  la somme identique  pour N’Nzérékoré et Kindia aussi la même chose. Bref,  c’est une politique discriminatoire et qui remet en cause  l’unité du pays, la cohésion sociale et tout le monde a intérêt à dire à ce Monsieur, tu ne vas pas brûler ce pays avant que tu n’atteignes ton objectif, on va te donner un  coup de pied et c’est le moment de le faire.

Guinéenews© : À quand   le retour de Bah Oury  en Guinée ?

Bah Oury : Je suis un exilé politique ; les exilés politiques rentreront dès que la situation politique va nécessairement changer et je me donne les moyens pour que la situation politique  change le plus rapidement possible  et ça ne m’empêche pas d’agir, et de penser pour l’intérêt du processus démocratique et de tout ce qui peut être dans le sens d’amener du bonheur  à  tous  nos compatriotes,  c’est à dire à tous les Guinéens.

Interview réalisée par Sékou Keita, chef du Bureau de Guinéenews© à Dakar avec la collaboration de Kalil Touré, reporter de Guinéenews dans les régions du Sénégal.

 

QUELLE MALÉDICTION SUR LA GUINÉE? LA MAUVAISE GOUVERNANCE !

 

Mort dans la rue d'Ebola

Petit garçon, j’ai été marqué par les récits de mes parents ,évoquant le calvaire des adolescents, qui victimes de rafles massives ,étaient entassés dans les commissariats de Conakry avant d’être envoyés aux confins du territoire pour des travaux forcés. Peu d’entre eux sont revenus vivants de cet « esclavage » que le PDG , le Parti-Etat considérait comme des « mesures d’assainissement de la capitale ». Dans ces années 1960 , cette souffrance du plus grand nombre a été silencieuse et méconnue. C’est ainsi qu’une tyrannie rampante a domestiqué le pays tout entier et s’est attaqué par la suite aux élites politiques et administratives. Elles aussi, ont été broyées par pendaisons ou par la diète noire au camp Boiro de Camayenne.

Mon engagement pour le respect des droits de l’homme en Guinée a été forgé par cette douleur inguérissable. La création de l’Organisation Guinéenne des Droits de l’Homme ( OGDH) et mon implication pour faire émerger l’UFDG comme principale force politique de notre pays sont les manifestations concrètes de ces convictions humanistes.

Aujourd’hui plus qu’hier, la Guinée est confrontée à ses plus redoutables démons. La violation des droits de l’homme a atteint un niveau très inquiétant. La violence est devenu structurellement un marqueur de la gouvernance d’Alpha CONDE. L’assassinat politique du Président de la section des motards de l’UFDG, Amadou Oury DIALLO le 15 septembre dernier reste jusqu’à présent non élucidé. Ceux qui l’ont tué ,bénéficient de la protection des plus hautes autorités du pays. Cet assassinat marque une nouvelle étape dans l’utilisation de la violence et montre à ceux qui feignent de ne rien voir, que le régime ne recule devant rien pour imposer son joug, quitte à verser « une mare de sang » pour rester au pouvoir.. Le recours à la terreur n’est telle pas l’ultime attitude des dictatures lorsqu’elles sont convaincues d’avoir perdu toute légitimité ?

Cette logique criminelle est aussi appuyée par une politique de domestication des esprits qui se décline aussi vers les parlementaires et les acteurs de la société civile. Les députés Aboubacar SOUMAH ,Ousmane Gaoul DIALLO et Holomou Koni Kourouma sont les cibles d’intimidations et de harcèlements afin de les faire taire. Dr Faya Millimonou, le musicien Elie Kamano et les défenseurs des droits de l’homme notamment Avocats sans Frontières sont nommément indexés comme des « activistes qu’il faut dompter ». Le Ministre Sakho de la justice ,ancien bâtonnier de l’ordre des avocats de Montpellier est l’instrument de cette politique liberticide.Toutefois, la réaction timorée de l’opposition démocratique suite à l’assassinat du Président de la section des motards de l’UFDG n’incite guère à une levée de boucliers en guise de solidarité en leur faveur. Avec la persistance de cette vision étriquée ,suicidaire pour la démocratie et les libertés , c’est la liberté d’expression qui est en sursis.

L’accumulation des frustrations collectives et de l’injustice a atteint un seuil intolérable. Le sentiment de révolte couve dans l’ensemble des secteurs de la société comme en 2006 et 2007. C’est vrai , les guinéens sont en colère et sont profondément indignés. Ils sont victimes d’ostracisme et sont la risée du monde du fait que la Guinée est en proie à une épidémie de fièvre hémorragique Ebola sans précédent . Les morts se comptent pas plusieurs centaines . L’économie du pays par conséquent est terriblement affectée. La crise humanitaire est en train de prendre le dessus sur les crises sociales ,alimentaires et sanitaires. Pour ne rien arranger les catastrophes de toutes natures se succèdent avec des dizaines de victimes à chaque fois depuis le début de l’année : Lambandji (20 morts) , Taouyah (36 morts) ,Womey (14 morts) , Benty (43 morts) et Kérouané (9 morts).

Les inquiétudes perceptibles par-ci, par-là sont légitimes dans un contexte de mauvaise gouvernance systématique. Mais les pleurnicheries et les lamentations ne sont pas de mises , car il est impératif de regarder en face la situation dramatique de notre pays et de se donner les moyens de la changer. C’est un devoir et nous pouvons y parvenir , à la seule condition d’unir les forces et mutualiser nos énergies créatrices pour contrer efficacement cette gouvernance irresponsable et dangereuse.

L’heure n’est pas aux pleurnicheries et aux lamentations. L’heure est à la mobilisation comme en 2006 et en 2007 pour sauver notre pays d’un désastre total et irrémédiable. C’est la seule issue raisonnable.

 

 

SUR GUINEENEWS :POUR LUTTER CONTRE L’EBOLA SI ON APPLIQUAIT LA SOLUTION DE BAH OURY

cimetiere de victimes d'Ebola
Lavancée d’Ebola inquiète plus d’un guinéen. C’est le cas du Vice-président du principal parti d’opposition UFDG, en exil depuis 2011 en France. Pour éradiquer cette épidemie de la Guinée, Bah Oury propose de s’inspirer de l’exemple du Brésil dans sa politique sociale de lutte contre la pauvreté qui « consiste à proposer de l’argent ou des vivres aux familles qui accepteront de déclarer  les personnes malades afin de limiter la propagation de la maladie ». Lisez plutôt pour en savoir plus!

 Présence du virus Ebola en Guinee

Guneenews: ça fera bientôt un an que le gouvernement prêche dans le désert face à l’épidémie Ebola. Selon vous, quelle est la solution qu’il faut pour éradiquer cette maladie de la Guinée ?

BAH Oury : D’abord, il s’agit dans le cadre d’un processus de transparence et participatif, d’engager au niveau du sommet de l’Etat,  une volonté politique de combattre l’épidémie, ferme et déterminée. En dépit de nombreuses alertes et recommandations , les autorités guinéennes jusqu’à présent traînent le pas.Je vous remercie de visiter mon blogwww.bahoury.com à cet égard pour de plus vastes explications.Par ailleurs, Il ne faut pas minimiser les efforts et les initiatives qui se déploient actuellement pour apporter réconfort et sensibiliser à la fois les populations. Des députés et les ONG de la société civile s’activent   avec des moyens limités sur le terrain. Le personnel de la santé, héroïquement se débat tant bien que mal pour affronter la fièvre hémorragique. Il a déjà payé un très lourd tribut avec plusieurs dizaines de morts dans ses rangs.Donc , avant tout, il faut louer les efforts de ceux qui frontalement font face à Ebola, les nationaux comme les internationaux comme MSF, l’OMS et les autres acteurs du terrain.
Les actions essentielles sont à mon avis sur trois niveaux : la sensibilisation de l’ensemble du corps social de la présence de la fièvre Ebola dans notre pays et en même temps lui donner les conseils et mesures préventives pour ne pas contracter la maladie .Le second niveau concerne directement les personnes infectées qu’il s’agit  de détecter et d’isoler tout en leur apportant  les soins susceptibles de leur permettre de vaincre le virus. Le troisième niveau ,concerne les personnes qui sont de l’entourage des personnes infectées qu’il faut nécessairement identifier , isoler et leur assurer un suivi personnalisé pour rompre la chaîne de contamination. Les deux derniers paliers se heurtent à des résistances dues à des pesanteurs sociologiques accentuées par le niveau de pauvreté ambiant. Comment tenter de vaincre ces résistances et amener les populations à être pro-actives ? Pour cela, je propose de s’inspirer des pratiques du Brésil dans sa politique sociale de réduction de la pauvreté. Il s’agit d’allouer pour le cas brésilien des subventions sous forme de transfert direct de revenus aux familles bénéficiaires du programme à condition que celles-ci s’assurent que leurs enfants et les adolescents aillent à l’école et se présentent aux rendez-vous médicaux et de vaccinations .Douze millions de familles au Brésil bénéficient de ce programme et les résultats en ce qui concernent la réduction de la pauvreté et l’émergence d’une classe moyenne nombreuse sont appréciés du monde entier.

De manière précise la lutte contre Ebola en Guinée  revêt également la dimension de la pauvreté .Des mesures incitatives pécuniaires ou en nature doivent être données aux familles qui coopèrent au programme en déclarant  les personnes malades et à accepter d’être isolées afin de limiter la propagation de la maladie. Contre nourritures ou argent , il sera plus facile de pouvoir travailler. C’est une piste qui mérite d’être explorée.Le PAM est déjà habitué à gérer ce genre de programme , il en a l’expérience  et la compétence. Pour sauver les vies humaines il faut tout tenter avant qu’il ne soit trop tard.

Gunéenews : Chaque jour, on entend que des sommes colossales ont été accordées à la Guinée pour bouter hors de nos frontières, Ebola. Mais sur le terrain, les médecins continuent toujours de travailler dans les conditions difficiles. Certains se demandent même où va cet argent ?  

BAH Oury : La mal-gouvernance est responsable du malheur des guinéens. Le cynisme a atteint son comble . Tout est prétexte à un enrichissement illicite,amoral et criminelle. Le régime actuel ne diffère nullement des précédents . Ce qui importe pour Alpha CONDE se sont ses comptes bancaires à l’étranger.  La déclaration du préfet de Guéckédou M.Mohamed V KEITA faite la semaine dernière indique que ceux qui sont sur le terrain ne reçoivent rien ,malgré les millions de dollars qui sont évoqués  à la Radio Télévision Guinéenne.

Gunéenews : Votre réaction face au drame de Womey.

BAH Oury : Une tragédie regrettable a eu lieu dans notre pays. Les victimes notamment les journalistes et les médecins n’ont pas reçu les hommages que le pays tout entier leur doit. La vérité sur les causes du drame est occultée. La justice comme d’habitude est instrumentalisée contre de simples citoyens. La zone de Womey est illégalement militarisée. Ce qui est grave également les villageois de Womey sont présentés comme des criminelles alors que la présomption d’innocence existe jusqu’à ce qu’il y ait un jugement équitable et transparent pour situer les responsabilités. Si les autorités n’avaient pas peur de la vérité pourquoi alors ,refuser une commission d’enquête indépendante sur les lieux du drame ? D’injustices en injustices , le fossé se creuse entre les populations et l’administration centrale . Toutes les guerres civiles ont commencé ainsi. Faisons attention pour ne pas brûler la Guinée.

Guinéenews : Si vous étiez à la place d’Alpha CONDE, qu’auriez vous fait dès l’apparition du premier cas d’Ebola en Guinée ?

BAH Oury : M.Alpha CONDE veut nier l’évidence, mais les faits sont têtus. Nous avons manqué de sens de responsabilité et de réactivité. L’irresponsabilité,le culte du mensonge et le refus de prendre en compte ses propres responsabilités ont conduit à la tragédie actuelle. M.Macky SALL du Sénégal dès le début a pris des mesures conservatoires pour protéger son pays et son peuple . Le protocole de l’OMS a été immédiatement appliqué .En Guinée , tout ce qui affecte les pauvres est négligé voire banalisé. Ce qui m’importe aujourd’hui ,est l’exploration de l’exemple brésilien qu’il faut adapter à la lutte contre l’Ebola en Guinée.

Guinéenews: Merci d’avoir répondu à nos questions?

Bah Oury: C’est à moi de vous remercier.
Interview réalisée par Sarifou Barry depuis la France pour Guinéenews 00336 85 81 54 97