Entretien avec la Radio Fouta International en Pulaar

BAH Oury à la télévision sénégalaise 2stv

BAH OURY à RTG KOLOMA

 

 

 

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Bonsoir ! Ce soir nous recevons l’une des personnalités politiques les plus complexes du moment. Son retour au pays il y a deux semaines est perçu et salué par tous comme un signe de décrispation politique amorcé par le Pr. Alpha CONDE. Gracié suite à une condamnation pour atteinte à la sûreté de l’Etat, M. BAH Oury est devenu l’homme de la controverse dans son propre camp politique

 

Au fait, qu’est – ce qui a profondément changé chez cet ancien activiste des droits civiques en Guinée et réellement que veut ce fondateur du plus grand parti politique d’opposition.

 

Les réponses dans un instant sur ce plateau.

 

RTG – Bienvenue à tous dans cet entretien de Koloma M. BAH Oury

 

Bah Oury – Bonsoir M. CAMARA

 

RTG – M.BAH Oury, la première question serait de savoir comment vous vous sentez après avoir mis pied sur Conakry, salué dans les rues, enchaîné les meetings politiques, recevoir aussi beaucoup à domicile, sans oublier les plateaux d’émissions qui s’enchaînent.

 

Bah Oury – C’est un bonheur ! Cette atmosphère m’a manqué pendant quatre années et demi; et je suis heureux de revoir des visages qui me sont familiers et de trouver que certains sont marqués par l’âge. Le sentiment de réjouissance du fait de mon retour, je le sens et je le vis avec intensité. Dans cette enceinte de la RTG, j’ai connu et je connais beaucoup de gens avec lesquels nous avons cheminé ensemble pendant de longues années. Vraiment je suis heureux d’être ici.

 

 

RTG – Pas seul. Vraiment beaucoup de guinéens partagent cette joie de retrouver M. BAH Oury. Beaucoup de commentateurs ont d’ailleurs salué votre retour comme étant le signe de l’ouverture politique amorcée, engagée, initiée par le Pr. Alpha CONDE.

 

 

Bah Oury : C’est vrai. De ce point de vu, il faut rendre à César ce qui appartient à César. Le Président Alpha CONDE m’a demandé de le rencontrer à Paris. Par deux ou trois fois nous nous sommes vus. Nous avons échangé. Nous avons parlé du pays, de la nécessité de la décrispation et de l’apaisement général.

Et sa décision qui est consécutive à ces entretiens, c’est mon retour et une grâce présidentielle accordée à 171 personnes dont moi-même. C’est un grand pas. D’autres pas restent à faire, parce que comme vous le savez, il reste encore des détenus politiques et je souhaite ardemment que notre pays tourne cette triste page. L’intérêt national milite dans ce sens et il est souhaitable qu’une autre façon de gouverner prime pour conforter la majorité de la population que quelque chose est entrain de bouger.

 

RTG – Dans lescouloirs, pas mal de bruits montent. Certains s’interrogent. Est-ce que c’est le même BAH Oury  qui nous revient ? L’homme qui était entre griffes considéré comme étant le faucon de l’UFDG. Est-ce que c’est la même personne qui est là aujourd’hui? Qu’est – ce qui a changé chez vous ?

 

 

Bah Oury – C’est vrai, c’est la même personne en chaire et en os et aussi en esprit. Dans un passé récent, j’ai été diabolisé. C’est l’extrémiste, c’est le va-t-en guerre. Il y a beaucoup de choses qui ont été racontées sur ma personne. Toutefois, une bonne majorité de nos compatriotes me connaissent parce qu’ils m’ont vu à l’oeuvre ici et cela pendant de longues années.

Nous avons créé l’OGDH. Quelqu’un qui s’active à mettre en place une organisation pour la défense des droits de tous les guinéens voilà) bientôt trente ans de cela, n’est pas quelqu’un qui va dans le sens d’un extrémisme et

 

 

d’une vision étriquée de la société guinéenne. Quelqu’un qui a été Ministre de le Réconciliation Nationale, qui a contribué dans le gouvernement du Premier Ministre Ahmed Tidiane Souaré,

à ce que les rancœurs et frustrations collectives s’apaisent. Celui qui contribue à frayer des solutions pour panser les blessures de Kaporo Rails et des tués de novembre 2000 à Cosa en rassemblant des fils et filles de la Guinée forestière, qui étaient séparés du fait des conséquences des guerres civiles dans les pays voisins, ne peut être un extrémiste tel qu’il a été dépeint par ses adversaires. Nous avons également œuvré dans ce ministère à exploiter les ressorts internes de la société guinéenne pour promouvoir les dynamiques de préventions des conflits. Celui qui a été au niveau des forces vives dans une dynamique pour que notre pays sorte d’une longue crise de la gouvernance, est toujours le même BAH Oury qui continue son chemin vaille que vaille. Je le dis et je le répète, j’encourage toute politique dont la finalité s’inscrit dans une dynamique d’apaisement de décrispation. C’est à ce niveau que j’ai une convergence de vues avec le Président Alpha Condé. Quiconque aime la Guinée et se veut responsable ne peut pas rejeter la main tendue qui prône l’apaisement général et la décrispation.

 

RTG – Quelle résonance à votre niveau, le fait de retourner en Guinée où le Pr. Alpha CONDE, dans le cadre de son second mandat, non seulement a fait appel à la force des jeunes, à la vivacité, à la créativité des jeunes, mais aussi la main tendue s’est poursuivie par des actes en créant le Ministère de l’Unité National pour vous qui avez été Ministre de la Réconciliation National?

 

 

Bah Oury – Il y a de bonnes intentions qui sont affirmées, qui sont officialisées par des décisions. Il appartient au corps social, aux hommes et aux femmes qui ont reçu ces responsabilités de mettre en oeuvre dans l’essentiel le projet qui sous-tend ces décisions. Moderniser le pays, montrer aux jeunes qu’ils ont une place dans ce pays en apportant le meilleur d’eux-mêmes de ce qu’ils ont appris ailleurs. Comme on dit il faut leur know how pour que la Guinée avance.

Que les gens prennent courage. Que le Ministre de l’Unité Nationale et de la Citoyenneté aille au fond du contenu de son ministère. C’est un vaste projet qui nécessite une implication du plus grand nombre. Et pour cela, il y a des décisions à prendre pour permettre aux sceptiques, à ce qui se posent des questions légitimes de savoir, que ce ne sont pas des opérations politiciennes. Ce sont des mesures qui vont dans le sens de l’intérêt national. Aussi bien pour ceux qui sont dans la mouvance présidentielle, que pour ceux qui sont dans l’opposition. Nous devons prendre cela comme étant des outils pour nous permettre d’avancer.

Ceux qui sont en responsabilité dans le gouvernement font leur travail. Ceux qui sont dans l’opposition doivent faire en sorte que l’opposition pour laquelle je m’investis, doit être une opposition constructive, efficace qui permettra d’entrevoir des pistes alternatives pour construire le futur de notre pays. Vous savez, transformer les mentalités exige un long travail pédagogique, abandonner les sentiers battus en rejetant la facilité n’est pas non plus aisé. Mais hélas, ici chez nous, le chemin de facilité est un chemin de désunion, de mauvaise gouvernance, et puis aussi de mépris pour les plus humbles et les plus faibles qui forment une majorité dans notre pays.

 

 

RTG – Les clivages en Guinée sont attribués aux humeurs des politiques. Ces derniers temps on a vu un effort de rassemblement. Aujourd’hui Sidya TOURE qui était avec vous dans l’opposition, qui est Haut Représentant du Chef de l’Etat. On a vu beaucoup de lignes bouger voire changer.  La classe politique s’est réveillée. il y a Jean Marie Doré  qui faisait partie des anciens avec BAH Mamadou, Siradiou, vient de nous quitter. Vous pensez à une nouvelle génération d’hommes politiques en Guinée?

 

 

Bah Oury – La Guinée est mûre pour des changements en profondeur. Les jeunes qui étaient descendus dans la rue en 2007, sont devenus maintenant des hommes et des femmes responsables qui ont acquis une grande maturité. La responsabilité de tous à l’heure actuelle, c’est de permettre à ce que ces élans d’unité du pays, cette convergence de tous les jeunes par rapport au progrès puissent se transformer dans le concret, tant au niveau de la gouvernance du pays pour ceux qui sont dans les instances gouvernementales que dans l’opposition. C’est un travail pédagogique. Parce que si vous remarquez bien il y a un décalage profond entre une classe politique traditionnelle

qui se sent aujourd’hui acculée et dépassée par une montée par le bas d’une volonté de changement. Mais cette volonté de changement exprimée par les jeunes doit trouver des canaux, avec des hommes et des femmes responsables qui vont jusqu’au bout dans l’analyse, dans la définition, dans l’intermédiation vis-à-vis de l’ensemble de la société guinéenne et vis-à-vis de l’extérieur de cette volonté de changement, de cette volonté d’unité, de cette volonté d’apaisement de décrispation qui aboutira à terme à une véritable réconciliation, pour que nous ayons une société qui s’ouvre à la modernité, qui se projette vers le développement.

 

 

RTG – Êtes-vous prêt à insuffler un tel esprit au sein de votre formation politique ?

 

 

Bah Oury – C’est la raison pour laquelle je suis entrain avec des amis de me battre au niveau de l’UFDG pour faire comprendre que l’UFDG doit évoluer. L’UFDG doit être une alternative démocratique ouverte au-delà des clivages traditionnels pour l’ensemble de la société guinéenne. C’est la raison pour laquelle certains ne me voient pas d’un bon œil, parce que moi je veux une UFDG qui gagne. Je ne veux pas d’une UFDG qui exclut ses militants et ses responsables. Je veux une UFDG qui rassemble. Je veux une UFDG qui se projette vers l’avenir; qui soit une vraie alternative, qui apporte des idée, qui rassemble les meilleurs fils de ce pays et filles pour que demain nous ayons des hommes et des femmes capables de gouverner la Guinée de manière responsable et mature pour faire face à un défi qui est mondial.

 

 

RTG – Pour un départ on sent que ça ne sera pas facile. Pas plus tard que ces derniers jours on voit des messages, des alertes par rapport à la question notamment de l’UFDG. Donc on sent qu’il y a une certaine controverse par rapport à vos idées.

 

 

Bah Oury – C’est normal. C’est comme l’évolution. C’est une Institution qui est en crise de croissance et d’identité.. La crise de maturité ou d’identité amène les hommes et les femmes de l’UFDG de s’interroger. Quelle identité politique? Quel profil ? Quelles sont nos valeurs ? Comment devons nous vivre la démocratie ? Qu’est-ce qu’on appelle la collégialité dans les prises de décisions ? L’esprit d’équipe c’est quoi ? Être contre l’ethnocentrisme doit se traduire comment ? Envisagez la gestion de nos villes, de nos localités par qui, pour qui et comment ?

Toutes ces questions interpellent l’UFDG d’aujourd’hui. Parmi nous certains ont une vision passéiste, ont une conception conservatrice et veulent perpétuer ce qui a toujours existé depuis l’indépendance. Malheureusement pour eux ils se trouvent aujourd’hui en minorité. Ils essaient d’utiliser les appareils pour s’imposer mais la force du changement ne fait que monter et finira par vaincre.

 

 

RTG – Mr. BAH Oury, les élections locales sont prévues certaines pour quelques mois; dites-nous est-ce que vous serez par exemple candidat, (je ne sais pas) à Pita où vous êtes né ou bien dans une préfecture comme Labé ?

 

Bah Oury – Pour le moment je suis entrain de rencontrer les amis. Vendredi j’irais saluer l’Institution politique qu’est l’UFDG, à travers la réunion hebdomadaire du bureau exécutif au siège national du parti et samedi je serais à l’Assemblée Générale pour leur exprimer mes attentes, mes souhaits et les remercier des efforts, des sacrifices consentis et leur dire que je suis revenu pour bâtir avec eux un grand parti qui pourra apporter des éléments de réponses à la gestion locale, au développement local, au rassemblement des hommes et des femmes dans les villes, au rapprochement et à l’implication des guinéens qui sont à l’étranger dans le cadre du développement local. C’est un enjeu extrêmement important pour notre destin collectif. La présence d’élus de guinéens résidant à l’étranger dans les Mairies, dans les CRD, nous permettra de répondre de manière concrète à des questions de pauvreté, à des questions d’inclusion; à des questions disons de mobilisation de ressource pour aider les collectivités dont une proportion significative de leurs forces vives résident à l’étranger. La mobilisation effective et l’implication de la diaspora dans la gestion locale est un impératif économique,social et également démocratique.

 

 

RTG – Où est-ce-que vous vous sentirez mieux pour servir réellement la Guinée à la dimension de vos ambitions ?

 

Bah Oury – Notre pays a besoin de contre – pouvoirs efficaces. Dans la phase actuelle, ma responsabilité m’indique qu’il faut faire de l’UFDG une opposition constructive, crédible, responsable et ouverte. C’est là que nous pouvons apporter un supplément d’âme, un supplément de modernité, à un parti qui pourra demain influencer l’ensemble des Institutions du pays pour asseoir des bases solides au niveau de nos Institutions afin qu’elles soient fortes. Ceci est une nécessité de notre temps.

 

 

RTG – Pour finir avec vous Mr. BAH Oury, trois vœux pieux.

 

 

Bah Oury – Trois vœux pieux. Je souhaite que mon pays aille de l’avant. Je souhaite que la décrispation fasse qu’il n’y ait plus de détenu politique en Guinée. Je souhaite que tous les hommes et toutes les femmes croient en l’avenir de la Guinée et donnent le meilleur d’eux-mêmes pour que nous pussions avancer indépendamment de notre positionnement politique, opposition ou mouvance. J’ai confiance en mon pays et c’est la raison pour laquelle je me bats.

 

 

RTG – Mr. BAH Oury, Merci

 

 

Bah Oury – Merci beaucoup.

Officiellement je reste vice président de l’UFDG chargé de la communication et des relations internationales

La crise économique Guinéenne ne date pas d’aujourd’hui (Interview)

Bah Oury   Photo-Africaguinee.com

CONAKRY- Qu’est-ce qui est à l’origine de la crise économique qui frappe la Guinée. Bah Oury qui est rentré d’un exil de plusieurs années au mois de janvier dernier, a fait une analyse du bras de fer qui oppose le Gouvernement et les syndicalistes. Dans cet entretien exclusif qu’il a bien voulu accorder à notre rédaction, Bah Oury analyse la crise et fait des propositions de solution. Exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Monsieur Bah Oury bonjour !

BAH OURY : Bonjour Monsieur Diallo !

Quelle lecture faites-vous de la grève qui frappe la Guinée depuis bientôt une semaine ?

J’avoue que je commente cela avec beaucoup de tristesse parce que j’estime que les symptômes de cette crise ne datent pas d’aujourd’hui. Elle date depuis le début de la décennie 2000 où les dysfonctionnements graves de l’économie guinéenne ont été visibles à tous les niveaux. Et ça avait occasionné les troubles sociaux des années 2005, 2006, 2007, et la crise politique s’en est suivi en 2008, et elle s’est accentuée avec les crises postélectorales de 2010. Donc, en d’autres termes, c’est comme si la Guinée pendant quinze ans n’a pas pris les mesures de l’ampleur de la situation économique pour mener les grandes réformes dont le pays a besoin.

Ce n’est pas par des opérations ponctuelles : diminutions des denrées par-ci, augmentation d’une taxe par-là qu’on va résoudre ces graves dysfonctionnements. C’est comme si on tourne en rond, année par année, c’est toujours les mêmes problèmes. La situation mérite qu’on s’arrête, qu’on réfléchisse et qu’on passe comme revue les graves problèmes du pays, au point de vue structurel pour décider une perspective qui permettra à la Guinée et aux guinéens de s’en sortir pour améliorer le niveau de vie. Pour répondre à l’attente de la très grande majorité des jeunes qui sont dans une désespérance totale. Je m’explique :

La crise économique guinéenne doit être vue au regard de la politique monétaire qui est en cours dans le pays. Il faut voir à travers cet aspect macroéconomique la question de la capacité de gérer une monnaie nationale avec la rigueur nécessaire pour que la monnaie soit gérée avec sérieux, constance et rigueur. Malheureusement, la mal gouvernance endémique est liée à cet aspect des choses qui méritent une réflexion et une autre vision stratégique pour sortir le pays de l’impasse. Ça c’est le premier élément.

Le deuxième élément, c’est au point de vue de la crise structurelle qui assaille le pays. L’organisation de l’administration économique du pays est tributaire de méthode et de fonctionnement qui datent des années 60. Dans le monde où c’est le numérique qui gouverne, il va de soi que si on ne se met pas en phase avec la situation mondiale et la situation aux autres pays comparables au nôtre, en terme de modernisation de l’administration économique du pays, nous serons à la traine.

 

Au point de vue de la question sociale, la grande majorité des guinéens voit l’Etat à travers, non pas une politique de redistribution des richesses, aux plus démunis, mais à travers des pressions fiscales administratives et de l’absence des prises en compte des besoins sociaux fondamentaux. C’est ce déficit d’organisation structurelle de la répartition des richesses à une échelle plus large du pays qui fait que le sentiment national s’est effrité. C’est la loi de jungle en d’autres termes.

Une Nation ne peut exister si les plus faibles sont toujours écrasés. Et les plus forts se passent du droit et montrent seulement leur puissance et tant pis pour les autres.  Ces questions montrent qu’il y a un problème de fond qui transcende les positionnements politiques traditionnels entre mouvance et opposition. La Guinée a besoin à l’heure actuelle d’une profonde réflexion de ses élites de la manière la plus sérieuse et la plus profonde pour éviter la situation toujours de répétition de ce qui s’est passé durant ces dernières décennies. Et c’est la raison pour laquelle quand je parle d’une opposition constructive, crédible responsable tournée vers l’avenir et la modernité, c’est un appel à une grande réflexion pour que nous puissions préparer la Guinée de demain, en n’étant pas complaisant avec nos faiblesses. En scrutant de la manière la plus approfondie les dysfonctionnements aussi bien de l’appareil économique que la société guinéenne pour faire entrevoir un autre espoir. Et je pense que cet espoir est possible.

Etes vous de ceux là qui pensent que l Gouvernement a une part de responsabilité dans la crise économique que traverse le pays actuellement ?

C’est à ce niveau-là qu’il faut se poser la question de la responsabilité. Elle est partagée. Je m’explique : vous avez un pouvoir qui gouverne. Il a la plus grande part de responsabilité dans la conduite générale du pays, tant sur le plan sociale, économique, structurel et institutionnel. Par contre les contrepouvoirs, société civile, syndicats, partis politiques dit de l’opposition, ont aussi leur part de responsabilité. Si les contrepouvoirs pèchent par une certaine inefficacité, il va de soi que le Pouvoir sombrant dans une routine traditionnelle, n’a pas pris le pool des réformes dont il fallait faire dans le pays dès le début avec vigueur et constance. Cela veut dire que les syndicalistes ne doivent pas se contenter de dire que ‘’ce qui m’intéresse c’est mon salaire, mon pouvoir d’achat’’. C’est une vision très restrictive du rôle du syndicat.

Le syndicat avant de s’atteler uniquement à la question du Pouvoir d’achat, doit aussi penser à ce qui est essentiel dans la protection de l’outil de travail. Cela veut dire que dans le syndicat également, la nécessité de réflexion en leur sein sur une attitude critique et une vision vigilante de la marche du pays doivent être la rigueur pour ne pas attendre qu’il y ait la catastrophe pour réagir. Donc, à tous les niveaux, je pense qu’il y a un besoin de réflexion et de remise en cause.

C’est vrai que le syndicat peut s’atteler à dire que nous voulons l’augmentation du Pouvoir d’achat. C’est dans leur rôle et c’est dans leurs attributions. Et à l’heure actuelle, vu la situation du pays, c’est tout à fait légitime de demander à ce que le pouvoir d’achat soit revalorisé pour permettre à la grande majorité de la population, qui est en train de sombrer dans une misère la plus noire, de pouvoir relever la tête.

Mais le syndicat démocratique tourné vers l’avenir, qui est indispensable, doit aller au-delà de la question du pouvoir d’achat et se poser la question du maintien et de la modernisation de l’outil de travail de manière générale. C’est-à-dire s’intéresser à la situation de l’entreprise et de la modernisation des méthodes de travail au sein de l’entreprise pour être des contrepouvoirs par rapport à une vision archaïque qui veut simplement ramener les syndicats à des questions pécuniaires. Si les syndicalistes nouveaux vont dans ce sens, je pense que ça permettra de changer la manière dont le travailleur guinéen est perçu. Et ça obligera une plus grande participation des travailleurs aux grandes décisions concernant leur entreprise et les méthodes de travail de manière générale. Le pays a besoin des réformes en profondeur à tous les niveaux. Et personne n’est exempt de cette volonté et de cette quête, sinon la situation est très grave.

A suivre…

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (0224) 655 31 11 12